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Infanticide au Vermont - La scène du crime

Marie-Andrée Chouinard   3 juillet 2009  Société
Les témoignages émouvants, les larmes et les pétitions n'ont pas ébranlé le juge Michael S. Kupersmith, dont la sentence s'est abattue jeudi sur la Québécoise Louise Desnoyers: 15 ans de prison pour avoir noyé son garçonnet de huit ans aux États-Unis en août 2006. «Ce n'est pas de sa vie d'avant dont il est question ici. Il s'agit de sa responsabilité dans la mort de Nicholas.»

Implacable, moralisatrice, répressive parfois à l'excès, la justice américaine n'a eu que faire de la détresse de cette femme brisée, dont le parcours ne prédisposait aucunement à ce geste désespéré, celui qui conduit une mère à supprimer son propre enfant pour le préserver de tourments futurs. Dans une cour canadienne, le repentir de Mme Desnoyers, son état psychiatrique, l'absence de risque de récidive auraient nourri une plus grande clémence. Crime horrible, certes; mais mauvaise scène.

L'enseignante de 52 ans, qui avait plaidé coupable à une accusation de meurtre non prémédité, écope de 15 ans de prison; elle restera en probation sa vie durant. Malgré l'existence d'un traité canado-américain qui soutient l'échange des détenus, elle restera en cellule au Vermont; elle ne pourra plus communiquer avec son fils aîné et son ex-mari.

Le juge «n'a pas cru» les rapports des psychiatres qui laissaient croire à une totale instabilité émotive au moment de commettre l'irréparable. Il a plutôt insisté sur la responsabilité consciente de l'accusée le soir du 14 août 2006. Elle a tenté de s'enlever la vie immédiatement après avoir abandonné Nicholas dans les eaux du lac Champlain. Depuis, elle a tenté plus d'une fois de se suicider. Jeudi, elle répétait inlassablement: «Je veux mourir, je veux mourir.» Les cloisons de sa conscience demeureront pour elle et à jamais le pire des cachots.

La justice ne fabrique pas une peine à partir de la réputation d'un criminel. Peu importe sa place dans l'échelle des filous, un individu doit être relié à un crime. C'est ainsi que des chefs de mafia notoires se sont vu infliger des punitions quasi burlesques par rapport au parcours de gredin qu'on leur connaissait, faute de preuves.

Aux États-Unis, où les peines sont incomparablement plus sévères qu'ici, l'exemplarité des sanctions domine. En font foi les 150 ans fermes tout juste imposés au roi des bandits, le financier déchu Bernard Madoff. Pour une fraude spectaculaire, une peine surnaturelle. La comparaison est tentante: même si le «vrai» procès de notre fripouille Vincent Lacroix est encore à venir, chacun sait que la condamnation «à l'américaine» est impossible.

À l'heure où le gouvernement de Stephen Harper s'inspire nettement des justiciers du Sud pour une kyrielle de projets et d'intentions, il n'est pas inutile de rappeler que l'intransigeance, l'inflexibilité et la loi morale ne doivent pas guider la justice.

machouinard@ledevoir.com






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