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Le syndicalisme conjugué au féminin

Réginald Harvey   8 mars 2003  Société
Elles étaient cinq porte-parole d'un mouvement qui promeut des actions féministes dans le cadre des associations syndicales. Elles discourent au nom de toutes les actions à mener à terme. Compte-rendu d'une rencontre.

L'Intersyndicale des femmes est apparue dans le portait du monde du travail en 1974. Au départ, des représentantes des comités de femmes de la CEQ, de la CSN et de la FTQ composaient ce regroupement. Il représente aujourd'hui 170 000 d'entre elles issues de huit organisations syndicales. Ce sont l'Association professionnelle des technologistes médicaux du Québec (APTMQ), la Centrale des professionnelles et professionnels de la santé (CPS), la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la Fédération autonome du collégial (FAC), la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

Bon an mal an, l'Intersyndicale s'est voulue un lieu de réflexion et a fondé son action autour d'une variété de thématiques. Quelques dates charnières peuvent être retenues, comme les états généraux des travailleuses salariées de 1979, le pouvoir des femmes de 1985, le syndicalisme à l'heure des femmes de 1989 et la marche des femmes de 1999. Il en existe évidemment plusieurs autres.

Réunies récemment à Québec en session de travail, quelques représentantes du mouvement ont joint leurs voix pour parler d'alliance syndicale féminine. Unanimement, elles ont reconnu qu'il existait un climat privilégié entre elles. Elles se sont accordées à dire que des liens naturels de solidarité tissés autour de causes communes les rapprochaient et dissipaient les divergences existant d'un mouvement syndical à l'autre. Celles-ci ont aussi fait valoir qu'il leur était possible d'élargir leur champ de connaissance du milieu syndical au contact de leurs collègues en provenance de divers horizons.

Une alliance qui porte fruit

Ces femmes ont défendu avec succès certaines causes. L'une d'entre elles donne un exemple des résultats obtenus: «Je pense à la révision récente de la Loi sur les normes du travail avec les modifications qu'elle a apportées en matière de harcèlement psychologique. Relativement à ce dernier, une définition a été élaborée, les obligations de l'employeur ont été mieux définies et les recours possibles sont maintenant décrits dans cette loi, qui constitue la base fondamentale des droits pour l'ensemble des travailleurs et des travailleuses du Québec.» Il s'agit là d'un dossier sur lequel s'était penché l'Intersyndicale et au sujet duquel celle-ci avait fait valoir son point de vue en commission parlementaire, indépendamment de celui de chacune des organisations.

Elle poursuit: «Le harcèlement psychologique au travail, c'est une réalité qui est vécue particulièrement par les femmes, tant dans les milieux industriels qu'institutionnels. L'Intersyndicale a donc pu, au fil des mois et des ans, échanger sur cette réalité-là et explorer des voies de solution qui ont exercé un poids politique.» Une de ses collègues ajoute à ce propos: «Une des réalisations importantes du regroupement, ça été l'élaboration d'une politique commune pour contrer ce harcèlement en milieu de travail. On a subventionné des recherches portant sur la violence envers les femmes; on a été l'une des premières alliances à défrayer les coûts d'une étude portant spécifiquement sur la réalité des lesbiennes en situation de travail au début des années 1990, au moment où les syndicats ne se mêlaient pas du tout de cette question-là.»

À l'ordre du jour

Les syndicats vivent une période de pré-négociation avec le gouvernement et préparent la table dans ce but. L'Intersyndicale apporte de l'eau au moulin. Une des interlocutrices fournit des explications: «On recherche des solutions pour améliorer les droits parentaux et il est question de la conciliation travail/famille. La conjoncture fait en sorte qu'on travaille beaucoup sur la négociation comme telle.» Sa collègue fait valoir ce qui suit: «On tente ce faisant de renforcer les positions de chacune des organisations, ou du moins d'améliorer la connaissance des dossiers.»

La perception des organisations

Les diverses organisations qui adhèrent à l'Intersyndicale font-elles preuve de réticence à l'égard de ce regroupement féminin? Ces femmes croient que non et l'une de leurs représentantes explique pourquoi: «Au contraire. Les gens s'appuient souvent sur les documents que nous avons produits ou sur les mémoires que nous avons déposés. Les collègues peuvent s'inspirer de ces travaux-là parce qu'il est évident qu'on fait très librement circuler l'information; ils peuvent tirer profit et avantage de nos échanges.»

Il n'est toutefois pas question d'empiéter sur le politique. Telle est la position de l'Intersyndicale à ce propos: «Les instances et les exécutifs syndicaux voient les intérêts qu'il y a à créer des alliances, le tout dans le respect des prérogatives de chacun. Ils peuvent compter sur la loyauté des travailleuses et des syndiquées que nous sommes, à savoir que chacune va respecter la patinoire qui est la sienne; à ce sujet, nous sommes très ouvertes et nous sommes capables de nous dire que notre "ticket" n'est pas valide outre cette limite-là. Il y a des décisions qui reviennent aux instances politiques et qu'on aurait certainement pas idée de s'arroger ni personnellement ni collectivement.»

En définitive, une autre membre met fin aux échanges à ce propos en ces termes: «Dans toutes les coalitions dont on fait partie, il y a toujours des contraintes qui viennent de nos organisations, mais je pense qu'il est possible de vivre avec cette réalité. Parfois, ça peut effectivement créer des tensions, bien que nous n'en ayons pas connues depuis longtemps.» Une autre ajoute pour clore l'entrevue: «Il ne faut pas faire d'angélisme; des batailles de pouvoir, il y en a partout, à tous les échelons et dans tous les secteurs d'activité sociale. Cependant, j'ai toujours pu observer que, dans les mouvements de femmes, il y a un trait commun, à savoir qu'il existe toujours beaucoup de respect, d'écoute et d'ouverture envers les propos des autres militantes et organisations; ce qui ne se dément pas au fil des ans.»






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