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Eau potable: Québec absout les retardataires

Louis-Gilles Francoeur   26 juin 2008  Société
Sept ans après le resserrement du règlement sur la qualité de l'eau potable à la suite du drame de Walkerton en Ontario, quelque 300 municipalités du Québec seront incapables d'offrir après-demain à leur population une usine de filtration d'eau potable conforme à l'échéance et aux normes réglementaires édictées en mai 2001.

Mais le gouvernement Charest ne poursuivra pas ces municipalités, MRC et propriétaires de réseaux privés car il a modifié hier le règlement sur la qualité de l'eau potable pour faire sauter la date butoir du règlement de 2001, une date butoir qui survenait après-demain, le 28 juin 2008. Il accorde plutôt à ces villes et municipalités un délai de grâce de deux ans pour faire approuver le plan des modifications qu'ils devront apporter à leur usine de filtration par la suite.

Quant aux réseaux privés, qui devaient eux aussi se conformer après-demain aux normes de 2001, ils obtiennent un délai de grâce de quatre ans sous prétexte que leurs propriétaires n'ont pas accès aux subventions, comme les municipalités.

C'est dans ce groupe d'entreprises privées qu'on retrouve encore quatre ou cinq cas susceptibles d'être aux prises avec une contamination d'eau potable à la bactérie E. coli et qui n'ont pas encore amorcé les travaux correcteurs. Ces quatre ou cinq réseaux, dont Québec n'a pas divulgué les noms, font partie d'un groupe de 90 municipalités qui avaient été désignées comme étant susceptibles de souffrir d'une contamination potentiellement majeure à la bactérie E. coli, celle qui avait fait plusieurs morts à Walkerton à la fin des années 1990.

Dans ce groupe des 90 les plus à risque, précisait hier au Devoir Didier Bicchi, le chef des eaux municipales au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), 71 dossiers respectent maintenant les normes de 2001 après validation. De ce groupe, dont font partie plusieurs municipalité de la Basse-Côte-Nord, quatorze municipalités ont reçu des promesses d'aide et essaieraient encore de trouver une source d'approvisionnement fiable, ce qui peut prendre des mois, sinon des années.

Lents progrès

La légalisation de la situation des municipalités et réseaux privés en retard dans l'application des normes de 2001 vise aussi quelque 200 municipalités qui ne bénéficient pas encore d'une filtration de leurs eaux brutes, soit généralement des eaux de surface qu'il faut nettoyer soit par une filtration lente, soit par membrane, soit par floculation. Ce dernier procédé chimique force les particules de matière organique à s'agglomérer pour mieux se déposer au fond des bassins. C'est par la suite que ces eaux sont traitées au chlore pour y tuer les bactéries et virus potentiellement dangereux pour les humains.

Les modifications réglementaires d'hier obligent les municipalités et régies intermunicipales en retard à faire des tests chaque semaine pour dépister les bactéries dangereuses comme les E. coli. Les retardataires vont aussi devoir soumettre au ministère quatre fois par année le résultat des tests démontrant dans quelle mesure ils arrivent au moyen de la chloration à tuer ces bactéries et virus.

Selon le responsable des eaux municipales au MDDEP, la situation n'est pas aussi mauvaise qu'elle peut sembler de prime abord.

Parmi les 200 municipalités incapables de respecter l'échéance d'après-demain, 70 ont achevé les travaux correcteurs dans leur usine de filtration, dit-il, mais elles n'ont pas encore terminé les tests permettant, par exemple, de certifier que le rendement des équipements construits est conforme au devis de rendement.

Dans 27 autres cas, ajoute Didier Bicchi, les travaux sont en cours. Mais le cas des «travaux en cours» est fort élastique car cela englobe des travaux préliminaires dont les résultats définitifs et validés peuvent prendre encore des mois, sinon des années.

Enfin, précise le haut fonctionnaire de la Direction des politiques de l'eau, dans 103 cas, les municipalités ou les propriétaires de réseaux privés «sont en recherche de solutions». En clair, cela veut dire qu'elles n'ont pas encore adressé au ministère une demande de fonds ou d'autorisation, ce qui en fait les cancres de l'opération de modernisation des équipements de filtration municipale.

Québec n'a pas divulgué la liste des 300 retardataires hier, avec l'état d'avancement des travaux de chacun.

Causes multiples

Le porte-parole du ministère estime pour sa part que «le programme est bien en marche» et il attribue le nombre et l'importance des retards à des difficultés techniques, comme la «difficulté d'identifier de bonnes sources d'approvisionnement». Aucun problème de financement en vue, dit-il, car l'argent a été mis de côté pour chaque cas.

Mais dans le secteur privé et dans le noyau de spécialistes de l'eau qui gravite autour de Réseau Environnement, on signale avec une grande constance plusieurs causes de ces retards, dont plusieurs attribuables au gouvernement lui-même.

Ainsi, le manque de personnel, autant à l'Environnement qu'aux Affaires municipales où on est responsable de la réalisation de ces infrastructures, est souligné par tout le monde. Les responsables gouvernementaux des dossiers seraient débordés dans les deux ministères car Québec ne renouvelle que 40 % des postes qu'il abolit. C'est aussi un peu le cas dans le secteur privé où le manque d'ingénieurs et la multiplication des travaux d'infrastructure augmentent les délais.

La plupart des spécialistes consultés par Le Devoir, qui sont généralement aux commandes de dossiers actifs dans ce domaine, disent que Québec aurait dû en priorité confier la gérance de tous ces projets à la Société québécoise d'assainissement des eaux (SQAE), une société d'État qui a géré pendant 20 ans la construction de la plupart des usines d'épuration au Québec. Spécialisée en gestion de projets au niveau municipal, cette société d'État aurait pu simplifier et accélérer les processus actuels, où «chacun réinvente la roue pour permettre aux maires de choisir les ingénieurs du coin et en les payant pour redécouvrir ce que tous les spécialistes de l'eau connaissent depuis 15 ans: une énorme machine à gaspillage mais qui fait bien l'affaire des organisateurs d'élection», raconte avec cynisme un vieux routier de l'eau.

Un autre estime que Québec aurait pu mettre au point «trois ou quatre scénarios d'usine de filtration standard qui auraient pu, avec le même plan, répondre à 75 % des besoins des 300 municipalités en retard. Comme on l'a fait pour les écoles dans les années 60 pour épargner des millions. Mais ça aurait coûté beaucoup moins cher et c'est pas toujours bon pour les élections».

Un autre spécialiste estime que si Québec a jugé opportun d'exiger des tests de dépistage de E. coli chaque semaine des municipalités retardataires, il aurait dû exiger aussi un test de dépistage des trihalométhanes à une fréquence supérieure aux quatre tests annuels présentement exigés. À son avis, la nouvelle obligation hebdomadaire de dépistage va inciter plusieurs gestionnaires municipaux à surdoser le chlore dans leurs réseaux, dont les eaux brutes non filtrées vont contenir par définition plus de matière organique. Or, cette matière organique réagit au blanchiment par le chlore en générant des trihalométhanes, un sous-produit de la chloration potentiellement cancérigène.

Enfin, Québec, aurait pu et dû, notent certains, utiliser son pouvoir d'ordonnance pour forcer les retardataires les plus récalcitrants à passer à l'action, comme il l'a fait souvent dans le domaine de l'eau.






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  • Denis Pelletier
    Inscrit
    jeudi 26 juin 2008 07h46
    L'eau du Québec
    « Je travaille plus de 20 ans a mettre en place avec differente firme une solution tres viable pour les eleveurs et agriculteur du quebec apres tout ce temps ont est encore a la case depart dans cette problématique n oublie ont pas les lisiers porcin la DBO ce situe a un niveaux de 25000 mg/litre a 30000 mg/litre et épandue sans aucun traitement cette matiere résiduel des elevages porcin les eaux usée municipal sont de l'oedre de 250 mg/litre donc 120 fois plus charger que les eaux usée et ce épandue en periode printaniere sans végétaux aux sols et affecter par les eaux de précipitations qui augmente toujours depuis 10 ans poser vous la question monsieur la RD est bien plus importante pour réduire les impots que de reduire la problématique merci de votre interet »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    jeudi 26 juin 2008 10h06
    Le plus grand retard: Montréal naturellement. Voici pourquoi on est clément...
    « Les milliards en investissement public se compte par dizaines sur l'île de Montréal. Ainsi le Ministère de la Santé investi près de 6 milliards dans deux super hôpitaux alors qu'un aurait suffit. Mais le clivage anglophone et francophone n'a jamais été résolu, chacun sur ses terres, alors on en construit un pour les anglos et un pour les francos. Bel exemple de manque d'intégration...

    Pour l'eau, c'est 4 milliards qu'il faudra investir et encore là Montréal quête les gouvernements supérieurs. Le réseau de distribution fuit de toutes part (40% de pertes) et les usines de traitement sont à mettre aux normes de 2001. Quel gâchis... Pas surprenant que le dossier de la fluoration de l'eau stagne et que les gouvernement sont cléments car Montréal veut leur refiler la facture comme d'habitude...

    Ici à Québec, la Ville a entrepris de mettre aux normes deux de ses 9 usines de traitement et déjà le débat de la fluoration risque d'échapper aux nouvelles normes édictées par le gouvernement.

    Eh oui, les environnementalistes appuyés par les naturopathes et les granolas de la médecine douces sans additifs ont enlevé la seule des 9 réseaux d'eau potable fluorée depuis 36 ans soit celle prenant son émissaire du Lac St-Charles rempli d'algues bleu-vert. Mais un espoir survient des citoyens usagers des deux usines en construction. Une pétition de plus de 1,000 noms à été déposée au conseil de ville par votre humble serviteur dont le libellé se lit ainsi :

    «Nous requérons par la présente et par souci de démocratie que le comité exécutif applique le règlement sur la politique de consultation publique en mandatant trois commissaires indépendants pour mener des soirées d'information et de consultation pour les deux arrondissements en cause et ce dans l'intérêt des seuls citoyens de ces arrondissements concernés. Il nous apparaît manifeste que cette question regarde uniquement les arrondissements précités étant donné que les usagers éventuels de ces deux usines se retrouvent exclusivement sur le territoire des arrondissements visés . De plus, une majorité écrasante des élus de ces deux arrondissements le demandent si on se fie au vote exprimé le mardi, 25 mars 2008.»

    En effet 7 des 10 élus de ces arrondissements sont en faveur de la fluoration. Un débat par réseau d'utilisateur a l'avantage de viser les usagers au lieu de groupes de pression écolos omniprésents. On sait que le RMQ de Mme Bourget était et demeure plus préoccupé par l'environnement que par la santé de citoyens. L'an prochain, après Beauport et Charlesbourg, ce sera l'usine de Ste-Foy qui sera remise à niveau. Nul doute que les trois anciennes grosses agglomérations sauront tirer l'oreille des candidats pour la fluoration de nos trois réseaux. Si les écolos desservis par le Lac St-Charles n'en veulent pas, ce n'est pas une raison pour priver les autres citoyens desservis par d'autres réseaux d'en vouloir et d'en avoir... Nul doute que ce dossier risque d'être au centre de la prochaine campagne électorale même si c'est un débat qui perdure depuis Jean Drapeau et même avant. On sait qu'à Montréal, les pèlerins de Marie dirigés par Gilberte Coté-Mercier arborant un béret blanc et scandant : «VERS DEMAIN» avaient fait la guerre à la fluoration en parlant de poison du diable. Auraient-ils des successeurs, les écolos de VERT DEMAIN...

    En tout cas, le dossier traîne faute d'argent. Voilà un dossier environnemental qui devrait être prioritaires aux GES dont ont besoin la verdure, les plantes et les arbres pour se nourrir et grandir. On ne devrait pas lutter contre les GES en taxant davantage mais veiller aux besoins essentiels de l'homme que sont se nourrir et s'abreuver..

    Comme quoi, les $$$ vertes devraient être utilisés en premier lieu à l'amélioration de source de vie aussi essentielle qu'est : l'eau potable... »

  • Guy Fafard
    Inscrit
    jeudi 26 juin 2008 11h26
    Québec fait dodo
    « Comme il est de coutume, Québec réagit lentement au lieu d'être pro-actif et de tenir le gouvernail.

    Va-t-il tenir une commission d'enquête sur le sujet ?
    Va-t-il commander un rapport avant de le tabletter ?
    Va-t-il faire un référendum avec sondage par dessus sondage sans agir ?

    Sont-ce les seules questions que l'on doive se poser ou ne devrait-on pas plutôt demander où vont nos taxes ?

    Ray Ventura chantait:"Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux..."

    Je me demande:"Qu'est-ce qu'on attend pour agri..."
    Québec nous prend pour des imbéciles heureux! -C'est dans la ligne de conduite des accomodements déraisonnables. »

  • Colin-N. Brosseau
    Inscrit
    vendredi 27 juin 2008 08h36
    La fluoration n'a rien avoir avec les algues bleues
    « Merci M. Trudel pour une autre de vos interventions allumées. Je note cependant que vous faites un lien totalement faux. Vous déplorez le fait que l'on ne fluore plus l'eau provenant d'un lac contenant des algues bleues. C'est quoi le rapport??? Le fluor est utilisé, dans l'eau potable, pour réduire l'incidence de la carie dentaire, pas pour lutter contre les algues bleues!

    Colin-N. Brosseau »

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