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Jour après jour

Denise Bombardier   28 mars 2009  Société
Chaque semaine apporte son lot d'événements-miroirs qui reflètent l'état d'esprit morose et l'affaissement du tonus collectif, si l'on peut utiliser une telle expression.

Les faits divers n'ont pas tous la même portée sociale, mais l'accumulation récente de meurtres suivis de suicides chez des personnes vivant des séparations de couple nous secoue et nous oblige à réfléchir sur ce sujet. Briser une relation est un geste qu'il est impossible de banaliser. Et ses conséquences sont toujours plus traumatisantes que ne le laisse croire un certain discours. La fragilité de l'être humain, enfermé dans son mystère, contredit une approche stupidement jovialiste de la séparation du couple.

«On s'entend bien.» «On est restés bons amis.» «On a fait ça dans le respect l'un de l'autre.» Ce sont des phrases qu'on a dites soi-même, qu'on a répétées aux autres, qu'on a entendues à droite et à gauche. Elles comportent une part de vérité, certes, mais sur ce sujet comme sur tant d'autres, toute la vérité n'est jamais dévoilée.

Dans tout couple, les sentiments sont rarement vécus dans une réciprocité parfaite. L'un demeure toujours plus dépendant, plus attaché, plus inquiet que l'autre. L'un peut aimer aussi davantage. Si bien que, face à une décision qui entraîne la rupture, l'un des deux souffre davantage. Même lorsque les apparences sont sauves.

Quelle est la personne qui a traversé une rupture sans éprouver un vertige morbide ou sans craindre chez l'autre une réaction inquiétante? Dans les cas extrêmes, nous en arrivons à ces crimes où une mère se tue avec son enfant ou un homme assassine sa femme et s'enlève la vie par la suite, comme ces tragédies de l'actualité de cette semaine. Toute séparation, même celle qui libère, comporte sa part de douleur, de tristesse, de déchirement et de culpabilité.

Le nombre si élevé de ruptures de couple n'est d'aucun réconfort. L'amour qui se rompt, même et dirions-nous surtout dans la haine, est vécu pour la plupart des gens comme un échec du coeur. Certains, aveuglés par la passion, la rage, la vengeance donc le désespoir, décident de créer leur propre apocalypse. Est-ce la médiatisation qui nous donne l'illusion de la prolifération de cette catégorie de meurtres et de suicides ou est-ce l'époque prétendument affranchie des contraintes passées qui n'arrive pas à transformer l'homme au sens générique, au point où la rupture amoureuse ne provoquerait plus chez lui un sentiment de rejet, d'abandon, de culpabilité? L'homme moderne, au sens générique du terme, apparaît ainsi plus fragilisé, plus démuni, moins arrogant dans sa violence sourde dont le passage à l'acte est l'ultime expression.

Cette semaine, deux garçons de 12 ans de la région de Thetford-Mines ont été accusés d'avoir proféré des menaces de mort à l'endroit de leurs enseignants et de certains camarades. Dans un cas, l'avocat de l'enfant, à la défense de ce dernier, a mis en avant le fait qu'il mesurait 4 pieds et 1 pouce et pesait 70 livres, comme si le gabarit protégeait de la violence.

Il fut une époque où les enfants se menaçaient de mort au cours de batailles rangées sous l'oeil plus ou moins indifférent de parents peu soucieux de pédagogie politiquement correcte. Mais aujourd'hui, la médiatisation aidant, nous savons que des enfants plus jeunes encore commettent ce genre de crimes, si bien que la tolérance n'est plus de rigueur même s'il s'agit d'enfants.

Quel paradoxe que notre société qui condamne la violence d'une part et assiste à des passages à l'acte qui défient de plus en plus l'imagination! Comment départager les propos violents que désamorce l'expression verbale des mots qui ouvrent la voie à la tuerie? Les mots peuvent être des sas, mais qui est en mesure de le juger? Un enfant de 12 ans qui prononce une sentence de mort doit-il être contraint ou réprimandé? La réponse est devenue plus complexe que certains voudraient le croire.

Cette semaine, il fut de nouveau question dans l'actualité de salaires en apparence extravagants, de primes de retraite à étourdir le travailleur moyen, expression dont se réclament la plupart des gens. Une prime de retraite de 235 000 $ à vie pour le nouveau patron, contesté, de la Caisse de dépôt du Québec après cinq ans de service se justifie-t-elle? Le premier intéressé a renoncé à ce privilège jeudi après que la nouvelle eut été rendue publique la veille. Il n'en reste pas moins qu'en ces temps sombres, ces sommes apparaissent quelque peu indécentes. Elles dévoilent des inégalités qui accentuent la frustration et l'inquiétude de tous ceux qui n'ont jamais eu ou n'auront jamais de parachutes leur permettant d'atterrir sans trop de dégâts collatéraux au moment d'une perte d'emploi.

Ces salaires qu'on balance en titre dans des journaux sont des provocations qui pourraient bientôt se transformer en des mouvements sociaux dont la rue est le terrain privilégié. Faute de décence, la discrétion s'impose. Mais il n'en demeure pas moins que l'absence de tonus social dont on faisait mention au début de cette chronique semble engourdir une certaine révolte, une forme d'indignation, terreau nécessaire pour redéfinir une nouvelle éthique sociale.

***

denbombardier@videotron.ca






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  • Lallier N.p
    Inscrite
    samedi 28 mars 2009 09h23
    La forme ou le fond
    « Un débat sur les valeurs fondamentales est surement requis.
    Un débat sur les questions suivantes ;
    Qu'es ce l'individu dans une société ?
    Es ce que le nationalisme socialiste n'a t-il pas eu pour effet d'écraser l'individu ( être )en soi ?
    Qu'es ce que la liberté ?
    Qu'es ce que le bien et le mal ?
    Remettre en perspective l'individu dans son fondement ce qui me semble absent pour le moment et la détresse de plusieurs personne a pour résultat ce que nous entendons et voyons.

    Avant de règlementer tout, faudrait ce poser ces questions.
    En ce moment es-ce que les inégalitées qui ce creuse sont-il monétaire ou bien sur l'essence individuelle ?
    Celui qui a de l'argent a outrance a t-il autant de valeurs humaine, intégrité, de respect ect..?
    Et le pauvre ou le citoyen moyen ?
    Vaut-il mieux un individualiste égoiste qui rapporte a la société ou bien une société qui soumet obéissance a outrance l'individu au système de la société ?

    Beaucoup de questions auquelles faudra répondre éventuellement.
    Ont croit que les valeurs humaines ne rapporte pas, alors tant et aussi longtemps que cette pensée habitera les cerveaux nous en resterons la et la situation continuera.
    Une p'tite dernière question.
    Parlons nous d'inégalité ou d'injustice ?
    Enfin ! »

  • François Beaulé
    Abonné
    samedi 28 mars 2009 16h35
    Les élites ont abandonné leurs responsabilités morales
    « Les élites économiques qui se graissent pendant que leurs entreprises piquent du nez, en utilisant même les crédits de l'État devant servir à les rescaper, n'est pas un épiphénomène. C'est l'expression d'un grand vide moral dans l'Occident moderne.

    La science ne règlera pas les problèmes engendrés par l'abandon à l'économisme et à l'individualisme. Les hommes (et les femmes, bien sûr) ont besoin d'une institution spirituelle et non pas seulement d'un système économique et d'un gouvernement gestionnaire. Il incombe d'abord aux élites de fonder (ou refonder) une telle institution. »

  • Martine Tiramani
    Inscrite
    samedi 28 mars 2009 19h21
    dommage
    « meme avec tout l evolution que nous avons fait en tant que societe, il reste que celui qui parle plus fort, se fait entendre. la violence, ca ecrase mais le temps que la victime prends a se remonter fait qu elle perds l avance. le meme avec la societe. le taxage dans les ecoles; les profs ne s implique plus,les parents ne s implique plus. quel est le message envoyer aux enfants.? la protestation contre la police. qui doit payer pour que ces jeunes puisse s exprimer. les cout des policiers centraliser sur la manifestation?.les cout des victimes qui vont voir leurs primes d assurance augmenter.etc etc.en afghanistan,ont realise que ca va etre impossible d avoir la paix sans impliquer les talibans dans le gouvernement afghanistanais. septembre le 11. depuis ce temps ont entends parler de tout ce qui est relie a l islam. les nouvelles, ls reportages, les articles , les injustices etc.etc. nous en savons presque plus sur l islam que notre propre religion.il faut dire que ca d l air que la violence ca marche, par ce que ca fait peur. dommages n est ce pas. »

  • loiselet
    Abonné
    samedi 28 mars 2009 20h57
    Visage à deux faces
    « Heureux que vous sembliez souhaiter le retour "du tonus social" qui nous manque. Ce serait une excellente porte de sortie vers la rue.
    Bizarre aussi que vous affirmiez, toujours au dernier paragraphe, que "...faute de décence, la discrétion s'impose." N'est-ce pas une invitation à la plus franche des hypocrisie, et sur le dos d'un peuple déjà constamment trompé? »

  • Guy Fafard
    Inscrit
    samedi 28 mars 2009 23h41
    Une nouvelle éthique sociale est elle nécessaire?
    « Je pense que oui, car les différences salariales deviennent trop grandes pour être acceptables pour le commun des mortels.

    Les exagérations de privilèges dans le communisme ont engendré son effondrement. De la même façon le capitalisme peut provoquer son implosion par les exagérations de ses dirigeants. Ce serait dommage parce que ce système ne peut être remplacé par un autre qui n'existe pas encore. »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    dimanche 29 mars 2009 09h11
    Que ce passe-t-il... Vous défendez la gauche maintenant ?
    « Que ce passe-t-il... Vous défendez la gauche maintenant ?


    Que ce passe-t-il Madame Bombardier... Vous défendez la gauche maintenant ?

    Vous qui déploriez tant et il n' y a pas si longtemps l'affaiblissement de l'ADQ, et qui insistiez tant sur l'importance de la représentation de la droite ?

    Si je m'en réfère à votre manière de habituelle réfléchir, je crois que vous me répondriez sans doute qu'il ne faut pas s'assujettir aux idéologies et raisonner les situations les unes après les autres. Et en ce sens, vous n'auriez sans doute pas entièrement tort.

    Mais, vous faisiez à mon avis gravement erreur en croyant que la droite souffrirait d'une quelconque «sous-représentation», puisque que la droite «souffre» infiniment plus du contraire et bien plus d'une «surreprésentation». Et ce, bien évidemment, puisque la droite est constituée de la classe des possédants et des puissances économiques.

    Cette droite qui domine déjà le pouvoir économique et commercial cherche par ailleurs constamment à s'arroger en plus,le pouvoir politique.

    Non. La droite est définitivement surreprésentée en ce bas monde. Et la politique n'est pas tant une idéologie qu'un "combat" pour faire en sorte de rééquilibrer les choses et que chacun puisse vivre dans un minimum de décence et de dignité.

    En ce sens, personne ne peut se prétendre d'une quelconque «neutralité» puisque ne pas choisir son camps ou tenter de s'extraire de la bataille, revient à abandonner les faibles à leurs misères.

    Heureux donc, de constater que vous semblez orienter un peu plus vos réflexions vers l'importance et la valeur d'une l'approche de gauche dans un univers sous l'entière domination d'un capitalisme amoral, asocial et apatride, dont l'unique motivation est la maximisation des profits dans le minimum de temps et la concentration du capital entre la mains d'une minorité de privilégiés...

    Et d'autant plus heureux, que ce texte va dans le sens de désormais plus de 8% de la population du Québec...




    ________________________

    Christian Montmarquette
    Membre de Québec solidaire
    Militant pour l'éradication de la pauvreté et l'indépendance du Québec


    Références :

    Québec solidaire obtient 8 % des intentions de vote :
    http://www.vigile.net/Quebec-solidaire-obtient-8-des#forum15973

    Tous mes articles chez Vigile.net ;
    http://www.vigile.net/_Montmarquette-Christian_


    QS »

  • Jacques Laurin
    Abonné
    dimanche 29 mars 2009 13h21
    Poker, poupounes, villas et gros chars pour tous !!!
    « Voilà le modèle de nirvana, le nec plus ultra de la condition humaine à laquelle nous convient nos élites economico/culturelles, de Guy A. à James Bond en passant par Angélil et Laliberté.

    Quand la petite vie que la plupart de nos contemporains tentent de créer ne marche même pas et qu'ils regardent à la tv cette bande d'enc... Que leur reste t'il à faire ? »

  • Guillot Sophie
    Inscrite
    dimanche 29 mars 2009 14h12
    à Guy Fafard et Mme Bombardier
    « à Guy Fafard et Mme Bombardier

    "ce système ne peut être remplacé par un autre qui n'existe pas encore."

    Monsieur Fafard, permettez moi de ne pas partager votre pessimisme. Je ne vois pas pourquoi ce système qui a largement montré ses limites dans la crise de cet automne ne pourrait pas être remplacé par un autre ...à inventer. L'homme est quand même plus créatif que cela il me semble, non ? Allez donc lire un peu le programme de ce nouveau parti Français qui émerge ces dernières semaines, le NPA.
    http://www.npa2009.org/


    "Faute de décence, la discrétion s'impose" ?

    Madame Bombardier, j'aurais préféré que vous écriviez "Crise oblige, la transparence et l'équité sont de mise" . Parce qu'enfin si les dirigeants de grandes entreprises se rémunèrent des salaires indécents d'une main et licencient de l'autre, ne croyez-vous pas qu'il faille que ce genre de pratiques immorales et profondément injustes socialement cessent tout bonnement ?

    Je ne suis pas farouchement opposée à ce que des personnes gagnent beaucoup d'argent, cela me révolte qu'ils se le permettent tout en laissant une partie grandissante de leurs concitoyens sombrer dans la misère, mourir de froid et de faim dans un autre quartier de leur propre ville par exemple. Si tout le monde avait de quoi vivre dignement ( un toît, à manger, de quoi se soigner sans considérations économiques, et une éducation à chaque enfant leur donnant les mêmes chances à tous) peu importe que certains vivent dans des palais.

    Mais cette juste répartition est de moins en moins la règle dans tous les pays occidentaux, les plus riches s'étant scandaleusement enrichis ces dernières 20 années pendant qu'un nombre croissant de personnes vivaient de plus en plus dans la misère. En France en 2007, les progressions de revenus des grands patrons ont été de 20%.

    Pourtant la situation économique n'était pas si florissante, même avant la crise. Trouvez-vous moral madame que 85% des richesses de ce monde ne soient profitables qu'à 15% de la population mondiale, au point qu'il faille se montrer "discret" par "décence" ? Cette discrétion là a quelque chose de bien indécent justement.

    Un autre chiffre édifiant : en France en 2007, 85% de la population vit avec moins de 2000 euros mensuels.Vu la richesse de ce pays, je vous laisse imaginer les revenus gargantuesques que parmi les 15% restant certains s'octroient. Le bouclier fiscal de Sarkozy limitant l'imposition à 50% dans le contexte de crise actuel est proprement indécent. Il a aussi prononcé pendant sa campagne électorale de 2007 des discours démagogiques promettant que s'il était élu, au cours de l'été 2007, il ferait voter une loi interdisant les parachutes dorés surtout quand le dirigeant en question laissait l'entreprise exsangue. Curieux que sur ce genre de sujets, il semble beaucoup moins empressé d'agir par rapport à d'autres dossiers sur lesquesls Sarkozy est surnommé le BipBip du dessin animé. ( avec la tête du coyote , je vous le concède)

    Quinze jours lui ont suffit cet automne pour trouver 10 milliards pour tenter de sauver les banques. Et en deux ans, cette loi sur les parachutes dorés attend encore au fond d'un dossier, d'un tiroir ou pour le moins dans les discours démagogiques du gouvernement. Il a encore trouvé ensuite 26 milliards pour les grandes entreprises, mais les caisses sont vides pour donner un peu plus de pouvoir d'achat aux plus modestes. Les Français n'en peuvent plus et le lui font savoir lors des grandes manifestations.

    Je me réjouis qu'au moins chez les irréductibles gaulois que nous sommes, la force vive du peuple soit bien là pour descendre dans la rue et protester. Ce que Charest a fait subir à votre province est littéralement scandaleux. Et ce ne sont pas les renoncements affligés de Sabia qui vont y changer quelque chose. »

  • Jean Pageau
    Abonné
    dimanche 29 mars 2009 21h04
    la séparation
    « peu vous ont écrit sur sesujet pourtant brulant d actualité je comprend la charge émotive moi meme je suisun amputé de cette guerre que j ai livré au risque de ma vie une violence peu devenir fatale je ne me croyais capabled une rage incontroble ajouté a ca une provocation de mon ex le cocktail parfait pour l explosion fini la vie a deux jeanpageau@globetrotter net »

  • Marc O. Rainville
    Inscrit
    mardi 31 mars 2009 09h36
    " (...) l'absence de tonus social dont on faisait mention au début de cette chronique semble engourdir une certaine révolte"
    « Moi, pour me retonifier le tonus, j'attends des leaders d'opinion de ce bas monde - et je vous compte au nombre de ceux-ci - qu'ils m'inspirent par ... et là, ne vous attendez pas à ce que je vous fasse des suggestions.
    Mais ça serait plaisant des fois d'entendre le fonds de votre pensée sur l'éthique sociale des membres de notre petite bourgeoisie boutiquière. »

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