Questions d'image - Portrait de familles
Le temps des Fêtes est pour beaucoup l'occasion de retrouvailles et de réjouissances. La famille, en ces fins et débuts d'année, reprend tous ses droits. Famille de toujours, famille nouvelle, famille reconstituée, famille élargie bref, comme dit le réputé psychiatre Serge Hefez, dans son blog sur Libération.fr intitulé: Familles, je vous haime, les familles ont perdu beaucoup en verticalité. Mais qu'elles se rassurent, elles ont aussi beaucoup gagné grâce à leur horizontalité accrue. Alors forcément, durant le temps des Fêtes, chacun a dû revoir sa copie et faire le bilan des changements et des évolutions dans son propre clan.
C'est comme ça: ni votre famille ni la mienne n'échapperont désormais à ces mutations profondes. En résumé, ainsi va la famille, car ainsi va le monde.
J'ai donc profité de ce congé festif pour m'interroger sur l'image de nos familles à l'orée de 2009. Et, comme j'avais la mienne sous la main, je me suis dit que ce serait pratique d'analyser mon propre échantillon.
Loin de moi l'idée de vous ennuyer avec mes dossiers personnels, mais je dois avouer que mon propre clan familial donne au premier coup d'oeil l'aspect d'une tribu bien d'aujourd'hui, un microcosme à faire pâlir d'envie les échantillonneurs de CROP ou de Léger Marketing. Pensez donc, si je m'amuse à contempler ma lignée directe et de celle de mon épouse (Québécoise de souche paternelle et maternelle, depuis 14 générations), je dois admettre que bien des choses ont changé. En l'espace de deux générations, on n'y compte plus le nombre de couples séparés, divorcés, remariés ou, comme on dit, «accotés». Ces mêmes couples ont parfois un, deux, trois, quatre enfants, issus d'une ou de deux unions. De plus, je dois tenir compte des origines de tout ce beau petit monde, de leurs langues, de leurs races, de leurs orientations religieuses et sexuelles. On y retrouve des Québécois «pure laine», jeunes et moins jeunes, des Canadiens français, des Franco-Ontariens de souche acadienne (avec du sang amérindien), des Anglo-Canadiens de souche britannique (avec du sang écossais), des Français de vieille souche angevine et bretonne, mais également hollandaise, belge et polonaise (juive et catholique!), des Portugais, puis des cousins québéco-camerounais et même un petit-neveu chinois adopté par des parents d'Ottawa. Respirez un peu. Je sais, il y a de quoi y perdre son latin.
Et je ne vous parle pas de leurs orientations politiques. Car, là encore, nous présentons un florilège d'opinions démocratiques assez exotiques. Des souverainistes purs et durs, des souverainistes plus mous, des fédéralistes convaincus, des fédéralistes à convaincre, pas d'adéquistes avoués (à ma connaissance) et de plus en plus de «Québecsolidaristes», plus une bonne gang de «j'enairienàfoutristes», etc. Quel bordel ma famille, mais aussi quel bonheur!
À tel point que chez nous, vous l'aurez compris, un simple repas du temps des Fêtes prend spontanément l'allure d'une joyeuse commission Bouchard-Taylor!
Un ami syrien, en séjour d'études à Montréal, me trouvait bien chanceux de vivre dans une telle harmonie avec un clan aussi disparate. À dire vrai, il m'a semblé envieux et m'a demandé si nous avions un secret. Je lui avouai candidement que nous appliquions entre nous, et du mieux qu'il est possible, de très élémentaires principes de respect, de dialogue et de non-ingérence dans la vie des autres. Cela le fit sourire. Comme si tout cela relevait de la plus grande évidence. Nous nous mîmes là-dessus à disserter sur les différences existantes entre les notions de tolérance et d'ouverture. Il me fit alors remarquer que le Québec d'aujourd'hui — et notre famille n'en était qu'une illustration supplémentaire — lui apparaissait davantage comme une société d'ouverture, comparé à des sociétés qui se montrent certes tolérantes, mais sans jamais s'ouvrir véritablement. L'ouverture requérant, selon lui, de l'écoute, de la compréhension et du dialogue sur des valeurs qui ne sont pas les nôtres.
Cela m'amena à constater qu'en ce qui nous concerne, tout cela n'avait pas été si ardu. Le plus difficile fut sans doute de vaincre nos peurs et nos préjugés. Un peu de bonne volonté et beaucoup d'amour ont suffi. Des sentiments et des attitudes qui sont propres à bien des familles du Québec.
Une famille n'est rien d'autre qu'un petit monde. Et, je suis bien conscient que l'attention qu'elle mérite au quotidien n'est pas une mince affaire. Et je sais aussi que toutes n'ont pas, hélas, la même chance au départ. Mais chacun d'entre nous, à sa modeste mesure, possède un pouvoir insoupçonné et autant de responsabilités dans l'établissement de règles et de valeurs simples pour la faire fonctionner en harmonie.
Les familles d'aujourd'hui sont certes différentes, elles n'en sont pas moins des familles à part entière. En cela, je profite de l'occasion pour leur souhaiter, à commencer par la vôtre, une grande et belle année 2009.
***
Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
C'est comme ça: ni votre famille ni la mienne n'échapperont désormais à ces mutations profondes. En résumé, ainsi va la famille, car ainsi va le monde.
J'ai donc profité de ce congé festif pour m'interroger sur l'image de nos familles à l'orée de 2009. Et, comme j'avais la mienne sous la main, je me suis dit que ce serait pratique d'analyser mon propre échantillon.
Loin de moi l'idée de vous ennuyer avec mes dossiers personnels, mais je dois avouer que mon propre clan familial donne au premier coup d'oeil l'aspect d'une tribu bien d'aujourd'hui, un microcosme à faire pâlir d'envie les échantillonneurs de CROP ou de Léger Marketing. Pensez donc, si je m'amuse à contempler ma lignée directe et de celle de mon épouse (Québécoise de souche paternelle et maternelle, depuis 14 générations), je dois admettre que bien des choses ont changé. En l'espace de deux générations, on n'y compte plus le nombre de couples séparés, divorcés, remariés ou, comme on dit, «accotés». Ces mêmes couples ont parfois un, deux, trois, quatre enfants, issus d'une ou de deux unions. De plus, je dois tenir compte des origines de tout ce beau petit monde, de leurs langues, de leurs races, de leurs orientations religieuses et sexuelles. On y retrouve des Québécois «pure laine», jeunes et moins jeunes, des Canadiens français, des Franco-Ontariens de souche acadienne (avec du sang amérindien), des Anglo-Canadiens de souche britannique (avec du sang écossais), des Français de vieille souche angevine et bretonne, mais également hollandaise, belge et polonaise (juive et catholique!), des Portugais, puis des cousins québéco-camerounais et même un petit-neveu chinois adopté par des parents d'Ottawa. Respirez un peu. Je sais, il y a de quoi y perdre son latin.
Et je ne vous parle pas de leurs orientations politiques. Car, là encore, nous présentons un florilège d'opinions démocratiques assez exotiques. Des souverainistes purs et durs, des souverainistes plus mous, des fédéralistes convaincus, des fédéralistes à convaincre, pas d'adéquistes avoués (à ma connaissance) et de plus en plus de «Québecsolidaristes», plus une bonne gang de «j'enairienàfoutristes», etc. Quel bordel ma famille, mais aussi quel bonheur!
À tel point que chez nous, vous l'aurez compris, un simple repas du temps des Fêtes prend spontanément l'allure d'une joyeuse commission Bouchard-Taylor!
Un ami syrien, en séjour d'études à Montréal, me trouvait bien chanceux de vivre dans une telle harmonie avec un clan aussi disparate. À dire vrai, il m'a semblé envieux et m'a demandé si nous avions un secret. Je lui avouai candidement que nous appliquions entre nous, et du mieux qu'il est possible, de très élémentaires principes de respect, de dialogue et de non-ingérence dans la vie des autres. Cela le fit sourire. Comme si tout cela relevait de la plus grande évidence. Nous nous mîmes là-dessus à disserter sur les différences existantes entre les notions de tolérance et d'ouverture. Il me fit alors remarquer que le Québec d'aujourd'hui — et notre famille n'en était qu'une illustration supplémentaire — lui apparaissait davantage comme une société d'ouverture, comparé à des sociétés qui se montrent certes tolérantes, mais sans jamais s'ouvrir véritablement. L'ouverture requérant, selon lui, de l'écoute, de la compréhension et du dialogue sur des valeurs qui ne sont pas les nôtres.
Cela m'amena à constater qu'en ce qui nous concerne, tout cela n'avait pas été si ardu. Le plus difficile fut sans doute de vaincre nos peurs et nos préjugés. Un peu de bonne volonté et beaucoup d'amour ont suffi. Des sentiments et des attitudes qui sont propres à bien des familles du Québec.
Une famille n'est rien d'autre qu'un petit monde. Et, je suis bien conscient que l'attention qu'elle mérite au quotidien n'est pas une mince affaire. Et je sais aussi que toutes n'ont pas, hélas, la même chance au départ. Mais chacun d'entre nous, à sa modeste mesure, possède un pouvoir insoupçonné et autant de responsabilités dans l'établissement de règles et de valeurs simples pour la faire fonctionner en harmonie.
Les familles d'aujourd'hui sont certes différentes, elles n'en sont pas moins des familles à part entière. En cela, je profite de l'occasion pour leur souhaiter, à commencer par la vôtre, une grande et belle année 2009.
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Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
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