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Une entrevue avec Françoise David - Mobilisation contre la montée des idées de droite

Après avoir présidé la Fédération des femmes du Québec de 1994 à 2001 et s'être battue aux côtés de l'organisme Au bas de l'échelle pour une réforme des normes du travail, Françoise David s'attaque maintenant à la montée des idées de droite au Québec. Elle a fondé l'automne dernier, avec 15 autres militants sociaux, le collectif non partisan D'abord solidaires, dont les objectifs sont de dénoncer les politiques de droite de l'ADQ — mais aussi du PLQ et du PQ — et de stimuler une réflexion politique dans la population en vue des prochaines élections provinciales.

Les membres du collectif D'abord solidaires se sont regroupés pour la première fois à la suite des élections partielles de juin 2002, qui ont été le théâtre de la surprenante montée de l'ADQ et de ses politiques de droite. La sortie publique du ministre Joseph Facal quelques jours plus tard, dénonçant le «lobby misérabiliste de la pauvreté», et la proposition libérale en début d'automne de geler tous les budgets ministériels sauf la santé et l'éducation, ont déclenché une sonnette d'alarme chez le collectif. D'abord solidaires s'est alors mobilisé pour de bon dans le but de lutter contre cette vague de droite et de sensibiliser la population québécoise aux bienfaits de la solidarité sociale.

Françoise David s'est embarquée avec conviction dans ce collectif et consacre maintenant toutes ses énergies à son rayonnement. «Les solutions adéquistes de privatisation, de rendre l'État le plus maigre possible et les individus encore plus responsables de leur sort, ainsi que, dans une certaine mesure, les solutions néolibérales des autres partis, ce ne sont pas mes valeurs, déclare Mme David. De plus, je pouvais observer qu'une partie de la classe moyenne était perméable à ces propos de droite, ce que je trouvais inquiétant.»

D'abord solidaires plaide pour un Québec basé davantage sur la solidarité sociale, permettant à tous «de vivre ensemble, égaux et différents». Le collectif met en garde la population contre les conséquences des politiques de droite qui affectent — et risquent d'affecter encore plus — les acquis sociaux. Les femmes, qui sont majoritaires à oeuvrer dans les organismes communautaires et à servir d'aidants naturels, sont les premières à supporter les effets des politiques de droite, selon Mme David.

Un questionnement nécessaire

«Il y a des gens qui disent "je suis d'accord avec ces idées [de l'ADQ]" et je n'ai pas de problème avec ça. J'ai un problème idéologique, mais pas démocratique. Personnellement, je ne suis pas fâchée de voir survenir un vrai débat politique au Québec, qui nous oblige à nous situer.»

D'après Mme David, le Québec est influencé par un vent de droite en provenance des États-Unis et du reste du Canada. «Je pense qu'un certain nombre de personnes au Québec se sentaient malheureusement protégées, par notre fameuse société distincte, des idées de droite qui nous viennent du Canada et des États-Unis. Il n'y a pas de mur de Berlin autour du Québec, et la droite atteint un point culminant autour de nous avec George Bush aux États-Unis, [Mike] Harris, [Ralph] Klein et [Gordon] Campbell dans le reste du Canada.»

La montée des idées individualistes au Québec peut également s'expliquer par «les coupures dramatiques dans les dépenses publiques effectuées extrêmement rapidement et sans aucune planification par le gouvernement péquiste de 1996 à 2000. On ne dira jamais assez à quel point ces coupures ont été dévastatrices, entre autres dans la santé. Après ça, poursuit Mme David, on s'étonne que la classe moyenne, celle qui paye le plus d'impôts proportionnellement, soit de mauvaise humeur».

La panoplie de scandales politiques l'année dernière, tant à Québec qu'à Ottawa, a engendré quant à elle «une impression dans la population qu'il y a du copinage entre les milieux politiques et les milieux d'affaires. Cette situation pave la voie à des gens qui disent "le moins de gouvernement possible, c'est peut-être mieux". À la fin de l'année 2001 et en 2002, c'était un peu décourageant d'observer la classe politique». Françoise David déplore le fait que plusieurs personnes ont perdu confiance dans l'État et ne s'intéressent plus à la politique suite à ces événements.

Réfléchir avec la population

Pour raviver la flamme démocratique et citoyenne dans la population québécoise, le collectif D'abord solidaires veut miser sur l'information et les débats publics. Informer sur les différentes politiques et plateformes des principaux partis et favoriser les discussions dans la société pour que les électeurs votent de façon éclairée lors des prochaines élections.

Le collectif propose sur son site Internet des fiches éducatives et des tableaux comparatifs sur les programmes des partis concernant une douzaine de thèmes, allant de l'environnement à la fiscalité et du travail à la famille. Mme David a aussi entamé une tournée à travers le Québec pour faire connaître le collectif, tournée qui devrait l'amener dans toutes les régions de la province d'ici la fin du mois d'avril.

«Je rencontre des gens qui veulent entendre parler des programmes des partis. J'axe surtout les causeries sur la notion du bien commun et j'explique pourquoi la solidarité sociale est si importante, et pas seulement pour les pauvres, mais aussi pour la classe moyenne. Elle garantit la paix, l'harmonie sociale et la sécurité.»

D'abord solidaires propose également la mise sur pied de collectifs de réflexion partout au Québec. Dans certains cégeps, comme le Vieux-Montréal ou Édouard-Montpetit, des collectifs réunissant des professeurs et des étudiants sont déjà en place, organisant des activités éducatives et des réunions pour discuter des programmes des partis.

Les femmes et le néolibéralisme

Quand l'État diminue les services offerts aux familles et aux personnes vulnérables, «ce sont les organismes communautaires et les femmes qui doivent prendre la relève», mentionne Mme David. Et dans les organismes communautaires, «75 % des personnes travaillant de façon rémunérée sont des femmes».

«Je m'inquiète quand je vois des partis, particulièrement l'ADQ — mais aussi le PLQ et, dans une moindre mesure, le PQ — nous dire que l'État doit être réduit comme peau de chagrin. Je trouve que c'est un discours qui est inquiétant pour les femmes». Mme David observe que la situation est déjà difficile dans plusieurs organismes communautaires. Les femmes reçoivent des salaires peu élevés et travaillent dans des conditions difficiles.

Il y a aussi l'aspect de la famille et des parents âgés ou malades. «Quand, dans les résidences pour personnes âgées, il n'y a pas assez de personnel pour donner le bain aux personnes et les faire manger dans des conditions convenables, qu'on ne fait plus d'activités, qui s'en occupe vous pensez? Ce sont les femmes.»

«Je pense que, dans une société où l'on veut remettre de plus en plus de responsabilités entre les mains du communautaire ou des familles, il faut reconnaître qu'on est en train de parler des femmes. Reconnaître qu'il faut payer correctement les gens du communautaire, payer les congés des personnes qui s'occupent de parents malades pour que ce ne soit pas chaque fois des pertes de revenus pour les femmes.»

Mme David souligne par ailleurs que la montée de la droite, «ce n'est pas juste au Québec, mais partout dans le monde». Selon elle, «il y a consensus parmi les femmes du monde entier sur le fait que la mondialisation néolibérale et la montée des idées conservatrices sont les deux problèmes majeurs, les deux idéologies qui vont nuire le plus aux femmes dans les prochaines années et qui vont rendre les luttes des femmes encore plus difficiles partout dans le monde». Mme David donne l'exemple des zones franches dans les pays du Sud, où des entreprises du Nord exploitent les travailleurs — majoritairement des femmes — en leur donnant des salaires misérables et des conditions de travail médiocres.

Mais, pour Françoise David, c'est en combattant ensemble, hommes et femmes, «contre cette montée de la droite qui s'attaque aux femmes» que nous allons réussir à renverser la situation, tant au Québec que sur la scène mondiale.






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