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Sandy van Ginkel (1920-2009) - Le sauveur du Vieux-Montréal meurt à Toronto

Stéphane Baillargeon   11 juillet 2009  Société
Sandy van Ginkel et son épouse Blanche Lemco ont joué un rôle clé dans la modernisation de l’architecture canadienne.
Sandy van Ginkel et son épouse Blanche Lemco ont joué un rôle clé dans la modernisation de l’architecture canadienne.
Son nom demeure à peu près inconnu des Montréalais ordinaires; pourtant, tous lui doivent des décisions capitales dont les effets se feront sentir pendant encore très longtemps. Il s'appelait Sandy van Ginkel, déjà tout un programme. Il était architecte et urbaniste et c'est à lui (mais aussi à sa femme Blanche Lemco-van Ginkel) que peut être attribuée la survie du Vieux-Montréal, et rien de moins.

Sandy van Ginkel est décédé à Toronto dimanche dernier. Il avait 89 ans et est mort dans son sommeil. Paix à son âme.

«Il a carrément sauvé le Vieux-Montréal, répète Phyllis Lambert, qui l'a bien connu. À la fin des années 1950, la Ville voulait faire passer une autoroute est-ouest par la rue Saint-Paul. Sandy van Ginkel et sa femme Blanche sont alors venus à Montréal pour travailler au sein du bureau de planification. Ils ont déterré les plans du XVIIIe siècle et ont mis en évidence la valeur formidable de ce secteur, pour finalement éviter le pire.»

Aujourd'hui, le prix Blanche Lemco-van Ginkel de l'Ordre des urbanistes du Québec récompense annuellement une contribution exceptionnelle dans le domaine de la planification urbaine. Mme Lambert, qui a fondé l'organisme Héritage Montréal et le Centre canadien d'architecture, l'a reçu

en 2003.

H. P. Daniel van Ginkel, surnommé Sandy, né à Amsterdam en 1920, était diplômé d'architecture et de sociologie d'universités des Pays-Bas. Il avait travaillé en Suède et en Irlande avant d'ouvrir sa propre agence d'architecture à Amsterdam. Cette expérience le mit en contact avec de nombreux modernistes européens, notamment avec ceux de Team X, un groupe qui a contribué à s'éloigner des conceptions rationalistes et technicistes alors que l'Europe de l'après-guerre devait se reconstruire. Van Ginkel rédigea pour ce groupe le brouillon du manifeste Doorn.

Sa femme, diplômée de McGill, a elle-même travaillé au bureau de Le Corbusier en Europe. Elle a en fait multiplié toute sa vie les percées pionnières dans une profession très masculine. C'est Blanche Lemco qui a convaincu son mari de lancer une agence multidisciplinaire de conception et de gestion à Montréal, sa ville d'origine, alors en pleine mutation.

La firme van Ginkel Associates va jouer un rôle clé dans la modernisation de l'architecture canadienne, de la planification urbaine et de la planification du transport. Elle va produire une série pionnière d'études critiques sur la métropole. Blanche Lemco-van Ginkel a répété cette semaine au Toronto Star que la préservation du Vieux-Montréal demeurait une des réussites de sa vie dont elle demeure le plus fière.

«Il y avait des idées incroyables à l'époque, dit Mme Lambert. Le patrimoine ne comptait pas pour les gens, qui ne voyaient même pas dans le Vieux-Montréal les racines du Canada français. Je me souviens que l'archiviste des Sulpiciens m'a déjà dit que le complexe des soeurs grises au centre-ville ne valait rien puisque c'était un endroit pour les pauvres... »

Outre le plan pour le Vieux-Montréal (1960-1961), la firme va produire une étude du port (1958-1959), le plan de circulation de la zone centrale (1960-1961) et l'étude pour la planification et la conception de l'Expo (1962-1967).

C'est d'ailleurs Sandy van Ginkel qui va persuader les organisateurs de l'exposition universelle de construire Habitat 67 selon les plans de Moshe Safdie, un de ses étudiants en maîtrise à l'Université McGill. La Ville et Québec ont récemment décidé de classer le site, connu partout dans le monde.

L'agence va également concevoir un prototype d'aérogare (1970) pour Transports Canada, l'achèvement d'un projet d'aménagement pour Pahang Tenggara, en Malaisie (1973), et Movement in Midtown, un plan de circulation pour le coeur de Manhattan (1970-1971).

Les documents rappelant ces grandes réussites se trouvent maintenant dans le Fonds van Ginkel Associates au Centre canadien d'architecture. Les archives spécialisées allant de 1955 à 1980 se déploient sur 11 mètres linéaires et totalisent environ 80 études, projets et propositions. Les van Ginkel sont ensuite allés enseigner l'architecture à Toronto.

Sandy van Ginkel était aussi sculpteur. Phyllis Lambert dit posséder deux de ses oeuvres. «C'était un homme très sensible et très exigeant qui défendait ses idées avec une passion féroce, dit-elle. Montréal et le pays lui doivent vraiment beaucoup.»






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