samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h41


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Enfouissement de déchets - Le site BFI-Lachenaie est nécessaire, conclut le BAPE

Alexandre Shields   29 juillet 2008  Société
S'il juge inacceptable l'idée de doubler la superficie du site d'enfouissement de Lachenaie, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) estime toutefois qu'on doit continuer d'y expédier 1,3 million de tonnes de déchets par année d'ici 2012, puisqu'aucune autre solution n'est encore disponible. On ne ferme d'ailleurs pas la porte à une exploitation du site au-delà de cette date, mais on souhaite qu'il accueille de moins grandes quantités de matières résiduelles.

C'est ce qui ressort du rapport rendu public hier au sujet du projet d'agrandissement du site par BFI-Lachenaie, qui souhaitait pouvoir y enfouir quelque 22,5 millions de tonnes de matières résiduelles supplémentaires d'ici 2025. Or, conclut le BAPE, cela «serait nuisible à la démarche d'autonomie régionale et de réduction de l'enfouissement entreprise par la Communauté métropolitaine de Montréal». «Le recours à ce lieu d'enfouissement demeure toutefois nécessaire et la poursuite des activités devrait être autorisée jusqu'en 2012», précise le document.

Après cette date-butoir, écrivent les commissaires, «les conditions liées à la poursuite des activités [...] devraient être évaluées à la lumière des choix et des actions entreprises par la Communauté métropolitaine de Montréal et le gouvernement et des résultats obtenus en regard de l'atteinte des objectifs de réduction, et ajustées en tenant compte des nouveaux besoins d'enfouissement».

En clair, on pourrait continuer d'utiliser le site, mais en tentant de réduire la quantité des déchets qui s'y retrouvent chaque année. «En 2012, probablement que plusieurs solutions qui auront été mises de l'avant permettront de [tendre] vers l'atteinte de cet objectif [de réduction des déchets enfouis]. Ce qui, en bout de ligne, fait qu'on va devoir encore enfouir à Lachenaie, mais des quantités beaucoup moindres que ce qu'on a actuellement», a expliqué hier un porte-parole du BAPE, Jean-Sébastien Fillion.

«Ce qu'on dit c'est: "Prenons le temps, prenons ces quelques années pour discuter", a-t-il ajouté. Voyons où on en sera d'ici 2012. Par la suite, on rajustera, parce qu'on ne peut pas présumer de ce qu'on franchira comme étape à ce moment.» Chose certaine, a indiqué M. Fillion, «on ne peut pas le fermer du jour au lendemain, parce que ça représente 43 % des matières enfouies de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM)».

Le porte-parole de BFI-Lachenaie, Hector Chamberland, a lui aussi souligné hier que le rapport du BAPE ne fermait pas la porte à un maintien des activités sur ce site au-delà de 2012. Il a en outre rappelé que ce dépotoir est le seul situé sur le territoire de la CMM.

Trouver des solutions

Le BAPE mise par ailleurs beaucoup sur l'amélioration des taux de récupération tels que stipulés dans la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008. Actuellement, selon les données du rapport publié hier, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) prévoit atteindre cette année le seuil de 60 % fixé par Québec pour les matières recyclables. Ce taux a déjà été dépassé pour les déchets domestiques dangereux, les textiles et les objets encombrants. On accuse toutefois un retard majeur pour les résidus organiques, où le taux prévu en 2008 est de 15 %, loin de l'objectif de 60 %. La CMM devrait ainsi atteindre un seuil global de récupération de 38 % cette année, alors que Québec souhaitait passer à 60 %.

C'est un peu ce qui pousse le BAPE à la prudence dans ses prédictions. M. Fillion a d'ailleurs rappelé qu'en 2003 le ministre de l'Environnement de l'époque, Thomas Mulcair, avait donné son aval à la poursuite des activités sur le site de Lachenaie jusqu'en 2008. Au BAPE, on souhaitait alors que certaines mesures permettant de réduire la quantité des déchets qui y sont enfouis seraient mises en oeuvre dans ce délai de cinq ans. Or pratiquement rien n'a été fait. Donc, en quelque sorte, l'histoire se répète.

Selon un porte-parole de la Ville de Montréal, le conseiller Richard Deschamps, la CMM devra donc absolument se doter d'infrastructures régionales afin de traiter et de valoriser les matières récupérées. D'ailleurs, a-t-il rappelé, le Plan directeur de gestion des matières résiduelles prévoit plusieurs mesures afin de d'accélérer leur détournement vers diverses structures de récupération. Les cinq secteurs géographiques de la CMM doivent normalement compléter, en décembre 2008, des plans directeurs régionaux d'équipement et de technologie proposant des solutions de rechange viables à l'enfouissement.

La Ville espère mettre le sien en oeuvre le plus rapidement possible, tout en soulignant que les citoyens devront faire leur part et que Québec devra aussi fournir son aide financière. Et le temps presse, selon M. Deschamps, qui estime qu'il ne sera peut-être pas possible de tout faire d'ici 2012.

Le directeur général du Conseil régional de l'environnement de Montréal, André Porlier, a quant à lui déploré le «manque de volonté politique» pour apporter des solutions au strict enfouissement des matières résiduelles. «En 2003, quand le ministre Mulcair a donné un sursis de cinq ans à BFI, il souhaitait que les villes se prennent en main, mais rien n'a été fait», a-t-il soutenu. Selon lui, le BAPE aurait donc dû offrir un sursis maximum de deux ans à BFI, de façon à «forcer les villes à agir autrement».

M. Porlier a en outre rappelé hier que les technologies qui permettraient par exemple de mettre en place un système de compostage sont disponibles, et ce, à un coût raisonnable. Cela permettrait de réduire de 40 % la quantité des déchets qui se retrouvent dans les sacs à vidanges. Il juge aussi que les Québécois sont prêts à passer à cette étape.

Pas de réaction à Québec

La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, n'a pas commenté le rapport. Elle est présentement en vacances. Son attaché de presse, Philippe Cannon, a cependant précisé que le rapport, à ce moment-ci, n'avait pas à être commenté. Il a simplement indiqué que le ministère mènerait une analyse écologique qui sera soumise à la ministre. Celle-ci formulera par la suite une recommandation.

Déjà, le gouvernement libéral a décidé en avril de prolonger d'un an les activités du site, qui devait arrivé à la fin de sa vie utile en mai. Québec avait alors fait valoir que le détournement des camions à ordures vers d'autres sites «présenterait plusieurs difficultés de mise en oeuvre sur le plan du transport, des coûts et de l'augmentation des gaz à effet de serre». On avait aussi dit qu'il s'agissait d'une solution «à court terme».

Les résidants du secteur, qui sont aux premières loges, ont maintes fois dénoncé les nombreuses nuisances provoquées par la présence du plus gros dépotoir du Québec à proximité de leur domicile, notamment le bruit incessant, la pollution, les odeurs nauséabondes, le nombre des goélands et la diminution de la valeur des propriétés. Plusieurs ont d'ailleurs souligné ces inconvénients lors des journées d'audiences tenues par le BAPE. Les maires de Terrebonne, Mascouche, Repentigny et Charlemagne s'étaient pour leur part dits favorables à une version plus modeste du projet de BFI.

Le BAPE tente justement de répondre aux inquiétudes des gens du secteur. «Dans le but de favoriser une meilleure intégration du projet dans son milieu, souligne le document, la commission propose notamment la création d'un parc de conservation et de récréation incluant la protection intégrale de la tourbière du Ruisseau-de-Feu, la réalisation du projet de valorisation du biogaz, la mise en place de techniques favorisant la réduction des odeurs ainsi que d'un programme de recherche en santé environnementale.» Tous ces éléments «doivent être conditionnels» à l'agrandissement du secteur nord du site d'enfouissement, insiste le rapport.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Fernand Trudel
    Abonné
    mardi 29 juillet 2008 13h20
    La décision du BAPE est réaliste mais a t'ont envisagé d'autres solutions ?
    « Quand on improvise et on écoute tout le monde on se retrouve avec des dossiers difficiles à solutionner. Celui des ordures ménagères en est un. La chaîne de traitement est complexe et les étapes ne sont pas toutes coordonnées. La décision du BAPE est réaliste mais a t'ont envisagé d'autres solutions ?

    Les purs et durs du protocole de Kyoto veulent fermer tous les sites d'enfouissement et tout recycler. Le BAPE vient de les remettre sur terre. À la Ville de Québec, ces gens ont même identifié comme principale cible du protocole de Kyoto, l'incinérateur municipal dont la vapeur est revendue à l'usine de papier qui économise ainsi sur les sources autres d'énergie pour faire marcher leurs machines à papier. L'incinérateur produit des cendres dont la neutralité pour les odeurs et la nappe phréatique est incontestable. Ce cycle est nécessaire dans le processus d'élimination des ordures ménagères. Des travaux de 55 millions pour améliorer le rendement environnemental de cet équipement viennent d'être investis laissant les écolos sur leur appétit qui se promettent de revenir à l'assaut incessamment.

    De plus, des cendres acheminées au site d'enfouissement sont moins volumineuses donc diminuent la pression de camionnage à faire entre l'incinérateur et le site d'enfouissement. Mais ca, les idéalistes de l'environnement n'y ont pas pensé et ne l'ont pas avancé comme solution au BAPE et la Ville de Montréal non plus. Ce serait une étape importante du cycle de disposition des ordures qui diminuerait de façon significative le volume d'intrants des sites d'enfouissement et neutralisant les odeurs dans le secteur habité environnant. Mais les écolos sont loin de proposer ce genre de solution, leur militantisme les empêche d'en arriver à de telles conclusions. Quant aux montréalais, leur individualisme multiplie les intervenants apportant une solution différente. Arbitrer les idées et gérer efficacement pour la collectivité devient alors une sinécure.

    Oui, il faut recycler. Mais on ne peut recycler 100% des ordures ménagères. C'est de l'idéalisme théorique. Déjà à Québec l'an dernier, le centre de tri a débordé laissant des montagnes de détritus entourant le centre au point ou une partie de ceux-ci se sont retrouvés à l'incinérateur tant décrié. Une chance qu'on avait pas écouté les groupes écologiques qui veulent fermer l'incinérateur à tout prix, on se serait retrouvé avec un problème encore pire à régler.

    La hâte des verts à vouloir imposer des solutions pas toujours durables est égale à leur religion kyotiste. Vouloir aller trop vite et improviser des solutions excellentes en théorie crée des problèmes pratiques à l'usage. Le rodage du recyclage et du compostage ne se fera pas en un jour et les gestes quotidiens vers cette direction ne sont pas aussi rapides que la pensée verte, créant de l'exaspération et de l'incompréhension des citoyens. On innove et on trébuche, seule la patience et la recherche apporteront des solutions durables. C'est facile de dire, moins de le faire. Mais au départ, c'est la discipline et le sens civique de chacun qui peut améliorer les choses. J'appelle ca, nettoyer son perron...

    Enfin, le compostage crée plus de problèmes que de solution et les personnes avoisinants les centres de compostage se plaignent aussi des odeurs nauséabondes. Dans la mauricie, le ministère québécois de l'Environnement a ordonné à Compostage Mauricie de Saint-Luc-de-Vincennes d'éliminer un amas de matières organiques d'ici 2009 suite au raz-le-bol des citoyens et de la municipalité. On fermera le site éventuellement. A Gatineau, les citoyens protestent et l'organisme responsable de l'implantation d'un site de compostage à Gatineau hésite à poursuivre son projet
    Sur la rive-sud de Québec, le lobby écolo fait de même. On est loin de la coupe aux lèvres.

    Alors comment composter autrement que chacun chez-soi. Je sais que les municipalités commencent à regarder cette étape pour réduire les déchets enfouis. À la Ville de Québec, dans le plan de gestion de matières résiduelles (PGMR) on parle d'achat de bacs bruns et de l'implantation d'un site de compostage . Étrangement, ce sont les écolos qui contestent le projet de site de compostage pressenti avant que les décisions ne soient annoncées. On veut tuer dans l'oeuf le projet. Alors pourquoi faire autant de tapage médiatique environnemental quand à chaque fois que des solutions qu'ils ont préconisées sont combattus par eux-mêmes.

    Déjà on encourage l'herbicyclage avec le gazon coupé pour éviter une troisième collecte onéreuse. Ca a créé une industrie parallèle de tonte de pelouse avec ramassage du gazon coupé par des entreprises qui ont des sites de compostage. Va t'on créer un autre problèmne à moyen terme? Je sais que certains n'hésitent pas à mettre leur sacs d'herbe coupée dans les bacs pour l'incinérateur haussant ainsi son volume de traitement de cet élément essentiel de la chaine de dispositions des ordures. Mais les écolos veulent la faire disparaitre et pas question d'apporter cette solution à Montréal. Définitivement on en sort pas, on a donc passé la facture du citoyen du public au privé. L'idéalisme vert en prend pour son rhume. Faudra se rendre à l'évidence, on a beau à être vert mais la gestion des déchets domestiques est loin de solution qui fait l'unanimité entre le faisable et l'idéal rhétorique.

    L'incinération des déchets non recyclables doit être envisagée dans la région montréalaise malgré l'opposition des verts. C'est une étape importante qui peut diminuer la pression rapidement sur les sites d'enfouissement encore existants et améliorer leur durée de vie et par conséquent utiliser à la longue moins d'espace, donc moins besoin d'agrandissement. Aura t'ont à Montréal, la sagesse d'en discuter rationnellement ? À mon point de vue ce serait une solution durable essentielle dans le cycle de disposition des déchets au même titre que le recyclage, le compostage et l'éducation à la base des citoyens.

    Le sens civique de chacun permet de diminuer aussi les déchets à la source. Moi quand je vais chercher une pinte de lait à l'épicerie, je refuse systématiquement un sac d'emballage.

    Le scepticisme des verts envers les décideurs appuyés par des experts crée un climat de confrontation émotif peu propice à des solutions durables tant souhaitées. Le principe de précaution que veulent imposer les verts qui veulent en faire une loi universelle sclérose encore plus les décisions de nos gouvernements. La précaution n'est pas forcément de bon conseil, surtout lorsque l'on sait que les comportements responsables n'ont pas besoin d'une nouvelle loi mais plutôt qu'on applique celle qui existe déjà. La précaution tue l'initiative créatrice et à la recherche scientifique qui ont permis à l'homme d'évoluer rapidement au dernier siècle. Peut-être trop pour certains qui veulent nous ramener à Lâge de la petite maison dans la prairies ou de la série télévisée «Les Arpents Verts».

    Il y aura toujours des pour et des contre, arbitrer entre les deux est le lot des décideurs... »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 29 juillet 2008 20h43
    Compostez !
    « Je composte à l'année longue ce qui réduit mes déchets de moitié (un petit sac noir aux deux semaines pour deux personnes). En plus ce composte me donne de beaux légumes sans aucun engrais. Cette année je n'aie pas mis de composte et ça pousse! Les villes devraient ramasser le composte en ville et réduiraient ainsi les déchets. Le recyclage systématique ! Ha, j'oubliais, à Québec c'est le 400e festif de Labeaume. Ce sera pour une autre fois...

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Colin-N. Brosseau
    Inscrit
    mardi 29 juillet 2008 23h25
    @ Fernand Trudel
    « M. Trudel, je lis tous vos commentaires sur le site du Devoir. Je suis rarement d'accord avec vous mais je considère nécessaire de s'informer de toutes les opinions. Ça aide la réflexion.

    Je tenais à vous remercier pour le ton que vous adoptez dans votre commentaire. Il est calme et posé et incite à lire jusqu'au bout. Ça donne beaucoup de crédibilité.

    Colin »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009