Jour après jour
Chaque semaine apporte son lot d'événements-miroirs qui reflètent l'état d'esprit morose et l'affaissement du tonus collectif, si l'on peut utiliser une telle expression.
Les faits divers n'ont pas tous la même portée sociale, mais l'accumulation récente de meurtres suivis de suicides chez des personnes vivant des séparations de couple nous secoue et nous oblige à réfléchir sur ce sujet. Briser une relation est un geste qu'il est impossible de banaliser. Et ses conséquences sont toujours plus traumatisantes que ne le laisse croire un certain discours. La fragilité de l'être humain, enfermé dans son mystère, contredit une approche stupidement jovialiste de la séparation du couple.
«On s'entend bien.» «On est restés bons amis.» «On a fait ça dans le respect l'un de l'autre.» Ce sont des phrases qu'on a dites soi-même, qu'on a répétées aux autres, qu'on a entendues à droite et à gauche. Elles comportent une part de vérité, certes, mais sur ce sujet comme sur tant d'autres, toute la vérité n'est jamais dévoilée.
Dans tout couple, les sentiments sont rarement vécus dans une réciprocité parfaite. L'un demeure toujours plus dépendant, plus attaché, plus inquiet que l'autre. L'un peut aimer aussi davantage. Si bien que, face à une décision qui entraîne la rupture, l'un des deux souffre davantage. Même lorsque les apparences sont sauves.
Quelle est la personne qui a traversé une rupture sans éprouver un vertige morbide ou sans craindre chez l'autre une réaction inquiétante? Dans les cas extrêmes, nous en arrivons à ces crimes où une mère se tue avec son enfant ou un homme assassine sa femme et s'enlève la vie par la suite, comme ces tragédies de l'actualité de cette semaine. Toute séparation, même celle qui libère, comporte sa part de douleur, de tristesse, de déchirement et de culpabilité.
Le nombre si élevé de ruptures de couple n'est d'aucun réconfort. L'amour qui se rompt, même et dirions-nous surtout dans la haine, est vécu pour la plupart des gens comme un échec du coeur. Certains, aveuglés par la passion, la rage, la vengeance donc le désespoir, décident de créer leur propre apocalypse. Est-ce la médiatisation qui nous donne l'illusion de la prolifération de cette catégorie de meurtres et de suicides ou est-ce l'époque prétendument affranchie des contraintes passées qui n'arrive pas à transformer l'homme au sens générique, au point où la rupture amoureuse ne provoquerait plus chez lui un sentiment de rejet, d'abandon, de culpabilité? L'homme moderne, au sens générique du terme, apparaît ainsi plus fragilisé, plus démuni, moins arrogant dans sa violence sourde dont le passage à l'acte est l'ultime expression.
Cette semaine, deux garçons de 12 ans de la région de Thetford-Mines ont été accusés d'avoir proféré des menaces de mort à l'endroit de leurs enseignants et de certains camarades. Dans un cas, l'avocat de l'enfant, à la défense de ce dernier, a mis en avant le fait qu'il mesurait 4 pieds et 1 pouce et pesait 70 livres, comme si le gabarit protégeait de la violence.
Il fut une époque où les enfants se menaçaient de mort au cours de batailles rangées sous l'oeil plus ou moins indifférent de parents peu soucieux de pédagogie politiquement correcte. Mais aujourd'hui, la médiatisation aidant, nous savons que des enfants plus jeunes encore commettent ce genre de crimes, si bien que la tolérance n'est plus de rigueur même s'il s'agit d'enfants.
Quel paradoxe que notre société qui condamne la violence d'une part et assiste à des passages à l'acte qui défient de plus en plus l'imagination! Comment départager les propos violents que désamorce l'expression verbale des mots qui ouvrent la voie à la tuerie? Les mots peuvent être des sas, mais qui est en mesure de le juger? Un enfant de 12 ans qui prononce une sentence de mort doit-il être contraint ou réprimandé? La réponse est devenue plus complexe que certains voudraient le croire.
Cette semaine, il fut de nouveau question dans l'actualité de salaires en apparence extravagants, de primes de retraite à étourdir le travailleur moyen, expression dont se réclament la plupart des gens. Une prime de retraite de 235 000 $ à vie pour le nouveau patron, contesté, de la Caisse de dépôt du Québec après cinq ans de service se justifie-t-elle? Le premier intéressé a renoncé à ce privilège jeudi après que la nouvelle eut été rendue publique la veille. Il n'en reste pas moins qu'en ces temps sombres, ces sommes apparaissent quelque peu indécentes. Elles dévoilent des inégalités qui accentuent la frustration et l'inquiétude de tous ceux qui n'ont jamais eu ou n'auront jamais de parachutes leur permettant d'atterrir sans trop de dégâts collatéraux au moment d'une perte d'emploi.
Ces salaires qu'on balance en titre dans des journaux sont des provocations qui pourraient bientôt se transformer en des mouvements sociaux dont la rue est le terrain privilégié. Faute de décence, la discrétion s'impose. Mais il n'en demeure pas moins que l'absence de tonus social dont on faisait mention au début de cette chronique semble engourdir une certaine révolte, une forme d'indignation, terreau nécessaire pour redéfinir une nouvelle éthique sociale.
***
denbombardier@videotron.ca
Les faits divers n'ont pas tous la même portée sociale, mais l'accumulation récente de meurtres suivis de suicides chez des personnes vivant des séparations de couple nous secoue et nous oblige à réfléchir sur ce sujet. Briser une relation est un geste qu'il est impossible de banaliser. Et ses conséquences sont toujours plus traumatisantes que ne le laisse croire un certain discours. La fragilité de l'être humain, enfermé dans son mystère, contredit une approche stupidement jovialiste de la séparation du couple.
«On s'entend bien.» «On est restés bons amis.» «On a fait ça dans le respect l'un de l'autre.» Ce sont des phrases qu'on a dites soi-même, qu'on a répétées aux autres, qu'on a entendues à droite et à gauche. Elles comportent une part de vérité, certes, mais sur ce sujet comme sur tant d'autres, toute la vérité n'est jamais dévoilée.
Dans tout couple, les sentiments sont rarement vécus dans une réciprocité parfaite. L'un demeure toujours plus dépendant, plus attaché, plus inquiet que l'autre. L'un peut aimer aussi davantage. Si bien que, face à une décision qui entraîne la rupture, l'un des deux souffre davantage. Même lorsque les apparences sont sauves.
Quelle est la personne qui a traversé une rupture sans éprouver un vertige morbide ou sans craindre chez l'autre une réaction inquiétante? Dans les cas extrêmes, nous en arrivons à ces crimes où une mère se tue avec son enfant ou un homme assassine sa femme et s'enlève la vie par la suite, comme ces tragédies de l'actualité de cette semaine. Toute séparation, même celle qui libère, comporte sa part de douleur, de tristesse, de déchirement et de culpabilité.
Le nombre si élevé de ruptures de couple n'est d'aucun réconfort. L'amour qui se rompt, même et dirions-nous surtout dans la haine, est vécu pour la plupart des gens comme un échec du coeur. Certains, aveuglés par la passion, la rage, la vengeance donc le désespoir, décident de créer leur propre apocalypse. Est-ce la médiatisation qui nous donne l'illusion de la prolifération de cette catégorie de meurtres et de suicides ou est-ce l'époque prétendument affranchie des contraintes passées qui n'arrive pas à transformer l'homme au sens générique, au point où la rupture amoureuse ne provoquerait plus chez lui un sentiment de rejet, d'abandon, de culpabilité? L'homme moderne, au sens générique du terme, apparaît ainsi plus fragilisé, plus démuni, moins arrogant dans sa violence sourde dont le passage à l'acte est l'ultime expression.
Cette semaine, deux garçons de 12 ans de la région de Thetford-Mines ont été accusés d'avoir proféré des menaces de mort à l'endroit de leurs enseignants et de certains camarades. Dans un cas, l'avocat de l'enfant, à la défense de ce dernier, a mis en avant le fait qu'il mesurait 4 pieds et 1 pouce et pesait 70 livres, comme si le gabarit protégeait de la violence.
Il fut une époque où les enfants se menaçaient de mort au cours de batailles rangées sous l'oeil plus ou moins indifférent de parents peu soucieux de pédagogie politiquement correcte. Mais aujourd'hui, la médiatisation aidant, nous savons que des enfants plus jeunes encore commettent ce genre de crimes, si bien que la tolérance n'est plus de rigueur même s'il s'agit d'enfants.
Quel paradoxe que notre société qui condamne la violence d'une part et assiste à des passages à l'acte qui défient de plus en plus l'imagination! Comment départager les propos violents que désamorce l'expression verbale des mots qui ouvrent la voie à la tuerie? Les mots peuvent être des sas, mais qui est en mesure de le juger? Un enfant de 12 ans qui prononce une sentence de mort doit-il être contraint ou réprimandé? La réponse est devenue plus complexe que certains voudraient le croire.
Cette semaine, il fut de nouveau question dans l'actualité de salaires en apparence extravagants, de primes de retraite à étourdir le travailleur moyen, expression dont se réclament la plupart des gens. Une prime de retraite de 235 000 $ à vie pour le nouveau patron, contesté, de la Caisse de dépôt du Québec après cinq ans de service se justifie-t-elle? Le premier intéressé a renoncé à ce privilège jeudi après que la nouvelle eut été rendue publique la veille. Il n'en reste pas moins qu'en ces temps sombres, ces sommes apparaissent quelque peu indécentes. Elles dévoilent des inégalités qui accentuent la frustration et l'inquiétude de tous ceux qui n'ont jamais eu ou n'auront jamais de parachutes leur permettant d'atterrir sans trop de dégâts collatéraux au moment d'une perte d'emploi.
Ces salaires qu'on balance en titre dans des journaux sont des provocations qui pourraient bientôt se transformer en des mouvements sociaux dont la rue est le terrain privilégié. Faute de décence, la discrétion s'impose. Mais il n'en demeure pas moins que l'absence de tonus social dont on faisait mention au début de cette chronique semble engourdir une certaine révolte, une forme d'indignation, terreau nécessaire pour redéfinir une nouvelle éthique sociale.
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denbombardier@videotron.ca
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