L'entrevue - Le pasteur Doré, apôtre des causes sociales
Gérald Doré a pris sa retraite récemment après neuf ans comme pasteur de la paroisse de l’Église unie du Vieux-Québec.
Québec — Dans la capitale, le pasteur Gérald Doré nous a bien habitués ces dernières années aux conférences de presse... à l'église. Du sanctuaire offert à Mohammed Cherfi en passant par l'accueil des couples gais et lesbiens, la paroisse de l'Église unie du Vieux-Québec était devenue le refuge de toutes les causes sociales.
Encore tout récemment, le pasteur avait profité de la tenue du Congrès eucharistique pour organiser une cérémonie des exclus. Deux heures avant la grand-messe sur les plaines d'Abraham, quelques dizaines de personnes s'étaient réunies dans la vieille église de pierre de la rue Sainte-Ursule pour assister à une cérémonie à la fois modeste et touchante.
«Nous indiquons qu'il y a une manière différente d'être chrétien.» Devant le groupe composé de nombreux couples gais et lesbiens, le pasteur rappelait que c'est à la Samaritaine, «une femme qui ne satisfaisait pas aux critères moraux de l'époque», que Jésus a offert «l'eau qui donne la vie», dans l'Évangile selon saint Jean.
Gérald Doré a pris sa retraite quelques semaines plus tard, après neuf ans passés à la tête de la petite paroisse. Une décision motivée par le désir de passer plus de temps avec son épouse, ses cinq enfants et ses six petits-enfants, nous expliquait-il le mois dernier devant un café. Parce que, à l'Église unie, les pasteurs ont le droit de vivre en couple et les femmes peuvent diriger les paroisses. C'est d'ailleurs une «pasteure», Darla Sloane, qui a succédé cet été à M. Doré.
Dans cette confession qui rassemble différents courants de la religion protestante (presbytérien, méthodiste et congrégationaliste), il dit avoir trouvé «la fine fleur de la culture canadienne-anglaise» et surtout l'heureux point de rencontre entre sa quête spirituelle et ses convictions sociales. Très décentralisée, l'Église unie formule des propositions souvent très progressistes dont les paroisses peuvent se saisir si elles le souhaitent. Une invitation que le pasteur n'a pas laissé passer.
Nous nous étions rencontrés pour la première fois en mars 2004 dans le sous-sol de son église, où le leader des sans-papiers, Mohammed Cherfi, avait trouvé refuge. Quelques jours plus tard, la police de Québec violait le sanctuaire afin d'arrêter le militant, une première dans l'histoire du Canada. Gérald Doré parle d'un épisode «très fort» de son ministère. «C'était assez impressionnant d'accueillir un musulman croyant qui faisait ses prières dans une église chrétienne», se rappelle-t-il.
Une Église à l'image du NPD
Expulsé vers les États-Unis, Mohammed Cherfi n'a finalement pas été déporté en Algérie, mais il n'a jamais réussi à rentrer au Canada. Il vit actuellement à Burlington, où sa conjointe, une Montréalaise, le visite quand elle le peut. «On a réussi, sur le plan social, à mettre en évidence les aberrations qui se passent au ministère de l'Immigration et on a été un test pour la violation des sanctuaires. Ils l'ont fait une fois et ils ne l'ont pas refait, parce qu'ils ont vu que ça ne passait pas.»
L'engagement de Gérald Doré ne tient pas complètement du hasard. Converti sur le tard, cet ancien agnostique inspiré par la théologie de la libération avait longtemps milité dans les groupes sociaux de Québec, notamment dans le domaine du logement. «Quand j'ai commencé, j'avais l'impression que je ferais un ministère plutôt axé sur l'intériorité, la vie de la communauté.» Mais si on peut sortir le pasteur des causes sociales, on ne peut pas sortir les causes sociales du pasteur... «C'est sûr que ton passé te suit. Quelqu'un avait dit à Louise Boivin [la conjointe de Mohammed Cherfi] que j'avais un passé engagé.»
On ne s'étonnera pas, dès lors, que la paroisse a adhéré au Collectif pour un Québec sans pauvreté et qu'elle a ouvert la porte à la bénédiction des conjoints de même sexe, une orientation qui, même au sein de l'Église unie, n'a été adoptée que par une minorité de paroisses. L'ancien pasteur reconnaît avoir alors perdu des membres, mais ceux qui sont restés ne l'ont pas regretté, dit-il. «Il y a des personnes qui étaient dissidentes au moment de la décision, qui ont évolué de façon incroyable et qui sont très à l'aise maintenant.»
De toute façon, rappelle-t-il, les paroisses acceptent la dissidence. «Le jour où les gens vont saisir qu'il n'y a pas juste une manière d'être chrétien et qu'on peut être dans sa culture, ouvert, en recherche, libre et croyant dans une voie ouverte par ce maître spirituel qui est Jésus de Nazareth, il va se passer quelque chose.» En attendant, le nombre des membres s'élève à moins d'une centaine de personnes.
Sexualité et spiritualité
C'est là, d'ailleurs, la grande déception de l'ex-pasteur. «Il faut se rendre compte que, dans la société où on vit, il y a eu un renversement de situation. Ce qui existait pour la sexualité jusqu'aux années 1960 affecte la spiritualité maintenant. C'est une espèce de tabou. On n'en parle pas, on a peur de paraître cucul, niaiseux, arriéré, dinosaure... Un peu comme, dans le passé, on craignait de parler de la sexualité et de passer pour des dévergondés.»
Or les écueils de recrutement, croit-il, découlent aussi des barrières entre anglophones et francophones. «La dualité linguistique a fait en sorte que l'Église unie n'a jamais voulu se doter d'une stratégie propre au Québec. Pour que l'Église unie grandisse ici, ça prendrait des budgets substantiels et un personnel orienté vers de nouvelles communautés de foi.»
Encore aujourd'hui, cette Église attire beaucoup d'immigrants mais peine à rejoindre les Québécois francophones. «C'est l'équivalent spirituel du NPD», nous dira-t-il après la fin de l'entrevue. «Ils ont de la misère à saisir le Québec!»
Paradoxalement, la paroisse Saint-Pierre est un bel exemple de l'ouverture dont la communauté anglophone est capable. «Au cours des années 1980, dans un contexte où les anglophones étaient sur la défensive dans l'ensemble du Québec et se sentaient menacés, eux ont choisi d'ouvrir une porte aux francophones et créé la paroisse Saint-Pierre. Très peu de nos paroisses francophones ont été créées au sein de paroisses francophones.»
Minorité dans la minorité, les protestants francophones du Québec sont depuis toujours dans une classe à part. Et pourtant, relève la revue de l'Église unie, Aujourd'hui Credo, «au moment de la fondation de Québec, en 1608, les huguenots (c'est-à-dire les protestants français) sont largement majoritaires parmi la centaine de personnes qui accompagnent Champlain»!
Encore tout récemment, le pasteur avait profité de la tenue du Congrès eucharistique pour organiser une cérémonie des exclus. Deux heures avant la grand-messe sur les plaines d'Abraham, quelques dizaines de personnes s'étaient réunies dans la vieille église de pierre de la rue Sainte-Ursule pour assister à une cérémonie à la fois modeste et touchante.
«Nous indiquons qu'il y a une manière différente d'être chrétien.» Devant le groupe composé de nombreux couples gais et lesbiens, le pasteur rappelait que c'est à la Samaritaine, «une femme qui ne satisfaisait pas aux critères moraux de l'époque», que Jésus a offert «l'eau qui donne la vie», dans l'Évangile selon saint Jean.
Gérald Doré a pris sa retraite quelques semaines plus tard, après neuf ans passés à la tête de la petite paroisse. Une décision motivée par le désir de passer plus de temps avec son épouse, ses cinq enfants et ses six petits-enfants, nous expliquait-il le mois dernier devant un café. Parce que, à l'Église unie, les pasteurs ont le droit de vivre en couple et les femmes peuvent diriger les paroisses. C'est d'ailleurs une «pasteure», Darla Sloane, qui a succédé cet été à M. Doré.
Dans cette confession qui rassemble différents courants de la religion protestante (presbytérien, méthodiste et congrégationaliste), il dit avoir trouvé «la fine fleur de la culture canadienne-anglaise» et surtout l'heureux point de rencontre entre sa quête spirituelle et ses convictions sociales. Très décentralisée, l'Église unie formule des propositions souvent très progressistes dont les paroisses peuvent se saisir si elles le souhaitent. Une invitation que le pasteur n'a pas laissé passer.
Nous nous étions rencontrés pour la première fois en mars 2004 dans le sous-sol de son église, où le leader des sans-papiers, Mohammed Cherfi, avait trouvé refuge. Quelques jours plus tard, la police de Québec violait le sanctuaire afin d'arrêter le militant, une première dans l'histoire du Canada. Gérald Doré parle d'un épisode «très fort» de son ministère. «C'était assez impressionnant d'accueillir un musulman croyant qui faisait ses prières dans une église chrétienne», se rappelle-t-il.
Une Église à l'image du NPD
Expulsé vers les États-Unis, Mohammed Cherfi n'a finalement pas été déporté en Algérie, mais il n'a jamais réussi à rentrer au Canada. Il vit actuellement à Burlington, où sa conjointe, une Montréalaise, le visite quand elle le peut. «On a réussi, sur le plan social, à mettre en évidence les aberrations qui se passent au ministère de l'Immigration et on a été un test pour la violation des sanctuaires. Ils l'ont fait une fois et ils ne l'ont pas refait, parce qu'ils ont vu que ça ne passait pas.»
L'engagement de Gérald Doré ne tient pas complètement du hasard. Converti sur le tard, cet ancien agnostique inspiré par la théologie de la libération avait longtemps milité dans les groupes sociaux de Québec, notamment dans le domaine du logement. «Quand j'ai commencé, j'avais l'impression que je ferais un ministère plutôt axé sur l'intériorité, la vie de la communauté.» Mais si on peut sortir le pasteur des causes sociales, on ne peut pas sortir les causes sociales du pasteur... «C'est sûr que ton passé te suit. Quelqu'un avait dit à Louise Boivin [la conjointe de Mohammed Cherfi] que j'avais un passé engagé.»
On ne s'étonnera pas, dès lors, que la paroisse a adhéré au Collectif pour un Québec sans pauvreté et qu'elle a ouvert la porte à la bénédiction des conjoints de même sexe, une orientation qui, même au sein de l'Église unie, n'a été adoptée que par une minorité de paroisses. L'ancien pasteur reconnaît avoir alors perdu des membres, mais ceux qui sont restés ne l'ont pas regretté, dit-il. «Il y a des personnes qui étaient dissidentes au moment de la décision, qui ont évolué de façon incroyable et qui sont très à l'aise maintenant.»
De toute façon, rappelle-t-il, les paroisses acceptent la dissidence. «Le jour où les gens vont saisir qu'il n'y a pas juste une manière d'être chrétien et qu'on peut être dans sa culture, ouvert, en recherche, libre et croyant dans une voie ouverte par ce maître spirituel qui est Jésus de Nazareth, il va se passer quelque chose.» En attendant, le nombre des membres s'élève à moins d'une centaine de personnes.
Sexualité et spiritualité
C'est là, d'ailleurs, la grande déception de l'ex-pasteur. «Il faut se rendre compte que, dans la société où on vit, il y a eu un renversement de situation. Ce qui existait pour la sexualité jusqu'aux années 1960 affecte la spiritualité maintenant. C'est une espèce de tabou. On n'en parle pas, on a peur de paraître cucul, niaiseux, arriéré, dinosaure... Un peu comme, dans le passé, on craignait de parler de la sexualité et de passer pour des dévergondés.»
Or les écueils de recrutement, croit-il, découlent aussi des barrières entre anglophones et francophones. «La dualité linguistique a fait en sorte que l'Église unie n'a jamais voulu se doter d'une stratégie propre au Québec. Pour que l'Église unie grandisse ici, ça prendrait des budgets substantiels et un personnel orienté vers de nouvelles communautés de foi.»
Encore aujourd'hui, cette Église attire beaucoup d'immigrants mais peine à rejoindre les Québécois francophones. «C'est l'équivalent spirituel du NPD», nous dira-t-il après la fin de l'entrevue. «Ils ont de la misère à saisir le Québec!»
Paradoxalement, la paroisse Saint-Pierre est un bel exemple de l'ouverture dont la communauté anglophone est capable. «Au cours des années 1980, dans un contexte où les anglophones étaient sur la défensive dans l'ensemble du Québec et se sentaient menacés, eux ont choisi d'ouvrir une porte aux francophones et créé la paroisse Saint-Pierre. Très peu de nos paroisses francophones ont été créées au sein de paroisses francophones.»
Minorité dans la minorité, les protestants francophones du Québec sont depuis toujours dans une classe à part. Et pourtant, relève la revue de l'Église unie, Aujourd'hui Credo, «au moment de la fondation de Québec, en 1608, les huguenots (c'est-à-dire les protestants français) sont largement majoritaires parmi la centaine de personnes qui accompagnent Champlain»!
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