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Bidonville à Val-David - Un commerçant s'oppose à l'éviction des pauvres

Josée Boileau   4 février 2003  Société
Un hôtelier de Val-David a décidé à son tour de sonner l'alarme devant la démolition de sept maisonnettes du village, où logent des démunis, pour laisser place au futur stationnement du parc régional.

«La politique municipale fait du mal à nos affaires et à la réputation de notre village», écrit Heinz Graf, propriétaire du Motel des pays d'en haut, dans un courriel envoyé hier à l'administration municipale, aux auberges de Val-David et aux bureaux d'information touristique des Laurentides.

«Je ne m'étais pas prononcé dans l'affaire du stationnement même si depuis longtemps, je trouve que ce n'est pas correct ce qui se passe. Je me disais que je ne pouvais pas changer le monde. Mais là, ça commence à me toucher personnellement», a expliqué M. Graf au Devoir.

Suisse-Allemand d'origine, celui-ci s'est établi à Val-David en 1996. Il y a acheté un motel de 25 chambres, classé trois étoiles, et qui compte 40 ans d'histoire. Nouveau venu dans le coin, il s'est toujours tenu loin de la politique municipale.

Mais à la suite de l'article paru samedi dans Le Devoir sous le titre «Plus de bidonville à Val-David?», M. Graf a reçu une douzaine de courriels de gens de Montréal, de Toronto et d'ailleurs. Ceux-ci disent qu'ils boycotteront Val-David si la ville va de l'avant avec son projet d'exproprier de pauvres gens — en leur versant une indemnité mais sans aide pour se reloger — pour faire une porte d'entrée au parc régional.

D'autres emplacements sont pourtant disponibles. Mais un document interne de Val-David indique que le choix de «Guindonville» — du nom du propriétaire du terrain exproprié — permet à la fois de se débarrasser d'un bidonville et d'être près des chalets de villégiature que vend une entreprise locale.

Les courriels de protestation ont aussi été envoyés à la municipalité. «Mais je suis sûr qu'elle ne veut pas nous informer des plaintes qu'elle reçoit», indique M. Graf. D'où sa décision de faire connaître le mécontentement des clients aux autres aubergistes de la région avant que les chiffres d'affaires ne se mettent à baisser.

Il ajoute: «La municipalité fait toutes ses affaires avec notre argent, des choses que je n'aime pas. Mais on n'a pas la chance de dire quelque chose: c'est toujours en arrière du dos.» Et ici, la décision nuit aux affaires et au village lui-même, dit-il. Les citoyens ont donc tout à fait le droit de faire connaître leur mécontentement, en manifestant ou autrement.

Une manifestation s'est d'ailleurs tenue samedi après-midi pour contester la décision de la municipalité, même si celle-ci semble irréversible. Animée et colorée, la manifestation a réuni une centaine de personnes. Par ailleurs, le ministre des Affaires municipales André Boisclair doit intervenir sous peu dans ce dossier.






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