Questions d'image - La ville de tous les jours
Objet de passions et de diatribes, Montréal semble souffrir. Mais de quels maux? De tous les maux, si on veut en croire les critiques et attaques incessantes dont elle est la cible. Laide, sale, verminée de ses nids-de-poule, attentiste, sans plan urbain vraiment excitant, mollement administrée, sans direction visible ou forte. Sans grande ambition.
Pourtant comparée aux plus belles et aux plus organisées des cités mondiales, Montréal se tire fort bien d'affaire sur un aspect qui bluffe bien de ses concurrentes: on y vit bien. Excusez-la, mais «on y est ben».
Au retour, l'an dernier, d'un voyage en Europe, j'avais concocté pour le magazine Infopresse quelques notes sur la beauté et l'image de ma ville préférée: Montréal. En voici quelques extraits toujours d'actualité.
La beauté de Paris vous tétanise au premier coup d'oeil. Subito presto, Rome, Venise et Florence vous envoûtent. Prague vous magnétise sur-le-champ. Barcelone vous fait proprement capoter. Sans parler de Londres, Salzbourg, Amsterdam, Berlin, Vienne ou de tant de villes de par le monde.
La nature, la civilisation, l'histoire, les religions, les arts ont façonné, au fil du temps, des harmonies urbaines difficilement imaginables pour nous, Américains du nord, habitués aux perpendicularités horizontales et verticales de nos mégalopoles. Nous voyageons beaucoup. Et chaque fois, nous ressentons les mêmes chocs à la seule vue de ces cités radieuses. Au retour, débarquant de l'avion, mais aussi de nos rêves, il nous faut chaque fois nous confronter à cette question existentielle, la question qui tue: Montréal est-elle une belle ville?
Pas si vite. Pas de réponse précipitée. Sinon, vous risquez de vous attirer, comme cela m'est déjà arrivé, les foudres des inconditionnels de Montréal ou alors de vous exposer à l'hystérie maniaco-esthétique de ses détracteurs. Car les avis sur cette question sont très partagés. «Montréal est une belle ville, vue du pont Champlain», me dit un copain qui ne déménagerait pour rien au monde dans aucune des villes citées plus haut. «Et dans le fond, je me fous qu'elle soit belle ou pas», ajoute-t-il. «J'y suis parfaitement bien.»
Montréal n'est pas une ville du dimanche, c'est une ville de tous les jours. Les étrangers venus y séjourner en repartent catégoriques sur l'aspect de sa beauté. «Montréal n'est pas une belle ville, c'est curieux. Il y a des quartiers très sympathiques, mais pas forcément beaux», disent-ils. Et tout de suite, comme pour se racheter, ils enchaînent sur la qualité de la vie, l'intensité des rencontres qu'ils y ont faites, la sincérité des gens qu'ils y ont côtoyés, la qualité des activités qu'ils y ont pratiquées, la tolérance qu'ils y ont ressentie, etc.
Ah oui! Ils y ont tous très bien mangé. Montréal est tout simplement une ville aimée. Aimée comme on aime sa maman ou sa matante préférée. Flyée, un peu quétaine, pas toujours lookée, très cool, qui ne se prend pas la tête à tout bout de champ, super bon cook, drôle, tendre et, qui fait tout pour que vous soyez bien et heureux dans la maison. Comme le ferait votre maman.
Des villes comme celle-là sont très rares dans le monde. Bref, nous le savons tous, Montréal a une âme. Paris, New York ou Londres peuvent être adulées pour des tas de raisons, mais pour une multitude d'autres raisons, ce sont aussi des villes que l'on déteste. Personne ne déteste vraiment Montréal. (À part quelques irascibles de Québec!)
«Je reviendrai à Montréal», chantait Charlebois. Alors, lorsque je reviens d'un voyage en Europe ou d'ailleurs, mon réflexe est toujours le même. Je chasse le snob en moi, comme les catholiques chassaient jadis le démon après un gros péché d'orgueil et je regarde Montréal avec d'autres yeux: les yeux du coeur, comme aurait dit Gerry Boulet.
Bien des Montréalais ont ce point en commun. Une décontraction bon enfant, un aspect de personnalité qui revient au galop après un séjour ailleurs où on a forcé sa manière d'être, son accent, et forcément affiché un artifice de bon aloi pour montrer que, nous autres aussi, on sait se tenir à l'étranger! Mais de retour chez soi, on remet ses vieux jeans. On se fait livrer illico une pizza all dressed. C'est alors que, vautré dans un populisme bon enfant, les yeux fixés sur les graffitis de la ruelle d'en face, que personne d'autre que nous ne peut trouver beaux, on se sent vraiment bien chez soi.
À Montréal, on est heureux. On est ben.
*****
Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
Pourtant comparée aux plus belles et aux plus organisées des cités mondiales, Montréal se tire fort bien d'affaire sur un aspect qui bluffe bien de ses concurrentes: on y vit bien. Excusez-la, mais «on y est ben».
Au retour, l'an dernier, d'un voyage en Europe, j'avais concocté pour le magazine Infopresse quelques notes sur la beauté et l'image de ma ville préférée: Montréal. En voici quelques extraits toujours d'actualité.
La beauté de Paris vous tétanise au premier coup d'oeil. Subito presto, Rome, Venise et Florence vous envoûtent. Prague vous magnétise sur-le-champ. Barcelone vous fait proprement capoter. Sans parler de Londres, Salzbourg, Amsterdam, Berlin, Vienne ou de tant de villes de par le monde.
La nature, la civilisation, l'histoire, les religions, les arts ont façonné, au fil du temps, des harmonies urbaines difficilement imaginables pour nous, Américains du nord, habitués aux perpendicularités horizontales et verticales de nos mégalopoles. Nous voyageons beaucoup. Et chaque fois, nous ressentons les mêmes chocs à la seule vue de ces cités radieuses. Au retour, débarquant de l'avion, mais aussi de nos rêves, il nous faut chaque fois nous confronter à cette question existentielle, la question qui tue: Montréal est-elle une belle ville?
Pas si vite. Pas de réponse précipitée. Sinon, vous risquez de vous attirer, comme cela m'est déjà arrivé, les foudres des inconditionnels de Montréal ou alors de vous exposer à l'hystérie maniaco-esthétique de ses détracteurs. Car les avis sur cette question sont très partagés. «Montréal est une belle ville, vue du pont Champlain», me dit un copain qui ne déménagerait pour rien au monde dans aucune des villes citées plus haut. «Et dans le fond, je me fous qu'elle soit belle ou pas», ajoute-t-il. «J'y suis parfaitement bien.»
Montréal n'est pas une ville du dimanche, c'est une ville de tous les jours. Les étrangers venus y séjourner en repartent catégoriques sur l'aspect de sa beauté. «Montréal n'est pas une belle ville, c'est curieux. Il y a des quartiers très sympathiques, mais pas forcément beaux», disent-ils. Et tout de suite, comme pour se racheter, ils enchaînent sur la qualité de la vie, l'intensité des rencontres qu'ils y ont faites, la sincérité des gens qu'ils y ont côtoyés, la qualité des activités qu'ils y ont pratiquées, la tolérance qu'ils y ont ressentie, etc.
Ah oui! Ils y ont tous très bien mangé. Montréal est tout simplement une ville aimée. Aimée comme on aime sa maman ou sa matante préférée. Flyée, un peu quétaine, pas toujours lookée, très cool, qui ne se prend pas la tête à tout bout de champ, super bon cook, drôle, tendre et, qui fait tout pour que vous soyez bien et heureux dans la maison. Comme le ferait votre maman.
Des villes comme celle-là sont très rares dans le monde. Bref, nous le savons tous, Montréal a une âme. Paris, New York ou Londres peuvent être adulées pour des tas de raisons, mais pour une multitude d'autres raisons, ce sont aussi des villes que l'on déteste. Personne ne déteste vraiment Montréal. (À part quelques irascibles de Québec!)
«Je reviendrai à Montréal», chantait Charlebois. Alors, lorsque je reviens d'un voyage en Europe ou d'ailleurs, mon réflexe est toujours le même. Je chasse le snob en moi, comme les catholiques chassaient jadis le démon après un gros péché d'orgueil et je regarde Montréal avec d'autres yeux: les yeux du coeur, comme aurait dit Gerry Boulet.
Bien des Montréalais ont ce point en commun. Une décontraction bon enfant, un aspect de personnalité qui revient au galop après un séjour ailleurs où on a forcé sa manière d'être, son accent, et forcément affiché un artifice de bon aloi pour montrer que, nous autres aussi, on sait se tenir à l'étranger! Mais de retour chez soi, on remet ses vieux jeans. On se fait livrer illico une pizza all dressed. C'est alors que, vautré dans un populisme bon enfant, les yeux fixés sur les graffitis de la ruelle d'en face, que personne d'autre que nous ne peut trouver beaux, on se sent vraiment bien chez soi.
À Montréal, on est heureux. On est ben.
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Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
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