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Des années difficiles en vue

Éric Desrosiers   18 septembre 2008  Société
Les prochaines années ne seront pas faciles pour les travailleurs québécois même si la pénurie de main-d'oeuvre obligera les employeurs à leur offrir les meilleures conditions de vie possible.

La charge de travail n'est pas près de diminuer dans les entreprises du Québec, prévient la titulaire de la Chaire de recherche sur l'intégration au travail de l'Université Laval, Louise Saint-Arnaud. La rationalité économique à courte vue appliquée par leurs gestionnaires, qui vise une réduction maximale du nombre d'employés et entraîne un fort taux de roulement, empêche leurs employés les plus expérimentés de transmettre leur savoir avant de partir à la retraite.

«On a déjà l'impression que cela craque de partout dans plusieurs milieux de travail, observe l'experte. Et pourtant, ce que l'on ne voit pas, c'est qu'il y a des groupes d'anciens qui ont un effet tampon et qui arrivent malgré tout à garder le fort. Mais d'ici cinq ans, un grand nombre d'entre eux s'en iront à la retraite. Il faudrait qu'ils puissent transmettre l'expertise qu'ils ont accumulée au fil des ans et sans laquelle, souvent, tout serait tellement plus difficile.

Un avenir prometteur

«Le problème, poursuit Louise Saint-Arnaud, est que le fort taux de roulement des patrons et des employés empêche souvent de reconnaître ces détenteurs d'expertise, ou

ne leur laisse pas le temps de transmettre leur savoir. Si cela n'est pas fait, ceux qui vont rester vont drôlement ramer après leur départ.»

La psychologue estime néanmoins que l'avenir s'annonce globalement prometteur. La pénurie de main-d'oeuvre qui se dessine déjà dans plusieurs secteurs, et qui ne fera que s'aggraver, forcera les employeurs, selon elle, à se soucier beaucoup plus du sentiment d'accomplissement de leurs employés qu'il ne le font actuellement, ne serait-ce que pour convaincre ceux qui entrent de rester. «On le voit d'ailleurs déjà dans certaines entreprises et certains services publics où la question de l'éthique et de l'adoption de nouvelles rationalités a commencé à cheminer.»

Même si les nouvelles technologies ont beaucoup contribué à l'augmentation de la charge de travail ces dernières années, elles permettront aussi de trouver de nouvelles solutions, pense Claude Paquet, vice-président associé à la firme de consultant en gestion de ressources humaines Dolmen Capital Humain. «Le grand avantage des ordinateurs, d'Internet et des téléphones cellulaires dans une économie tournée de plus en plus vers les services est qu'ils permettent une grande flexibilité dans l'organisation du travail. Cette flexibilité peut être employée pour le pire, mais elle peut aussi l'être pour le meilleur.»

La nécessité de la formation

Tous ces emplois de l'avenir exigeront cependant un niveau minimal de formation que plusieurs jeunes Québécois ne semblent malheureusement pas en voie d'atteindre, s'inquiète le spécialiste en économie du travail à l'Université du Québec à Montréal, Philip Merrigan.

«Je ne saurais assez insister sur l'importance que prendra la formation dans les perspectives des travailleurs et de l'économie québécoise tout entière, répète-t-il. C'est déjà assez difficile actuellement pour un travailleur qui n'a qu'un [diplôme de] 5e secondaire, ça ne sera que pire au fur et à mesure où les emplois non qualifiés continueront d'être transférés vers d'autres pays, comme la Chine et l'Inde,

et que ces mêmes pays commenceront à venir nous concurrencer dans des domaines

à plus grande valeur ajoutée. Je n'ose même pas imaginer ce qui arrivera à ceux qui n'auront même pas terminé leurs études

secondaires.»

Or, le taux de décrochage des garçons demeure extrêmement élevé au Québec, rappelle-t-il. «Je sais qu'on va me dire que plusieurs d'entre eux finissent quand même par obtenir leur diplôme avant l'âge de 30 ans, mais ce n'est pas la même chose.»

Les économistes conviennent généralement pour dire qu'il est très difficile de qualifier un travailleur en cours de carrière et que cette formation a généralement peu d'impact, explique Philip Merrigan. «Espérer que l'on peut faire passer sa 5e secondaire à un travailleur de 30 ans pour lui permettre ensuite de doubler son salaire relève de la pensée magique.»

Il est, selon lui, impératif de donner le goût et les moyens aux jeunes d'effectuer en cinq ans leurs études secondaires et de poursuivre ensuite leur formation. «Il faut s'attaquer à ce problème de toute urgence, sinon ce ne sera pas drôle dans les années à venir.»






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  • Jean-Victor Côté
    Inscrit
    dimanche 23 novembre 2008 19h58
    Ce qui manque, ce n'est pas la formation, mais le compagnonnage.
    « Les employeurs ne veulent pas former leurs employés de peur que leur investissement en formation profite à leurs compétiteurs si l'employé quitte l'entreprise une fois formé. Il vaudrait mieux qu'il y ait des organismes de formation et d'accréditation qui donnent une formation transférable mais qui s'assurent que tous les employeurs auxquels profite cette formation défraient leur part de cette dernière. Concurremment, il faudrait que les employeurs établissent un système interne de mentorat à l'intention des nouvelles recrues. Les programmes d'intégration au travail se limitent trop souvent à une tournée des principaux responsables des services auxquels le nouvel employé pourrait avoir affaire. L'information nécessaire à l'accomplissement du travail est trop souvent sous le contrôle de gens qui ont intérêt à ce que la nouvelle recrue paraisse mal auprès de son patron. »

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