Eau potable: Québec absout les retardataires
Sept ans après le resserrement du règlement sur la qualité de l'eau potable à la suite du drame de Walkerton en Ontario, quelque 300 municipalités du Québec seront incapables d'offrir après-demain à leur population une usine de filtration d'eau potable conforme à l'échéance et aux normes réglementaires édictées en mai 2001.
Mais le gouvernement Charest ne poursuivra pas ces municipalités, MRC et propriétaires de réseaux privés car il a modifié hier le règlement sur la qualité de l'eau potable pour faire sauter la date butoir du règlement de 2001, une date butoir qui survenait après-demain, le 28 juin 2008. Il accorde plutôt à ces villes et municipalités un délai de grâce de deux ans pour faire approuver le plan des modifications qu'ils devront apporter à leur usine de filtration par la suite.
Quant aux réseaux privés, qui devaient eux aussi se conformer après-demain aux normes de 2001, ils obtiennent un délai de grâce de quatre ans sous prétexte que leurs propriétaires n'ont pas accès aux subventions, comme les municipalités.
C'est dans ce groupe d'entreprises privées qu'on retrouve encore quatre ou cinq cas susceptibles d'être aux prises avec une contamination d'eau potable à la bactérie E. coli et qui n'ont pas encore amorcé les travaux correcteurs. Ces quatre ou cinq réseaux, dont Québec n'a pas divulgué les noms, font partie d'un groupe de 90 municipalités qui avaient été désignées comme étant susceptibles de souffrir d'une contamination potentiellement majeure à la bactérie E. coli, celle qui avait fait plusieurs morts à Walkerton à la fin des années 1990.
Dans ce groupe des 90 les plus à risque, précisait hier au Devoir Didier Bicchi, le chef des eaux municipales au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), 71 dossiers respectent maintenant les normes de 2001 après validation. De ce groupe, dont font partie plusieurs municipalité de la Basse-Côte-Nord, quatorze municipalités ont reçu des promesses d'aide et essaieraient encore de trouver une source d'approvisionnement fiable, ce qui peut prendre des mois, sinon des années.
Lents progrès
La légalisation de la situation des municipalités et réseaux privés en retard dans l'application des normes de 2001 vise aussi quelque 200 municipalités qui ne bénéficient pas encore d'une filtration de leurs eaux brutes, soit généralement des eaux de surface qu'il faut nettoyer soit par une filtration lente, soit par membrane, soit par floculation. Ce dernier procédé chimique force les particules de matière organique à s'agglomérer pour mieux se déposer au fond des bassins. C'est par la suite que ces eaux sont traitées au chlore pour y tuer les bactéries et virus potentiellement dangereux pour les humains.
Les modifications réglementaires d'hier obligent les municipalités et régies intermunicipales en retard à faire des tests chaque semaine pour dépister les bactéries dangereuses comme les E. coli. Les retardataires vont aussi devoir soumettre au ministère quatre fois par année le résultat des tests démontrant dans quelle mesure ils arrivent au moyen de la chloration à tuer ces bactéries et virus.
Selon le responsable des eaux municipales au MDDEP, la situation n'est pas aussi mauvaise qu'elle peut sembler de prime abord.
Parmi les 200 municipalités incapables de respecter l'échéance d'après-demain, 70 ont achevé les travaux correcteurs dans leur usine de filtration, dit-il, mais elles n'ont pas encore terminé les tests permettant, par exemple, de certifier que le rendement des équipements construits est conforme au devis de rendement.
Dans 27 autres cas, ajoute Didier Bicchi, les travaux sont en cours. Mais le cas des «travaux en cours» est fort élastique car cela englobe des travaux préliminaires dont les résultats définitifs et validés peuvent prendre encore des mois, sinon des années.
Enfin, précise le haut fonctionnaire de la Direction des politiques de l'eau, dans 103 cas, les municipalités ou les propriétaires de réseaux privés «sont en recherche de solutions». En clair, cela veut dire qu'elles n'ont pas encore adressé au ministère une demande de fonds ou d'autorisation, ce qui en fait les cancres de l'opération de modernisation des équipements de filtration municipale.
Québec n'a pas divulgué la liste des 300 retardataires hier, avec l'état d'avancement des travaux de chacun.
Causes multiples
Le porte-parole du ministère estime pour sa part que «le programme est bien en marche» et il attribue le nombre et l'importance des retards à des difficultés techniques, comme la «difficulté d'identifier de bonnes sources d'approvisionnement». Aucun problème de financement en vue, dit-il, car l'argent a été mis de côté pour chaque cas.
Mais dans le secteur privé et dans le noyau de spécialistes de l'eau qui gravite autour de Réseau Environnement, on signale avec une grande constance plusieurs causes de ces retards, dont plusieurs attribuables au gouvernement lui-même.
Ainsi, le manque de personnel, autant à l'Environnement qu'aux Affaires municipales où on est responsable de la réalisation de ces infrastructures, est souligné par tout le monde. Les responsables gouvernementaux des dossiers seraient débordés dans les deux ministères car Québec ne renouvelle que 40 % des postes qu'il abolit. C'est aussi un peu le cas dans le secteur privé où le manque d'ingénieurs et la multiplication des travaux d'infrastructure augmentent les délais.
La plupart des spécialistes consultés par Le Devoir, qui sont généralement aux commandes de dossiers actifs dans ce domaine, disent que Québec aurait dû en priorité confier la gérance de tous ces projets à la Société québécoise d'assainissement des eaux (SQAE), une société d'État qui a géré pendant 20 ans la construction de la plupart des usines d'épuration au Québec. Spécialisée en gestion de projets au niveau municipal, cette société d'État aurait pu simplifier et accélérer les processus actuels, où «chacun réinvente la roue pour permettre aux maires de choisir les ingénieurs du coin et en les payant pour redécouvrir ce que tous les spécialistes de l'eau connaissent depuis 15 ans: une énorme machine à gaspillage mais qui fait bien l'affaire des organisateurs d'élection», raconte avec cynisme un vieux routier de l'eau.
Un autre estime que Québec aurait pu mettre au point «trois ou quatre scénarios d'usine de filtration standard qui auraient pu, avec le même plan, répondre à 75 % des besoins des 300 municipalités en retard. Comme on l'a fait pour les écoles dans les années 60 pour épargner des millions. Mais ça aurait coûté beaucoup moins cher et c'est pas toujours bon pour les élections».
Un autre spécialiste estime que si Québec a jugé opportun d'exiger des tests de dépistage de E. coli chaque semaine des municipalités retardataires, il aurait dû exiger aussi un test de dépistage des trihalométhanes à une fréquence supérieure aux quatre tests annuels présentement exigés. À son avis, la nouvelle obligation hebdomadaire de dépistage va inciter plusieurs gestionnaires municipaux à surdoser le chlore dans leurs réseaux, dont les eaux brutes non filtrées vont contenir par définition plus de matière organique. Or, cette matière organique réagit au blanchiment par le chlore en générant des trihalométhanes, un sous-produit de la chloration potentiellement cancérigène.
Enfin, Québec, aurait pu et dû, notent certains, utiliser son pouvoir d'ordonnance pour forcer les retardataires les plus récalcitrants à passer à l'action, comme il l'a fait souvent dans le domaine de l'eau.
Mais le gouvernement Charest ne poursuivra pas ces municipalités, MRC et propriétaires de réseaux privés car il a modifié hier le règlement sur la qualité de l'eau potable pour faire sauter la date butoir du règlement de 2001, une date butoir qui survenait après-demain, le 28 juin 2008. Il accorde plutôt à ces villes et municipalités un délai de grâce de deux ans pour faire approuver le plan des modifications qu'ils devront apporter à leur usine de filtration par la suite.
Quant aux réseaux privés, qui devaient eux aussi se conformer après-demain aux normes de 2001, ils obtiennent un délai de grâce de quatre ans sous prétexte que leurs propriétaires n'ont pas accès aux subventions, comme les municipalités.
C'est dans ce groupe d'entreprises privées qu'on retrouve encore quatre ou cinq cas susceptibles d'être aux prises avec une contamination d'eau potable à la bactérie E. coli et qui n'ont pas encore amorcé les travaux correcteurs. Ces quatre ou cinq réseaux, dont Québec n'a pas divulgué les noms, font partie d'un groupe de 90 municipalités qui avaient été désignées comme étant susceptibles de souffrir d'une contamination potentiellement majeure à la bactérie E. coli, celle qui avait fait plusieurs morts à Walkerton à la fin des années 1990.
Dans ce groupe des 90 les plus à risque, précisait hier au Devoir Didier Bicchi, le chef des eaux municipales au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), 71 dossiers respectent maintenant les normes de 2001 après validation. De ce groupe, dont font partie plusieurs municipalité de la Basse-Côte-Nord, quatorze municipalités ont reçu des promesses d'aide et essaieraient encore de trouver une source d'approvisionnement fiable, ce qui peut prendre des mois, sinon des années.
Lents progrès
La légalisation de la situation des municipalités et réseaux privés en retard dans l'application des normes de 2001 vise aussi quelque 200 municipalités qui ne bénéficient pas encore d'une filtration de leurs eaux brutes, soit généralement des eaux de surface qu'il faut nettoyer soit par une filtration lente, soit par membrane, soit par floculation. Ce dernier procédé chimique force les particules de matière organique à s'agglomérer pour mieux se déposer au fond des bassins. C'est par la suite que ces eaux sont traitées au chlore pour y tuer les bactéries et virus potentiellement dangereux pour les humains.
Les modifications réglementaires d'hier obligent les municipalités et régies intermunicipales en retard à faire des tests chaque semaine pour dépister les bactéries dangereuses comme les E. coli. Les retardataires vont aussi devoir soumettre au ministère quatre fois par année le résultat des tests démontrant dans quelle mesure ils arrivent au moyen de la chloration à tuer ces bactéries et virus.
Selon le responsable des eaux municipales au MDDEP, la situation n'est pas aussi mauvaise qu'elle peut sembler de prime abord.
Parmi les 200 municipalités incapables de respecter l'échéance d'après-demain, 70 ont achevé les travaux correcteurs dans leur usine de filtration, dit-il, mais elles n'ont pas encore terminé les tests permettant, par exemple, de certifier que le rendement des équipements construits est conforme au devis de rendement.
Dans 27 autres cas, ajoute Didier Bicchi, les travaux sont en cours. Mais le cas des «travaux en cours» est fort élastique car cela englobe des travaux préliminaires dont les résultats définitifs et validés peuvent prendre encore des mois, sinon des années.
Enfin, précise le haut fonctionnaire de la Direction des politiques de l'eau, dans 103 cas, les municipalités ou les propriétaires de réseaux privés «sont en recherche de solutions». En clair, cela veut dire qu'elles n'ont pas encore adressé au ministère une demande de fonds ou d'autorisation, ce qui en fait les cancres de l'opération de modernisation des équipements de filtration municipale.
Québec n'a pas divulgué la liste des 300 retardataires hier, avec l'état d'avancement des travaux de chacun.
Causes multiples
Le porte-parole du ministère estime pour sa part que «le programme est bien en marche» et il attribue le nombre et l'importance des retards à des difficultés techniques, comme la «difficulté d'identifier de bonnes sources d'approvisionnement». Aucun problème de financement en vue, dit-il, car l'argent a été mis de côté pour chaque cas.
Mais dans le secteur privé et dans le noyau de spécialistes de l'eau qui gravite autour de Réseau Environnement, on signale avec une grande constance plusieurs causes de ces retards, dont plusieurs attribuables au gouvernement lui-même.
Ainsi, le manque de personnel, autant à l'Environnement qu'aux Affaires municipales où on est responsable de la réalisation de ces infrastructures, est souligné par tout le monde. Les responsables gouvernementaux des dossiers seraient débordés dans les deux ministères car Québec ne renouvelle que 40 % des postes qu'il abolit. C'est aussi un peu le cas dans le secteur privé où le manque d'ingénieurs et la multiplication des travaux d'infrastructure augmentent les délais.
La plupart des spécialistes consultés par Le Devoir, qui sont généralement aux commandes de dossiers actifs dans ce domaine, disent que Québec aurait dû en priorité confier la gérance de tous ces projets à la Société québécoise d'assainissement des eaux (SQAE), une société d'État qui a géré pendant 20 ans la construction de la plupart des usines d'épuration au Québec. Spécialisée en gestion de projets au niveau municipal, cette société d'État aurait pu simplifier et accélérer les processus actuels, où «chacun réinvente la roue pour permettre aux maires de choisir les ingénieurs du coin et en les payant pour redécouvrir ce que tous les spécialistes de l'eau connaissent depuis 15 ans: une énorme machine à gaspillage mais qui fait bien l'affaire des organisateurs d'élection», raconte avec cynisme un vieux routier de l'eau.
Un autre estime que Québec aurait pu mettre au point «trois ou quatre scénarios d'usine de filtration standard qui auraient pu, avec le même plan, répondre à 75 % des besoins des 300 municipalités en retard. Comme on l'a fait pour les écoles dans les années 60 pour épargner des millions. Mais ça aurait coûté beaucoup moins cher et c'est pas toujours bon pour les élections».
Un autre spécialiste estime que si Québec a jugé opportun d'exiger des tests de dépistage de E. coli chaque semaine des municipalités retardataires, il aurait dû exiger aussi un test de dépistage des trihalométhanes à une fréquence supérieure aux quatre tests annuels présentement exigés. À son avis, la nouvelle obligation hebdomadaire de dépistage va inciter plusieurs gestionnaires municipaux à surdoser le chlore dans leurs réseaux, dont les eaux brutes non filtrées vont contenir par définition plus de matière organique. Or, cette matière organique réagit au blanchiment par le chlore en générant des trihalométhanes, un sous-produit de la chloration potentiellement cancérigène.
Enfin, Québec, aurait pu et dû, notent certains, utiliser son pouvoir d'ordonnance pour forcer les retardataires les plus récalcitrants à passer à l'action, comme il l'a fait souvent dans le domaine de l'eau.
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