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GES: Ottawa serait prêt à changer de cap

Louis-Gilles Francoeur   5 décembre 2008  Société
Jim Prentice
Photo : Agence Reuters
Jim Prentice
Le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, est prêt à modifier deux piliers de la politique du gouvernement Harper en matière de changements climatiques, soit d'envisager avec les États-Unis un plafonnement en chiffres absolus des émissions canadiennes de gaz à effet de serre et de revoir l'année de référence adoptée par le Canada.

C'est ce qu'a affirmé le ministre Prentice dans une entrevue accordée hier au Devoir. Jim Prentice a précisé qu'il se rendra la semaine prochaine à Poznan, où se déroule la 14e conférence des Parties à la convention sur les changements climatiques et au protocole de Kyoto.

Le ministre a expliqué ce changement de cap récent principalement par le fait que les États-Unis ont eux aussi changé de cap, laissant entendre que les rapports pourraient se détériorer si une approche commune n'était pas adoptée dans ce dossier prioritaire pour le président Obama.

«À mon avis, nous devons travailler ensemble avec les États-Unis pour établir un nouveau système nord-américain, un système de plafonnement et d'échanges de droits d'émissions. Voilà notre défi», a déclaré le ministre Prentice.

Ce dernier a ajouté qu'il entend tout autant travailler avec la communauté internationale, dont les 183 signataires du protocole de Kyoto, y compris le Canada, ont adopté l'année 1990 comme année de référence. Depuis le dépôt du premier plan Harper-Baird sur les changements climatiques, le Canada a adopté l'année de référence de 2006, ce qui lui permet de dire qu'il vise une réduction de ses GES de 20 % pour 2020. Mais s'il adoptait la même année que le reste de la planète, c'est une réduction de près de 45 % de ses GES qu'il devrait planifier.

Pour Jim Prentice, les objectifs quinquennaux du protocole de Kyoto demeurent «inatteignables» (not achievable). Le Canada s'est engagé à ne pas émettre plus de 3000 millions de tonnes (Mt) de CO2 entre 2008 et 2012, mais au rythme où elles progressent, elles se situeront plutôt autour de 4000 Mt. Rien dans le plan du gouvernement Harper ne permet de réduire sensiblement les 1000 Mt en excédent.

Mais le ministre Prentice soutient que le Canada «cherche à négocier un accord plus fonctionnel avec les autres principaux pays émetteurs», soit les États-Unis, la Chine, l'Inde et le Brésil, notamment. Citant le récent rapport de l'Agence internationale de l'énergie, il a précisé que d'ici 2030, 97 % des nouvelles émissions proviendront des pays non membres de l'OCDE. Il reconnaît que les gaz à effet de serre qui causent présentement le réchauffement du climat sont majoritairement le résultat des rejets, pendant 150 ans, des pays de l'OCDE. Mais, pour lui, «on n'y arrivera pas si tout le monde ne fait pas partie de la solution», ce qui obligerait la communauté internationale à reconnaître certaines situations particulières.

«Nous devons tous faire un effort égal, mais nos contextes nationaux sont différents», a-t-il dit.

Le Canada, souligne-t-il, mettra de l'avant sa volonté de faire appel aux technologies nouvelles et aux ressources renouvelables. Il devra ainsi lancer des projets hydroélectriques majeurs pour utiliser de grandes forces hydrauliques de certaines régions fort éloignées. Mais le bouquet de solutions devra aussi inclure, dit-il, du nucléaire de «façon significative» et une exploitation plus intense des ressources gazières. Tout cela non pas dans une logique de long mais de moyen terme, ce qu'il entend mettre de l'avant la semaine prochaine, à Poznan.

«Ce sera à Poznan, un premier contact avec nos partenaires américains et internationaux, et le Canada a l'intention d'aborder ces pourparlers de façon très constructive», a soutenu le ministre.

Mais les écologistes présents à Poznan ne l'entendaient pas ainsi hier. Ils ont en effet décerné jusqu'ici quatre Prix Fossile au Canada, dont les deuxième et troisième prix d'hier pour ce qu'ils ont qualifié «d'obstruction» aux pourparlers.

Les 400 groupes écologistes qui participent quotidiennement au vote pour l'octroi des Prix Fossile reprochent au Canada, qui dépasse ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre de plus de 30 %, de vouloir faire inclure son fameux principe des «circonstances nationales» dans le traité post-2012 afin d'obtenir un traitement différent des autres pays et possiblement de faire effacer sa dette financière légale pour n'avoir pas atteint en 2012 ses objectifs de réduction.

Les porte-parole d'Équiterre ont notamment reproché au Canada de demander qu'on lui concède des exigences moindres parce que son climat est froid et que les distances à parcourir sont plus grandes, tout comme ses maisons et ses véhicules. Faux, disent les groupes, qui notent que le climat canadien se réchauffe, que les pays nordiques européens ont une performance environnementale bien meilleure que la nôtre malgré un climat similaire et que le Canada ne peut pas décemment invoquer son statut de pays producteur de pétrole pour excuser ses émissions anormalement élevées, ce qu'il pourrait corriger par une politique rigoureuse.






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  • François Beaulé
    Abonné
    vendredi 5 décembre 2008 12h31
    Et les sables bitumineux?
    « L'exploitation des sables bitumineux est la première responsable de l'augmentation des GES au Canada. Elle est aussi à l'origine de pollutions de l'air, de l'eau et des sols. Elle gaspille des quantités gigantesques de gaz naturel, combustible relativement «propre», pour produire un pétrole particulièrement sale.

    Le Canada ne pourra pas atteindre des objectifs de réduction importante des GES sans restreindre l'exploitation des sables bitumineux. »

  • Richard Larouche
    Inscrit
    vendredi 5 décembre 2008 14h07
    Mieux vaut tard que jamais, sauf que...
    « Il y a un proverbe qui dit qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire, mais dans le cas présent, il demeure permis de douter des intentions des conservateurs. Jusqu'où sont-ils prêts à aller dans le domainde de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, eux qui ont toujours été à la traîne comme le prouve si bien ces prix fossiles que le Canada a obtenu une fois de plus...

    Celà dit, il est fort appréciable sur le plan théorique qu'ils prétendent vouloir changer leur fusil d'épaule. Par contre, je me questionne à savoir s'il ne s'agit pas d'une tentative désespérée de Stephen Harper pour s'accrocher au pouvoir.

    Avec un tel discours, il essaie de combler l'énorme fossé entre les positions conservatrices et celles de tous les partis d'opposition. Or je crains qu'il cherche plutôt à déstabiliser la coalition de sorte que quelques députés "flancs mous" du parti libéral ne se prononcent pas contre lui lors du vote de confiance du mois de janvier. M. Harper pourrait ainsi s'accrocher au pouvoir et, par la suite, se défaire de ses bonnes intention une fois que les gens seront plus préoccupés par l'économie que par l'environnement.

    En décidant de proroger le parlement, M. Harper s'est acheté du temps pour nous faire subir une autre campagne de propagande contre l'absence de leadership de Stéphane Dion, les "socialistes" (NPD) et les "méchants séparatistes" (Bloc Québécois). Il pourrait même en profiter pour tâter le terrain pour voir s'il pourrait se servir du mécontentement du ROC pour s'adjuger un gouvernement majoritaire.

    Avec un gouvernement conservateur majoritaire, il y a fort à parier que ce discours environnemental serait relégué aux calendes grecques. Bref, ce discours d'intention est louable si on fait abstraction du messager. C'est là que le bât blesse.

    D'ailleurs, le discours est resté le même sur la question du rôle des pays en voie de développement dans les efforts internationaux et les conservateurs semblent toujours réclamer un statut particulier pour le Canada pour ne pas offusquer les pétrolières de l'Alberta. Il est donc possible de supposer que pour que les conservateurs changent réellement de cap, il faudrait un embargo des États-Unis et de l'Europe sur le pétrole canadien. »

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