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Le procès de Champlain

Christian Rioux   4 juillet 2008  Société
Les temps sont durs pour les héros. Les vedettes de la télévision ont depuis longtemps remplacé ces personnages que l'histoire avait patiemment fabriqués au cours des siècles. Peu échappent au cynisme ambiant. Et pourtant, l'époque est à la «commémoration» de tout et de rien. Des événements qui n'ont pas dix ans sont salués avant même d'entrer dans l'histoire, alors que l'on s'amuse à secouer le piédestal de ceux que nos parents s'étaient cru autorisés à considérer comme plus grands que nature.

Comment s'étonner alors que l'histoire ait été évacuée de ces célébrations du 400e anniversaire de la fondation de Québec? Et pourtant! Les organisateurs de la fête ont eu beau éviter tout ce qui pouvait rappeler les origines de cette population venue s'établir dans la vallée du Saint-Laurent quatre siècles plus tôt, la ferveur populaire aura eu raison des compromissions politiques. C'est elle qui aura finalement ramené l'histoire au devant de la scène, et au premier titre Champlain, le fondateur de Québec.

J'ai eu récemment le privilège de passer quelques semaines en compagnie de cet immense personnage et de suivre ses traces en France, d'où il est parti. Traces nombreuses et toujours vivaces qui vont de sa Saintonge natale à la Normandie, d'où il s'est embarqué pour le Nouveau Monde. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que celui dont on fêtait hier le geste historique, l'un des plus importants de notre courte histoire, avait été depuis quelques années l'objet d'une véritable commission d'enquête.

Après les hagiographes qui avaient fabriqué un Champlain plus catholique que nature, partisan de l'agriculture et du chapelet en famille, le temps de l'examen critique était donc venu. Cette commission plutôt discrète n'a jamais tenu d'audiences publiques. Ses délibérations se sont déroulées dans des chaires d'histoire, des colloques et des revues peu connues du grand public.

Le procès est venu de deux directions différentes qu'il importe de bien distinguer. D'abord, du courant très en vogue chez les historiens depuis les années 60 et dit de la «déconstruction des mythes fondateurs», dont se revendique sur le tard l'historien Mathieu d'Avignon (Champlain et les fondateurs oubliés, PUL). Au lieu d'ériger des statues, les «déconstructeurs» s'attachent à les déboulonner, au risque de tomber parfois dans le dénigrement.

Depuis peu, le procès de Champlain a aussi eu des origines politiques aux motivations nettement moins scientifiques. Des sommes considérables ont été investies depuis une décennie par Ottawa dans le dessein évident de faire de l'ombre au 400e anniversaire de Québec et donc à Champlain. C'est ainsi qu'on a vu, comme par hasard, se multiplier les colloques en France et au Québec destinés à promouvoir, non pas la fondation de Québec en 1608, mais celle de l'Acadie en 1604; non pas Champlain, mais Pierre Dugua de Mons, qui créa un premier établissement malheureux à l'île Sainte-Croix et commandita la fondation de Québec.

***

Puisqu'il y a procès, ne boudons pas notre plaisir et voyons voir un peu comment notre héros s'est tiré de ce mauvais pas. Au terme d'un examen critique sans précédent, la figure de Champlain sort étrangement intacte de cet exercice qui ne fut pas inutile. Détail amusant, on a notamment mis en lumière que Champlain n'était pas noble et qu'il n'avait donc pas droit à la particule qu'il s'est peut-être attribuée lui-même vers la fin de sa vie. Qu'importe, on dira donc Samuel Champlain tout simplement.

Le pragmatisme religieux dont aurait fait preuve le fondateur de Québec, probablement né protestant, contribue aujourd'hui à grandir l'homme plus qu'à le rabaisser. Que Champlain ait été discret sur ses convictions religieuses pendant la plus grande partie de sa vie et qu'il ait attendu huit ans avant de faire venir des missionnaires, comme l'a montré l'historien Marcel Trudel, n'a rien aujourd'hui pour rabaisser l'homme.

La découverte du rôle des Montagnais et du chef Anadabijou, qui accordent à Champlain la permission de s'établir à Québec, est aussi loin de diminuer le personnage. Elle illustre au contraire la diplomatie éclairée que pratiquent à l'époque les découvreurs français. Ces relations nettement plus respectueuses des peuples autochtones ont créé un modèle différent de celui des Espagnols et des Anglo-Saxons. Un modèle de civilisation, devrait-on dire, dans lequel le Québec peut se reconnaître.

La redécouverte du huguenot Pierre Dugua de Mons, par ailleurs fort justifiée sur le plan historique, est aussi loin d'éclipser Champlain. Faut-il pour autant donner le titre de «cofondateur» de Québec à quelqu'un qui n'y est jamais venu? Ce serait un peu comme attribuer les buts d'Alex Kovalev au président de la compagnie Molson... qui ne sait peut-être même pas patiner! Cette redécouverte a aussi mené à celle d'autres compagnons, comme François Dupont-Gravé et Pierre Chauvin, tous aussi fascinants les uns que les autres et qu'il faudrait alors tous affubler du titre de «cofondateurs».

Tout compte fait, ce réexamen fait plutôt ressortir les qualités exceptionnelles de Champlain. Celui-ci n'a évidemment pas fondé Québec seul, mais il en fut de toute évidence le personnage primordial. Champlain est le seul à être à la fois chef militaire, géographe, marin, cartographe, écrivain et diplomate. Si les compagnons de Champlain ont joué un rôle crucial, aucun n'a accompagné la fondation de Québec et ses premières années d'aussi près. Si on y regarde bien, même les «déconstructeurs» ne peuvent s'empêcher de reconnaître une destinée exceptionnelle.

On ne comprend rien à Champlain si on ne se rend pas compte qu'il fut un homme des Lumières dans le plein sens du terme. Il est le fruit d'une époque étonnante où les guerres de religion s'estompent, où la France se tourne vers le monde et donne pendant quelques décennies le meilleur d'elle-même. D'où le rôle crucial que jouent les huguenots dans les premières années de la colonie. D'où cette alliance avec les autochtones qui mènera à un véritable métissage, souhaité d'ailleurs par Champlain.

Il reste beaucoup de zones d'ombre à éclaircir dans cette histoire passionnante. Mais on peut d'ores et déjà dire que Champlain a passé le test. Et qu'on a de bonnes raisons de fêter!

***

crioux@ledevoir.com






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  • Jean Léveillée
    Abonné
    vendredi 4 juillet 2008 07h21
    Bravo pour cette mise au point.
    « Nous vivons une ère de désinformation et de propagande nuisible à l'évolution des esprits.
    Il faut des journalistes et écrivains éclairés et désireux de mieux informer afin de faire contrepoids à la propagande et la désinformation des ennemis du peuple et de la nation québécoise. »

  • Gilles Delisle
    Abonné
    vendredi 4 juillet 2008 07h40
    Enfin, merci de nous rappeller que cette fête devrait être celle de l'histoire.
    « Heureusement,qu'il y a eu vos textes cette semaine, sur Champlain, sans cela peut-être nous n'en aurions pas entendu parler. Cette fête du 400e ressemble à ce qu'est devenue la fête de Noel! Les autorités gouvernementales canadiennes, avec le concours de la "potiche officielle" du Canada, ont pris le contrôle de cette fête, avec la participation non moins importante, de deux faux politiciens, le premier ministre québécois et l'ineffable maire de Québec. Ce détournement de l'histoire et des faits historiques semblent passés inaperçus dans la population, que l'on a gavé de festivals, de spectacles et de "party" de toutes sortes. La dernière connerie aura été de faire parader des militaires dans les rues de Québec, comme si ce pays avait une tradition militariste. Ce pays a toujours été un pays pacifiste, et seul un déploiement d'une compagnie d'officiers vêtus, comme au temps de la Nouvelle-France aurait été acceptable. A travers ces détournements d'événements et d'histoire, vos textes sur Champlain sont une bouffée d'air frais dans ce grand cirque du 400e! »

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    vendredi 4 juillet 2008 09h29
    Le mythe du Québec pacifiste
    « Il faut relire l'ouvrage "Québec Ville militaire 1608-2008" pour se rendre compte de la place des militaires dans la ville de Québec et dans l'histoire du Québec. Je cite de mémoire: Québec a connu cinq sièges; Québec a toujours tenu garnison; après avoir été 150 ans le point névralgique de la défense de la Nouvelle-France, Québec a été pendant 150 autres années le point d'ancrage de la défense britannique de l'Amérique du Nord. Les pacifistes qui proposent que les québécois sont en majorité pacifistes oublient que les québécois, après la Conquête, ont été sont le contrôle d'une administration qui n'acceptait pas facilement que les québécois prennent une place dans l'armée canadienne. Seulement en 1920, 150 ans après la Conquête, la Citadelle redevenait sous le contrôle de troupes francophones avec le Royal 22e Régiment. Même en 1950, la marine et l'aviation canadienne n'acceptaient pas d'unités francophones. Pourtant, des québécois se sont illustrés dans l'histoire militaire du Canada. Par exemple, le 22e Bataillon (canadien-français), l'ancêtre du Royal 22e Régiment, compte 1000 morts et 3000 blessés pendant la première guerre mondiale. »

  • Pelletier Diane
    Abonnée
    vendredi 4 juillet 2008 11h58
    Ah, qu' il est bon d' etre Québécois !
    « Je me sens fière d' etre québécoise, alors que ma citoyenneté
    canadienne me sert essentiellement a me situer a l' étranger.
    Et laissons-donc les dirigeants canadiens s' enfarger dans leurs prétentions, et que la fete soit une affaire de coeur
    plutot que reglements ce comptes! »

  • Nicolas Stéphane
    Inscrit
    vendredi 4 juillet 2008 18h06
    Champlain, héros ou premier génocidaire ?
    « Bonjour,

    pour ma part, je dois avouer que je trouve cet article plutôt insipide et qu'il ne fait que flatter un orgueil nationaliste de bas étage chez un peuple québécois soit-disant en mal d'identité...
    Je vois mal comment on peut donner plus de crédit à ce révisionnisme historique qu'à l'absence de contenu historique mise de l'avant par Ottawa et complaisamment endossée par messieurs Charest et Labeaume.

    Pas plus tard qu'hier, j'ai pu voir la remarquable pièce de théâtre "sinking" de la troupe "Les laboratoires du théâtre optatif". Tout au long de la pièce, on nous rapporte les propos de Champlain, ses actions, des faits historiques... La différence est qu'une large place est faite à l'histoire orale des autochtones, et qu'il en ressort rapidement que le discours et les faits de Champlain contenaient déjà tout le racisme et l'esprit colonial qui allaient guider le comportement des colons français et bientôt du peuple québécois dans leurs relations avec les peuples d'Amérique.

    On y découvre un Champlain menteur, fourbe, violent, qui n'hésite pas à enlever le fils de Donnaconna, génocidaire qui fera brûler nombre de villages autochtones et même griller certainEs amérindienNEs sur des bûchers dignes de l'inquisition. Tout cela en rapportant au "Roy de France" que la terre du Québec est inoccupée et libre pour l'implantation de colonies. Les autochtones n'ont pas attendu Desjardins pour être invisibles aux yeux des colons Québécois...

    L'Europe était particulièrement violente à l'époque de la colonisation. Déchirée par des guerres qui l'ont malmenée pendant 400 ans environ, les armées de tous les pays étaient largement aguerries et d'une férocité à laquelle les peuples amérindiens n'ont pas su faire face. Loin d'établir un modèle différent des Anglais ou des Espagnols, les Français ont agit avec la même barbarie, se donnant eux aussi bonne conscience par leur prétendue supériorité ethnique et la supériorité certaine de leur dogme religieux.

    Il suffit de regarder le Québec d'aujourd'hui où aucune place n'est faite aux autochtones, toutes leurs terres pillées, leur culture à peine survivante de ce génocide plusieurs fois centenaire pour se convaincre que Champlain a semé les graines du discours colonialiste qui domine encore largement les mentalités vis à vis des peuples autochtones. Victimes des pires misères, de préjugés d'un autre âge, citoyenNEs de seconde classe, continuellement persécutéEs, c'est bien la condition des autochtones aujourd'hui et elle représente très bien l'héritage de Champlain. Comment en serait-il autrement ?

    On peut bien encenser Champlain, discourir sur la légitimité de sa particule mais il serait bon de juger l'acte de colonialisation de l'Amérique française lui-même pour ce qu'il a été. C'est précisément ce à quoi aurait pu servir les fêtes du 400ème de Québec si on avait eu le courage de porter un regard critique sur l'histoire de notre peuple et de notre nation.

    Sans ce courage, notre quête d'identité n'aura jamais de sens et nous ne serons jamais maîtres de notre avenir. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 4 juillet 2008 23h14
    Génocidaire ?
    « Je peux bien croire que tout n'est pas beau dans notre histoire, monsieur Stéphane, mais elle s'éloigne diamétralement de celles des anglais, portugais et espagnols en ce qui a trait au contact de nos ancêtres avec les autochtones. Même si l'on tient compte du contexte du temps il y a quand même eu la Paix des braves et les missionnaires ne se plaignaient-ils pas de l'attrait des coureurs des bois pour le mode de vie des autochtones, au point ou Montcalm était déconcerté par leurs méthodes de combat d'avant-garde, car, aujourd'hui c'est de cette façon que l'on combat ? Il y avait les atrocités françaises comme il y avait les atrocités autochtones et si les québécois ont foulés les droits des autochtones c'est sous le régime anglais qu'ils le font et c'est dans leur émancipation qu'ils ont signés une autre Paix des braves.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • georges aird
    Inscrit
    lundi 7 juillet 2008 23h01
    Vos 5 articles sur Champlain
    « J'ai aimé et apprécié vos 5 articles: c'est en grande partie à cause de ce genre de journalisme spécialisé et bien fait que je demeure abonné au Devoir. Vous nous présentez un Champlain vivant, intelligent et complexe comme le sont les personnages intéressants.

    Une remarque et une question.

    Champlain «un homme des Lumières» (citation de Briot): vraiment ? Champlain avait certes «un esprit universaliste» comme l'affirme Glénisson. Mais il est né un bon siècle avant les Lumières, et c'est peut-être un peu emphatique que d'en faire un homme des Lumières.

    Récemment, à la télévision, quelqu'un, Claude Charron si je me souviens bien, disait que le plus grand drame vécu par la Nouvelle-France fut l'assassinat d'Henri IV en 1610, soit deux ans après la fondation de Québec. Ce grand roi s'intéressait semble-t-il à la Nouvelle-France, alors que la longue régence de Louis XIII et la reprise des guerres de religion aurait amené une importante désaffection du pouvoir royal à l'égard de la colonie. Vous êtes-vous intéressé à cet aspect de l'histoire de laNouvelle-France ?

    Georges Aird »

  • Jacques Fontaine
    Abonné
    jeudi 10 juillet 2008 00h40
    Réponse à Nicolas Stéphane
    « Mon cher monsieur, vous confondez Champlain avec Jacques Cartier! C'est Cartier qui enlève les fils de Donnacona et qui a des rapports tendus et peu amicaux avec les autochtones. Je ne sais pas où vous avez pris vos renseignements, mais je vous suggère fortement de réviser votre histoire. »

  • Gaston Deschênes
    Abonné
    vendredi 11 juillet 2008 09h53
    Encore bravo
    « Le procès Champlain vient couronner une série d'articles incomparables. Rien de semblable ici, à Québec; même les historiens se cachent pour mourir.

    Gaston Deschênes, Québec »

  • Gaston Deschênes
    Abonné
    vendredi 11 juillet 2008 10h00
    Réponse à Ncoles Stéphane
    « Votre texte illustre une ignorance insondable de la vie de Champlain.
    Non seulement vous le confondez avec Cartier, mais vous ignorez notamment qu'il a justement critiqué sévèrement l'attitude des Espagnols (qu'il a consatée sur place)face aux autochtones, qu'il a collaboré à conclure une alliance avec les Montagnais dès 1603, et avec les Hurons plus tard, qu'il a émis l'idée de former un seul peuple avec les Améridiens...
    Méchant raciste génocidaire! »

  • Hubert Larocque
    Abonné
    lundi 14 juillet 2008 09h48
    Champlain, auteur et symbole de la fondation française de Québec.
    « Nous ne voulons pas jouer les rabat-joie. Réjouissons-nous de l'ampleur et du succès des festivités! Mais leur véritable succès réside dans un progrès de la conscience historique des Québécois. Comme souvent, M. Rioux arrive le dernier pour contredire et démasquer la salade officielle.
    Plusieurs voix ont dénoncé le détournement de cet anniversaire. Le logo « officiel » porte la marque évidente du rouge cru et vulgaire de l'unifolié. M. Harper a réécrit l'histoire en faisant de Champlain le fondateur du Canada de 1867. Le Gouvernement Charest s'est à demi effacé devant Ottawa , au point que le vrai discours québécois a été prononcé par le premier ministre de la France. C'est tradition depuis le fameux cri du Général de Gaulle! Les éléments étrangers et multiculturels des spectacles, mal choisis et en trop grand nombre, ont jeté de la confusion sur le sens de la Fête.
    Enfin les médias ont censuré la plupart des propos et des textes qui rappelaient la valeur normative de la Fondation de Québec, et la contradiction radicale qu'y apportent le Régime anglais et le Canada fédéral. Dire l'histoire comme elle fut et demeure, c'est en effet condamner le régime politique que nous subissons avec une inconscience, une complicité ouvertes à toutes les trahisons. Il faudrait aussi mettre au rang des échecs l'invitation à « fêter » à l'état pur afin d'échapper à la conscience nationale et politique.
    Hubert Larocque, Gatineau. »

  • Roland Philippe
    Inscrit
    lundi 21 juillet 2008 03h56
    La Nouvelle France, entreprise inachevée
    « L'exploration puis l'implantation de populations en Nouvelle-France sont restées des entreprises inachevées. Il est clair que l'engouement et la volonté de découvrir et de fonder une terre d'empire sont fortes à l'époque de François Ier. C'est lui qui donnera le premier souffle de l'établissement de la colonie.

    Malheureusement la volonté farouche des explorateurs (Cartier, Champlain, Dugua des Monts, La Vérendrie pour ne citer qu'eux) n'est rien si la volonté politique et donc royale n'est pas là.

    Il est exact de dire qu'avec l'avènement d'Henri IV, l'avenir de la Nouvelle-France semble assurée. Il a cette volonté de mener à bien ce projet. Et son assassinat en 1610 remet tout en question. Dès lors, la Nouvelle France est "gérée" plus qu'elle n'est développée.

    Il n'y a plus à partir de ce moment-là de vision claire de la colonie et l'on met dans les cartons tout ce qui a trait à son développement. D'autant plus que reprennent les guerres de religion, les guerres avec l'Autriche et l'Angleterre et ce n'est pas Louis XIV qui peut permettre un changement, aveuglé qu'il est par son désir tout égocentrique de dominer l'Europe sans avoir de vision à long terme.

    Et quand Louis XV cède tout l'empire à l'Angleterre en 1763 au traité de Paris, à ceux qui l'interroge sur cette étrange décision, il répond qu'il "n'a que faire de ces terres gelées". C'est dire comme il n'avait rien compris et comme finalement la Nouvelle France n'était déjà plus un enjeu pour ses rois trop occupés à faire briller leur aura personnel.

    C'est un peu le drame de la France et du Québec réunis. »

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    jeudi 24 juillet 2008 12h30
    La pression américaine
    « En laissant le Canada aux mains des britanniques, les français ont laissé la pression américaine, libérée à l'ouest, contester leur souveraineté. Avaient-ils préssenti la Révolution Américaine? Du moins, ils l'ont aidé avec Lafayette. Je cite tout cela de mémoire, mais Tocqueville et Trudel en autres en discutent. Tout cela pour montrer le legs de Champlain. Cet homme avait une vision qu'il construisait tranquillement sur le terrain, peu importe ce que la cour de France pensait. En cela, il montrait déjà un esprit américain. »

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