dimanche 22 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Internationalisation - La ZLÉA contribuera à l'appauvrissement des femmes

Jessica Nadeau   8 mars 2003  Société
Dans le monde, une personne sur cinq vit avec moins d'un dollar par jour, et une sur sept souffre de la faim de façon chronique. L'immense majorité de ces personnes sont des femmes et des enfants. En effet, selon les Nations unies, les femmes constituent 70 % des personnes pauvres dans le monde.

Depuis l'avènement du libre-échange, la situation des femmes se détériore: précarité de l'emploi dans des secteurs féminisés, exploitation d'une main-d'oeuvre principalement féminine dans les maquiladoras et autres zones franches, accroissement du travail non rémunéré des femmes avec les privatisations étatiques, recrudescence du trafic des femmes, etc.

«Cette situation, exacerbée depuis les dernières années, n'ira qu'en s'amplifiant avec la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), prédit Anne-Marie Seghezzo-Turbano du comité Femmes et mondialisation de la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Il importe que les femmes — premières victimes de ce capitalisme sauvage — se mobilisent et proclament leur désaccord.»

Précarisation du travail féminin

Si la mondialisation crée des emplois, ceux-ci sont majoritairement précaires, informels ou à temps partiel. En Grande-Bretagne, par exemple, deux tiers des emplois créés depuis 1993 sont des emplois à temps partiel, et les femmes représentent 90 % de la nouvelle main-d'oeuvre. Le «modèle féminin», caractérisé par la flexibilité totale, le travail atypique, à temps partiel et fragmenté, sur appel, à domicile, en sous-traitance, indépendant, précaire ou clandestin, s'étend au secteur formel. Selon l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), ce type d'emplois est l'apanage des femmes.

La tendance mondiale à la privatisation des services publics et les compressions budgétaires touchent particulièrement les femmes, puisqu'elles assurent environ 75 % des emplois dans le secteur public. Dans une lettre aux dirigeants du FMI et de la Banque mondiale, les déléguées de la Marche mondiale des femmes écrivaient que «la privatisation systématique de secteurs aussi sensibles que l'éducation et la santé fait reposer sur les femmes, sur leur travail invisible et non payé, les tâches jadis assumées par l'État. Cette substitution des rôles et des responsabilités de l'État vers le privé — et donc vers les femmes — se traduit par ce qu'on pourrait appeler une crise de surcharge de travail pour les femmes».

Elles ont ainsi estimé qu'en Amérique latine, depuis l'instauration des programmes d'ajustement structurel dans les années 1980, les femmes travaillent en moyenne une heure de plus par jour.

Multiplication des «sweat shops»

Les instances monétaires internationales et la mondialisation favorisent l'émergence de zones franches, zones exemptes de droits de douane et de taxes. Dans le but de sortir du sous-développement en attirant les multinationales, de nombreux pays ont mis en place de telles infrastructures. «Pour décupler leur rentabilité, les multinationales vont produire là où la main-d'oeuvre est la moins chère. Cette main-d'oeuvre sous-payée, docile et non organisée, est surtout composée de femmes», rappelle Anne-Marie Seghezzo-Turbano.

Les femmes constituent entre 60 et 90 % des employées dans les zones franches, et plusieurs travaillent dès l'âge de 13 ou 14 ans. En moyenne, elles gagnent 0,80 $US l'heure et travaillent de 50 à 80 heures par semaine dans des conditions misérables. «En République dominicaine, les médecins ont relevé que les femmes travaillant dans les zones franches de production font deux fois plus de fausses couches que celles qui ont d'autres activités, deux fois plus d'enfants souffrent d'insuffisance pondérale, et trois fois plus d'enfants sont atteints de malformations», écrit la délégation de la Marche mondiale des femmes. La tendance générale à la déréglementation laisse entrevoir que, bientôt, ce sont des pays entiers qui seront transformés en zones franches.

À la frontière des États-Unis et du Mexique, on compte 2340 maquiladoras ou sweat shops (usines de sous-traitance) qui emploient plus d'un million de travailleuses. Dans la région de Juarez, les femmes assemblent des appareils électriques pour de grandes multinationales. En 2001, quelque 700 jeunes filles de Juarez ont disparu: «Sont-elles violées et assassinées, utilisées pour le trafic des femmes ou le trafic d'organes, pour la pornographie?», demande Anne-Marie Seghezzo-Turbano. Une enquête du gouvernement mexicain, réclamée par des organisations de femmes à l'échelle internationale, nous le dira peut-être dans quelques années.

Exploitation dans les pays du Nord

«Le Canada n'a pas de zones franches, mais on retrouve un peu l'équivalent de cette exploitation criante parmi les femmes immigrantes dans le secteur du textile. Les usines clandestines utilisent le fait que ces femmes, qui travaillent au noir dans l'attente de papiers, ne parlent pas bien le français ou l'anglais pour les exploiter, dénonce Marie-France Benoît, conseillère syndicale à la condition féminine à la CSN. Aux États-Unis, des familles mexicaines sans papiers débarquent pour faire la récolte des oranges, et elles travaillent des heures et des heures dans des conditions très précaires pour arriver à survivre.»

Suite au deuxième Sommet des peuples des Amériques, une campagne continentale de lutte contre la ZLÉA a été mise en branle par l'Alliance sociale continentale. Au Québec, la «Consulta», vaste campagne d'éducation, de consultation et de mobilisation populaire sur les enjeux de la ZLÉA, se tiendra de janvier à octobre 2003. Le Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC), organisateur du plébiscite à l'échelle provinciale, s'oppose de façon catégorique à la ZLÉA telle qu'elle se négocie actuellement. «Nous ne nous opposons pas à l'échange et à la mondialisation, au contraire, mais nous voulons un processus de négociation transparent qui donne la primauté aux droits individuels et collectifs sur le commerce et le profit, et qui promeuve le respect de l'environnement et l'égalité entre hommes et femmes», conclut Anne-Marie Seghezzo-Turbano.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009