Saint-Pierre-et-Miquelon, région québécoise?
Photo : Agence France-Presse
Paris — Pour en finir avec les chicanes qui opposent depuis des lustres les îles françaises de Saint-Pierre-et-Miquelon au Canada, le journaliste et historien Alexandre Adler a récemment suggéré une solution originale et inédite: l'intégration de l'archipel français au Canada!
Dans sa chronique radiophonique diffusée vendredi dernier sur France Culture, l'historien et journaliste posait crûment la question: «Est-ce qu'il ne serait pas temps de considérer que l'avenir de Saint-Pierre-et-Miquelon, excentré comme il est avec des zones de pêches qui lui sont contestées, serait mieux assuré si Saint-Pierre-et-Miquelon rejoignait le Canada purement et simplement?»
Cette intégration aurait, selon le chroniqueur, l'avantage de mettre fin aux affrontements qui opposent le Canada à ce territoire outre-mer, dernier vestige de la présence française en Amérique du Nord. Selon Adler, la volonté canadienne de plus en plus forte de récupérer les eaux territoriales est en train de créer un conflit difficile dont il n'est pas sûr que la France sorte victorieuse. Les insulaires de l'archipel risqueraient d'y perdre des zones de pêche précieuses et de voir leur activité péricliter. En rejoignant le Canada, dit Adler, les Saint-Pierrais échapperaient aussi aux réglementations européennes souvent tatillonnes.
«Les habitants pourraient garder la double nationalité française et canadienne et ils pourraient également rejoindre directement la province du Québec, ce qui garantirait en permanence la francophonie du territoire», estime l'érudit chroniqueur qui cite l'exemple de Terre-Neuve.
«Il y a un précédent. En 1948, la Grande-Bretagne donna le choix à Terre-Neuve, qui est beaucoup plus grande et beaucoup plus importante que Saint-Pierre-et-Miquelon, mais qui avait la même nature, de rejoindre le Canada, les États-Unis ou de rester un territoire associé à Londres.» L'historien se trompe cependant en affirmant que les Terre-Neuviens «votèrent massivement» pour devenir la «neuvième province du Canada». Il fallut en effet deux référendums, dont le second arraché à 52 %, pour que naisse non pas la «neuvième», mais la dixième province canadienne.
«Ce serait évidemment un geste compliqué, admet le spécialiste, mais moderne et qui correspondrait sans doute aux intérêts bien compris des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, de la France et du Canada.»
Alexandre Adler oublie de mentionner que l'archipel est néanmoins une des seules chances de la France de posséder un jour des réserves d'hydrocarbures. C'est pourquoi Paris vient de déposer à l'ONU une lettre revendiquant l'extension du plateau continental des îles au-delà des 200 miles marins de la frontière maritime fixée en 1992.
Adler croit de plus que cette initiative adresserait un message fort à tous ces «confettis de l'empire» qui, dit-il, «s'agitent au nom d'une indépendance mal venue». Mais il n'a guère d'espoir que sa suggestion soit retenue. «Est-ce que nous aurons ce courage d'envisager au moins cette solution? Il semble bien que non. La France garde avec la décolonisation un rapport névrotique qui n'est pas près de voir se tourner la page.»
*****
Correspondant du Devoir à Paris
Dans sa chronique radiophonique diffusée vendredi dernier sur France Culture, l'historien et journaliste posait crûment la question: «Est-ce qu'il ne serait pas temps de considérer que l'avenir de Saint-Pierre-et-Miquelon, excentré comme il est avec des zones de pêches qui lui sont contestées, serait mieux assuré si Saint-Pierre-et-Miquelon rejoignait le Canada purement et simplement?»
Cette intégration aurait, selon le chroniqueur, l'avantage de mettre fin aux affrontements qui opposent le Canada à ce territoire outre-mer, dernier vestige de la présence française en Amérique du Nord. Selon Adler, la volonté canadienne de plus en plus forte de récupérer les eaux territoriales est en train de créer un conflit difficile dont il n'est pas sûr que la France sorte victorieuse. Les insulaires de l'archipel risqueraient d'y perdre des zones de pêche précieuses et de voir leur activité péricliter. En rejoignant le Canada, dit Adler, les Saint-Pierrais échapperaient aussi aux réglementations européennes souvent tatillonnes.
«Les habitants pourraient garder la double nationalité française et canadienne et ils pourraient également rejoindre directement la province du Québec, ce qui garantirait en permanence la francophonie du territoire», estime l'érudit chroniqueur qui cite l'exemple de Terre-Neuve.
«Il y a un précédent. En 1948, la Grande-Bretagne donna le choix à Terre-Neuve, qui est beaucoup plus grande et beaucoup plus importante que Saint-Pierre-et-Miquelon, mais qui avait la même nature, de rejoindre le Canada, les États-Unis ou de rester un territoire associé à Londres.» L'historien se trompe cependant en affirmant que les Terre-Neuviens «votèrent massivement» pour devenir la «neuvième province du Canada». Il fallut en effet deux référendums, dont le second arraché à 52 %, pour que naisse non pas la «neuvième», mais la dixième province canadienne.
«Ce serait évidemment un geste compliqué, admet le spécialiste, mais moderne et qui correspondrait sans doute aux intérêts bien compris des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, de la France et du Canada.»
Alexandre Adler oublie de mentionner que l'archipel est néanmoins une des seules chances de la France de posséder un jour des réserves d'hydrocarbures. C'est pourquoi Paris vient de déposer à l'ONU une lettre revendiquant l'extension du plateau continental des îles au-delà des 200 miles marins de la frontière maritime fixée en 1992.
Adler croit de plus que cette initiative adresserait un message fort à tous ces «confettis de l'empire» qui, dit-il, «s'agitent au nom d'une indépendance mal venue». Mais il n'a guère d'espoir que sa suggestion soit retenue. «Est-ce que nous aurons ce courage d'envisager au moins cette solution? Il semble bien que non. La France garde avec la décolonisation un rapport névrotique qui n'est pas près de voir se tourner la page.»
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Correspondant du Devoir à Paris
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