L'air tue les Canadiens à petit feu
L'air que les Canadiens respirent les tue à petit feu. Uniquement cette année, 21 000 d'entre eux vont succomber à diverses maladies directement liées aux effets de la pollution atmosphérique, prévient un nouveau rapport de l'Association médicale canadienne. Le phénomène, qui frappe de plein fouet le Québec, ira d'ailleurs en s'aggravant au cours des prochaines années, faisant exploser les coûts économiques associés à la pollution.
«L'image qu'on se fait du Canada est souvent celle d'un pays de grands espaces et de nature. Mais notre étude démontre que l'air respiré au Canada tue des milliers d'entre nous chaque année, a laissé tomber d'entrée de jeu le président désigné de l'Association médicale canadienne (AMC), le Dr Robert Ouellet. Personne n'est immunisé et aucune communauté n'est à l'abri des effets de la pollution atmosphérique au Canada.»
Le document en question, intitulé «L'air qu'on respire: coût national des maladies attribuables à la pollution atmosphérique», démontre en effet sans équivoque les effets dévastateurs de la piètre qualité de l'air sur la santé des Canadiens. Selon les chiffres contenus dans le rapport, d'ici 2031, pas moins de 700 000 personnes seront décédées des effets à long terme de la pollution atmosphérique, c'est-à-dire des suites d'une «exposition chronique» s'échelonnant sur des années. Pour le Québec seulement, ce nombre avoisine les 20 000.
Les victimes succomberont surtout à des maladies cardiovasculaires et respiratoires. En fait, de tous ces décès prématurés «graves» attribuables à la pollution atmosphérique, 42 % sont reliés à une maladie cardiovasculaire et 11 % à une maladie respiratoire. Les personnes âgées de 65 ans et plus sont les premières à en être affectées. Cette année, par exemple, elles compteront pour plus de 80 % des décès prématurés. Les auteurs préviennent en outre que «le vieillissement de la population au Canada signifie que les dommages sur la santé causés par la pollution atmosphérique augmenteront de façon importante dans l'avenir». «Le risque de l'exposition à la pollution atmosphérique pour les enfants et les nourrissons à la santé fragile est également accru», ajoutent-ils.
Le centre du Canada devrait compter la plus grande proportion de décès prématurés «graves» causés par la pollution atmosphérique, puisque cette région comprend les deux provinces les plus grandes, l'Ontario et le Québec, qui forment 62 % de la population canadienne. «Cependant, environ 70 % des décès prématurés "graves" se produiront dans ces deux provinces, ce qui est possiblement représentatif d'une moins bonne qualité de l'air en comparaison avec les autres régions du Canada», précise le rapport. Le Dr Ouellet a d'ailleurs expliqué hier que ces régions recevaient beaucoup de polluants en provenance du Midwest américain, où on retrouve beaucoup d'industries lourdes. L'Ouest canadien, qui forme approximativement 30 % de la population canadienne, compte pour sa part environ un quart des décès prématurés «graves».
En plus de l'accroissement du nombre de décès, d'autres conséquences déplorables sont à prévoir. On estime qu'en 2031, près de 18 000 personnes seront admises à l'hôpital en raison de la pollution atmosphérique, soit une augmentation de 62 % en 20 ans. Le nombre prévu d'admissions chez les personnes de 65 ans et plus devrait notamment augmenter de 102 % au cours de cette période. Autre preuve de l'aggravation de la situation, plus de 620 000 visites chez le médecin seront associées à l'exposition à la pollution atmosphérique en 2008. Ce nombre devrait passer à 940 000 en 2031 «si la qualité de l'air reste la même pendant cette période». Cela s'ajoute à un nombre accru de visites aux urgences.
Tout cela a bien sûr un lourd coût économique, que M. Ouellet et les autres chercheurs de l'AMC ont chiffré à 10 milliards pour 2008. Ce montant grimpera inexorablement, pour atteindre 300 milliards en 2031. Pour obtenir ce chiffre, l'AMC a utilisé le modèle ICAP (Illness Costs of Air Pollution), qui prend en compte les meilleures connaissances et données sur la qualité de l'air, la santé humaine et l'économie afin de produire des prévisions d'effets sur la santé et de coûts en rapport avec les changements dans la qualité de l'air.
Les auteurs de l'étude, qui disent vouloir sensibiliser la population, lancent aussi un appel à l'action politique pour s'attaquer à cet épineux problème: «[...] les gouvernements doivent jouer un rôle fondamental dans la prévention et le contrôle du smog et de la mauvaise qualité de l'air par l'entremise de politiques de promotion de l'hygiène publique et de réglementations. C'est pourquoi la présente étude a été commandée: afin de prendre des décisions éclairées en se basant sur les effets sur la santé et les coûts sur le plan économique causés par la pollution atmosphérique au Canada.»
Plan conservateur
Réagissant aux conclusions du rapport, le ministre fédéral de la Santé, Tony Clement, s'est voulu rassurant. «Nous agissons. Notre objectif est de diminuer de moitié les émissions polluantes des grands émetteurs d'ici 2015, a-t-il rappelé au cours d'un entretien avec Le Devoir. Cela aura un impact positif sur la santé des citoyens.» De plus, a tenu à préciser le porte-parole conservateur, «le scénario évoqué dans le rapport se produira si rien n'est fait. Mais nous agissons déjà, parce que nous avons à coeur la santé des Canadiens». Il a en outre assuré qu'Ottawa discuterait avec le nouvel occupant de la Maison-Blanche qui sera élu le 4 novembre pour mener des actions communes de lutte contre la pollution atmosphérique.
Les libéraux fédéraux ont quant à eux profité de l'occasion pour dénoncer la formation de Stephen Harper, tout comme le chef néo-démocrate, Jack Layton. «Les chiffres exposés dans ce rapport sont stupéfiants en ce qui concerne les vies humaines, a souligné ce dernier. Tragiquement, plus de 20 000 Canadiens risquent la mort prématurée à cause de la pollution atmosphérique, ce qui en dit long sur l'inaction des conservateurs et du gouvernement précédent. Mais en choisissant un plan qui donne du fil à retordre aux grands pollueurs, nous pouvons aider à la fois notre économie et notre santé.»
Pour le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette, «le rapport démontre clairement l'importance, tant au plan de l'économie qu'au plan de la santé, d'avoir un plan pour réduire notre dépendance au pétrole, les émissions de gaz à effet de serre et les autres polluants atmosphériques. Très clairement, les conservateurs ne vont pas dans ce sens-là. Leur plan ne propose pas de réduction absolue des émissions, mais seulement une diminution de l'intensité».
La publication de ce rapport on ne peut plus éloquent survient quelques jours à peine après celle d'un autre document, celui-là de Santé Canada, qui mettait en garde contre une montée en flèche des problèmes de santé au pays au fur et à mesure que les effets des changements climatiques se feront sentir. Le volumineux rapport, publié très discrètement, notait aussi «d'importantes lacunes dans la capacité actuelle à composer avec les risques que posent les changements climatiques pour la santé».
«L'image qu'on se fait du Canada est souvent celle d'un pays de grands espaces et de nature. Mais notre étude démontre que l'air respiré au Canada tue des milliers d'entre nous chaque année, a laissé tomber d'entrée de jeu le président désigné de l'Association médicale canadienne (AMC), le Dr Robert Ouellet. Personne n'est immunisé et aucune communauté n'est à l'abri des effets de la pollution atmosphérique au Canada.»
Le document en question, intitulé «L'air qu'on respire: coût national des maladies attribuables à la pollution atmosphérique», démontre en effet sans équivoque les effets dévastateurs de la piètre qualité de l'air sur la santé des Canadiens. Selon les chiffres contenus dans le rapport, d'ici 2031, pas moins de 700 000 personnes seront décédées des effets à long terme de la pollution atmosphérique, c'est-à-dire des suites d'une «exposition chronique» s'échelonnant sur des années. Pour le Québec seulement, ce nombre avoisine les 20 000.
Les victimes succomberont surtout à des maladies cardiovasculaires et respiratoires. En fait, de tous ces décès prématurés «graves» attribuables à la pollution atmosphérique, 42 % sont reliés à une maladie cardiovasculaire et 11 % à une maladie respiratoire. Les personnes âgées de 65 ans et plus sont les premières à en être affectées. Cette année, par exemple, elles compteront pour plus de 80 % des décès prématurés. Les auteurs préviennent en outre que «le vieillissement de la population au Canada signifie que les dommages sur la santé causés par la pollution atmosphérique augmenteront de façon importante dans l'avenir». «Le risque de l'exposition à la pollution atmosphérique pour les enfants et les nourrissons à la santé fragile est également accru», ajoutent-ils.
Le centre du Canada devrait compter la plus grande proportion de décès prématurés «graves» causés par la pollution atmosphérique, puisque cette région comprend les deux provinces les plus grandes, l'Ontario et le Québec, qui forment 62 % de la population canadienne. «Cependant, environ 70 % des décès prématurés "graves" se produiront dans ces deux provinces, ce qui est possiblement représentatif d'une moins bonne qualité de l'air en comparaison avec les autres régions du Canada», précise le rapport. Le Dr Ouellet a d'ailleurs expliqué hier que ces régions recevaient beaucoup de polluants en provenance du Midwest américain, où on retrouve beaucoup d'industries lourdes. L'Ouest canadien, qui forme approximativement 30 % de la population canadienne, compte pour sa part environ un quart des décès prématurés «graves».
En plus de l'accroissement du nombre de décès, d'autres conséquences déplorables sont à prévoir. On estime qu'en 2031, près de 18 000 personnes seront admises à l'hôpital en raison de la pollution atmosphérique, soit une augmentation de 62 % en 20 ans. Le nombre prévu d'admissions chez les personnes de 65 ans et plus devrait notamment augmenter de 102 % au cours de cette période. Autre preuve de l'aggravation de la situation, plus de 620 000 visites chez le médecin seront associées à l'exposition à la pollution atmosphérique en 2008. Ce nombre devrait passer à 940 000 en 2031 «si la qualité de l'air reste la même pendant cette période». Cela s'ajoute à un nombre accru de visites aux urgences.
Tout cela a bien sûr un lourd coût économique, que M. Ouellet et les autres chercheurs de l'AMC ont chiffré à 10 milliards pour 2008. Ce montant grimpera inexorablement, pour atteindre 300 milliards en 2031. Pour obtenir ce chiffre, l'AMC a utilisé le modèle ICAP (Illness Costs of Air Pollution), qui prend en compte les meilleures connaissances et données sur la qualité de l'air, la santé humaine et l'économie afin de produire des prévisions d'effets sur la santé et de coûts en rapport avec les changements dans la qualité de l'air.
Les auteurs de l'étude, qui disent vouloir sensibiliser la population, lancent aussi un appel à l'action politique pour s'attaquer à cet épineux problème: «[...] les gouvernements doivent jouer un rôle fondamental dans la prévention et le contrôle du smog et de la mauvaise qualité de l'air par l'entremise de politiques de promotion de l'hygiène publique et de réglementations. C'est pourquoi la présente étude a été commandée: afin de prendre des décisions éclairées en se basant sur les effets sur la santé et les coûts sur le plan économique causés par la pollution atmosphérique au Canada.»
Plan conservateur
Réagissant aux conclusions du rapport, le ministre fédéral de la Santé, Tony Clement, s'est voulu rassurant. «Nous agissons. Notre objectif est de diminuer de moitié les émissions polluantes des grands émetteurs d'ici 2015, a-t-il rappelé au cours d'un entretien avec Le Devoir. Cela aura un impact positif sur la santé des citoyens.» De plus, a tenu à préciser le porte-parole conservateur, «le scénario évoqué dans le rapport se produira si rien n'est fait. Mais nous agissons déjà, parce que nous avons à coeur la santé des Canadiens». Il a en outre assuré qu'Ottawa discuterait avec le nouvel occupant de la Maison-Blanche qui sera élu le 4 novembre pour mener des actions communes de lutte contre la pollution atmosphérique.
Les libéraux fédéraux ont quant à eux profité de l'occasion pour dénoncer la formation de Stephen Harper, tout comme le chef néo-démocrate, Jack Layton. «Les chiffres exposés dans ce rapport sont stupéfiants en ce qui concerne les vies humaines, a souligné ce dernier. Tragiquement, plus de 20 000 Canadiens risquent la mort prématurée à cause de la pollution atmosphérique, ce qui en dit long sur l'inaction des conservateurs et du gouvernement précédent. Mais en choisissant un plan qui donne du fil à retordre aux grands pollueurs, nous pouvons aider à la fois notre économie et notre santé.»
Pour le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette, «le rapport démontre clairement l'importance, tant au plan de l'économie qu'au plan de la santé, d'avoir un plan pour réduire notre dépendance au pétrole, les émissions de gaz à effet de serre et les autres polluants atmosphériques. Très clairement, les conservateurs ne vont pas dans ce sens-là. Leur plan ne propose pas de réduction absolue des émissions, mais seulement une diminution de l'intensité».
La publication de ce rapport on ne peut plus éloquent survient quelques jours à peine après celle d'un autre document, celui-là de Santé Canada, qui mettait en garde contre une montée en flèche des problèmes de santé au pays au fur et à mesure que les effets des changements climatiques se feront sentir. Le volumineux rapport, publié très discrètement, notait aussi «d'importantes lacunes dans la capacité actuelle à composer avec les risques que posent les changements climatiques pour la santé».
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