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La génération du nouveau siècle

Laurence Clavel   8 mars 2003  Société
La Semaine internationale de la femme sera célébrée du 4 au 9 mars. Son point culminant, la Journée internationale de la femme, le 8 mars, a longtemps été l'occasion pour les femmes de revendiquer leurs droits et de célébrer la lutte pour l'égalité des sexes. Au fil des années, les débats s'élargissent, touchent différents domaines, et les hommes sont beaucoup plus ouverts aux idéaux féministes. Mais qui sont les féministes du XXIe siècle au Québec et pour quelles causes luttent-elles?

Le féminisme a bien changé depuis la frénésie des années 1960 et 1970. Les mouvements contestataires ont beaucoup faibli dans les années 1980 et les actions collectives semblent perdre de leur crédibilité. Le mot «féminisme» fait peur car on l'associe trop souvent à du radicalisme. Les jeunes femmes n'osent plus se déclarer féministes bien qu'elles prétendent vouloir l'égalité des sexes. En 2003, les féministes de la «troisième vague» se battent pour toutes sortes de causes: racisme, pauvreté, violence.

Suzanne Amyot, vice-présidente du Service de la condition féminine de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) croit que «les batailles de la nouvelle génération seront différentes de celles de la génération précédente. Il y a déjà beaucoup de portes qui sont déjà ouvertes, ce qui permet de militer dans d'autres domaines comme la mondialisation et l'environnement. Les combats sont plus diversifiés et rejoignent donc plus de gens». Cette vision semble être partagée par Elsa Beaulieu, une jeune féministe membre du Comité des jeunes de la Fédération des femmes du Québec (FFQ). «Le Comité des jeunes regroupe des féministes impliquées dans différents domaines: écologie, conditions de travail, politique et mondialisation. Nous sommes ouvertes à toutes les tendances et je crois que le fait d'augmenter la diversité des membres et, donc, la diversité des luttes, est un beau défi à relever pour la nouvelle génération.»

Une lutte à finir

Le féminisme du XXIe siècle reste une action militante. Mais les revendications ont quelque peu évolué. Les jeunes femmes de moins de 30 ans n'ont pas connu la colère des féministes du début du mouvement et elles sont prêtes à accepter que les hommes, qui ont vu leurs mères se battre pour les droits de la femme, puissent partager leurs visions féministes. «Les jeunes hommes se sentent moins en conflit avec les féministes d'aujourd'hui. Ils veulent l'égalité des sexes et sont prêts à faire leur part pour obtenir des changements», pense Suzanne Amyot

La vice-présidente du Service de la condition féminine de la FTQ croit que la nouvelle génération tentera de se concentrer sur la famille. «Elles nous ont vues combattre pour de meilleures conditions de travail et maintenant elles veulent consacrer plus de temps à leurs enfants. C'est un des sujets qui préoccupe les jeunes femmes... et les jeunes hommes aussi. C'est vrai qu'encore aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait accepté qu'un homme décide de rester à la maison pour s'occuper de ses enfants.»

La troisième vague de féministes devra s'impliquer dans des luttes différentes de celles des générations précédentes, mais aussi continuer de travailler sur ce qui a déjà été accompli par leurs aînées. «Les jeunes ont connu l'égalité et la prennent pour acquise, alors ils ne voudront pas refaire les mêmes combats que la génération précédente», selon Suzanne Amyot. Pourtant, «même si plusieurs portes ont été ouvertes, la bataille n'est pas terminée et la nouvelle génération de féministes devra continuer à se battre pour l'égalité des sexes, croit Suzanne Amyot. Il y a encore beaucoup de choses à accomplir au Québec, des dossiers importants comme l'équité salariale et la conciliation travail-famille pour lesquels les femmes se battent depuis des années et pour lesquels la nouvelle génération devra encore se battre. L'égalité est loin d'être atteinte et les changements sociaux se font sur plus d'une génération. Il reste encore beaucoup de choses à accomplir.»

Le Comité des jeunes de la FFQ

Au sein de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), seulement 10 % des membres ont moins de 31 ans. Afin de pallier à ce manque et d'assurer la relève, la FFQ a créé en 1997 le Comité des jeunes. Ce comité a deux objectifs fondamentaux: le premier est de faire en sorte que les jeunes féministes prennent plus de place à l'intérieur du mouvement et le deuxième, de contribuer à l'implication des jeunes féministes dans la société.

En septembre 2003, le Comité des jeunes de la FFQ organisera, en collaboration avec d'autres groupes, un rassemblement de deux jours qui réunira les jeunes féministes agissant dans les mouvements étudiants, les communautés culturelles et les collectifs féministes. Le but du rassemblement est entre autres d'enraciner et de dynamiser les mouvements de jeunes féministes au Québec, à travers la collaboration.

Axé sur l'engagement social et l'égalité des droits, le Comité des jeunes participe activement à diverses causes et s'est fait remarquer au Sommet du Québec et de la jeunesse en 2000, ainsi qu'au Forum social mondial de Porto Alegre en 2002. Là-bas, en collaboration avec des jeunes femmes de différents pays d'Amérique du Sud et d'Europe, Elsa Beaulieu a participé à l'organisation du projet «Féminisme et nouvelle génération politique» dans le cadre du Campement intercontinental de la jeunesse. «Nous avons constaté qu'il n'existait pas beaucoup d'activités pour les jeunes féministes. Ce projet nous a permis d'échanger, de discuter des différentes luttes féministes à travers le monde», dit la jeune femme. D'autres rassemblements, comme la Marche mondiale des femmes, permettent de réunir des femmes de différentes communautés culturelles ou convictions politiques et d'enrichir le mouvement féministe québécois de points de vue nouveaux.

Pour Elsa Beaulieu, la Journée internationale de la femme est une date symbolique. «Le 8 mars est une occasion d'entrer en contact avec les mouvements féministes, de militer ensemble pour les mêmes causes. C'est à la fois un moment pour exprimer notre colère, pour dénoncer ce qu'il reste encore à accomplir, mais aussi un moment pour célébrer notre joie, celle de participer à des luttes collectives, croit-elle. C'est encourageant de savoir que, partout dans le monde, à la même date, des femmes participent à des activités semblables et célèbrent la Journée de la femme.»






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