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La plus grosse manifestation de l'histoire du Québec

Clairandrée Cauchy   17 février 2003  Société
Au moins 150 000 personnes ont défilé dans les rues de Montréal, samedi, pour protester contre une éventuelle guerre en Irak.
Photo : Agence Reuters
Au moins 150 000 personnes ont défilé dans les rues de Montréal, samedi, pour protester contre une éventuelle guerre en Irak.
C'était la plus grosse manifestation de l'histoire du Québec. Bien emmitouflés pour affronter la température de -26 °C, quelque 150 000 personnes ont manifesté samedi dans le centre-ville de Montréal pour dire non à la guerre en Irak, soit six fois plus que lors du dernier appel à la mobilisation, le 18 janvier dernier.

Les pacifistes montréalais étaient beaucoup plus nombreux qu'ailleurs au Canada. Ils étaient 20 000 à Vancouver, 10 000 à Toronto, 12 000 à Edmonton, 2000 à Ottawa... À Québec, 3000 manifestants ont foulé le pavé de la rue Saint-Jean. Des marches se sont aussi déroulées à Sherbrooke, Saguenay, Gatineau et Trois-Rivières. «C'est du jamais vu. Pour sortir par des temps pareils, il y a une conviction assez profonde que la guerre n'a rien à voir avec la sécurité internationale et que cela ne rendrait pas service à la population irakienne après tant d'années de sanctions», a déclaré Raymond Legault, porte-parole du Collectif Échec à la guerre.

Le service de police n'a pas contredit le chiffre de 150 000 avancé par les organisateurs. À titre de comparaison, la dernière manifestation d'importance avait réuni près de 100 000 personnes en 1993 contre la réforme de l'assurance-chômage. Deux heures après le début de la marche, des manifestants attendaient toujours pour prendre le départ au carré Dominion, alors que la tête du cortège arrivait à la fin du parcours, au complexe Guy-Favreau. Toutes les générations y étaient: du poupon entièrement caché sous une couverture en allant jusqu'aux «Raging Granies», ces grand-mères militantes qui ont accueilli les manifestants en chantant près du Carré Phillips.

Les slogans variés dénonçaient l'attitude guerrière du président Bush: «Combien de litres de sang pour un baril de pétrole?», pouvait-on lire sur une pancarte portée par une jeune manifestante. D'autres y allaient de slogans humoristiques: «Trouvez-lui une stagiaire! [au président Bush]»

Appel des artistes

Le porte-parole du Collectif Échec à la guerre explique la grande mobilisation par la tradition pacifiste bien ancrée au Québec, où les sondages montrent une plus grande opposition à la guerre qu'ailleurs au Canada. L'engagement des artistes aurait aussi contribué à soulever les foules: «Avec la forte unité culturelle au Québec, quand un grand nombre d'artistes se font les porte-parole d'une cause, celle-ci trouve un écho plus large que lorsque la mobilisation repose uniquement sur les structures officielles de mobilisation», a avancé M. Legault. Luck Merville, Luc Picard, Andrée Lachapelle, Marie-Claire Séguin, Pascale Montpetit et des dizaines d'autres artistes ont bravé le froid pour s'opposer aux velléités guerrières du gouvernement Bush.

Plusieurs politiciens étaient aussi présents. La ministre des Relations internationales, Louise Beaudoin, figurait parmi le cortège montréalais, ainsi que le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

Les organisateurs des différentes manifestations à travers le Canada demanderont officiellement cette semaine une rencontre d'urgence avec Jean Chrétien. «Si le gouvernement n'écoute pas la volonté de sa population, il y a des questions à se poser sur la nature du pays dans lequel on vit. Le message est assez fort pour être entendu par le premier ministre d'une démocratie qui dit l'être», a soutenu Raymond Legault.

Pour l'instant, aucune date n'a été arrêtée pour une autre manifestation. Si la guerre était déclenchée, les Québécois sont invités à se rassembler pour une vigile le jour même à 12h et à 17h au Complexe Guy-Favreau. Une manifestation se tiendrait le samedi suivant.

Avec la Presse canadienne






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