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L'entrepôt de réemploi : de tout pour tous

François Desjardins   30 juin 2008  Société
Meubles, baignoires, lavabos, électro-ménagers, chariots de supermarché, tout se vend à l’Éco-centre de la Petite-Patrie, à Montréal.
Photo : Jacques Nadeau
Meubles, baignoires, lavabos, électro-ménagers, chariots de supermarché, tout se vend à l’Éco-centre de la Petite-Patrie, à Montréal.
Que devient la ville l'été, que peut-on y vivre, voir, remarquer, sentir, au-delà de toutes les activités officielles qui se multiplient sous le soleil? Nos journalistes vous font part des découvertes, des coups de coeur ou des sourires en coin que Montréal, Québec ou Ottawa, sous le ciel estival, leur ont inspirés.

Comment se porte la demande pour les baignoires usagées? Un ordinateur portatif du milieu des années 1990, aussi lourd qu'une plaque de marbre, peut-il encore servir à quelque chose? Et cet énorme cadre de fenêtre — ou de porte-patio, pardon —, on le ramène à la maison de quelle manière au juste?

Lorsque je me présente à l'Éco-centre de la Petite-Patrie, vers 9h30, sous le soleil brûlant d'un mardi matin ordinaire, une dizaine de fouineurs arpentent déjà les lieux. Tous les jours, la même scène: ils attendent avec impatience l'ouverture de l'entrepôt de réemploi, qui revend à prix ridiculement bas des objets en tous genres déposés par le public.

Comme des vautours, ils observent chacun des chariots de marchandises que les employés font rouler depuis l'intérieur du bâtiment jusque dans le stationnement. Ici, il y a de tout: une boîte pleine de vidéocassettes, plusieurs chariots de supermarché dans lesquels s'élèvent des empilements pyramidaux de lavabos, une cage d'oiseau, des vélos, des bouts de métal non identifiés, d'énormes bobines de bois qu'on imagine jadis entourées de gros câble électrique.

«Je checke ça», dit un homme d'une soixantaine d'années en jeans, t-shirt et casquette. Dans le propos, il y a une sorte de légèreté, une absence totale de souci. Il est retraité. «Je viens voir ce qu'il y a, ça passe le temps», ajoute-t-il avec un accent italianisant. Vous voyez des choses qui valent la peine? «Hier, ouf!, une table en chêne avec quatre chaises pour 40 $... Comme neuf!» Léger problème: à la maison, dans la salle à manger, il y a déjà une table en parfait état.

Déménagement oblige, l'an dernier, je suis allé y déposer des objets. Des trucs qui fonctionnaient encore. Je n'avais même pas fini de décharger la voiture et de poser les objets sur un chariot que, déjà, deux curieux rôdaient à un mètre, dévorant des yeux le nouvel arrivage. Prêts à bondir. «OK, un instant, reculez un peu, s'il vous plaît», avait averti un employé.

En ce mardi matin, Olivier est venu non pas pour flâner mais dans un but précis. «Je cherche des chaises de cuisine. C'est pour le travail», dit-il. Il est scénographe pour le théâtre et la télé. Une fois que les employés de l'entrepôt ont tout sorti, il entre dans le bâtiment, où tout est en ordre, pour fouiller un peu plus. Des béquilles, des fers à repasser, des enjoliveurs. Pas de chaises.

La voie de l'avenir ?

«Le réemploi, c'est la voie de l'avenir», me dit Arthur, qui coordonne les activités de l'entrepôt avec sa propre société, Recy Second Regard. Âgé de 58 ans, cet ancien concierge de Subdury fait du réemploi depuis cinq ans. Il est lui-même un ancien client. «La majeure partie des gens qui viennent ici le font dans le cadre de leur travail», dit-il. Vous savez, lui, là-bas, cherche des chaises. «Ah oui, mais aujourd'hui, on est pauvre en chaises.»

Chaque jour, il voit les mêmes visages, au nombre d'une cinquantaine. Certains, des commerçants, viennent deux fois par jour. «Heille Arthur!», lance un client. Il n'est pas le seul, apparemment, à connaître le patron. Beaucoup de tapes dans le dos, de poignées de main. D'autres viennent pour leur famille. «Ils achètent des portes, des haut-parleurs, des téléviseurs, ils placent ça dans un conteneur et envoient ça en Haïti, par exemple», dit-il.

L'achalandage de matériel est ahurissant. Arthur reçoit environ deux tonnes de matériel par semaine. En ce qui concerne les portes usagées, il en vend 500 par année. «Les bains, là-bas dans le fond, ils vont se vendre», dit-il. Il a reçu de tout. C'est vrai que vous avez eu un cercueil? «Quelques-uns. Avec les poignées de laiton.»

Arthur n'arrête jamais. Trente secondes de jasette, et déjà on le réclame. «C'est combien, ça?», demande un client. Et Arthur d'établir un prix. Au fil du temps, certains objets ne se vendent pas. «Faut que j'en jette, mais j'veux pas en jeter trop», dit-il. «C'est comme le chaos, ici. J'peux pas toutte garder!» Même quand il jette, il peut faire de l'argent, car si des bases de lit en métal ne trouvent pas d'acheteur, elles peuvent toujours faire l'affaire des ferrailleurs...

À l'intérieur, le retraité flâneur discute avec une employée. Cet ensemble de cuisine en chêne, il n'en revient toujours pas. «J'ai raté la table hier», dit-il. Parions qu'il y en aura d'autres...






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