Questions d'image - Vite, ralentissons!
J'utilise fréquemment l'autoroute 15 Nord. Et malgré une surveillance policière accrue, je n'ai pour l'instant constaté aucun changement dans la conduite des automobilistes avec qui je la partage. Surtout pas le vendredi soir. Croyez-moi, pour se rendre à destination, il est beaucoup plus sûr de supporter le gros et lent trafic de l'heure de pointe que d'attendre la tombée de la nuit pour profiter d'une circulation plus fluide. Car vers 21 heures, la folie du grand circuit laurentien commence.
C'est à se demander si certains conduisent avec un permis de conduire ou plutôt un permis d'inhumer!
Lumière au bout du tunnel: il paraît que cela va bouger pour vrai. Il semble que cette fois, le gouvernement, la SAAQ et les corps policiers québécois syntonisent la même longueur d'onde. On veut s'attaquer à la vitesse qui tue et aux comportements irresponsables. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
À l'orée de la belle saison, les courses folles, en voiture ou en moto, vont-elles reprendre de plus belle? On verra. La coercition de 14 radars et l'installation sur les voitures de police d'appareils de vérification des plaques d'immatriculation permettront-elles de réduire le nombre d'infractions et surtout de victimes? Je l'espère, mais franchement, j'en doute encore un peu.
Au cours de mon existence professionnelle, je me suis souvent penché sur le style des publicités d'automobile et des publicités de sécurité routière. J'ai moi-même conçu et produit des messages pour les deux secteurs. Pour ces mêmes raisons, je me suis toujours efforcé de penser à l'un quand je concevais pour l'autre, et réciproquement. La raison est fort simple: la conduite automobile est aussi une affaire de société. Les conducteurs et les annonceurs, comme les pouvoirs publics, doivent partager cet objectif commun puisque, au bout du compte, ensemble, ils partagent la route.
Mais bon, ça continue. Pourquoi a-t-on besoin de nous montrer à la télé ou sur le Web des messages dans lesquels les comportements au volant, sur des stationnements vides en sous-sol ou sur des toits d'immeuble, relèvent davantage de la cascade cinématographique que de la présentation d'un récent modèle de voiture et de ses attributs? Pour parler de la puissance d'un moteur? Il y a sans doute bien d'autres façons. Je n'épiloguerai pas, mais les exemples sont, selon moi, encore beaucoup trop nombreux pour établir que l'automobile est une géniale invention qui peut servir à autre chose qu'à se conduire en imbécile sur les voies publiques.
D'ailleurs, depuis deux ans, certains constructeurs automobiles se montrent beaucoup plus sensibles aux images qu'ils projettent. Ils tentent de faire comprendre aux automobilistes qu'on peut utiliser leurs véhicules plus intelligemment, de façon beaucoup plus responsable. Chacun pense à cet humoriste connu donnant des conseils de courtoisie élémentaire au volant de sa voiture stationnée. Celui-là même qui, il n'y a pas si longtemps, se montrait fort insolent à l'endroit de son malheureux pompiste. Je pense aussi à cette autre marque qui incite les gens à ne pas utiliser leur voiture s'ils doivent se rendre faire une course au dépanneur du coin.
L'industrie automobile est en crise, elle doit — et certaines marques l'ont bien assimilé — changer radicalement son image. L'occasion n'a peut-être jamais été aussi belle.
En matière de consommation, les constructeurs japonais et européens font des prouesses. Les moteurs de demain réussiront à nous propulser à bonne vitesse (et 100 km/h, vitesse limite au Québec, est une bonne vitesse) en respectant des taux de consommation bien inférieurs à ceux actuellement disponibles sur le marché. On parle de 3 à 5 litres de carburant au 100 km.
L'équipement sécuritaire électronique est également de plus en plus sophistiqué et permet une conduite plus sûre, plus préventive. Le public veut en savoir davantage sur la voiture du futur. Celle qui, un jour, laissera de côté la consommation traditionnelle des essences de pétrole au profit d'une autre forme d'énergie. Il est évident qu'en ces périodes de crise économique et énergétique, bien des constructeurs travaillent ardemment à ces questions fondamentales, même si, pour l'instant, les manifestations de leurs recherches ne sont pas appliquées ou applicables de probantes façons. Il nous faudra encore attendre. Nous serons patients.
Enfin, l'environnement et la sécurité routière sont des enjeux beaucoup trop importants pour que l'on s'en remette uniquement aux corps policiers et aux politiques gouvernementales afin de discipliner les comportements des automobilistes que nous sommes. Au volant, chacun d'entre nous a sa part de responsabilités. Des études montrent d'ailleurs clairement que chacun se perçoit comme un bon conducteur et impute toujours les comportements hasardeux aux autres usagers de la route.
On devra individuellement et collectivement réaliser que savoir se conduire est désormais plus important que de savoir conduire.
Et ça, c'est encore un autre enjeu de société.
****
Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
C'est à se demander si certains conduisent avec un permis de conduire ou plutôt un permis d'inhumer!
Lumière au bout du tunnel: il paraît que cela va bouger pour vrai. Il semble que cette fois, le gouvernement, la SAAQ et les corps policiers québécois syntonisent la même longueur d'onde. On veut s'attaquer à la vitesse qui tue et aux comportements irresponsables. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
À l'orée de la belle saison, les courses folles, en voiture ou en moto, vont-elles reprendre de plus belle? On verra. La coercition de 14 radars et l'installation sur les voitures de police d'appareils de vérification des plaques d'immatriculation permettront-elles de réduire le nombre d'infractions et surtout de victimes? Je l'espère, mais franchement, j'en doute encore un peu.
Au cours de mon existence professionnelle, je me suis souvent penché sur le style des publicités d'automobile et des publicités de sécurité routière. J'ai moi-même conçu et produit des messages pour les deux secteurs. Pour ces mêmes raisons, je me suis toujours efforcé de penser à l'un quand je concevais pour l'autre, et réciproquement. La raison est fort simple: la conduite automobile est aussi une affaire de société. Les conducteurs et les annonceurs, comme les pouvoirs publics, doivent partager cet objectif commun puisque, au bout du compte, ensemble, ils partagent la route.
Mais bon, ça continue. Pourquoi a-t-on besoin de nous montrer à la télé ou sur le Web des messages dans lesquels les comportements au volant, sur des stationnements vides en sous-sol ou sur des toits d'immeuble, relèvent davantage de la cascade cinématographique que de la présentation d'un récent modèle de voiture et de ses attributs? Pour parler de la puissance d'un moteur? Il y a sans doute bien d'autres façons. Je n'épiloguerai pas, mais les exemples sont, selon moi, encore beaucoup trop nombreux pour établir que l'automobile est une géniale invention qui peut servir à autre chose qu'à se conduire en imbécile sur les voies publiques.
D'ailleurs, depuis deux ans, certains constructeurs automobiles se montrent beaucoup plus sensibles aux images qu'ils projettent. Ils tentent de faire comprendre aux automobilistes qu'on peut utiliser leurs véhicules plus intelligemment, de façon beaucoup plus responsable. Chacun pense à cet humoriste connu donnant des conseils de courtoisie élémentaire au volant de sa voiture stationnée. Celui-là même qui, il n'y a pas si longtemps, se montrait fort insolent à l'endroit de son malheureux pompiste. Je pense aussi à cette autre marque qui incite les gens à ne pas utiliser leur voiture s'ils doivent se rendre faire une course au dépanneur du coin.
L'industrie automobile est en crise, elle doit — et certaines marques l'ont bien assimilé — changer radicalement son image. L'occasion n'a peut-être jamais été aussi belle.
En matière de consommation, les constructeurs japonais et européens font des prouesses. Les moteurs de demain réussiront à nous propulser à bonne vitesse (et 100 km/h, vitesse limite au Québec, est une bonne vitesse) en respectant des taux de consommation bien inférieurs à ceux actuellement disponibles sur le marché. On parle de 3 à 5 litres de carburant au 100 km.
L'équipement sécuritaire électronique est également de plus en plus sophistiqué et permet une conduite plus sûre, plus préventive. Le public veut en savoir davantage sur la voiture du futur. Celle qui, un jour, laissera de côté la consommation traditionnelle des essences de pétrole au profit d'une autre forme d'énergie. Il est évident qu'en ces périodes de crise économique et énergétique, bien des constructeurs travaillent ardemment à ces questions fondamentales, même si, pour l'instant, les manifestations de leurs recherches ne sont pas appliquées ou applicables de probantes façons. Il nous faudra encore attendre. Nous serons patients.
Enfin, l'environnement et la sécurité routière sont des enjeux beaucoup trop importants pour que l'on s'en remette uniquement aux corps policiers et aux politiques gouvernementales afin de discipliner les comportements des automobilistes que nous sommes. Au volant, chacun d'entre nous a sa part de responsabilités. Des études montrent d'ailleurs clairement que chacun se perçoit comme un bon conducteur et impute toujours les comportements hasardeux aux autres usagers de la route.
On devra individuellement et collectivement réaliser que savoir se conduire est désormais plus important que de savoir conduire.
Et ça, c'est encore un autre enjeu de société.
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Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
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