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Les trois grands refuges montréalais restent sur leur faim

Jeanne Corriveau   24 décembre 2008  Société
Une bénéficiaire de l’organisme de dépannage alimentaire Multicaf, là où l’annonce d’une bonification du soutien à la lutte contre la pauvreté a été faite, hier.
Photo : Jacques Nadeau
Une bénéficiaire de l’organisme de dépannage alimentaire Multicaf, là où l’annonce d’une bonification du soutien à la lutte contre la pauvreté a été faite, hier.
Québec a augmenté de neuf millions de dollars l'aide financière accordée pour les trois prochaines années aux organismes oeuvrant auprès des plus démunis de la métropole, accédant ainsi à la demande de la Ville de Montréal. Mais le cadeau de Noël n'a pas l'ampleur qu'espéraient les trois grands refuges montréalais pour itinérants. Ces sommes supplémentaires constituent un pas dans la bonne direction, mais elles seront loin d'être suffisantes pour faire face aux besoins grandissants de la clientèle démunie.

Le renouvellement de l'entente sur la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale prévoit l'octroi de 24 millions de dollars répartis sur trois ans. Ainsi, pour 2009, Montréal recevra sept millions qu'elle redistribuera aux 220 groupes qui travaillent auprès des personnes défavorisées, qu'il s'agisse d'itinérants, de sans-emploi ou de travailleurs à faibles revenus. En 2010, cette aide grimpera à huit millions et, en 2011, elle atteindra neuf millions.

L'annonce a été faite hier lors d'une conférence de presse au Multicaf, un organisme de dépannage alimentaire du quartier Côte-des-Neiges, en présence du ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, et du maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Satisfait, le maire Tremblay a rappelé que le financement de la lutte contre la pauvreté n'avait pas été indexé depuis cinq ans, plafonné à cinq millions par année pour l'île de Montréal. Il s'est réjoui d'avoir obtenu de Québec une entente de trois ans, ce qui évitera aux organismes d'avoir à soumettre de nouvelles demandes chaque année et leur permettra de «concentrer leurs énergies sur le terrain», a-t-il signalé.

Montréal créera aussi un fonds d'urgence de deux millions afin de répondre aux demandes pressantes d'organismes d'aide aux plus démunis pendant la période des Fêtes. «On a entendu de façon très claire le message des refuges et des banques alimentaires qui sont à la recherche de fonds additionnels. On n'a pas déterminé quelle part des deux millions additionnels sera accordée, mais on va le faire au cours des prochains jours», a-t-il expliqué.

Joie et frustration

L'annonce d'hier a été accueillie avec enthousiasme par les représentants de plusieurs organismes. «En temps normal, ce serait une bonne nouvelle, mais avec l'incertitude économique qu'on connaît aujourd'hui, c'est une excellente nouvelle», a lancé Tommy Kulczyk, directeur de Jeunesse au Soleil, en précisant que le ralentissement économique avait fait grimper de 13 % le nombre de demandes d'aide auprès de l'organisme. «Le prix des aliments de base a tellement monté qu'on achète de la nourriture, mais on en a moins pour notre argent. C'est un cocktail explosif», a-t-il dit.

Le directeur général de Multicaf s'est aussi réjoui de la bonification des programmes d'aide. «C'est un montant substantiel, et le fait que l'entente s'échelonne sur trois ans permettra de mieux gérer les programmes», estime Alain Landry, directeur du Multicaf. Une annonce comme ça le 23 décembre, c'est intéressant.»

Pour d'autres organismes, l'aide accordée est loin d'être suffisante. C'est le cas des trois grands refuges montréalais qui réclamaient dimanche une aide supplémentaire de 3,3 millions pour être en mesure d'offrir leurs services d'hébergement aux itinérants de la métropole. Il y a trois ans, l'ex-ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, avait promis une telle somme pour la Mission Old Brewery, la Maison du Père et la Mission Bon Accueil. Les trois organismes ont finalement dû se contenter d'un million de dollars qu'ils se sont partagés à parts égales.

Les refuges, qui reçoivent un financement du gouvernement du Québec allant de 8 à 12 $ par lit, affirment avoir besoin d'une somme minimale de 27 $ par lit pour être en mesure d'offrir les services de base pour l'accueil des itinérants, soit les loger, les nourrir et les doucher. À Toronto, l'aide accordée aux refuges se chiffre plutôt à 61,70 $ par lit, ont fait valoir les trois groupes.

À ce sujet, le ministre responsable de la Métropole, Raymond Bachand, s'est empressé hier de rejeter cette comparaison qui, selon lui, ne tient pas la route. Il soutient que les montants évoqués couvrent une panoplie de services connexes.

Reste que les représentants des refuges cachaient mal leur déception. Le directeur général de la Mission Bon Accueil, Cyril Morgan, s'est demandé ce qu'il leur resterait du fonds d'urgence de deux millions du maire Tremblay: «Si vous divisez ce montant par 220, je ne sais pas ce que ça va donner pour notre Mission et pour les autres grands refuges à Montréal. Je suis par ailleurs très conscient que beaucoup de petits organismes ont besoin de financement.»

Réductions de services?

Du côté de la Maison du Père, le ton était encore plus pessimiste. «On est obligés de commencer à s'alarmer, a confié Geneviève Grégoire, directrice du refuge. J'annonçais hier [lundi] que notre déficit pour 2009 allait être de 700 000 $. Si on n'a pas d'aide, soit de la Ville ou du gouvernement provincial, il va falloir envisager des solutions. On voit déjà des organismes qui diminuent leurs services dans le temps des Fêtes ou qui ferment leurs portes. J'espère juste qu'on n'arrivera pas à une éventualité où on devra envisager des solutions de ce genre-là.»

Québec devra faire un effort supplémentaire, a-t-elle répété: «La situation économique ne nous aide pas, alors il faudra que le gouvernement fasse un pas en avant et nous aide un peu plus.»

Ce sous-financement a des conséquences sur le terrain. La Mission Old Brewery a mis sur pied un programme baptisé L'Étape qui permet aux itinérants de se prendre en main et de quitter la rue, mais seuls 39 des 75 lits sont disponibles, faute de financement. «C'est 36 personnes qui, au lieu d'être dans la rue, participeraient au programme et seraient en démarche de réinsertion à l'heure actuelle», déplore Donald Morin, chef des programmes d'urgence et des opérations. «Ce qui vient d'être annoncé, c'est mieux que rien, mais ce n'est pas la panacée. C'est nettement insuffisant.»

«Le choix est très simple: si vous n'intervenez pas au niveau de l'itinérance, vous ne faites qu'aggraver la situation. Les gens vont commettre des crimes et coûter bien plus cher à la société, poursuit M. Morin. Alors, que pendant qu'ils sont chez nous, ils ne brisent pas de fenêtres, ils ne font pas de vols et ils ne meurent pas dans les parcs.»

La directrice générale de l'Accueil Bonneau, soeur Aurore Larkin, était plus optimiste même si elle estimait elle aussi que les sommes annoncées étaient bien insuffisantes. L'Accueil Bonneau dispose d'un budget de 1,8 million, mais le gouvernement n'y contribue que pour 7 %. Comme ailleurs, le ralentissement économique se fait sentir depuis plusieurs mois: alors que les dons sont en baisse, les demandes d'aide augmentent.

«Mais j'ai confiance en la nature humaine. Je n'ai pas la hantise de dire qu'on va manquer de nourriture pour nos gens. Dans le domaine du demain, la providence y pourvoit, mais, dans le domaine du long terme, c'est inquiétant. Les démarches qu'on fait auprès des personnes itinérantes se poursuivent pendant de longues périodes», explique-t-elle.






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  • Jean-Serge Baribeau
    Abonné
    mercredi 24 décembre 2008 09h49
    Un maire benêt et toujours «satisfait»! Contre les «régionaleux»!
    « Je suis totalement déçu par les actions et discours du maire de Montréal. On dirait un grand benêt, toujours ravi. Pour lui le Grand Prix importe plus que l'aide aux démunis. Dans le contexte actuel, en dépit de la crise, j'attends de mon maire qu'il hurle comme un putois déchaîné pour faire savoir aux autres niveaux de gouvernement que Montréal va mal. Il faudrait aussi que le maire propose un discours de remplacement par rapport aux propos de certains «régionaleux» qui ne cessent d'accuser Montréal d'être responsable de tous les maux qui affligent la société québécoise.

    Si rien ne change, il va falloir «se payer» un nouveau maire! Il va aussi falloir expliquer aux «régionaleux» que, sans un centre urbain dynamique, les régions ne peuvent continuer à exister.

    JSB »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 24 décembre 2008 14h37
    Un mal nécessaire
    « Dans notre société capitaliste, la pauvreté est considérée comme un mal nécessaire à la production et à la distribution de la richesse. Inutile de la combattre à la source. « Il y aura toujours des pauvres parmi vous», aurait dit le Jésus des chrétiens à ses apôtres.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • laurent Pradiès
    Inscrit
    jeudi 25 décembre 2008 05h33
    sommes-nous capable de moralité ?
    « ces gens qui sont dans la rue sont nos "frères" , nos "soeurs", ils appartiennent à la même société que nous , ils ne sont pas un corps extérieur à notre groupe, ils sont des nôtres, c'est un devoir moral de les aider, nous leur devons assistance comme à tout un chacun,il s'agit d'un devoir moral de base sur desquels se construit un système politique démocratique.Si notre richesse ne sert pas à aider ceux qui sont dans la difficulté, sans doute nous même demain, à quoi sert donc cette richesse? à acheter un 4X4 plus gros que le voisin, l'humain vaut plus que cette attitude abjecte de bêtise !!
    Comment un gouvernement riche peut-il dépenser autant pour ceux qui en ont le moins besoin et aussi peu pour les nécessiteux ? Nous avons un devoir laïque ou religieux de moralité....bonne année »

  • Guillot Sophie
    Inscrite
    jeudi 25 décembre 2008 07h13
    Nécessaire, vous dites, Monsieur Berger?
    « Il y aura toujours des pauvres parmi vous, aurait dit Jésus, prétend Roland Berger ... ah oui? Des pauvres, ma foi, certes mais des nécessiteux, des gens qui meurent de faim et de froid, dans un pays riche qui a largement les moyens de subvenir à leurs besoins les plus fondamentaux, je ne pense pas qu'il ait dit cela.

    Nous assistons depuis 20 ans à un accroissement inquiétant dans tous les pays occidentaux de la misère, alors que les fortunes les plus colossales se sont encore renforcées de façon spectaculaire, j'ai bien peur que l'enfer, Dieu ne l'ait pas créé, l'homme s'en charge lui-même sur terre, et sans beaucoup de difficultés.

    Le système économique libéral engendre tout seul ce genre d'excès dommageable à sa propre survie. Parqu'enfin si il y a de plus en plus de miséreux, je ne crois pas que les plus riches continueront indéfiniment à vivre aux crochets des plus pauvres. Nous vivons à un tournant à mon sens sur la valeur du travail. Plus personne aujourd'hui ne peut tenir le discours à ses enfants qu'en travaillant bien à l'école il aura des chances de trouver un travail intéressant et correctement rémunéré plus tard, car même les plus diplômés se retrouvent sans emploi.

    Le peuple vit dans le rêve la plupart du temps illusoire de gagner au loto par exemple, et si on les interroge, nombreux sont ceux qui n'aspirent qu'à une seule chose: ne plus travailler. D'ailleurs les privilégiés qui font fortune dans la réalité réalisent ce rêve et ne travaillent plus dès qu'ils peuvent se le permettre. Comment alors tenir un discours moralisateur de l'autre côté sur le travail en tenant des propos tels que "travailler plus pour gagner plus", ou "les pauvres n'ont qu'à plus travailler, ils gagneront plus d'argent" alors que la réalité du terrain est toute autre?? Et que eux mêmes ne s'appliquent pas ces si beaux principes???

    Toute civilisation industrielle a tout fait pour mécaniser le plus possible les tâches, ce qui fait que naturellement il y a de moins de moins de travail, vu que tout un tas d'activités manuelles autrefois sont aujourd'hui accomplies par des machines.

    Pourquoi alors refuser de reconnaître ce qui en est la conséquence la plus naturelle si on se réfère aux Droits de l'Homme et à sa déclaration: offrir un revenu digne de ce nom qui permette de vivre décemment (se loger, se chauffer, s'habiller, se nourrir, s'instruire, se soigner ) à tous, y compris à tous les gens sans emploi depuis de longues années et qui risquent fort de ne jamais se réinsérer dans le monde du travail.

    Nous en sommes loin avec des mesures de ce genre qui ne sont que du saupoudrage de sucre sur les fraises alors qu'il faudrait déjà avoir ... les fraises!

    En ce temps des fêtes les actes de charité se multiplient ... pour un temps bref alors que ce genre d'actions ne font que conforter les dirigeants à ne pas prendre leurs responsabilités à ce sujet, à diviser les citoyens parce que certains trouvent ça injuste de devoir encore donner alors qu'ils paient des impots et des taxes, et à entretenir l'illusion que les plus démunis ont la vie belle à toucher de l'argent sans travailler. Des théories les plus farfelues soutiennent par exemple que les plus démunis se la coulent douce alors qu'en fait ils survivent à peine.

    Je crois quant à moi que cette fracture sociétale est entretenue et voulue parce que tant que les gens se chicaneront entre eux, ils ne s'inquièteront que très moyennement à savoir qui dirige le pays, ainsi toutes les instances décisionnaires pourront dormir sur leurs deux oreilles.

    J'ose espérer qu'avec l'élection du premier député de QS enfin les Québecquois entendront la voie de la raison : la solidarité donne un pouvoir bien plus puissant que celui de l'argent ...

    La question aujourd'hui est: quelle société voulons nous pour demain?
    Dans quelle démocratie sommes nous ? À choisir, plaçons nous l'économie au centre de nos préoccupations ou l'être humain ? »

  • Christian Tallon
    Inscrit
    jeudi 25 décembre 2008 12h32
    Il faut instaurer une taxe sociale
    « Québec augment de quelques millions quand les pertes des banques socialisées se chiffrent en dizaines ou centaines de milliards. C'est inique.
    Contre cet état de fait, il n'y a qu'une situation, un prélèvement de quelques % sur les transactions financières. Ce ne seront plus des millions mais des milliards qui seront disponibles pour l'aide et la réinsertion à long terme des pauvres du Québec. En attendant, on ne voit qu'une arme pour faire réfléchir les gouvernants : la grève de l'impôt »

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