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Quand la télé vise la proportionnelle

Paul Cauchon   12 septembre 2008  Société
Photo : Rémy Charest
Pour éviter toute accusation de partialité en campagne électorale, les réseaux de télévision calculent de façon sophistiquée le temps consacré à chaque parti politique dans les bulletins de nouvelles.

Le système est particulièrement développé à Radio-Canada, alors que cette semaine les différentes équipes recevaient les «cibles de couverture». Ces cibles, ce sont des pourcentages du temps qui devrait être consacré aux différents partis dans les reportages.

À titre d'exemple, dans une région précise du Québec, on recommandait cette semaine d'accorder 35 % du temps de reportage au Bloc québécois, 26 % au Parti conservateur, 23 % au libéraux, 10 % au NPD et 5 % aux verts. On comprendra qu'il s'agit d'une région où les intentions de vote du Bloc québécois sont élevées. Dans une autre région, on peut recommander des pourcentages différents, et l'ordre des partis peut changer. Non seulement chaque bureau régional de Radio-Canada possède de telles cibles, mais il existe également une cible nationale, un pourcentage global qui détermine le temps journalistique qui devrait être accordé au plan national à chaque parti.

Radio-Canada a refusé hier de donner au Devoir ces cibles nationales, craignant comme la peste l'utilisation publique qui pourrait être faite de telles données.

Sans aller aussi loin, TVA possède un système similaire. « Chaque matin, explique Martin Cloutier, directeur général de l'information à TVA/LCN, nous examinons le temps que nous avons accordé à chaque parti (à l'aide de données chiffrées), nous nous demandons si c'est équitable, et s'il faut corriger».

Ce temps d'antenne est scrupuleusement calculé pour faire face à toute demande du CRTC sur la performance des réseaux de télévision en période électorale, explique-t-on.

Les calculs sont encore plus rigoureux (certains diront kafkaïens!) à Radio-Canada, un organisme public qui a des comptes à rendre à son ombudsman et au gouvernement sur la façon dont la campagne électorale a été couverte.

Comment ces cibles sont-elles déterminées? À Radio-Canada, on utilise la position des partis lors de la dissolution de la Chambre des communes, ainsi que les chiffres obtenus lors des sondages réalisés depuis un an, le tout accompagné d'une pondération régionale. Ce travail est effectué par une petite équipe de la direction de l'information télé et radio, et donne lieu à l'envoi des fameuses directives aux équipes journalistiques.

Dans la directive envoyée cette semaine aux bureaux régionaux, il est précisé qu'il s'agit d'un «outil» et non d'un «carcan» ou d'une «camisole de force», puisque «le sens de la nouvelle et le jugement journalistique doivent primer».

Cette façon de faire existe depuis au moins 20 ans, et elle se raffine d'une campagne électorale à l'autre. La couverture journalistique devient-elle conditionnée, de façon mécanique, par les sondages? Les patrons des réseaux soutiennent que non.

Alain Saulnier, directeur de l'information à Radio-Canada, estime plutôt que cette façon de procéder est une «mesure de protection». Car les partis politiques analysent eux-mêmes quotidiennement la couverture journalistique des médias, particulièrement celle de la télévision, qui les obsède, et ils sont très prompts à accuser les médias de partialité. Radio-Canada veut donc avoir un outil précis pour pouvoir répondre aux accusations. «Et la couverture journalistique ne peut pas fonctionner seulement au pif, ajoute Alain Saulnier. Parce que les Libéraux sont très présents dans une région, ou le Bloc dans une autre, on pourrait être tenté de leur accorder toute la place en ondes dans cette région. Les cibles permettent de trouver un équilibre».

Les directives envoyées cette semaine par Radio-Canada pourraient même changer la semaine prochaine, si deux ou trois sondages indiquent un renversement de tendances. «Il s'agit d'un outil quantitatif, et non qualitatif», ajoute Alain Saulnier, qui insiste sur l'importance de maintenir le jugement journalistique.

Mais ce n'est pas tout. À Radio-Canada, on dispose également d'un centre de données qui livre tout au long de l'année une foule d'informations statistiques sur ce qui est diffusé en ondes. En campagne électorale, on examine ces données pour y apporter d'éventuels correctifs. La direction peut décider, par exemple, qu'il faut accorder plus de place aux femmes parce que les hommes ont été privilégiés dans les reportages, ou plus de place aux communautés culturelles, ou décider d'offrir plus de reportages sur l'environnement, parce que le thème aurait été trop délaissé. Bref, ces temps-ci, les patrons des réseaux passent beaucoup de temps à compter, et à recompter...






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    vendredi 12 septembre 2008 03h41
    La couverture la plus juste et équitable !!!
    « Le moyen le plus équitable ?

    Bien difficile à définir!

    Si les sondages donnent un parti plus populaire qu'un autre, il obtient alors plus de visibilité et il est choyé par les médias.
    Ça ne laisse, à ce moment-là, aucune chance aux partis dont le message ne passe pas ou est mal compris, ce que reflètent les sondages!

    La santé de la démocratie est directement proportionnelle à la qualité de l'information. Le dosage proportionnel aux intentions de vote devient alors antidémocratique. L'effet boule de neige se crée.
    Plus de gens en mangent parce la pub du parti prend plus de place et la pub du parti prend plus de place parce que plus de gens en mangent!
    Un cercle vicieux !

    Un temps d'antenne alloué de façon inversement proportionnelle serrait plus adéquat. Lorsqu'un parti mène dans les sondages (les fameux sondages), on peut dire que son message passe, donc à quoi bon favoriser ce qui passe bien, allouons alors plus de temps aux incompris qui ont peut-être un message valable et qui n'ont pas eu la chance et le temps de faire passer clairement leur point de vue.
    Comme on accorde plus de place aux femmes parce que les hommes ont été privilégiés dans les reportages, ou plus de place aux communautés culturelles, ou décider d'offrir plus de reportages sur l'environnement, parce que le thème aurait été trop délaissé.


    Le rôle des médias est bien difficile. La manipulation médiatique est tellement efficace pour aiguiller l'opinion. Il suffit d'un soupçon de partisanerie pour jouer dans la balance.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • LUCILLE MURRAY
    Inscrite
    vendredi 12 septembre 2008 08h25
    Un temps inversement proportionnel serait plus équitable
    « Tout à fait d'accord avec M. Serge Charbonneau qui écrit :
    ''Un temps d'antenne alloué de façon inversement proportionnelle serrait plus adéquat. Lorsqu'un parti mène dans les sondages (les fameux sondages), on peut dire que son message passe, donc à quoi bon favoriser ce qui passe bien, allouons alors plus de temps aux incompris qui ont peut-être un message valable et qui n'ont pas eu la chance et le temps de faire passer clairement leur point de vue.'' »

  • Pierre Véronneau
    Inscrite
    vendredi 12 septembre 2008 09h02
    La justice et l'équité passe par les proportionnelles
    « Nous ne pourrons jamais avoir d'élections vraiment justes et vraiment équitables tant et aussi longtemps que nous n'aurons pas d'élections proportionnelles.
    Dans mon compté il y a un candidat que je ne peux envisager voir élu, sous aucuns prétexte. Il a fait parti du scandale que l'on sait.

    J'aimerais voter pour un parti mais si je le fais les chances sont bonnes que le candidat que je ne veux voir en aucuns cas, risque de gagner.
    Alors je me voit obligé de voter pour un parti alors que j'aurais voulu voter pour un autre. »

  • Patrick Lavoie
    Abonné
    vendredi 12 septembre 2008 09h09
    Bel effort...
    « Je comprends maintenant pourquoi on ne parle pas beaucoup du parti Vert et de Québec solidaire... Difficile d'être un nouveau parti dans ce contexte! Déjà que ces petits partis sont discriminés par le mode de scrutin...
    Le NPD y perd beaucoup aussi, puisqu'il est peu populaire au Québec parce qu'il n'a pas... de visibilité...

    Toutefois, même si ce n'est pas parfait, et que certaines disproportions peuvent être créées, je me réjouis de ne pas être en Russie ou en Chine, où les média sont contrôlés par le pouvoir. Radio-Canada (ou Radio-Cadenas, dixit Pierre Falardeau...) n'est pas aussi pire que je l'aurais cru. Bien que la société d'état ait renvoyé Normand Lester, qui avait enfreint le code de déontologie de Radio-Canada en publiant "Le livre noir du Canada anglais", elle semble chercher une certaine objectivité, du moins en apparence... »

  • Raymond Bégin
    Inscrit
    vendredi 12 septembre 2008 09h46
    Fausse route sur les données!
    « Il me semble que les données ne sont pas bonnes. Ainsi, même si on me demandrait, par exemple, pour quel partit je vais voter, sa ne veut pas dire nécessairement que c'est de celui-ci que je veux entendre parler le plus ou qui m'intrigue le plus. Ainsi la question de sondage devrais être : Quel parti politique suscite le plus votre intérêt? ou quelque chose du genre. Pourquoi? Mon intervention survient après une inquiétude, à priori, qu'on se retrouve avec un système médiatique ou on ne parlera que des grands partis et donc des idéologies dominantes en rammenant aux oubliettes les alternatives et idées innovatrices. Car si ce système de temps d'antène s'applique pour les élections pour les partis politiques, pourquoi ne pourrait-il pas s'applique aux entreprises selon leur chiffres d'affaire pour le temps de publicité? ou encore pour les maladies selon le nombres de personnes affectés? Si vous me suivez vous conviendrez que sa devient un peut ridicule de ne donner attention et importance qu'au simple facteur : popularité. donc voila mon intervention. »

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    vendredi 12 septembre 2008 10h21
    Pour un critère du temps alloué qui soit sensé
    « M. Charbonneau a bien exprimé le coté antidémocratique (le cercle vicieux) de la formule actuelle d'allocation du temps d'antenne. Je dirais même que c'est de la collusion avec les pouvoirs établit. Mais je ne suis pas du tout d'accord avec le critère d'allocation que M. Charbonneau retiendrait. Pour être démocratique et équitable, je crois que les proportions du temps d'antenne alloué à chaque parti doit être établi au prorata du nombre de candidats de chacun de ces partis dans la région couverte par le média. »

  • Eric Blais
    Inscrit
    vendredi 12 septembre 2008 11h48
    L'effet boule de neige
    « Il est vrai que d'accorder autant de temps de télévision que de points dans les sondages provoque un effet boule de neige. Il serait dommage que les options politiques moins populaires soient moins longtemps montrées, car elles seraient destinées à rester marginales et peu de gens auraient la possibilité de les connaître. À l'inverse, l'option la plus populaire bénéficierait d'un bonus de visibilité qui brimerait les autres. Imaginons qu'un jour, il y ait un seul parti politique majoritaire. Alors on n'en serait pas bien loin des dites démocraties où il y a un parti politique qui revient toujours au pouvoir et qui a la visibilité dans presque tous les médias du pays.

    Une solution qui consisterait à montrer de façon inversement proportionnelle semble intéressante pour rétablir l'équilibre, mais cette solution n'est pas la plus équitable non plus. Partir d'une injustice pour renverser une pyramide de rapports de force pour créer une autre pyramide de rapport de force, ce n'est pas ce qui me semble le plus approprié. De plus, on donnerait raison à tous ces gens qui disent que les médias sont contrôlés par les environnementalistes et les gauchistes. Ce serait contre-productif, car les gens ne voudraient pas nécessairement voter pour ce qu'ils appellent "la propagande média". Les gens, dans des médias dans lesquelles ils se reconnaissent, ils ne voient pas de propagande (à tord ou à raison), même si ces médias expriment les mêmes idées, car pour eux, c'est ce qu'ils pensent, mais si les médias se mettent tout d'un coup de dire le contraire de ce qu'ils pensent, là ils verraient de la propagande (encore à tord ou à raison).

    Le moyen le plus équitable et le moins contre-productif n'est pas facile à trouver. Mais trois choix, entre lesquels j'hésite, me semblent meilleurs :

    1 - Répartir le temps de télévision équitablement entre chaque parti. (Le même temps pour tous)

    2 - Répartir le temps de télévision en fonction du nombre de candidats présentés pour chaque parti dans le pays (Pour le cas du Québec, tenir plutôt compte de la province)

    3 - Mettre en place un système mixte des deux dernières solutions, qui pourrait mettre un certain ajustement (pas déraisonnable) en fonction de la popularité des partis. »

  • Josée Hurteau
    Abonnée
    vendredi 12 septembre 2008 16h14
    La quantité avant la qualité
    « Dommage que ce soit la quantité qui prime. Es-ce dire que le couverture négative d'un parti vaut autant que la couverture positive d'un autre, pour autant que le temps consacré soit le même? »

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