Technologies de l'information - L'industrie se mobilise pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre
Michel Dagenais, directeur du département de génie in-formatique et génie logiciel à l’École polytechnique de Montréal
Dans notre monde hyperinformatisé, une pénurie de main-d'oeuvre en technologies de l'information et des communications nuirait grandement à l'économie canadienne. Afin de pallier le manque de professionnels qualifiés dans ce secteur d'activité, une soixantaine d'entreprises canadiennes se sont mobilisées et ont créé une coalition.
Celui qui a sonné l'alarme et suggéré la formation d'une coalition des entreprises oeuvrant dans le secteur des technologies de l'information, c'est Stéphane Boisvert, président du groupe Grandes Entreprises chez Bell Canada. Avec plus de 17 200 travailleurs, BCE est le plus gros employeur en technologies de l'information et des communications (TIC). Ces dernières années, M. Boisvert a constaté que le recrutement était de plus en plus difficile chez Bell et a pressenti que d'autres entreprises canadiennes du secteur traversaient peut-être une crise semblable. Afin de vérifier ce qu'il en était, il a commandé une étude auprès du Conference Board du Canada, un groupe de recherche indépendant.
Là où les systèmes s'activent
Il ressort que des spécialistes des TIC sont nécessaires dans une gamme d'entreprises dont la vocation première ne réside pas dans les TIC, mais où les systèmes informatiques sont vitaux. Le Conference Board a ainsi mené plusieurs études de cas auprès de grandes entreprises canadiennes telles qu'Hydro-Québec, Canadian Tire et le CN, démontrant effectivement un manque de main-d'oeuvre généralisé, qui peut se traduire par une perte de productivité et une perte de parts de marché aux mains de la concurrence étrangère.
Concrètement, l'industrie canadienne aurait besoin de combler quelque 89 000 postes en TIC d'ici trois à cinq ans, selon des données de 2006 fournies par le Conseil des technologies de l'information et des communications (CTIC). «Quand on regarde au-delà de 2012, la pénurie de talents en TIC risque de s'aggraver davantage en raison notamment d'une baisse marquée des inscriptions dans les établissements d'enseignement», précise M. Boisvert.
Au cours de la dernière année, une soixantaine d'entreprises, d'associations et d'établissements d'enseignement se sont ralliés à Bell Canada pour former la Coalition canadienne pour une relève en TIC. «Nous élaborons actuellement un plan détaillé que nous allons déployer en 2009 afin d'augmenter le nombre d'inscriptions dans les programmes universitaires de TIC, de renforcer la formation continue pour les employés présentement en poste, de faciliter l'accès au marché du travail pour les immigrants diplômés en TIC et d'améliorer la perception des carrières en TIC auprès des jeunes», indique M. Boisvert.
S'adressant, à la fin de septembre, à des entrepreneurs du secteur manufacturier — le secteur le plus important de l'économie québécoise, puisqu'il emploie environ 15 % de la population active du Québec et représente 20 % du PIB — M. Boisvert rappelait l'importance d'investir en TIC pour améliorer la productivité. De nouveaux crédits d'impôt mis en place par Québec, à la fin de 2007, spécialement pour le secteur manufacturier devraient favoriser la formation et stimuler l'innovation grâce à l'embauche de personnel spécialisé en recherche. Ces mesures tombent à point pour combler les besoins criants en TIC au niveau local et éviter de recourir à l'impartition, estime M. Boisvert.
La clé : l'enseignement et la formation continue
Au Québec, TechnoCompétences, le comité sectoriel de main-d'oeuvre des TIC, prévoit la création d'environ 7000 postes par an dans 26 professions. L'industrie du jeu électronique mène la danse, avec une croissance projetée de
25 % d'ici la fin 2008. «Les jeunes veulent absolument travailler dans ce milieu, mais il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus», indique Sylvie Gagnon, directrice générale de TechnoCompétences.
L'industrie des TIC, extrêmement diversifiée, offre des perspectives d'emploi dans des domaines comme l'édition de logiciels, les services informatiques, le multimédia, les télécommunications, la fabrication d'équipement électronique et informatique ou encore l'entretien et la réparation, dit Mme Gagnon. Les entreprises recherchent surtout des ingénieurs logiciels et informatiques, des analystes d'affaires et des programmeurs expérimentés, précise-t-elle, en ajoutant qu'une formation universitaire est nécessaire pour toutes ces professions.
Afin d'inciter les jeunes à s'orienter vers une carrière en TIC, TechnoCompétences a lancé l'an dernier un site Internet (www.macarrieretechno.com). Outre un jeu vidéo qui permet de découvrir différentes professions, le site propose des fiches sur les métiers et les entreprises de l'industrie avec des témoignages vidéo de professionnels et d'entrepreneurs, ainsi qu'une base de données indiquant quelles formations sont disponibles dans chaque région. C'est donc un outil complet pour informer les chercheurs d'emploi de tout crin.
Selon Mme Gagnon, le problème de pénurie pourrait être résolu grâce à un lien plus étroit entre les écoles et les entreprises. «C'est fondamental, estime-t-elle. Les entreprises qui se détachent de leurs concurrents sont celles qui recrutent les meilleurs étudiants. Le secret est de s'engager directement dans les formations dispensées.»
Où sont les ingénieurs ?
Les étudiants de l'École polytechnique, par exemple, sont reconnus pour leur participation à des projets de recherche menés en partenariat avec des entreprises telles qu'Ericsson, IBM et Google. Ils sont donc très appréciés des entreprises canadiennes et trouvent aussi des emplois
à l'étranger.
Michel Dagenais, directeur du département de génie informatique et génie logiciel à l'École polytechnique de Montréal, dit qu'il est submergé d'appels d'entreprises «paniquées» parce qu'elles ne trouvent pas d'ingénieurs qualifiés. «Les entreprises retardent beaucoup de projets, dit-il. Actuellement, nous avons 160 finissants par an, mais la demande est telle qu'on pourrait facilement en placer le double.» Selon M. Dagenais, la demande aurait déjà rejoint le niveau de 2000, lors des beaux jours de l'industrie. Elle devrait se maintenir pendant un moment, dit-il, car les effets des départs à la retraite ne se sont pas encore fait sentir.
«On est dans une révolution industrielle d'informatisation où tous les secteurs d'activité sont soumis à une sophistication toujours plus poussée des outils logiciels», explique-t-il, citant en exemple l'évolution de la téléphonie mobile, mais aussi les nouvelles technologies de transformation des produits du bois ou l'optimisation de la gestion du commerce au détail grâce à l'intelligence informatique. «Ça n'arrête pas, et il y a encore beaucoup de progrès à faire au cours des prochaines décennies», estime-t-il.
***
Collaboratrice du Devoir
Celui qui a sonné l'alarme et suggéré la formation d'une coalition des entreprises oeuvrant dans le secteur des technologies de l'information, c'est Stéphane Boisvert, président du groupe Grandes Entreprises chez Bell Canada. Avec plus de 17 200 travailleurs, BCE est le plus gros employeur en technologies de l'information et des communications (TIC). Ces dernières années, M. Boisvert a constaté que le recrutement était de plus en plus difficile chez Bell et a pressenti que d'autres entreprises canadiennes du secteur traversaient peut-être une crise semblable. Afin de vérifier ce qu'il en était, il a commandé une étude auprès du Conference Board du Canada, un groupe de recherche indépendant.
Là où les systèmes s'activent
Il ressort que des spécialistes des TIC sont nécessaires dans une gamme d'entreprises dont la vocation première ne réside pas dans les TIC, mais où les systèmes informatiques sont vitaux. Le Conference Board a ainsi mené plusieurs études de cas auprès de grandes entreprises canadiennes telles qu'Hydro-Québec, Canadian Tire et le CN, démontrant effectivement un manque de main-d'oeuvre généralisé, qui peut se traduire par une perte de productivité et une perte de parts de marché aux mains de la concurrence étrangère.
Concrètement, l'industrie canadienne aurait besoin de combler quelque 89 000 postes en TIC d'ici trois à cinq ans, selon des données de 2006 fournies par le Conseil des technologies de l'information et des communications (CTIC). «Quand on regarde au-delà de 2012, la pénurie de talents en TIC risque de s'aggraver davantage en raison notamment d'une baisse marquée des inscriptions dans les établissements d'enseignement», précise M. Boisvert.
Au cours de la dernière année, une soixantaine d'entreprises, d'associations et d'établissements d'enseignement se sont ralliés à Bell Canada pour former la Coalition canadienne pour une relève en TIC. «Nous élaborons actuellement un plan détaillé que nous allons déployer en 2009 afin d'augmenter le nombre d'inscriptions dans les programmes universitaires de TIC, de renforcer la formation continue pour les employés présentement en poste, de faciliter l'accès au marché du travail pour les immigrants diplômés en TIC et d'améliorer la perception des carrières en TIC auprès des jeunes», indique M. Boisvert.
S'adressant, à la fin de septembre, à des entrepreneurs du secteur manufacturier — le secteur le plus important de l'économie québécoise, puisqu'il emploie environ 15 % de la population active du Québec et représente 20 % du PIB — M. Boisvert rappelait l'importance d'investir en TIC pour améliorer la productivité. De nouveaux crédits d'impôt mis en place par Québec, à la fin de 2007, spécialement pour le secteur manufacturier devraient favoriser la formation et stimuler l'innovation grâce à l'embauche de personnel spécialisé en recherche. Ces mesures tombent à point pour combler les besoins criants en TIC au niveau local et éviter de recourir à l'impartition, estime M. Boisvert.
La clé : l'enseignement et la formation continue
Au Québec, TechnoCompétences, le comité sectoriel de main-d'oeuvre des TIC, prévoit la création d'environ 7000 postes par an dans 26 professions. L'industrie du jeu électronique mène la danse, avec une croissance projetée de
25 % d'ici la fin 2008. «Les jeunes veulent absolument travailler dans ce milieu, mais il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus», indique Sylvie Gagnon, directrice générale de TechnoCompétences.
L'industrie des TIC, extrêmement diversifiée, offre des perspectives d'emploi dans des domaines comme l'édition de logiciels, les services informatiques, le multimédia, les télécommunications, la fabrication d'équipement électronique et informatique ou encore l'entretien et la réparation, dit Mme Gagnon. Les entreprises recherchent surtout des ingénieurs logiciels et informatiques, des analystes d'affaires et des programmeurs expérimentés, précise-t-elle, en ajoutant qu'une formation universitaire est nécessaire pour toutes ces professions.
Afin d'inciter les jeunes à s'orienter vers une carrière en TIC, TechnoCompétences a lancé l'an dernier un site Internet (www.macarrieretechno.com). Outre un jeu vidéo qui permet de découvrir différentes professions, le site propose des fiches sur les métiers et les entreprises de l'industrie avec des témoignages vidéo de professionnels et d'entrepreneurs, ainsi qu'une base de données indiquant quelles formations sont disponibles dans chaque région. C'est donc un outil complet pour informer les chercheurs d'emploi de tout crin.
Selon Mme Gagnon, le problème de pénurie pourrait être résolu grâce à un lien plus étroit entre les écoles et les entreprises. «C'est fondamental, estime-t-elle. Les entreprises qui se détachent de leurs concurrents sont celles qui recrutent les meilleurs étudiants. Le secret est de s'engager directement dans les formations dispensées.»
Où sont les ingénieurs ?
Les étudiants de l'École polytechnique, par exemple, sont reconnus pour leur participation à des projets de recherche menés en partenariat avec des entreprises telles qu'Ericsson, IBM et Google. Ils sont donc très appréciés des entreprises canadiennes et trouvent aussi des emplois
à l'étranger.
Michel Dagenais, directeur du département de génie informatique et génie logiciel à l'École polytechnique de Montréal, dit qu'il est submergé d'appels d'entreprises «paniquées» parce qu'elles ne trouvent pas d'ingénieurs qualifiés. «Les entreprises retardent beaucoup de projets, dit-il. Actuellement, nous avons 160 finissants par an, mais la demande est telle qu'on pourrait facilement en placer le double.» Selon M. Dagenais, la demande aurait déjà rejoint le niveau de 2000, lors des beaux jours de l'industrie. Elle devrait se maintenir pendant un moment, dit-il, car les effets des départs à la retraite ne se sont pas encore fait sentir.
«On est dans une révolution industrielle d'informatisation où tous les secteurs d'activité sont soumis à une sophistication toujours plus poussée des outils logiciels», explique-t-il, citant en exemple l'évolution de la téléphonie mobile, mais aussi les nouvelles technologies de transformation des produits du bois ou l'optimisation de la gestion du commerce au détail grâce à l'intelligence informatique. «Ça n'arrête pas, et il y a encore beaucoup de progrès à faire au cours des prochaines décennies», estime-t-il.
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Collaboratrice du Devoir
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