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La Terre, un habitat menacé

Le Devoir   13 décembre 2008  Société
Le concours «Philosopher» invite chaque année les étudiants du réseau collégial québécois à proposer leur réflexion sur un thème d'actualité. Le texte gagnant a permis à son auteur de remporter le premier prix, soit une somme de 1500 $ à laquelle s'ajoute une bourse de 500 $ offerte par Chenelière Éducation. Le thème de cette année était: «Crise environnementale et changements climatiques: l'humanité manque-t-elle à l'éthique de la responsabilité?» Voici le texte gagnant de cette année.

L'histoire humaine renferme l'exemple d'un peuple qui, par quête d'immortalité, a frôlé l'autodestruction, celui de l'île de Pâques. Selon une hypothèse, afin d'illustrer la gloire de leur civilisation, les habitants de l'île entamèrent la construction de gigantesques idoles de pierre, qu'ils parvenaient à déplacer sur des billots de bois.

Leur ambition eut vite raison de l'intégralité des forêts de l'île. Ayant pillé sans réfléchir les précieuses ressources de son environnement, le peuple de l'île de Pâques fut décimé par sa propre irresponsabilité.

De nos jours, l'histoire des habitants de cette île peut sembler un triste présage, à une échelle réduite, du futur de l'humanité actuellement lancée dans une quête de croissance et de pillage de la nature à grande échelle. Par le règne de l'industrie, de l'automobile et du plastique, l'homme altère depuis plusieurs décennies déjà la qualité de son environnement, altération qui atteint aujourd'hui des niveaux inouïs.

En effet, la Terre est actuellement la scène d'une crise environnementale due à des siècles d'irresponsabilité humaine. L'homme, armé de son savoir et de sa technique, a causé des dommages, en partie irrévocables, à la nature.

Les cours d'eau ont été contaminés, les déchets domestiques et industriels ont été accumulés, les ressources naturelles ont été épuisées.

Le bouleversement de l'équilibre de la nature a récemment atteint un niveau tout autre avec la menace des changements climatiques, dont les conséquences seront multiples: pénurie d'eau potable, sécheresses, fonte des glaciers et inondations massives sont au programme.

Essentiellement, la question du changement climatique évoque celle de la responsabilité humaine.

Par ses actes, l'humanité a gravement manqué à l'éthique de la responsabilité telle que présentée par Hans Jonas. Résultat: la vie sur Terre est menacée.

D'ailleurs, la question de l'éthique en suppose une autre, plus fondamentale, celle du rapport technique et économique de l'homme à son habitat, dont la nocivité est actuellement démontrée par une crise environnementale à grande échelle. L'homme manque à l'éthique de la responsabilité en ne repensant pas ce rapport, malgré ses impacts tangibles.

Hans Jonas et l'éthique de la responsabilité

Comme l'a démontré Hans Jonas, l'éthique classique est essentiellement anthropocentrique et se limite à l'immédiat de l'acte. Traditionnellement, même si l'homme est «l'être qui tourmente la déesse auguste entre toutes, la Terre», celle-ci demeure «éternelle et infatigable».

Depuis toujours, en effet, la nature était amplement capable d'autoconservation et parvenait à fournir tous les éléments nécessaires à la vie sur Terre. Les actes de l'homme n'affectaient que superficiellement sa capacité d'autorégénération.

Par le règne de la technique moderne, l'essence de l'agir et l'éthique y étant rattachée se sont radicalement transformées.

L'éthique prévalant, devant la menace d'une crise environnementale, est une éthique de conservation, de préservation, et non de progrès et de perfectionnement. L'homme possède actuellement un pouvoir redoutable lui conférant une responsabilité nouvelle face à la nature, devenue vulnérable. L'humanité doit maintenant tenir compte, par ses actes, de l'avenir de la vie sur la Terre, aujourd'hui menacée.

Car, après des décennies d'industrialisation, le rapport homme-nature s'est renversé: l'homme, par sa maîtrise technique, apparaît immortel, alors que la Terre, elle, semble devenue mortelle.

Essentiellement, la question de l'éthique de la responsabilité humaine à l'égard de la nature concerne la notion d'avenir, tant de l'homme que de son habitat. À l'heure actuelle, la crise environnementale pose une question nouvelle, soit celle de la conservation de l'humanité, car l'irresponsabilité humaine compromet le futur même de la vie sur la Terre.

Sur ce point, Hans Jonas présente l'obligation éthique face au futur, soit l'obligation d'agir dans l'intérêt de celui-ci: «Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre.»

En ce sens, il apparaît invraisemblable d'assister à une détérioration globale de la nature, car «l'intérêt de l'homme coïncide avec celui du reste de la vie qui est sa patrie terrestre au sens le plus sublime de ce mot».

Il ne s'agit plus ici de choix, la question est inévitable: la vie ou la mort. Puisqu'il y a vie aujourd'hui, il doit y avoir vie demain: il s'agit là d'une nécessité purement ontologique.

Et comme l'exprime Hannah Arendt, «du point de vue des événements universels et des probabilités qu'ils renferment et qui peuvent être appréhendées statistiquement, l'émergence de la Terre est déjà quelque chose d'infiniment improbable». Alors, comme le développement de la vie est infiniment improbable, sa préservation a un caractère infiniment précieux.

Éthique et libéralisme

La notion de responsabilité envers l'avenir, si nouvelle soit-elle, n'est pas si éloignée de la théorie libérale classique, telle qu'exposée par John Locke. Selon ce penseur, la raison humaine implique des lois naturelles, visant entre autres la préservation de la vie. Selon ces lois, l'homme «n'a pas la liberté et le droit de se détruire lui-même, non plus que de faire du tort à aucune autre personne».

Alors que nous vivons dans une société essentiellement néolibérale, il apparaît plutôt paradoxal que nos actes actuels, n'agissant pas dans le sens de la permanence de la vie, contredisent les fondements mêmes de la pensée libérale.

Toutefois, à bien y regarder, on observe que notre agir actuel est fondé sur un certain rapport à l'habitat, aussi engendré par la pensée libérale. Dans les mots de Locke, «tout ce [que l'homme] a tiré de l'état de nature, par sa peine et son industrie, appartient à lui seul».

En ce sens, la théorie libérale n'est point contradictoire puisque le travail menant à l'appropriation de la nature permet aussi la survie de l'homme.

Par contre, une crise environnementale à grande échelle démontre la nocivité du rapport libéral à la nature, essentiellement irresponsable, puisqu'il ne tient compte que de la survie humaine immédiate. Une telle relation à l'habitat a d'ailleurs mené à la technicisation de la nature prévalant à l'heure actuelle.

En prenant l'exemple de Heidegger, la rivière, détournée de sa naturalité par la technique, n'est donc plus rivière mais potentiel hydroélectrique, soit puissance hydraulique à faire tourner les turbines.

En croyant la nature aussi accessible et appropriable, l'être humain en est venu à sous-estimer sa capacité, pourtant limitée, à soutenir la vie sur la Terre.

Malgré tout, plusieurs continuent de croire en l'immense pouvoir technique de l'homme. Beaucoup pensent que «le génie humain nous a permis de nous adapter et de traverser les millénaires» et que l'homme saura s'adapter pour survivre, par exemple, aux changements climatiques. De quel droit l'homme peut-il détruire ce qui ne lui appartient pas?

En ce sens, le rapport technique à la nature doit être transformé, car l'essence de la technique moderne est le dévoilement des énergies présentes dans la nature. Il s'agit là du seul moyen de sortir de la fascination pour la technique et d'un rapport homme-nature nocif fondé sur l'exploitation.

Par son rapport technique à la nature, instauré par les lois du libéralisme, l'homme fait défaut à sa responsabilité face à son habitat puisqu'il ne tient pas compte de son avenir.

L'économie libérale:

une gestion déficiente

Fondamentalement, l'homme manque à l'éthique de la responsabilité par l'essence économique néolibérale conférée à la marche du monde actuel, allant de pair avec la technicisation à grande échelle. Ce faisant, l'homme a entraîné la détérioration de son habitat, allant même jusqu'à influencer son climat.

Pourtant, fondamentalement, le terme «économie» vient du mot grec oikonomia (oikos, maison, et nomoi, lois), signifiant administration ou gestion harmonieuse de la maison, de l'habitat.

L'économie prend ici un sens tout autre: loin de concerner un rapport à l'homme ou à la matière où tous les coups sont permis au nom du profit, il évoque plutôt une gestion éthiquement responsable du tout, car il est notre maison, notre habitat.

Dans le contexte d'une économie mondialisée où la «maison» devient la planète Terre, l'économie est donc la gestion globale des ressources.

En ce sens, la détérioration de l'environnement serait due à une gestion déficiente de la «maison», gestion dictée par les fondements d'une économie néolibérale. Le problème écologique est donc essentiellement un problème économique.

L'homme contemporain a perdu le sens fondamental de l'économie, qui doit respecter des nomoi (normes) et rechercher une harmonie, le cosmos: l'économie capitaliste étant une quête absolue du profit, celle-ci s'éloigne donc de sa signification première.

Devant de tels faits, une transformation radicale de l'économie libérale devient indispensable à la persistance, à long terme, de la vie sur terre. Car, comme l'exprime Sloterdijk, «l'actuel way of life et le long terme sont deux choses qui s'excluent totalement l'une l'autre».

À l'heure actuelle, l'humanité manque grandement à l'éthique de la responsabilité envers la nature puisqu'elle ne tient compte ni du respect de son intégrité ni de la viabilité du monde terrestre pour les générations futures.

Par sa technicisation de la nature et par son économie libérale fondée sur le court terme, l'homme en vient même à compromettre toute forme de vie sur terre. De l'immuable réalité de l'irresponsabilité humaine émerge une question, incontournable, celle de l'action, en réponse au problème.

Devant les impacts tangibles d'une économie libérale sur la détérioration de l'environnement, repenser radicalement notre économie devient indispensable.

En effet, la croissance économique, poursuivie tous azimuts par l'économie libérale, n'inclut pas, dans ses calculs, les générations futures.

Même une croissance responsable, durable, soutenable ou équitable conserve son essence, soit celle de croissance économique. Se débarrasser de l'imaginaire économique et de l'utopie de l'abondance devient, dans ce contexte, inévitable.

Ce que l'humanité doit imaginer, «c'est le moyen de faire des profits qui permettent qu'il y ait encore des gagnants après elle». Bien sûr, seul un événement incroyable, un miracle, comme l'exprime si bien Hannah Arendt, pourra apporter un tel changement dans le cours de l'histoire.

Heureusement, «compte tenu de l'impasse dans laquelle notre monde est parvenu, il convient d'attendre des miracles». Ce miracle découlerait d'un acte politique qui transformerait radicalement la gestion de notre habitat, la Terre, et dépendrait directement de notre capacité à repolitiser notre économie.

L'homme doit reformuler les règles de gestion de sa maison car, contrairement aux habitants de l'île de Pâques, il n'aura sans doute pas la possibilité d'une seconde chance.

***

Écrit par Mélanie St-Pierre

Cégep du Vieux-Montréal

***

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  • Jasette
    Abonné
    vendredi 12 décembre 2008 23h47
    Et dire qu'on suit des décideurs qui continuent de nous mener tout droit dans un cul de sac.
    « Le pire dans tout ça, c'est que nos décideurs politiques et économiques, sous le manteau, sont ceux qui ont le plus d'intérêts à faire que les choses ne changent pas. N'y a-t-il pas quelqu'un qui pourrait relever cette pesante contradiction dans la salle? Myope que nous sommes, aveuglés par des miroirs aux alouettes de cette croissance économique à tous crins. L'heure serait-elle venue de parler sagement de décroissance? Et nos décideurs, le pied sur le frein, s'opposent et continuent de nous abreuver de leurs propositions contradictoires et imbuvables, pour qui est le moindrement sensible concernant notre rigoureuse dépendance à l'environnement.

    JM »

  • Guy Jobin
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 00h22
    Félicitations à la lauréate du concours « Philosopher » !!!
    « Son texte montre bien la dynamique destructrice imposée par le capitalisme néo-libéral envers les ressources naturelles renouvelables. En effet, l'intérêt du capitalisme néo-libéral réside essentiellement et uniquement dans le profit trimestriel, tandis que la gestion écosystémique propre à assurer la pérennité des ressources naturelles renouvelables s'exerce dans un cadre temporel de plus longue durée. Il suffit de constater l'état pitoyable des ressources forestières, aquatiques, cynégétiques et halieutiques mondiales pour s'en convaincre. Mais il ne faut pas désespérer, car l'humanité perçoit désormais la menace posée par cette gestion destructrice envers sa propre survie. Cette menace lui procurera les ressorts politiques, philosophiques et psychologiques indispensables à une modification en profondeur de son organisation économique et sociale.

    En parallèle, le lien de causalité entre la consommation effrénée des carburants fossiles et les conséquences menaçantes (réelles et appréhendées) des changements climatiques est de mieux en mieux étudié et démontré. Ainsi, les décideurs politiques et économiques comprennent de plus en plus l'importance de modifier le bilan énergétique en faveur des énergies renouvelables. Le récent accord européen portant sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre est éloquent à ce chapitre. Cette heureuse tendance sera vraisemblablement renforcée par des politiques énergétiques similaires qui seront mises en oeuvre par la nouvelle équipe dirigeante portée au pouvoir aux États-Unis.

    Guy Jobin »

  • Lyse Marcott
    Inscrite
    samedi 13 décembre 2008 06h10
    Félicitations! Et merci!
    « Ce texte exprime clairement ce que je constate depuis quelques temps. Comment réveiller le reste de l`humanité si le fameux miracle n`arrive pas... Mais lire un texte aussi éclairé écrit par une jeune fille, me donne l`envie de croire au miracle. Car le miracle c`est chacun de nous, les citoyens, nous pouvons faire quelque chose de grés ou de force, ( par nos choix ou par la force des événements) Alors merci de contribuer à faire avancer l`éveil des humains de notre merveilleuse TERRE en danger... »

  • Guillaume Girard
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 06h37
    Vision à court terme de l'Homme face à la nature.
    « La vision à court terme est malheureusement le propre de l'Homme qui a de la difficulté à se projeter dans le temps.

    Heureusement, des exceptions existent telles que Mélanie Roy.
    Bravo pour ton texte qui touche au coeur du problème de la conservation de la nature.

    Pour préserver notre avenir, il est bon de réfléchir et d'apprendre sur notre passé et d'appliquer les solutions existantes pour obvier aux problèmes environnementaux dès maintenant. Il en va de la survie des espèces animales, végétales et autres; il en va de notre survie à tous et de la préservation de biodiversité de la faune et de la flore.

    Encore bravo à Mélanie! La relève est belle... »

  • Daniel Cyr
    Abonné
    samedi 13 décembre 2008 09h05
    Constat fort bien formulé
    « Chapeau à l'auteure! Le constat est net et précis. Venant de la génération montante, il est en effet permis d'espérer. Reste à nous tous d'agir et à mettre en place une intelligence collective, somme toute fort peu valorisée par la civilisation actuelle issue des "Lumières".

    Daniel Cyr »

  • william morris
    Abonné
    samedi 13 décembre 2008 10h26
    Bravo !
    « Bonjour,

    Bravo à Mélanie Roy ! Son beau texte encourage à croire qu'elle aura un avenir brillant. Ce serait bien qu'elle choisisse la philosophie comme carrière.

    Je lui souhaite de nombreuses années de réflexion, qu'elle voudra, je l'espère, partager avec ses lectrices et ses lecteurs, qui seront, j'en suis certain, très nombreux.

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com »

  • Pascal Barrette
    Abonné
    samedi 13 décembre 2008 11h26
    Penser autrement
    « Bravo Mélanie Roy pour cette réflexion secouante sur la survie de notre «maison». En vous lisant, j'avais en tête les milliards de dollars que les USA et le Canada s'apprêtent à donner à l'industrie automobile pour la sauver de la faillite. Comme on m'a appris à devoir sauver le monde, je me suis demandé qu'est-ce que je ferrais à leur place.

    Après tout, n'y a t'il pas des millions d'emplois en jeu? J'ai alors vu défiler dans ma tête ces Humvies, enfin vous savez ces grosses boites de métal, hautes sur pattes, aux fenêtres noircies, qui se stationnent de manière ostentatoire sur la rue Elgin, la «strip» des bars chics de la Capitale canadienne. Je pensais aussi aux sigles V8 et V6 que l'on voit briller fastueusement sur plusieurs boites métalliques semblables, à traction toutes roues, quadra, ou multi machin trucs. Avez-vous déjà vu GM, Ford ou Chrysler marquer les fesses de ses véhicules, toutes catégories confondues, d'un V4? Je pensais aussi qu'il y quelques années, j'ai dû vendre ma voiture, quitter mon emploi pour des raisons de santé, découper mes cartes de crédit et réduire mon régime de vie pour ne pas déclarer faillite. Un conseiller financier m'a démontré que j'avais assez de revenus pour respecter mes obligations envers mes créanciers.

    Ainsi, mettant en parallèle votre icône de l'Île de Pâques illustrant le paradigme dans lequel nous nous sommes nous-mêmes installés, les véhicules outrecuidamment dévoreurs d'énergie de mon Golden Triangle, et ma condition de consommateur et contribuable qui a appris à faire avec moins, j'ai réalisé que les milliards aux trois grands de l'auto n'avaient aucune espèce de bon sens. Ce serait accorder une prime au «rapinage» des ressources, aux dépens de l'ensemble des contribuables qui comme moi ont appris à faire avec moins. J'en suis arrivé à la conclusion que les grands de ce monde devaient tout simplement faire comme les petits, faire avec moins.

    En un deuxième temps, il y toujours un deuxième temps, je me suis dit que si mes gouvernements ontarien et canadien devaient subventionner l'industrie automobile, sacripant, voilà l'occasion de corriger le tir en exigeant d'elle des mesures éco-énergétiques, telles que le développement de voitures hybrides ou de voitures qui ont une plus longue durée de vie. Pourquoi pas, tiens, une voiture conçue dès la planche à dessin pour pouvoir en changer facilement les pièces plus promptes à l'usure comme on le fait pour une ampoule qu'on retire de son socle. Pourquoi le cadre métallique d'une voiture ne pourrait-il pas donner vie à deux ou trois moteurs sur une période de vingt ans? Bref, Mélanie, votre texte m'a conduit à la conclusion que devant le précipice au-dessus duquel nous nous sommes nous-mêmes juchés, nous n'avons plus le choix. Nous devons penser autrement. Merci pour votre contribution à ce faire.

    Pascal Barrette
    Ottawa »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 11h54
    Devoir de clichés!
    « L'ennui avec les travaux des "premiers de classe", c'est ce qu'ils dénotent sur le fond: ils rameutuent les clichés de l'heure, tout plein des meilleures intentions du monde, les plus convenues et convenables du moment.

    Il n'y a pas si longtemps, la mode consistait à encenser le "droitisme éclairé" du néolibéralisme mondialiste ; maintenant, nous assistons au retour en force de l'économie politique écologico-éthique. Elle fait déjà figure de planche de salut collectif!

    Quand les biens-pensants accèdent enfin à un certain niveau de conscience sociale, ils ne peuvent pas s'empêcher, par conformisme, de le couler dans le béton armé d'une nouvelle idéologie potentiellement aussi ravageuse que la précédente par ses idées reçues! »

  • Guy Rheault
    Abonné
    samedi 13 décembre 2008 14h40
    Erreur sur l'identiré de l'auteure
    « Il est déplorable de constater que les efforts et le mérite du concours Philosopher gagné par MÉLANIE ST-PIERRE sont attribués à une certaine Mélanie Roy. J'ose espéré qu'il s'agit d'une perle et non d'un plagiat.Il serait très approprié que le DEVOIR corrige cette bourde et que le travail de MÉLANIE ST-PIERRE soit reconnu. »

  • marc belliveau
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 17h05
    Allons plus loin!
    « Je me rappelle la réponse d'une ancienne amie lorsque je lui confiai que le problème à la base de tout était la surconsommation : « mais non, c'est la façon dont on produit et qu'on redistribue les richesses »

    Or, l'expérience démontre qu'un privilège acquis par une société ne peut être retiré. P.ex. on répond au problème de pollution des voitures que les nouvelles seront éconergétiques. Pourtant, leur nombre continue à croître et le problème environnemental ne se résout pas.

    La réalité est que les gens ne veulent pas diminuer leur niveau de vie. À comprendre : les gens consommeront toujours autant. La surconsommation persistera donc.

    Dernièrement, de nouvelles crises alimentaires sont apparues suite à un problème de production vivrière dans certains pays. La réalité est qu'il n'y a plu de marge excédentaire. Peu après un retour de ces productions, on atteindra la limite terrienne. Dès lors, il faudra que, mondialement, les gens mangent plus végé. !No go!

    Pourtant, la population continue de croître comme si un contrôle démographique était le taboo le plus odieux.
    Disons le clairement : il y a trop d'humains sur la Terre!

    Une planification mondiale de la réduction des naissances s'impose donc.

    Il n'y a point de souffrance à ne pas naître, évitons de créer des morts.


    ---- En passant, félicitation à l'auteure, le texte est formidable :-) »

  • marc belliveau
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 17h09
    @ M. Gagnon
    « C'est parce que le thème du concours est justement la responsabilité éthique de l'homme dans le problème des changements climatiques.

    Soit l'écologico-éthique, comme vous dites.

    ;-) »

  • Brillon Bergeron
    Inscrit
    dimanche 14 décembre 2008 10h47
    Mes félicitations à Mélanie St-Pierre, cependant...
    « Le contenu y est excellent et avec des belles tournures de phrases sauf , concrètement, il n'y a rien qui se passe, tout le monde le sait que la vie sur terre est en péril, tout le monde sait que peut-être d'ici quelques années, le mot "futur" sera un mot que l'on ne pourra plus utilisé. Les gens discutent et ne passent jamais aux actes... C'est malheureux... »

  • Denis Blondin
    Inscrit
    dimanche 14 décembre 2008 13h13
    Tout un pan de la réalité laissé dans l'ombre
    « En plus de féliciations bien méritées, j'aimerais ajouter une critique.

    L'analogie avec l'histoire de l'Île de Pâques est très instructive mais elle mériterait d'être complétée parce qu'elle ignore une composante essentielle des processus en cause. Autant les habitants de l'Île de Pâques que les acteurs de l'économie mondialisée actuelle agissent en fonction d'une certain bagage de symboles qui alimentent et structurent leur imaginaire collectif. Or cet univers mental, qu'on appelle la culture, joue un rôle essentiel dans l'orientation des comportements décriés. Ce que nous faisons en construisant des résidences de plus en plus grosses et remplies de gadgets, des autos ou des jets privés de plus en plus nombreux, s'inscrit simultanément dans deux ordres de réalité: notre rapport technique avec la nature et notre rapport social avec nos concitoyens, découlant de la nature symbolique de nos objets ou de nos comportements. Posséder un yacht privé de 60 mètres ou un écran plasma de 60 pouces, c'est aussi dire quelque chose aux autres, tout comme porter un coiffure de plumes ou ériger un totem familial en pierre. Pour changer nos comportements dévastateurs au plan écologique, il faudrait aussi tenter de produire une culture différente, qui nous permettrait de nous exprimer en utilisant des symboles qui seraient tout aussi efficaces pour communiquer mais moins lourds matériellement et avec moins de conséquences écologiques néfastes.

    Le texte se contente de mentionner la construction de « gigantesques idoles de pierre » à l'Île de Pâques et il a au moins le mérite de mentionner l'existence actuelle d'un « imaginaire économique », mais il ne prend pas assez en compte l'importance déterminante de ces réalités d'ordre mental. Cette omission ne tient pas à une négligence individuelle de l'auteur du texte mais elle découle de notre bagage culturel collectif qui privilégie la dimention matérielle de la réalité et ignore systématiquement l'existence des cultures humaines en tant que réalités de nature mentale (et invisible).

    Si j'adresse cette crtique à Mélanie Roy, c'est que je pense qu'elle a tout le talent pour pousser davantage son analyse et contribuer à notre prise de conscience et notre mobilisation collectives.

    Denis Blondin
    Ex-professeur d'anthropologie au Cégep François-Xavier-Garneau »

  • Pascal Barrette
    Abonné
    dimanche 14 décembre 2008 18h08
    La tour de Babel
    « Le commentaire du professeur Denis Blondin est très pertinent. S'il est vrai que nos investissements matériels, qui tentent de nous définir par rapport aux autres, comportent une dimension culturelle symbolique, ce qui caractérise notre époque est non pas sa démesure, Versailles et le Vatican étaient là bien avant nous, mais qu'elle a atteint sa limite extrême. Comme le démontre le texte de Mélanie, il n'y aura bientôt plus d'arbres sur notre planète pour transporter nos méga-totems.

    Le professeur Blondin le sait mieux que moi, une des interprétations de la disparition des habitants de l'Île de Pâques serait qu'ils n'étaient pas regroupés en une seule tribu mais en quelques unes qui se faisaient concurrence dans des démonstrations de force du genre «mon dieu est plus grand que le tien» ou «mon dieu est le seul vrai dieu». C'est cette dynamique qui fut à l'origine des guerres de religions partout dans le monde. Aujourd'hui plus triviale, on retrouve cette même dynamique dans les guerres économiques du genre «mon gadget est plus micro que le tien» ou «ma tour est plus grande que la tienne». La tour du CN vient de se faire damer le pion, voyez que même le langage courant a une structure guerrière, par la tour de Dubaï actuellement en construction. Celle-ci va atteindre les 160 étages. Du délire de mégalomanes. Pas étonnant que cette tour soit construite sous l'égide des rois de l'or noir. Une des interprétations de la Tour de Babel voudrait qu'elle se voulut une explication de la multiplicité des langues et des peuples. Dieu, pour punir les hommes de leur volonté de puissance, réalité exprimée par Nietzsche bien avant l'heure, aurait confondu leur langage. Le mythe pourrait être inversé et prendre aujourd'hui une toute autre dimension. La tour la plus haute serait la démonstration qu'il n'y a qu'une seule langue universelle, le pouvoir suprême conféré par l'argent dans ce qu'il a de plus extravagant, argent venu en l'occurrence de l'extirpation sauvage des tréfonds de la terre.

    Pour revenir plus près de nous, aux tours arrogantes je préfère le pilier sacré de la coupe Stanley devant laquelle je me suis fait photographier cet après-midi à l'Hôtel de ville d'Ottawa. Le sport est une forme d'activité rassembleuse moins apocalyptique que la rapine des ressources non renouvelables, même si lui aussi connaît sa démesure comme les salaires pantagruéliques des joueurs. Je pense aussi aux arts, aux festivals de jazz, de l'humour, des musiques classiques ou sacrées, des musiques traditionnelles, aux Cirques du soleil et Éloïse, aux rassemblements culturels de tout genre dont le plus beau et le plus récent fut celui des Olympique à Pékin.

    La démesure porte en elle-même sa propre chûte, sa propre extermination, son propre écroulement. Qui aurait pensé que GM puisse un jour faire faillite? J'ai confiance que la nouvelle génération dont Mélanie porte le noble flambeau saura refaire repousser les fleurs sur les tarmacs d'aéroports militaires abandonnés et y construire de petites maisons et jardins pour tous les enfants du monde.

    Pascal Barrette
    Ottawa »

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