Intégrer le marché du travail représente tout un boulot
Originaires de partout au monde, les travailleuses immigrantes sont loin de former un groupe homogène. Elles ont toutefois un point en commun: celui de devoir surmonter de nombreux obstacles pour intégrer le marché du travail.
Selon Statistique Canada, en 2001, le nombre d'immigrants a atteint 706 965 au Québec, ce qui représente un Québécois sur dix. Parmi ceux-ci, 358 670 sont des femmes. D'après un avis du Conseil interculturel du Québec, en 1996, l'ensemble des Québécoises, avec un taux d'activité de 54, 6 %, étaient moins présentes que les hommes (70,5 %) sur le marché du travail, et les femmes membres des minorités visibles (51,2 %) l'étaient encore moins. «Quand elles sont en emploi, celui-ci est davantage marqué par la précarité. Tout comme l'ensemble des femmes (56,5 %), les femmes membres des minorités visibles (61,4 %) obtiennent des emplois à temps partiel ou temporaires», note l'organisme. Ces facteurs jouent sur les revenus. Le taux de pauvreté est deux fois plus élevé pour les femmes membres des minorités visibles (52,8 %) que pour les femmes en général (25,1 %). À noter: les données du recensement de 2001 de Statistique Canada sur l'intégration des nouveaux arrivants au marché du travail seront publiées en mai.
Le statut à l'arrivée
Auteure d'une recherche intitulée Les femmes et la diversité ethnoculturelle à Montréal et responsable de comités à la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Yasmina Chouakri signale que les difficultés auxquelles font face les immigrantes sont liées à une combinaison de facteurs, dont le statut à l'arrivée. «Par exemple, les femmes réfugiées doivent attendre entre six mois et deux ans avant d'être immigrantes reçues. Au cours de cette période, elles ne bénéficient pas d'une couverture médicale et sociale. Cette situation précaire compromet leur équilibre et leur intégration au marché du travail.»
D'autres, poursuit Mme Chouakri, sont parrainées par leur époux, leur conjoint, leur frère ou leur père, qui doit promettre de subvenir à leurs besoins durant trois à dix ans. «Ces femmes se retrouvent dans une situation de dépendance face à leur répondant. Elles n'ont pas accès à certaines mesures de soutien financier et d'intégration au marché du travail, comme l'aide sociale et les prêts et bourses.» Ce régime rend également les femmes très vulnérables, car leur répondant peut les menacer de ne plus les parrainer et passer effectivement à l'acte.
Quant aux travailleuses domestiques, elles sont exposées à des abus de toutes sortes: surcharge de travail, salaire de misère, etc. La grande majorité d'entre elles sont immigrantes et «bénéficient» du Programme des aides familiales résidentes du gouvernement fédéral. En vertu de ce programme, le gouvernement accorde aux immigrantes un permis de travail temporaire, qui exige qu'elles travaillent et demeurent chez leur employeur pendant deux ans avant de pouvoir faire une demande de résidence permanente.
Selon l'Association des aides familiales, plus de 23 700 femmes occupent ces fonctions au Québec. Avant l'adoption de la Loi modifiant la loi sur les normes du travail, en décembre 2002, elles étaient exclues des normes du travail. «Elles travaillaient normalement 49 heures pour un salaire minimum de 280 $ par semaine, soit 5,71 $ l'heure, et parfois moins lorsque les heures supplémentaires ne sont pas rémunérées», dit Mme Chouakri. À compter du 1er mai, leur semaine normale de travail sera de 40 heures pour un salaire minimum de 320 $, soit 7 $ l'heure.
Certaines, souligne Mme Chouakri, arrivent aussi au Québec à titre d'immigrantes indépendantes, une immigration souvent de type familial. «En théorie, ce statut leur permet d'avoir les mêmes droits que les Québécoises. En pratique, il en va souvent autrement. Cela coûte cher d'immigrer. Il faut payer des droits et avoir une certaine somme d'argent en arrivant. Or, comme ce sont souvent les hommes qui détiennent les cordons de la bourse, ils auront donc la priorité pour chercher un emploi ou mettre à jour leurs connaissances.»
Reconnaissance des acquis et des compétences
À cela se greffe la difficulté de faire reconnaître les diplômes et l'expérience acquise antérieurement. Selon Mme Chouakri, si les immigrantes, choisies par les services d'immigration en fonction des diplômes et des expériences sur le marché du travail, obtiennent une équivalence de leurs diplômes du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, la partie n'est pas gagnée pour autant. «Dans plusieurs professions, les corporations bloquent l'accès aux femmes immigrantes.»
Et que pense-t-elle du plan d'action annoncé récemment par le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, en vue d'augmenter la représentation des communautés culturelles au sein de la fonction publique québécoise? Devant les piètres résultats obtenus après presque deux ans d'application du Programme d'accès à l'égalité à l'emploi, Mme Chouakri demeure sceptique. «Il faut espérer que ce plan d'action comportera des modalités afin qu'il y ait un réel progrès.» Signalons que les immigrants ne représentent que 2,3 % des effectifs de la fonction publique.
Mme Chouakri se fie davantage au mouvement des femmes pour faire bouger les choses, notamment grâce à la prise en compte de plusieurs revendications spécifiques aux immigrantes lors de la Marche mondiale des femmes de 2000. Cette solidarité lui donne l'espoir que «l'ensemble des femmes considéreront un jour les revendications des immigrantes». D'où la nécessité de mettre sur pied des événements comme celui qui sera organisé ce 8 mars par le Comité de coordination et d'action des femmes de diverses origines. Rendez-vous donc à 10h, au Centre Saint-Pierre, au 1205 de la Visitation, à Montréal.
Selon Statistique Canada, en 2001, le nombre d'immigrants a atteint 706 965 au Québec, ce qui représente un Québécois sur dix. Parmi ceux-ci, 358 670 sont des femmes. D'après un avis du Conseil interculturel du Québec, en 1996, l'ensemble des Québécoises, avec un taux d'activité de 54, 6 %, étaient moins présentes que les hommes (70,5 %) sur le marché du travail, et les femmes membres des minorités visibles (51,2 %) l'étaient encore moins. «Quand elles sont en emploi, celui-ci est davantage marqué par la précarité. Tout comme l'ensemble des femmes (56,5 %), les femmes membres des minorités visibles (61,4 %) obtiennent des emplois à temps partiel ou temporaires», note l'organisme. Ces facteurs jouent sur les revenus. Le taux de pauvreté est deux fois plus élevé pour les femmes membres des minorités visibles (52,8 %) que pour les femmes en général (25,1 %). À noter: les données du recensement de 2001 de Statistique Canada sur l'intégration des nouveaux arrivants au marché du travail seront publiées en mai.
Le statut à l'arrivée
Auteure d'une recherche intitulée Les femmes et la diversité ethnoculturelle à Montréal et responsable de comités à la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Yasmina Chouakri signale que les difficultés auxquelles font face les immigrantes sont liées à une combinaison de facteurs, dont le statut à l'arrivée. «Par exemple, les femmes réfugiées doivent attendre entre six mois et deux ans avant d'être immigrantes reçues. Au cours de cette période, elles ne bénéficient pas d'une couverture médicale et sociale. Cette situation précaire compromet leur équilibre et leur intégration au marché du travail.»
D'autres, poursuit Mme Chouakri, sont parrainées par leur époux, leur conjoint, leur frère ou leur père, qui doit promettre de subvenir à leurs besoins durant trois à dix ans. «Ces femmes se retrouvent dans une situation de dépendance face à leur répondant. Elles n'ont pas accès à certaines mesures de soutien financier et d'intégration au marché du travail, comme l'aide sociale et les prêts et bourses.» Ce régime rend également les femmes très vulnérables, car leur répondant peut les menacer de ne plus les parrainer et passer effectivement à l'acte.
Quant aux travailleuses domestiques, elles sont exposées à des abus de toutes sortes: surcharge de travail, salaire de misère, etc. La grande majorité d'entre elles sont immigrantes et «bénéficient» du Programme des aides familiales résidentes du gouvernement fédéral. En vertu de ce programme, le gouvernement accorde aux immigrantes un permis de travail temporaire, qui exige qu'elles travaillent et demeurent chez leur employeur pendant deux ans avant de pouvoir faire une demande de résidence permanente.
Selon l'Association des aides familiales, plus de 23 700 femmes occupent ces fonctions au Québec. Avant l'adoption de la Loi modifiant la loi sur les normes du travail, en décembre 2002, elles étaient exclues des normes du travail. «Elles travaillaient normalement 49 heures pour un salaire minimum de 280 $ par semaine, soit 5,71 $ l'heure, et parfois moins lorsque les heures supplémentaires ne sont pas rémunérées», dit Mme Chouakri. À compter du 1er mai, leur semaine normale de travail sera de 40 heures pour un salaire minimum de 320 $, soit 7 $ l'heure.
Certaines, souligne Mme Chouakri, arrivent aussi au Québec à titre d'immigrantes indépendantes, une immigration souvent de type familial. «En théorie, ce statut leur permet d'avoir les mêmes droits que les Québécoises. En pratique, il en va souvent autrement. Cela coûte cher d'immigrer. Il faut payer des droits et avoir une certaine somme d'argent en arrivant. Or, comme ce sont souvent les hommes qui détiennent les cordons de la bourse, ils auront donc la priorité pour chercher un emploi ou mettre à jour leurs connaissances.»
Reconnaissance des acquis et des compétences
À cela se greffe la difficulté de faire reconnaître les diplômes et l'expérience acquise antérieurement. Selon Mme Chouakri, si les immigrantes, choisies par les services d'immigration en fonction des diplômes et des expériences sur le marché du travail, obtiennent une équivalence de leurs diplômes du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, la partie n'est pas gagnée pour autant. «Dans plusieurs professions, les corporations bloquent l'accès aux femmes immigrantes.»
Et que pense-t-elle du plan d'action annoncé récemment par le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, en vue d'augmenter la représentation des communautés culturelles au sein de la fonction publique québécoise? Devant les piètres résultats obtenus après presque deux ans d'application du Programme d'accès à l'égalité à l'emploi, Mme Chouakri demeure sceptique. «Il faut espérer que ce plan d'action comportera des modalités afin qu'il y ait un réel progrès.» Signalons que les immigrants ne représentent que 2,3 % des effectifs de la fonction publique.
Mme Chouakri se fie davantage au mouvement des femmes pour faire bouger les choses, notamment grâce à la prise en compte de plusieurs revendications spécifiques aux immigrantes lors de la Marche mondiale des femmes de 2000. Cette solidarité lui donne l'espoir que «l'ensemble des femmes considéreront un jour les revendications des immigrantes». D'où la nécessité de mettre sur pied des événements comme celui qui sera organisé ce 8 mars par le Comité de coordination et d'action des femmes de diverses origines. Rendez-vous donc à 10h, au Centre Saint-Pierre, au 1205 de la Visitation, à Montréal.
Haut de la page

