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Macadam - Les drôles d'oiseaux de l'aéroport de Montréal

Fabien Deglise   4 juillet 2009  Société
Photo : Jacques Nadeau
C'est l'étonnante surprise du prévisible. Annoncé, anticipé avec un peu de fébrilité, l'animal, qui respecte pourtant un horaire précis, finit toujours par souffler celui qui cherche à l'observer. «Quelle belle bête», s'extasie André, appareil photo en main, assis sur le toit de sa camionnette stationnée le long d'un terrain verdoyant de la rue Gougeon, une artère secondaire de la face industrielle de l'arrondissement Saint-Laurent.

L'homme, un prof d'anglais de Trois-Rivières, a encore les oreilles pleines de l'incroyable vrombissement qui s'est joué, pendant une poignée de secondes à peine, au dessus de sa tête. Mais il a aussi le sourire victorieux et surtout, désormais, un souvenir en format binaire: l'image gravée sur une carte mémoire des quelque 350 000 kg du Boeing 747 d'Air France, en provenance de Paris, qui vient de se poser, avec 32 minutes de retard, sur la piste 24 gauche de l'aéroport Montréal-Trudeau, située là, juste de l'autre côté d'un épais mur d'arbres.

«J'adore la sensation», commente Sylvie, du quartier Rosemont de Montréal qui, avec son Gino de mari, a installé leurs deux chaises pliantes sur un petit carré de gazon à l'extrémité de la rue Reverchon. Juste dans l'axe de la piste 24 gauche — la «24L», comme disent les initiés — qui en ce samedi après-midi, en raison des vents au sol sans doute, accueille le ballet continu des appareils de toutes les tailles, de toutes les couleurs, qui s'y posent. «On vient souvent ici pour le plaisir. Mais même si on est habitués, c'est toujours aussi impressionnant», poursuit la quarantenaire souriante alors que l'Embraer RJ145 d'American Eagle, reliant Chicago à Montréal, lui passe au dessus de la tête. À l'heure.

André, parti tôt de Trois-Rivières le matin même pour passer la journée aux abords de YUL — le nom de code international de l'aéroport de Montréal —, l'a certainement pris en photo, dans l'espoir d'en faire profiter, par l'entremise d'Internet, amis et autres planespotters qui partagent avec lui cette même drôle de passion: regarder les avions voler, à basse altitude, pour le plaisir ou pour les prendre en photo, en action.

Un sport international

Le sport se pratique démocratiquement sur la planète, partout où il y a un aéroport. Et il n'épargne certainement pas Montréal où, chaque fin de semaine, ces adeptes de l'observation de gros porteurs fourmillent dans quelques rues industrielles, à l'est des pistes de Dorval. Sur Gougeon, Reverchon ou Montée de Liesse, quand la piste 24 gauche est ouverte. Ou encore dans le cul-de-sac de la rue Pitfield, le long de l'autoroute 13, quand les oiseaux métalliques choisissent de se poser sur la 24 droite.

«Il y a toujours du monde ici à partir du milieu de l'après-midi», résume Hugues, de Laval, visiblement excité à l'idée de voir se poser dans les prochaines minutes un Airbus A330 d'Air Transat, en provenance de Paris, un Dash 8 d'Air Canada arrivant d'Ottawa, ou encore un MD-11 de KLM, d'Amsterdam. «J'ai fait partie d'un groupe de planespotters ici par le passé, dit le jeune homme dans la vingtaine. Mais j'ai arrêté de venir parce que je n'avais plus de voiture. Là, je suis à nouveau motorisé depuis le début de la semaine et j'attendais mon samedi avec impatience pour revenir ici.»

Avec en main le détail des arrivées du jour à Dorval, attrapé au vol, avant de partir de chez lui, sur le site Web d'Aéroports de Montréal (www.admtl.com), l'accroc devrait d'ailleurs aimer son nouveau baptême de l'observation: 20 vols par heure sont prévus jusqu'à la fin de la journée, dont plusieurs monstres volants arrivant d'outre-mer. Comme il les aime.

«Moi, je vais rester jusqu'à 20h ce soir», précise André, qui prévoit ensuite rentrer à Trois-Rivière après une journée d'observation bien remplie. «J'attends les vols de Royal Air Maroc et de Mexicana pour les prendre en photo.» Normal: le Boeing 767 qui a fait le voyage depuis Casablanca, avec son étoile filante verte à queue rouge sur l'empennage, tout comme l'Airbus A-320 volant directement depuis Juarez International, avec son bleu inca sur la gouverne, manquait justement à sa collection de clichés.

Avec précision pour le premier et 30 minutes de retard pour le deuxième, ce vide est désormais comblé.






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