Pour enfants ou pour chiens?
Photo : Jacques Nadeau
Malgré les apparences, le parc Percy-Walters n’est pas ce qu’on appelle un «parc à chiens». Il s’agit plutôt d’un espace vert que se sont appropriés les amis des chiens il y a des décennies.
Milo, un labrador chocolat, traverse en trombe le parc Percy-Walters, ivre de liberté. Comme ses congénères, il gambade sans laisse dans cet oasis de verdure situé à deux pas du centre-ville de Montréal. Mais ces courses sans contraintes sont tout à fait illégales car, malgré les apparences, le parc Percy-Walters n'est pas ce qu'on appelle un «parc à chiens.» Il s'agit plutôt d'un espace vert que se sont appropriés les amis des chiens il y a des décennies. Le règne canin tire à sa fin car l'arrondissement de Ville-Marie s'apprête à réaménager l'endroit afin, notamment, d'y installer une aire de jeu pour enfants. Les chiens seront dès lors confinés à un enclos.
Situé au pied du mont Royal, à proximité de l'université Concordia, le parc Percy-Walters s'étend sur 7000 mètres carrés de terrain en pente douce. Ceinturé d'un mur de brique et de clôtures, l'endroit est devenu un paradis pour les chiens et leurs maîtres qui viennent parfois de loin pour laisser leur bête s'ébattre en toute liberté. Aux trois entrées pourtant, des écriteaux installés bien en vue rappellent que le parc est destiné aux enfants et aux familles, et que les chiens doivent être tenus en laisse en tout temps.
«C'est un endroit unique à Montréal car c'est un des rares lieux où on a accès à une aire d'exercice pour les chiens avec un boisé et la superficie est intéressante», explique Natalie Bussière, la maîtresse de Marcel, un habitué des lieux. Il y a des gens qui viennent de partout dans la ville pour venir y promener leur chien.» Les propriétaires sont respectueux de l'endroit, assure-t-elle. Au fil des ans, ils ont même pris en main l'entretien des lieux, repeignant les bancs publics et plantant arbres et fleurs.
Les autorités municipales tolèrent la situation et les policiers sévissent rarement dans le parc. Mais une menace plane sur la gent canine. L'arrondissement de Ville-Marie a élaboré des plans qui sèment l'émoi chez les amoureux des chiens. D'ici à 2010, les autorités entendent réaménager le parc pour y installer deux aires de jeux pour enfants, l'une pour les 2 à 5 ans et l'autre pour les 6 à 12 ans, auxquelles se greffera une place publique destinée à accueillir des activités culturelles. Le projet prévoit également l'aménagement d'un espace planté d'arbres et de végétaux. Les chiens disposeront pour leur part d'un enclos d'une superficie de 2500 mètres carrés afin de s'ébattre en toute légalité cette fois.
Contestation
Lors d'une réunion publique mardi soir dernier, les amis des chiens ont manifesté bruyamment leur opposition au projet. Certains d'entre eux ont chahuté le conseiller municipal de Vision Montréal dans le district Peter-McGill, Karim Boulos, venu présenter le projet en compagnie de sa collègue d'Union Montréal, Catherine Sévigny. L'agressivité de plusieurs participants, qui tiennent mordicus à ce que le parc reste tel quel, a laissé une forte impression de malaise, ont confié quelques témoins de la scène. Moins nombreux, des parents de jeunes enfants ont exprimé leur souhait de pouvoir profiter d'un parc sécuritaire doté de jeux adaptés à leur progéniture. «C'est une honte de vouloir confiner les chiens dans un petit enclos. Montréal n'est pas une ville accueillante pour les chiens, et il n'y a pas suffisamment d'endroits pour leur permettre de s'ébattre», commente Rika Bohbot, rencontrée hier au parc avec son chien Milo.
Le président de l'Association des amis du parc Percy-Walters, Paul Singer, soutient que le nombre limité d'enfants dans le quartier ne justifie pas l'ambitieux projet de la Ville. Au fil des décennies, rappelle-t-il, le secteur s'est densifié, les tours se sont multipliées et les familles ont quitté le quartier. «La fréquentation du parc a évolué comme celle de la population puisque les enfants ont fui le centre-ville pour se retrouver dans de nombreuses banlieues, explique-t-il. La démographie du centre-ville a favorisé les mieux nantis et les étudiants, de telle sorte que peu d'enfants utilisent le parc aujourd'hui. Non pas qu'ils en soient exclus d'aucune façon, mais on retrouve maintenant surtout des étudiants et des gens plus âgées qui n'ont plus d'enfants à la maison.»
Don à la Ville
Pour bien comprendre la complexité du litige qui opposent les propriétaires de chiens aux autorités municipales, il faut remonter dans le temps. C'est en 1943 que Percy Walters, un homme d'affaires d'origine britannique, a fait don du terrain à la Ville de Montréal. Dans l'acte de cession, il insiste sur la vocation familiale du parc: celui-ci est destiné aux enfants, mais il ne doit comporter aucun équipement de jeu bruyant, comme des balançoires ou des glissoires, une condition qui peut paraître inusitée aujourd'hui. L'idée du donateur était de préserver la quiétude des lieux.
Paul Singer précise que le document original rédigé en anglais mentionne «les enfants, leurs parents et leurs compagnons». À cette époque, soutient-il, le terme «companions» renvoyait aux animaux de compagnie, soit les chiens.
Le conseiller Karim Boulos rejette cette interprétation. «On a fait des recherches. En 1943, connaissant l'aristocratique anglophone de Montréal, "companions" signifiait "nannies" », explique-t-il, tout en admettant qu'on ne peut être certain à 100 % de la signification des termes utilisés par M. Walters.
De minutieuses recherches
Conscientes du caractère explosif du dossier, les autorités n'ont négligé aucun détail. Trois avocats spécialisés en enquête ont eu pour mandat de retrouver les héritiers de M. Walters. Ils n'auraient trouvé qu'un neveu à Montréal, mais celui-ci serait décédé dans les années 90, indique M. Boulos.
L'arrondissement a également consulté le contentieux de la Ville. M. Boulos soutient que, selon la jurisprudence, lorsque plus de 60 ans se sont écoulés après la cession d'un terrain, la Ville peut utiliser l'endroit «selon son jugement», dans la mesure où elle respecte la vocation du parc. Malgré tout, l'arrondissement a voulu user de prudence. Les équipements pour enfants seront sobres: les grands pourront grimper dans des structures de cordes, tandis que les petits auront droit à une glissoire et à des équipement de petit gabarit.
S'il en restait, les héritiers approuveraient-ils le projet de la Ville? Karim Boulos croit que oui. «Je pense qu'ils seraient contents que, finalement, on fasse quelque chose pour les enfants. Pendant plus de 60 ans, personne n'a pensé à eux si ce n'est de les faire courir comme des fous sur une pente qui n'est pas vraiment sécuritaire», dit-il. Il indique que les enfants sont de plus en plus nombreux dans ce quartier du centre-ville. Le plus récent recensement révèle que, dans un rayon de 800 mètres, le quartier compte 750 enfants âgés de moins de 14 ans. «Il faut permettre à ceux qui veulent utiliser le parc de le faire. Pourquoi les besoins des uns seraient plus importants que les besoins des autres?, demande M. Boulos. Les chiens auront toujours accès au parc et ils auront même une aire de jeux où ce qu'ils feront deviendra légitime.»
Ce ne serait pas la première fois que la Ville tente de régler la polémique car les plaintes des parents ont été nombreuses au fil des ans. «C'est une patate chaude que tout le monde s'est passée de génération en génération», affirme M. Boulos. Dans les années 90, l'administration de l'ex-maire Pierre Bourque avait retiré les clôtures entourant le parc afin que cessent les gambades libres des chiens. «Il y a eu un tollé. Ç'a été la fin du monde. Et la Ville les a réinstallées, relate-t-il. Et ce n'est pas fini...»
Un compromis
Ce n'est pas fini parce l'arrondissement poursuivra les discussions avec les représentants des usagers du parc. Une rencontre est d'ailleurs prévue au cours de la prochaine semaine avec le président de l'association, Paul Singer. Celui-ci croit qu'un compromis est possible: «Je pense qu'il faut faire une place aux poupons, tout en respectant les voeux du donateur, de même que le caractère patrimonial et l'état naturel du parc», dit-il.
Si les propriétaires de chiens rencontrés hier matin au parc Percy-Walter étaient tous en faveur de l'aménagement d'une aire de jeux pour enfants, ils ont tous dénoncé les contraintes d'espace qui leur seront imposés. «À 8 heures le matin et à 17 heures, il y a environ 30 chiens qui s'ébattent ici. Comment cela va-t-il se passer dans un petit enclos?» s'est demandé Temzin Namgyal.
Un espace pour les enfants, d'accord, convenait Joanne Baril, mais il serait plus judicieux de songer à un aménagement plus modeste afin de consacrer le reste de l'argent à des dossiers plus pressants tels que la réfection des infrastructures.
Situé au pied du mont Royal, à proximité de l'université Concordia, le parc Percy-Walters s'étend sur 7000 mètres carrés de terrain en pente douce. Ceinturé d'un mur de brique et de clôtures, l'endroit est devenu un paradis pour les chiens et leurs maîtres qui viennent parfois de loin pour laisser leur bête s'ébattre en toute liberté. Aux trois entrées pourtant, des écriteaux installés bien en vue rappellent que le parc est destiné aux enfants et aux familles, et que les chiens doivent être tenus en laisse en tout temps.
«C'est un endroit unique à Montréal car c'est un des rares lieux où on a accès à une aire d'exercice pour les chiens avec un boisé et la superficie est intéressante», explique Natalie Bussière, la maîtresse de Marcel, un habitué des lieux. Il y a des gens qui viennent de partout dans la ville pour venir y promener leur chien.» Les propriétaires sont respectueux de l'endroit, assure-t-elle. Au fil des ans, ils ont même pris en main l'entretien des lieux, repeignant les bancs publics et plantant arbres et fleurs.
Les autorités municipales tolèrent la situation et les policiers sévissent rarement dans le parc. Mais une menace plane sur la gent canine. L'arrondissement de Ville-Marie a élaboré des plans qui sèment l'émoi chez les amoureux des chiens. D'ici à 2010, les autorités entendent réaménager le parc pour y installer deux aires de jeux pour enfants, l'une pour les 2 à 5 ans et l'autre pour les 6 à 12 ans, auxquelles se greffera une place publique destinée à accueillir des activités culturelles. Le projet prévoit également l'aménagement d'un espace planté d'arbres et de végétaux. Les chiens disposeront pour leur part d'un enclos d'une superficie de 2500 mètres carrés afin de s'ébattre en toute légalité cette fois.
Contestation
Lors d'une réunion publique mardi soir dernier, les amis des chiens ont manifesté bruyamment leur opposition au projet. Certains d'entre eux ont chahuté le conseiller municipal de Vision Montréal dans le district Peter-McGill, Karim Boulos, venu présenter le projet en compagnie de sa collègue d'Union Montréal, Catherine Sévigny. L'agressivité de plusieurs participants, qui tiennent mordicus à ce que le parc reste tel quel, a laissé une forte impression de malaise, ont confié quelques témoins de la scène. Moins nombreux, des parents de jeunes enfants ont exprimé leur souhait de pouvoir profiter d'un parc sécuritaire doté de jeux adaptés à leur progéniture. «C'est une honte de vouloir confiner les chiens dans un petit enclos. Montréal n'est pas une ville accueillante pour les chiens, et il n'y a pas suffisamment d'endroits pour leur permettre de s'ébattre», commente Rika Bohbot, rencontrée hier au parc avec son chien Milo.
Le président de l'Association des amis du parc Percy-Walters, Paul Singer, soutient que le nombre limité d'enfants dans le quartier ne justifie pas l'ambitieux projet de la Ville. Au fil des décennies, rappelle-t-il, le secteur s'est densifié, les tours se sont multipliées et les familles ont quitté le quartier. «La fréquentation du parc a évolué comme celle de la population puisque les enfants ont fui le centre-ville pour se retrouver dans de nombreuses banlieues, explique-t-il. La démographie du centre-ville a favorisé les mieux nantis et les étudiants, de telle sorte que peu d'enfants utilisent le parc aujourd'hui. Non pas qu'ils en soient exclus d'aucune façon, mais on retrouve maintenant surtout des étudiants et des gens plus âgées qui n'ont plus d'enfants à la maison.»
Don à la Ville
Pour bien comprendre la complexité du litige qui opposent les propriétaires de chiens aux autorités municipales, il faut remonter dans le temps. C'est en 1943 que Percy Walters, un homme d'affaires d'origine britannique, a fait don du terrain à la Ville de Montréal. Dans l'acte de cession, il insiste sur la vocation familiale du parc: celui-ci est destiné aux enfants, mais il ne doit comporter aucun équipement de jeu bruyant, comme des balançoires ou des glissoires, une condition qui peut paraître inusitée aujourd'hui. L'idée du donateur était de préserver la quiétude des lieux.
Paul Singer précise que le document original rédigé en anglais mentionne «les enfants, leurs parents et leurs compagnons». À cette époque, soutient-il, le terme «companions» renvoyait aux animaux de compagnie, soit les chiens.
Le conseiller Karim Boulos rejette cette interprétation. «On a fait des recherches. En 1943, connaissant l'aristocratique anglophone de Montréal, "companions" signifiait "nannies" », explique-t-il, tout en admettant qu'on ne peut être certain à 100 % de la signification des termes utilisés par M. Walters.
De minutieuses recherches
Conscientes du caractère explosif du dossier, les autorités n'ont négligé aucun détail. Trois avocats spécialisés en enquête ont eu pour mandat de retrouver les héritiers de M. Walters. Ils n'auraient trouvé qu'un neveu à Montréal, mais celui-ci serait décédé dans les années 90, indique M. Boulos.
L'arrondissement a également consulté le contentieux de la Ville. M. Boulos soutient que, selon la jurisprudence, lorsque plus de 60 ans se sont écoulés après la cession d'un terrain, la Ville peut utiliser l'endroit «selon son jugement», dans la mesure où elle respecte la vocation du parc. Malgré tout, l'arrondissement a voulu user de prudence. Les équipements pour enfants seront sobres: les grands pourront grimper dans des structures de cordes, tandis que les petits auront droit à une glissoire et à des équipement de petit gabarit.
S'il en restait, les héritiers approuveraient-ils le projet de la Ville? Karim Boulos croit que oui. «Je pense qu'ils seraient contents que, finalement, on fasse quelque chose pour les enfants. Pendant plus de 60 ans, personne n'a pensé à eux si ce n'est de les faire courir comme des fous sur une pente qui n'est pas vraiment sécuritaire», dit-il. Il indique que les enfants sont de plus en plus nombreux dans ce quartier du centre-ville. Le plus récent recensement révèle que, dans un rayon de 800 mètres, le quartier compte 750 enfants âgés de moins de 14 ans. «Il faut permettre à ceux qui veulent utiliser le parc de le faire. Pourquoi les besoins des uns seraient plus importants que les besoins des autres?, demande M. Boulos. Les chiens auront toujours accès au parc et ils auront même une aire de jeux où ce qu'ils feront deviendra légitime.»
Ce ne serait pas la première fois que la Ville tente de régler la polémique car les plaintes des parents ont été nombreuses au fil des ans. «C'est une patate chaude que tout le monde s'est passée de génération en génération», affirme M. Boulos. Dans les années 90, l'administration de l'ex-maire Pierre Bourque avait retiré les clôtures entourant le parc afin que cessent les gambades libres des chiens. «Il y a eu un tollé. Ç'a été la fin du monde. Et la Ville les a réinstallées, relate-t-il. Et ce n'est pas fini...»
Un compromis
Ce n'est pas fini parce l'arrondissement poursuivra les discussions avec les représentants des usagers du parc. Une rencontre est d'ailleurs prévue au cours de la prochaine semaine avec le président de l'association, Paul Singer. Celui-ci croit qu'un compromis est possible: «Je pense qu'il faut faire une place aux poupons, tout en respectant les voeux du donateur, de même que le caractère patrimonial et l'état naturel du parc», dit-il.
Si les propriétaires de chiens rencontrés hier matin au parc Percy-Walter étaient tous en faveur de l'aménagement d'une aire de jeux pour enfants, ils ont tous dénoncé les contraintes d'espace qui leur seront imposés. «À 8 heures le matin et à 17 heures, il y a environ 30 chiens qui s'ébattent ici. Comment cela va-t-il se passer dans un petit enclos?» s'est demandé Temzin Namgyal.
Un espace pour les enfants, d'accord, convenait Joanne Baril, mais il serait plus judicieux de songer à un aménagement plus modeste afin de consacrer le reste de l'argent à des dossiers plus pressants tels que la réfection des infrastructures.
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