Confédération des syndicats nationaux - Pour un nouveau modèle économique
« Un chômeur sur deux n'a pas accès au régime d'assurance emploi »
Présidente de la CSN, Claudette Carbonneau estime qu’en temps de crise économique les gou-vernements doivent investir dans les infrastructures et soutenir les secteurs en difficulté, telles la forêt et les mines.
La Confédération des syndicats nationaux (CSN) souhaite qu'on repense le capitalisme pour sortir de la crise et éviter qu'un tel marasme ne se reproduise.
Les emplois perdus se comptent par dizaines de milliers. Des industries sont en chute libre. Les consommateurs voient fondre leur actif immobilier et leur portefeuille boursier. Les faillites augmentent partout au pays. Etc. Rien ne va plus sur le plan économique. Le monde est plongé dans la pire crise jamais vue depuis 1930. Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, explique que cette crise est surtout la crise d'un modèle de développement. «Elle résulte d'une croissance économique basée sur les inégalités, qui ont augmenté de façon importante dans les pays riches», dit-elle.
Dans les circonstances, Mme Carbonneau signale que les gouvernements doivent, bien sûr, stimuler la relance économique. «Il faut préserver les emplois et essayer de contrer la récession, dit-elle. À cette fin, on doit notamment investir dans les infrastructures et soutenir les secteurs en difficulté: forêts, mines, etc. Mais il faut aussi aider les personnes les plus durement frappées par la crise. Cela veut dire bonifier le programme d'assurance emploi, investir dans le logement social, consolider les services publics et faire un virage en éducation. Bref, il faut faire de l'investissement social.»
En la matière, la présidente souligne au passage «l'incurie du gouvernement fédéral». «Par exemple, le gouvernement fédéral a refusé d'investir dans l'industrie forestière le quart de ce qu'il a investi dans l'industrie automobile. De même, il a refusé de bonifier le régime d'assurance emploi. Actuellement, un chômeur sur deux n'a pas accès au régime. En plus, il a affiché une fin de non-recevoir concernant la mise en place d'un programme de soutien du revenu pour les travailleurs âgés. Son attitude est tout simplement odieuse!»
Une relance «verte»
Selon la syndicaliste, la conjoncture actuelle représente une formidable occasion de repenser notre modèle économique. «On ne doit pas se limiter à repartir la machine et reprendre le petit train-train quotidien quand la crise sera terminée. Il faut éviter que les mêmes politiques ne donnent à l'avenir les mêmes résultats.» À cette fin, il faut notamment réviser notre mode de consommation. «Celui-ci est devenu insoutenable pour la planète», dit-elle. Afin de contribuer à la relance économique, la CSN a élaboré une série de recommandations. «Nous demandons notamment une augmentation des salaires afin de maintenir le pouvoir d'achat des salariés, un meilleur accès à la syndicalisation et des mesures qui permettraient une plus grande efficacité énergétique.»
Pour la CSN, un mode de développement égalitaire repose aussi sur des services publics accessibles et gratuits. Par conséquent, l'organisation syndicale compte poursuivre sa lutte contre la privatisation des soins et des services de santé. «On observe déjà une augmentation de près 60 % du nombre des médecins qui sont passés au secteur privé depuis deux ans, expose Mme Carbonneau. De concert avec la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, nous continuerons à faire campagne pour que le gouvernement abroge le règlement sur les cliniques médicales spécialisées privés qui sont issues de la loi 33, afin d'éviter d'autres désaffiliations de médecins.»
Par ailleurs, la militante croit que le gouvernement du Québec doit renoncer aux partenariats public-privé (PPP) pour la construction et le financement des infrastructures publiques. «Maintenir les PPP en période de crise tient de l'entêtement idéologique, dit-elle. Comment le gouvernement pourra-t-il s'assurer d'avoir la meilleure offre s'il n'y a pas de concurrence? Surtout qu'il faudra peut-être financer les consortiums, parce qu'ils n'arrivent pas à le faire auprès des banques. C'est loin d'être rassurant.»
Du côté des relations de travail
La CSN regroupe plus de 300 000 membres répartis dans 1700 syndicats et oeuvre dans plus de 4390 lieux de travail. Elle compte neuf fédérations présentes dans divers secteurs: santé et services sociaux, services publics, construction, métallurgie, commerce, papier et forêt, communications et éducation. Il y a aussi 13 conseils centraux réunissant les syndicats de leur territoire. À la CSN, chaque syndicat est maître de la négociation de sa convention collective et choisit les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ses objectifs de négociation.
En matière de relations de travail, la discrimination en fonction des statuts occupera une place importante en 2009. «Bon nombre de femmes et de jeunes qui occupent des emplois temporaires, à temps partiel ou sur appel n'ont pas accès aux mêmes avantages sociaux que ceux de leurs collègues permanents, constate la présidente. Nous nous sommes battus pendant des années pour faire disparaître les clauses de disparité de traitement (clauses dites "orphelin") et la discrimination refait surface sous une autre forme.»
La conciliation travail-famille représente un autre dossier majeur. Les syndicats procèdent actuellement à l'évaluation des besoins de leurs membres en vue d'élaborer leurs revendications. «Les entreprises tardent à favoriser la conciliation travail-famille. Pourtant, le secteur de l'hôtellerie vient de démontrer qu'il est tout à fait possible d'offrir des congés aux travailleurs pour qu'ils assument leurs responsabilités familiales.»
Des conflits de travail occuperont aussi l'organisation syndicale. Parmi ceux-ci, mentionnons le lock-out au Journal de Montréal, la grève au Casino de Montréal, celle des professeurs de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), etc. «Historiquement, lorsque le contexte économique est difficile, il y a moins de conflits de travail, note la présidente. Force est de constater que ce n'est pas le cas actuellement. Les employeurs veulent se mettre en position d'être les maîtres du jeu. Ils doivent espérer que la conjoncture économique va décourager les travailleurs et les empêcher de faire valoir leurs droits.»
Pour la CSN, il s'agit non seulement de faire face à la crise et d'en sortir, mais aussi de préparer l'après-crise. Un vaste chantier qui l'occupera au cours des prochains mois, voire des prochaines années.
***
Collaboratrice du Devoir
Les emplois perdus se comptent par dizaines de milliers. Des industries sont en chute libre. Les consommateurs voient fondre leur actif immobilier et leur portefeuille boursier. Les faillites augmentent partout au pays. Etc. Rien ne va plus sur le plan économique. Le monde est plongé dans la pire crise jamais vue depuis 1930. Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, explique que cette crise est surtout la crise d'un modèle de développement. «Elle résulte d'une croissance économique basée sur les inégalités, qui ont augmenté de façon importante dans les pays riches», dit-elle.
Dans les circonstances, Mme Carbonneau signale que les gouvernements doivent, bien sûr, stimuler la relance économique. «Il faut préserver les emplois et essayer de contrer la récession, dit-elle. À cette fin, on doit notamment investir dans les infrastructures et soutenir les secteurs en difficulté: forêts, mines, etc. Mais il faut aussi aider les personnes les plus durement frappées par la crise. Cela veut dire bonifier le programme d'assurance emploi, investir dans le logement social, consolider les services publics et faire un virage en éducation. Bref, il faut faire de l'investissement social.»
En la matière, la présidente souligne au passage «l'incurie du gouvernement fédéral». «Par exemple, le gouvernement fédéral a refusé d'investir dans l'industrie forestière le quart de ce qu'il a investi dans l'industrie automobile. De même, il a refusé de bonifier le régime d'assurance emploi. Actuellement, un chômeur sur deux n'a pas accès au régime. En plus, il a affiché une fin de non-recevoir concernant la mise en place d'un programme de soutien du revenu pour les travailleurs âgés. Son attitude est tout simplement odieuse!»
Une relance «verte»
Selon la syndicaliste, la conjoncture actuelle représente une formidable occasion de repenser notre modèle économique. «On ne doit pas se limiter à repartir la machine et reprendre le petit train-train quotidien quand la crise sera terminée. Il faut éviter que les mêmes politiques ne donnent à l'avenir les mêmes résultats.» À cette fin, il faut notamment réviser notre mode de consommation. «Celui-ci est devenu insoutenable pour la planète», dit-elle. Afin de contribuer à la relance économique, la CSN a élaboré une série de recommandations. «Nous demandons notamment une augmentation des salaires afin de maintenir le pouvoir d'achat des salariés, un meilleur accès à la syndicalisation et des mesures qui permettraient une plus grande efficacité énergétique.»
Pour la CSN, un mode de développement égalitaire repose aussi sur des services publics accessibles et gratuits. Par conséquent, l'organisation syndicale compte poursuivre sa lutte contre la privatisation des soins et des services de santé. «On observe déjà une augmentation de près 60 % du nombre des médecins qui sont passés au secteur privé depuis deux ans, expose Mme Carbonneau. De concert avec la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, nous continuerons à faire campagne pour que le gouvernement abroge le règlement sur les cliniques médicales spécialisées privés qui sont issues de la loi 33, afin d'éviter d'autres désaffiliations de médecins.»
Par ailleurs, la militante croit que le gouvernement du Québec doit renoncer aux partenariats public-privé (PPP) pour la construction et le financement des infrastructures publiques. «Maintenir les PPP en période de crise tient de l'entêtement idéologique, dit-elle. Comment le gouvernement pourra-t-il s'assurer d'avoir la meilleure offre s'il n'y a pas de concurrence? Surtout qu'il faudra peut-être financer les consortiums, parce qu'ils n'arrivent pas à le faire auprès des banques. C'est loin d'être rassurant.»
Du côté des relations de travail
La CSN regroupe plus de 300 000 membres répartis dans 1700 syndicats et oeuvre dans plus de 4390 lieux de travail. Elle compte neuf fédérations présentes dans divers secteurs: santé et services sociaux, services publics, construction, métallurgie, commerce, papier et forêt, communications et éducation. Il y a aussi 13 conseils centraux réunissant les syndicats de leur territoire. À la CSN, chaque syndicat est maître de la négociation de sa convention collective et choisit les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ses objectifs de négociation.
En matière de relations de travail, la discrimination en fonction des statuts occupera une place importante en 2009. «Bon nombre de femmes et de jeunes qui occupent des emplois temporaires, à temps partiel ou sur appel n'ont pas accès aux mêmes avantages sociaux que ceux de leurs collègues permanents, constate la présidente. Nous nous sommes battus pendant des années pour faire disparaître les clauses de disparité de traitement (clauses dites "orphelin") et la discrimination refait surface sous une autre forme.»
La conciliation travail-famille représente un autre dossier majeur. Les syndicats procèdent actuellement à l'évaluation des besoins de leurs membres en vue d'élaborer leurs revendications. «Les entreprises tardent à favoriser la conciliation travail-famille. Pourtant, le secteur de l'hôtellerie vient de démontrer qu'il est tout à fait possible d'offrir des congés aux travailleurs pour qu'ils assument leurs responsabilités familiales.»
Des conflits de travail occuperont aussi l'organisation syndicale. Parmi ceux-ci, mentionnons le lock-out au Journal de Montréal, la grève au Casino de Montréal, celle des professeurs de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), etc. «Historiquement, lorsque le contexte économique est difficile, il y a moins de conflits de travail, note la présidente. Force est de constater que ce n'est pas le cas actuellement. Les employeurs veulent se mettre en position d'être les maîtres du jeu. Ils doivent espérer que la conjoncture économique va décourager les travailleurs et les empêcher de faire valoir leurs droits.»
Pour la CSN, il s'agit non seulement de faire face à la crise et d'en sortir, mais aussi de préparer l'après-crise. Un vaste chantier qui l'occupera au cours des prochains mois, voire des prochaines années.
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Collaboratrice du Devoir
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