Une convention internationale protège maintenant les cimetières marins de la Planète bleue
Photo : Agence France-Presse
Les percées technologiques (sonars, sous-marins de poche, etc.) facilitent les recherches et les pillages.
Après la diversité culturelle et le patrimoine mondial, c'est maintenant au tour du patrimoine culturel subaquatique d'être protégé par une convention internationale de l'Unesco. Le seuil minimum nécessaire des 20 États signataires est atteint, ce qui permet l'entrée en vigueur officielle de la convention depuis dimanche.
Le Canada n'a toujours pas ratifié cette grande charte des trésors culturels de la mer, mais devrait y arriver, à moins d'un nouveau revirement idéologique majeur à Ottawa. Parcs Canada demeure un des leaders mondiaux dans le secteur hyperspécialisé de l'archéologie sous-marine.
«C'est une étape extrêmement importante dans l'histoire de la protection du patrimoine culturel», a déclaré à Paris cette semaine Koïchiro Matsuura, directeur général de l'organisme onusien pour la science, la culture et l'éducation. Il a souhaité que la convention mette «un terme au trafic illicite croissant alimenté par des pilleurs des mers».
Les percées technologiques (sonars, sous-marins de poche, etc.) facilitent les recherches et les pillages. En utilisant ces moyens, les chasseurs de trésors modernes ont vidé le site du Nuestra Signora de Atocha, galion espagnol gonflé d'or, coulé en 1622. L'équipe de l'Américain Mel Fisher a retrouvé le coffre-fort au large de la Floride en 1985, après 16 années d'efforts.
La convention ne porte que sur les eaux internationales. Ses articles reposent sur quatre principes: l'obligation de préserver le patrimoine subaquatique, la priorité donnée à la préservation in situ, c'est-à-dire au fond de l'eau, le refus de l'exploitation commerciale des vestiges et la coopération des États en vue de protéger ce patrimoine. L'Espagne fait partie de la première fournée des 20 signataires. D'autres pays européens suivront bientôt, assurent les spécialistes.
Et le Canada?
«La mer est le domaine de la liberté depuis des siècles et des siècles», commente Robert Grenier, chef de l'archéologie subaquatique de Parcs Canada. Il a participé à l'élaboration de la convention pendant une dizaine d'années à titre de représentant des archéologues. Il étudie les épaves et les sites sous-marins depuis près d'un demi-siècle. «Il a fallu beaucoup d'efforts pour faire accepter cette balise légale et il faudra encore beaucoup d'efforts pour bien la faire respecter.»
Le Canada baigne dans l'eau avec trois océans à ses frontières, ses fleuves et ses grands lacs. Les équipes de M. Grenier y ont fait de fabuleuses découvertes depuis les années 1960, comme la frégate Le Machault, qui gisait dans l'estuaire de la Restigouche depuis 200 ans.
Parcs Canada vient de déposer un volumineux rapport scientifique sur les fouilles entreprises pendant huit saisons, à compter de 1978, sur le site de Red Bay au Labrador, où les Basques pratiquaient la pêche à la baleine au XVIe siècle. Ce projet d'archéologie scientifique a été décrit comme «le plus complet à voir le jour en Amérique du Nord».
Le logo de l'Unesco sur le patrimoine subaquatique reproduit une des barques trouvées à Red Bay. Le site figure sur la liste indicative du Canada et sera défendu comme prochain candidat national à être inscrit sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial. «Il n'y a pas d'autre témoin semblable des premiers rapports entre l'Ancien et le Nouveau Monde», dit fièrement M. Grenier.
Cet été, l'infatigable septuagénaire et l'historien inuit Louie Kamouka étaient d'une nouvelle expédition pour retrouver les vaisseaux HMS Erebus et HMS Terror de la mythique expédition arctique de John Franklin (1786-1847). Les navires ont sombré dans les années 1840, probablement aux environs de l'île King William. L'Erebus et le Terror figurent en tête de liste des trésors archéologiques sous-marins les plus recherchés en Amérique du Nord. M. Grenier parle du «Saint-Graal» de sa profession.
Deux voyages de recherche suivront d'ici l'été 2010. En lançant la première phase du plan triennal en août dernier, le ministre de l'Environnement John Bird en a fait un argument national de plus dans les disputes pour la souveraineté de l'immense territoire nordique. En 1997, Londres et Ottawa ont signé un accord accordant la propriété des artefacts au Canada, le cas échéant. Franklin est considéré comme le plus fameux des explorateurs britanniques du fameux passage du Nord-Ouest, finalement conquis par le Norvégien Roald Amundsen en 1906. La fonte de la calotte glacière a rendu la voie navigable pendant les trois derniers étés.
Et le Québec?
L'archéologie sous-marine demeure très peu pratiquée au Québec. La fouille du Lady Sherbrooke, abandonné près des Îles de Boucherville en 1826 par la compagnie Molson, offre une exception notable. L'épave du prototype de bateau moteur unique au monde a été fouillée pendant huit années par le professeur Jean Belisle de l'université Concordia, avec des fonds fournis par la brasserie.
L'Empress of Ireland offre un autre cas de figure. Le paquebot a coulé au large de Rimouski en 1914 en faisant plus de mille morts, soit les deux tiers des passagers. Pendant des décennies, les plongeurs ont visité et pillé l'épave reposant à 45 mètres. Le gouvernement du Québec ne l'a déclarée bien culturel qu'il y a 10 ans.
Le Titanic, mère de toute les épaves, fait en ce moment l'objet d'une exposition muséologique au Centre Eaton à Montréal. On peut y voir des objets récupérés depuis 1985 à près de 4 km de fond au milieu de l'Atlantique, là où l'«Insubmersible» a sombré en 1912.
Le tombeau-monument a été désigné «mémorial maritime» par le président Ronald Reagan en 1986. La Cour suprême des États-Unis a confirmé en 2002 que la société RMS Titanic inc., la seule à effectuer des fouilles, ne peut que conserver et exposer les objets récupérés (y compris ceux des passagers) sans pouvoir les aliéner.
Plus de 10 000 objets ont été remontés à la surface au cours des deux dernières décennies, dont les chaudières, une cheminée, la barre du paquebot, de la vaisselle, des lustres et des hublots. L'exposition mondiale des «morceaux choisis» a déjà attiré plus de 22 millions de visiteurs payants.
«La découverte et l'exploitation du Titanic nous ont encouragés à faire adopter la nouvelle convention, dit Robert Grenier. Il ne me semble pas souhaitable que ce genre d'erreur se reproduise.»
Le Canada n'a toujours pas ratifié cette grande charte des trésors culturels de la mer, mais devrait y arriver, à moins d'un nouveau revirement idéologique majeur à Ottawa. Parcs Canada demeure un des leaders mondiaux dans le secteur hyperspécialisé de l'archéologie sous-marine.
«C'est une étape extrêmement importante dans l'histoire de la protection du patrimoine culturel», a déclaré à Paris cette semaine Koïchiro Matsuura, directeur général de l'organisme onusien pour la science, la culture et l'éducation. Il a souhaité que la convention mette «un terme au trafic illicite croissant alimenté par des pilleurs des mers».
Les percées technologiques (sonars, sous-marins de poche, etc.) facilitent les recherches et les pillages. En utilisant ces moyens, les chasseurs de trésors modernes ont vidé le site du Nuestra Signora de Atocha, galion espagnol gonflé d'or, coulé en 1622. L'équipe de l'Américain Mel Fisher a retrouvé le coffre-fort au large de la Floride en 1985, après 16 années d'efforts.
La convention ne porte que sur les eaux internationales. Ses articles reposent sur quatre principes: l'obligation de préserver le patrimoine subaquatique, la priorité donnée à la préservation in situ, c'est-à-dire au fond de l'eau, le refus de l'exploitation commerciale des vestiges et la coopération des États en vue de protéger ce patrimoine. L'Espagne fait partie de la première fournée des 20 signataires. D'autres pays européens suivront bientôt, assurent les spécialistes.
Et le Canada?
«La mer est le domaine de la liberté depuis des siècles et des siècles», commente Robert Grenier, chef de l'archéologie subaquatique de Parcs Canada. Il a participé à l'élaboration de la convention pendant une dizaine d'années à titre de représentant des archéologues. Il étudie les épaves et les sites sous-marins depuis près d'un demi-siècle. «Il a fallu beaucoup d'efforts pour faire accepter cette balise légale et il faudra encore beaucoup d'efforts pour bien la faire respecter.»
Le Canada baigne dans l'eau avec trois océans à ses frontières, ses fleuves et ses grands lacs. Les équipes de M. Grenier y ont fait de fabuleuses découvertes depuis les années 1960, comme la frégate Le Machault, qui gisait dans l'estuaire de la Restigouche depuis 200 ans.
Parcs Canada vient de déposer un volumineux rapport scientifique sur les fouilles entreprises pendant huit saisons, à compter de 1978, sur le site de Red Bay au Labrador, où les Basques pratiquaient la pêche à la baleine au XVIe siècle. Ce projet d'archéologie scientifique a été décrit comme «le plus complet à voir le jour en Amérique du Nord».
Le logo de l'Unesco sur le patrimoine subaquatique reproduit une des barques trouvées à Red Bay. Le site figure sur la liste indicative du Canada et sera défendu comme prochain candidat national à être inscrit sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial. «Il n'y a pas d'autre témoin semblable des premiers rapports entre l'Ancien et le Nouveau Monde», dit fièrement M. Grenier.
Cet été, l'infatigable septuagénaire et l'historien inuit Louie Kamouka étaient d'une nouvelle expédition pour retrouver les vaisseaux HMS Erebus et HMS Terror de la mythique expédition arctique de John Franklin (1786-1847). Les navires ont sombré dans les années 1840, probablement aux environs de l'île King William. L'Erebus et le Terror figurent en tête de liste des trésors archéologiques sous-marins les plus recherchés en Amérique du Nord. M. Grenier parle du «Saint-Graal» de sa profession.
Deux voyages de recherche suivront d'ici l'été 2010. En lançant la première phase du plan triennal en août dernier, le ministre de l'Environnement John Bird en a fait un argument national de plus dans les disputes pour la souveraineté de l'immense territoire nordique. En 1997, Londres et Ottawa ont signé un accord accordant la propriété des artefacts au Canada, le cas échéant. Franklin est considéré comme le plus fameux des explorateurs britanniques du fameux passage du Nord-Ouest, finalement conquis par le Norvégien Roald Amundsen en 1906. La fonte de la calotte glacière a rendu la voie navigable pendant les trois derniers étés.
Et le Québec?
L'archéologie sous-marine demeure très peu pratiquée au Québec. La fouille du Lady Sherbrooke, abandonné près des Îles de Boucherville en 1826 par la compagnie Molson, offre une exception notable. L'épave du prototype de bateau moteur unique au monde a été fouillée pendant huit années par le professeur Jean Belisle de l'université Concordia, avec des fonds fournis par la brasserie.
L'Empress of Ireland offre un autre cas de figure. Le paquebot a coulé au large de Rimouski en 1914 en faisant plus de mille morts, soit les deux tiers des passagers. Pendant des décennies, les plongeurs ont visité et pillé l'épave reposant à 45 mètres. Le gouvernement du Québec ne l'a déclarée bien culturel qu'il y a 10 ans.
Le Titanic, mère de toute les épaves, fait en ce moment l'objet d'une exposition muséologique au Centre Eaton à Montréal. On peut y voir des objets récupérés depuis 1985 à près de 4 km de fond au milieu de l'Atlantique, là où l'«Insubmersible» a sombré en 1912.
Le tombeau-monument a été désigné «mémorial maritime» par le président Ronald Reagan en 1986. La Cour suprême des États-Unis a confirmé en 2002 que la société RMS Titanic inc., la seule à effectuer des fouilles, ne peut que conserver et exposer les objets récupérés (y compris ceux des passagers) sans pouvoir les aliéner.
Plus de 10 000 objets ont été remontés à la surface au cours des deux dernières décennies, dont les chaudières, une cheminée, la barre du paquebot, de la vaisselle, des lustres et des hublots. L'exposition mondiale des «morceaux choisis» a déjà attiré plus de 22 millions de visiteurs payants.
«La découverte et l'exploitation du Titanic nous ont encouragés à faire adopter la nouvelle convention, dit Robert Grenier. Il ne me semble pas souhaitable que ce genre d'erreur se reproduise.»
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