Québec - Les équipements d'eau potable de plusieurs grandes villes ne sont toujours pas conformes aux nouvelles normes
De grandes villes québécoises, dont Montréal, Rimouski et Saguenay, se retrouvent dans la liste de celles qui ont été dispensées en juin dernier de respecter pour deux ans encore les normes édictées en 2001 sur l'eau potable au Québec.
C'est ce qui ressort de la liste du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) des «dossiers non réglés», obtenue par Le Devoir. En confrontant le document obtenu avec les informations corroborées par le chef des eaux municipales au Québec, Didier Bicchi, Le Devoir a pu s'assurer qu'elle reflétait la réalité et qu'elle était récente.
Il ressort de cette liste que 19 petites municipalités, dont plusieurs sur la Basse-Côte-Nord, font encore partie de l'Opération 90. Cette opération tient son nom du fait qu'il y avait à l'origine 90 municipalités susceptibles de revivre une contamination aux E. Coli. Cette bactérie avait provoqué la mort de plusieurs personnes à Walkerton en Ontario au début de la décennie. Des 90 municipalités de cette liste, il ne reste désormais que 19 petits réseaux municipaux.
«Mais ces 19 municipalités, affirme Didier Bicchi, sont en voie de se doter de traitements conformes aux normes. Toutes ont des ententes sur le financement avec le ministère des Affaires municipales. Mais certains dossiers sont plus difficiles que d'autres à régler pour des raisons techniques. Mais, en attendant une solution définitive, toutes font l'objet de tests de qualité chaque semaine.»
Ainsi, par exemple, la petite municipalité de Harrington Harbour, où se déroule l'action du film La Grande Séduction, fait face à un difficile problème d'approvisionnement, car elle est située sur une île où il n'y a pas de rivières à débit stable et où il est difficile de trouver un puits de capacité et de qualité suffisante.
Les lecteurs pourront d'ailleurs consulter sur le site Internet du Devoir la liste des municipalités dont les dossiers sont «non réglés», qu'il s'agisse de celles visées par l'Opération 90 ou par l'Opération 200, une autre opération qui s'adresse celle-là à des villes qui traitent des eaux de surface brutes, sans les filtrer préalablement. Malheureusement, cette liste, jusqu'ici confidentielle, n'indique pas le niveau d'avancement des dossiers, de sorte qu'il appartiendra aux citoyens de poser des questions à leurs élus locaux.
Le cas des grandes villes
C'est dans cette liste de municipalités, dont les équipements d'eau potable ne sont pas encore certifiés conformes aux nouvelles normes, que l'on retrouve avec étonnement des villes aussi importantes que Montréal (usine Desbaillets et Atwater), Rimouski, Saguenay (secteur Chicoutimi nord), Beauport et Charlesbourg, Grand-Mère, Shawinigan et La Tuque en Mauricie, Sherbrooke (réseau Bromptonville), Eastman, Magog et North Hatley en Estrie, Maniwaki et Montebello dans l'Outaouais, Baie-Comeau et Forestville sur la Côte-Nord, ainsi que Gaspé, Percé et Murdochville en Gaspésie, Rawdon et Chertsey dans Lanaudière, Labelle, Mont-Tremblant, Morin-Heights, Sainte-Adèle, Sainte-Agathe-des-Monts et Saint-Adolphe d'Howard dans les Laurentides, et Châteauguay et Sutton en Montérégie. Notamment.
«Mais le fait qu'un réseau municipal apparaisse dans la liste de ces dossiers non réglés, insiste le chef des eaux municipales, ne signifie pas qu'il n'est pas sécuritaire ou que les dossiers sont au point mort.»
Dans le cas de l'Opération 200, précise-t-il, 52 dossiers sur 200 sont désormais complètement réglés. Des 148 autres, 94 ont reçu des promesses d'aide à la suite des demandes adressées au gouvernement pour moderniser les équipements de production d'eau potable.
Des 148 dossiers non réglés, ajoute M. Bicchi, 54 n'ont pas encore reçu de promesses d'aide fermes, mais les dossiers — les plus en retard — font à tout le moins l'objet de «discussions». Le règlement sur l'eau potable accorde à ces municipalités deux ans pour se conformer aux normes de 2001, ce qui semble peu probable compte tenu de la procédure complexe qu'exige la mise au point des solutions techniques et de l'enveloppe budgétaire.
Québec n'a pas jugé bon de simplifier la tâche de tout le monde en mettant au point trois ou quatre solutions standardisées, laissant chaque municipalité réinventer la roue, pourrait-on dire, avec leurs consultants, ce qui coûte plus cher aux contribuables, estiment les spécialistes de l'eau.
Par contre, parmi les 148 dossiers non réglés, il y en a 25 dont la solution technique est désormais trouvée. Dans plusieurs cas, la recherche de solution a été compliquée par le fait que les fusions municipales ont imposé des choix imprévus: faut-il, par exemple, moderniser l'ancien équipement du nouveau quartier fusionné ou le relier au réseau principal?
Enfin, des 148 cas non réglés, deux dossiers affichent des devis complets, qui pourraient déboucher sur des appels d'offres prochains. Dans 27 autres dossiers, précise Didier Bicchi, les municipalités et leurs consultants cherchent encore une solution technique compatible avec les eaux brutes disponibles et avec les besoins à long terme de populations en croissance.
Des problèmes techniques
Plusieurs facteurs peuvent aussi expliquer, ajoute le responsable des eaux municipales, que de grandes villes ou que plusieurs centres d'une même région n'aient pas pu moderniser leur production d'eau potable entre 2001 et 2008, soit en sept ans. S'il n'exclut pas la possibilité que certains aient pu considérer la chose comme moins prioritaire, Didier Bicchi explique plutôt ces retards parfois étonnants par des problèmes techniques.
Le plus difficile, dit-il, est de trouver un approvisionnement à long terme, de préférence dans les eaux souterraines pour réduire les coûts de traitement. Par contre, dit-il, plusieurs qui s'approvisionnaient dans les eaux souterraines doivent aujourd'hui envisager de puiser dans les eaux de surface pour s'assurer un accès à de plus importantes réserves d'eau. Cela implique qu'il faut alors se doter d'équipements plus sophistiqués et assumer des coûts de production plus élevés, etc.
Mais la sécurité de l'eau potable dans ces différentes villes, dont les dossiers ne sont pas réglés, est «parfaitement contrôlée», assure le chef des eaux municipales. Toutes les villes de l'opération 200, qui ne traitent pas leurs eaux brutes, dit-il, se voient imposer par règlement des tests hebdomadaires pour contrôler la présence de coliformes et des tests tous les trois mois sur la présence de trihalométhanes. Les trihalométhanes sont des molécules toxiques engendrées par la réaction du chlore avec la matière organique, forcément plus abondante dans des eaux brutes que dans des eaux prétraitées par filtration.
Selon plusieurs spécialistes de l'eau, Québec aurait dû imposer des tests plus fréquents sur les trihalométhanes, car plusieurs municipalités seront tentées d'utiliser trop de chlore pour s'assurer de détruire tous les coliformes, ce qui haussera les concentrations de trihalométhanes, vérifiées trop peu souvent.
On peut obtenir sur le site Internet du MDDEP le résultat des tests hebdomadaires et trimestriels que le nouveau règlement impose aux villes des opérations 90 et 200.
C'est ce qui ressort de la liste du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) des «dossiers non réglés», obtenue par Le Devoir. En confrontant le document obtenu avec les informations corroborées par le chef des eaux municipales au Québec, Didier Bicchi, Le Devoir a pu s'assurer qu'elle reflétait la réalité et qu'elle était récente.
Il ressort de cette liste que 19 petites municipalités, dont plusieurs sur la Basse-Côte-Nord, font encore partie de l'Opération 90. Cette opération tient son nom du fait qu'il y avait à l'origine 90 municipalités susceptibles de revivre une contamination aux E. Coli. Cette bactérie avait provoqué la mort de plusieurs personnes à Walkerton en Ontario au début de la décennie. Des 90 municipalités de cette liste, il ne reste désormais que 19 petits réseaux municipaux.
«Mais ces 19 municipalités, affirme Didier Bicchi, sont en voie de se doter de traitements conformes aux normes. Toutes ont des ententes sur le financement avec le ministère des Affaires municipales. Mais certains dossiers sont plus difficiles que d'autres à régler pour des raisons techniques. Mais, en attendant une solution définitive, toutes font l'objet de tests de qualité chaque semaine.»
Ainsi, par exemple, la petite municipalité de Harrington Harbour, où se déroule l'action du film La Grande Séduction, fait face à un difficile problème d'approvisionnement, car elle est située sur une île où il n'y a pas de rivières à débit stable et où il est difficile de trouver un puits de capacité et de qualité suffisante.
Les lecteurs pourront d'ailleurs consulter sur le site Internet du Devoir la liste des municipalités dont les dossiers sont «non réglés», qu'il s'agisse de celles visées par l'Opération 90 ou par l'Opération 200, une autre opération qui s'adresse celle-là à des villes qui traitent des eaux de surface brutes, sans les filtrer préalablement. Malheureusement, cette liste, jusqu'ici confidentielle, n'indique pas le niveau d'avancement des dossiers, de sorte qu'il appartiendra aux citoyens de poser des questions à leurs élus locaux.
Le cas des grandes villes
C'est dans cette liste de municipalités, dont les équipements d'eau potable ne sont pas encore certifiés conformes aux nouvelles normes, que l'on retrouve avec étonnement des villes aussi importantes que Montréal (usine Desbaillets et Atwater), Rimouski, Saguenay (secteur Chicoutimi nord), Beauport et Charlesbourg, Grand-Mère, Shawinigan et La Tuque en Mauricie, Sherbrooke (réseau Bromptonville), Eastman, Magog et North Hatley en Estrie, Maniwaki et Montebello dans l'Outaouais, Baie-Comeau et Forestville sur la Côte-Nord, ainsi que Gaspé, Percé et Murdochville en Gaspésie, Rawdon et Chertsey dans Lanaudière, Labelle, Mont-Tremblant, Morin-Heights, Sainte-Adèle, Sainte-Agathe-des-Monts et Saint-Adolphe d'Howard dans les Laurentides, et Châteauguay et Sutton en Montérégie. Notamment.
«Mais le fait qu'un réseau municipal apparaisse dans la liste de ces dossiers non réglés, insiste le chef des eaux municipales, ne signifie pas qu'il n'est pas sécuritaire ou que les dossiers sont au point mort.»
Dans le cas de l'Opération 200, précise-t-il, 52 dossiers sur 200 sont désormais complètement réglés. Des 148 autres, 94 ont reçu des promesses d'aide à la suite des demandes adressées au gouvernement pour moderniser les équipements de production d'eau potable.
Des 148 dossiers non réglés, ajoute M. Bicchi, 54 n'ont pas encore reçu de promesses d'aide fermes, mais les dossiers — les plus en retard — font à tout le moins l'objet de «discussions». Le règlement sur l'eau potable accorde à ces municipalités deux ans pour se conformer aux normes de 2001, ce qui semble peu probable compte tenu de la procédure complexe qu'exige la mise au point des solutions techniques et de l'enveloppe budgétaire.
Québec n'a pas jugé bon de simplifier la tâche de tout le monde en mettant au point trois ou quatre solutions standardisées, laissant chaque municipalité réinventer la roue, pourrait-on dire, avec leurs consultants, ce qui coûte plus cher aux contribuables, estiment les spécialistes de l'eau.
Par contre, parmi les 148 dossiers non réglés, il y en a 25 dont la solution technique est désormais trouvée. Dans plusieurs cas, la recherche de solution a été compliquée par le fait que les fusions municipales ont imposé des choix imprévus: faut-il, par exemple, moderniser l'ancien équipement du nouveau quartier fusionné ou le relier au réseau principal?
Enfin, des 148 cas non réglés, deux dossiers affichent des devis complets, qui pourraient déboucher sur des appels d'offres prochains. Dans 27 autres dossiers, précise Didier Bicchi, les municipalités et leurs consultants cherchent encore une solution technique compatible avec les eaux brutes disponibles et avec les besoins à long terme de populations en croissance.
Des problèmes techniques
Plusieurs facteurs peuvent aussi expliquer, ajoute le responsable des eaux municipales, que de grandes villes ou que plusieurs centres d'une même région n'aient pas pu moderniser leur production d'eau potable entre 2001 et 2008, soit en sept ans. S'il n'exclut pas la possibilité que certains aient pu considérer la chose comme moins prioritaire, Didier Bicchi explique plutôt ces retards parfois étonnants par des problèmes techniques.
Le plus difficile, dit-il, est de trouver un approvisionnement à long terme, de préférence dans les eaux souterraines pour réduire les coûts de traitement. Par contre, dit-il, plusieurs qui s'approvisionnaient dans les eaux souterraines doivent aujourd'hui envisager de puiser dans les eaux de surface pour s'assurer un accès à de plus importantes réserves d'eau. Cela implique qu'il faut alors se doter d'équipements plus sophistiqués et assumer des coûts de production plus élevés, etc.
Mais la sécurité de l'eau potable dans ces différentes villes, dont les dossiers ne sont pas réglés, est «parfaitement contrôlée», assure le chef des eaux municipales. Toutes les villes de l'opération 200, qui ne traitent pas leurs eaux brutes, dit-il, se voient imposer par règlement des tests hebdomadaires pour contrôler la présence de coliformes et des tests tous les trois mois sur la présence de trihalométhanes. Les trihalométhanes sont des molécules toxiques engendrées par la réaction du chlore avec la matière organique, forcément plus abondante dans des eaux brutes que dans des eaux prétraitées par filtration.
Selon plusieurs spécialistes de l'eau, Québec aurait dû imposer des tests plus fréquents sur les trihalométhanes, car plusieurs municipalités seront tentées d'utiliser trop de chlore pour s'assurer de détruire tous les coliformes, ce qui haussera les concentrations de trihalométhanes, vérifiées trop peu souvent.
On peut obtenir sur le site Internet du MDDEP le résultat des tests hebdomadaires et trimestriels que le nouveau règlement impose aux villes des opérations 90 et 200.
Haut de la page

