vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 18h02


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La monnaie de la pièce

François Desjardins   30 août 2008  Société
Photo : Jacques Nadeau
Comme toute industrie, celle des centres de recyclage de pièces automobiles a suivi le progrès. Oubliez le cimetière de voitures. Les plus gros centres sont des PME qui reçoivent des milliers d'appels par jour et n'hésitent pas à acheter leurs véhicules sur Internet. Sans compter le géant américain de l'industrie, LKQ, qui se négocie sur le Nasdaq.

Il fut un temps où il suffisait de se présenter au comptoir d'un centre de recyclage de pièces automobiles et de passer une commande. «J'aurais besoin d'un alternateur pour un Ford Bronco 94, s.v.p.» Et un préposé de s'engouffrer dans le labyrinthe de carcasses pendant 20 minutes pour revenir avec une question pour préciser la requête. Pour ensuite repartir. Et revenir. Sans alternateur.

Les temps ont changé. L'industrie des pièces, méconnue du grand public, s'est complètement informatisée et dispose d'entrepôts qui feraient rougir certains magasins Rona. Elle vit une concurrence de plus en plus forte, non seulement entre les recycleurs d'ici mais avec les étrangers, les fabricants de pièces neuves et réusinées, et les fabricants asiatiques. Et avec les receleurs de pièces volées.

Fin juillet. Il est 10h45 et l'établissement de Lecavalier à Sainte-Sophie, près de Mirabel, fourmille d'activité. À l'extérieur du bureau du vice-président, Philippe Fugère, une vingtaine d'agents s'affairent à prendre les commandes téléphoniques de clients situés un peu partout au Québec. Nombre d'appels par jour: 3500!

Chaque jour, la compagnie, qui compte plus de 180 employés et dit générer des revenus de plus de 40 millions, démonte en moyenne 24 véhicules accidentés. Cette année, Lecavalier devrait faire l'acquisition d'environ 12 500 voitures et camions.

Les véhicules arrivent souvent des assureurs, en vertu d'ententes d'achat. Mais il arrive parfois que le recycleur a besoin d'une pièce en particulier qu'il n'a plus dans son inventaire. C'est alors qu'il se lance dans les encans sur Internet, en se fiant aux photos. Les voitures coûtent généralement quelques milliers de dollars, selon les dommages et le kilométrage.

Mondialisation

«Les marchés se mondialisent, dit M. Fugère. Avant, tu fonctionnais dans ton petit patelin. Aujourd'hui, on achète à Calgary, à Buffalo, à New York, etc.» Parmi les concurrents, il y a des recycleurs de partout, dont le groupe Pintendre, à Lévis. Mais il y a aussi les pièces neuves, en provenance de Chine. Et les voleurs. «La Toyota Echo que vous voyez, nous, on l'a payée. Mais les receleurs, leur seul coût, c'est le bouffon qui a commis le vol.»

Lorsque le véhicule arrive dans un centre de recyclage, il subit une évaluation de tout ce qui est réutilisable, qui peut être revendu. On le déconstruit autant que possible. On récupère les liquides. Les pièces sont nettoyées, soigneusement identifiées par code à barres et remisées.

«Cette voiture vient d'arriver», dit M. Fugère. La voiture est si lourdement défigurée qu'on ne peut s'empêcher d'imaginer la violence de l'impact. «L'accident a dû avoir lieu il y a une semaine, peut-être deux», dit-il. La voiture appartient encore à l'assuré. Éventuellement, elle sera déconstruite. Un peu plus loin, un camion blanc attend le même sort. Il semble avoir basculé vers l'avant et atterri sur le toit.

Si les véhicules sont des pertes totales, les pièces, elles, valent de l'or.

Chez Lecavalier, le plus impressionnant est sans doute l'entrepôt central, où sont entreposés 10 000 moteurs et transmissions, du sol jusqu'au plafond à la manière Réno-Dépôt. Tablette par-dessus tablette de cylindrées de toutes les puissances, de toutes les marques, de tous les modèles. Dans l'ensemble, l'inventaire de l'entreprise tourne quatre fois par année, dit M. Fugère.

Tous dans la même ligue

Plus petite, Pièces d'auto M. Robert, à Sainte-Madeleine, joue dans les mêmes ligues. L'entreprise compte une quarantaine d'employés et chaque jour elle déconstruit environ six véhicules. Mais le défi est aussi gros: trouver des voitures accidentées mais avec peu de kilométrage, et trouver des employés qualifiés. La main-d'oeuvre n'est pas abondante comme dans les années 70.

Le patron, Michel Robert, doit aussi composer avec la concurrence des receleurs. «Le nombre de recycleurs honnêtes parmi ceux qui détiennent des permis, il n'y en a pas des tonnes, dit-il. Les lois ne sont pas assez sévères à l'endroit des voleurs d'automobiles. Mais le gouvernement Harper a commencé à réagir.»

L'an dernier, les médias ont amplement fait état d'une vague de vols de catalyseurs, qui font partie de l'échappement. Piqués pour les métaux précieux qu'ils contiennent et revendus à des ferrailleurs ou à d'autres centres de recyclage. M. Robert a lui-même été victime: deux fois en trois mois, il s'est fait voler pour 10 000 $ de catalyseurs.

Le plus gros centre de tous se trouve dans la région de Québec. C'est le groupe Pintendre, à Lévis, qui gère quotidiennement entre 4800 et 5500 appels de clients. La superficie du terrain fait environ 150 terrains de football.

«Pintendre va en acheter d'autres», croit Michel Robert, qui s'attend aussi à ce que Lecavalier se mette en mode acquisition. M. Robert veut léguer son entreprise à ses enfants. Mais il comprend la logique des regroupements. Un recycleur qui prend de l'expansion peut générer des économies substantielles, dit-il.

La particularité de Pintendre, c'est qu'il a été acheté par le géant américain LKQ, qui fonctionne selon le même modèle d'affaires à la différence qu'il est coté sur le Nasdaq. Chiffre d'affaires de LKQ: 1,6 milliard $US.

L'industrie des pièces usagées est robuste, a récemment affirmé LKQ lors d'une récente présentation à des analystes financiers. L'action de l'entreprise se négocie autour de 20 $, quatre fois plus qu'il y a cinq ans.

«Le marché des pièces a connu une croissance continue depuis dix ans et résiste aux récessions, a-t-elle indiqué dans sa présentation à la mi-juin. Les accidents ne sont pas discrétionnaires.» Autrement dit, quelqu'un qui perd son emploi ne va plus au restaurant, mais il a quand même des accrochages.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009