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Vie et mort de la tablette

Stéphane Baillargeon   6 juin 2008  Société
Un placard en France, c'est une tablette au Québec. Au Brésil, la remise à bois mort s'appelle la salle des chrysanthèmes. Un joli mot pour une pénible chose: la mise au rancart délibérée de certains employés dans une sorte d'apartheid spatio-temporel, en périphérie de l'entreprise.

«La placardisation n'est pas nouvelle, mais elle semble en nette augmentation, dans le secteur privé comme public», juge Dominique Lhuilier, rare spécialiste de cet étrange sujet tabou. Elle en a traité longuement hier matin devant une centaine de participants de la seconde journée de la 6e Conférence internationale sur le harcèlement psychologique/moral au travail. La rencontre se termine aujourd'hui à l'UQAM.

Dominique Lhuilier a tenté d'obtenir des données chiffrées sur ces «exclus de l'intérieur». Peine perdue. Elle a alors réalisé une enquête qualitative auprès d'une centaine de «chômeurs du dedans» qui a donné Placardisés: des exclus dans l'entreprise (Le Seuil), en 2002, ouvrage pionnier sur le sujet.

Le cliché veut que l'ostracisé occupe une tablette dorée (surtout s'il est cadre) ou s'avère «ingérable» (alcoolique ou dépressif, par exemple). «En fait, les situations de placardisés sont beaucoup plus diverses», dit la professeure Lhuilier, qui occupe la chaire de psychologie au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. «Quels sont les points communs entre un journaliste interdit d'antenne, une secrétaire de mairie sans ordinateur, un évêque sans diocèse, un policier devenu balayeur du poste, une psychologue oubliée dans un bâtiment désaffecté de l'hôpital, un préfet qui attend une affectation, une enseignante interdite de salle de classe, un comptable chargé de la photocopieuse? Dans tous les cas, la mise au placard constitue un détournement dans le volume ou le contenu de l'activité.»

Au fond, l'observatrice se retrouve avec deux catégories: d'un côté, les inutiles jugés trop vieux, malades, usés, inaptes ou surnuméraires; d'un autre côté, les nuisibles décrits comme syndicalistes, contestataires, résistants ou détenteurs de lourds secrets (sur le dopage ou la comptabilité, par exemple). «Dans un monde qui valorise de plus en plus l'efficience, la performance, la responsabilité, l'initiative, tout placardisé apparaît comme l'envers de la socialisation: il est improductif, impuissant et incapable, résume la spécialiste. Condamné comme sans valeur d'usage, il expérimente la néantisation sociale. Désafilié, il devient seul et isolé. Son estime de soi s'en trouve fragilisée jusqu'à la honte. Le placardisé est débranché. Il n'est personne, ni chômeur, ni travailleur.»

Quel rapport avec le harcèlement, le thème du colloque? Dans certains cas, la mise au placard est une forme de harcèlement, a répondu Dominique Lhuilier. Dans certains autres cas, «si on entend le harcèlement comme une persécution, alors on est très loin du harcèlement et plus près de la néantisation».

Reprenons l'exemple de Jacques, urbaniste d'une petite ville française qui, pour son plus grand malheur, avait comme ami un rival politique du maire. Les rapports avec le grand patron de la ville se sont dégradés au point où Jacques a été affecté à la gestion d'un dépôt d'ordures. Il devait demeurer en poste au milieu d'un terrain vague, dans un immeuble sans chauffage ni toilettes. Il a porté plainte, a eu gain de cause au bout de quatre ans et a finalement été relégué à un bureau sans équipement...

«Il faut relier la montée des processus d'exclusion au sein même du monde du travail et la transformation du travail, a expliqué Mme Lhuilier. On note d'abord la dégradation du travail productif au profit de transactions financières. La main-d'oeuvre tend à être considérée comme un coût modulable en fonction des besoins conjoncturels des entreprises. Le maître mot, c'est la flexibilité, un axe majeur de la stratégie organisationnelle.»

Cette flexibilité se traduit par le recours massif à la sous-traitance et la rationalisation des effectifs comme des mécaniques du travail. Dans ce contexte cruel et implacable, l'entreprise écarte les employés indésirables comme des kleenex, à la porte ou dans le placard.

L'accroissement des contraintes du monde du travail s'accompagne aussi d'une fragilisation des individus, un état bien visible dans la montée de l'isolement du travailleur. «La figure du salarié moderne est celle d'un intérimaire permanent.»

Cette «déconstruction du monde du travail» nécessite tout de même une motivation perpétuelle des travailleurs. «La peur du chômage n'explique pas tout, dit Mme Lhuilier, sans cité Marx et sa fameuse idée de l'armée de réserve du capital. La collaboration est obtenue par l'adhésion. Le salarié doit s'investir et s'engager pour la productivité. L'intériorisation des prescriptions est très efficace, mais les formes classiques de contrainte demeurent. En ces temps de compétition, on assiste à un durcissement des relations de travail, on assiste à ce qu'on pourrait appeler la résurgence des petits chefs. On assiste aussi à la croissance des déviances manageriales en tous genres, la mise au placard ou le harcèlement.»

Un petit burn-out avec ça? La salle enténébrée, sonnée par ces analyses critiques, n'a pas manqué de souligner le pessimisme du point de vue développé par la psychologue du travail, très sociologue à vrai dire. «L'effet déprimant de ce tableau est sans doute lié à ma place de clinicienne du travail, a alors conclu Dominique Lhuilier. Je rencontre rarement des gens qui viennent me dire: je m'éclate au boulot. Ou bien on a affaire à des fragilités personnelles, ou bien on considère que l'évolution du monde du travail multiplie ces effets négatifs sur la santé et le bien-être des travailleurs. Il y a une dégradation des modalités.»

Elle a finalement confié que les employés tablettés, placardisés ou isolés dans la salle des chrysanthèmes peuvent eux-mêmes activer des formes de résistance aux usures prématurées. Certains se trouvent une nouvelle vocation. D'autres se réalisent en dehors du travail, ce qui n'est pas une vilaine idée au bout du compte. «La situation n'est pas verrouillée. Ce qui est fondamental, c'est qu'on a à faire à des processus dialectiques. Des forces contraires s'opposent... »






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  • Benoît Gagnon
    Abonné
    vendredi 6 juin 2008 01h32
    Quand l`intolérance est devenu un vice...
    « Voila, je pense l`essence du problème de la tablette; "l`intolérance". Pourquoi ne pas admettre l`autre comme différent(ce qui je pense est largement répandu). Or, ce congrès est celui des exceptions, c`est- à- dire les chicanes de familles qui sont inévitables. Un congrès ou les psychologues peuvent parler mais sur quel fondement... »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 6 juin 2008 08h12
    Rien de nouveau.
    « Rien de vraiment nouveau sous le soleil et la société liquide. Depuis 1920 et ce n,est qu'un repère parmi tant d'autres, Franz Kafka avait largement exprimé ce qui nous arrive et je ne parle pas uniquement de ses textes littéraires. Nous sommes très en retard dans la pensée et moins courageux. C'est donc loin d'être u sujet tabou, c,est plus de l'ignorance vidée de substance politique et humaniste. Spinoza nous parlait de joie. Désormais? »

  • Martin Fiset
    Inscrit
    vendredi 6 juin 2008 08h35
    Réalité d'hier aussi
    « Bonjour,

    J'ai quelques amis du temps de l'école, qui sont aujourd'hui dans une situation tablette. Bien qu'à certains égards cela donne parfois l'occasion de s'occuper de nos problèmes personnels durant les heures de travail. En réalité il s'agit d'une période qui est plutôt difficile à passer sans que cela affecte notre estime de soi.

    Je me souviens d'avoir eu à vivre cet état de fait, ma foi il y a de cela déjà dix ans, à une époque où la micro informatique était en train d'avaler la grosse informatique.

    J'ai passé plus d'un an à travailler de chez moi, à ne rien faire. Pas de boss et pas beaucoup de clients, j'avais même un cellulaire pour me promener. Le ski, le vélo et la marche ont été mes activités favorites.

    Mais malgré cela je n'avais pas le sentiment d'accomplir ma destiné. Et je réalise aujourd'hui que cela a aussi affecté ma façon de voir la vie. Je ne suis plus aussi fidèle à mon employeur. Et je reste moins longtemps au même endroit. En fait je suis devenu un consultant autonome.

    Nous sommes à l'ère de l'individualité et par conséquence la solitude est partout.

    Vivement un changement de cap pour qu'on arrive à plus de compassion. »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    vendredi 6 juin 2008 09h06
    Hordes de logues et meutes de peutes.
    « Que ça s'appelle la «salle des chrysanthèmes» ou le «talus des pissenlits» les placardés existent depuis toujours et ils sont le résultat des excès d'épuration que pratiquent les poussahs, les prélats, les goujats et malfrats de tous ordres. Les placardés sont les victimes des mufles du gangstérisme costumé et maquillé. Par contre, il faut se méfier de la parlotte et des parlures des psy, des logues et des peutes, en meutes (congrès) ou en itinérante déambulance individuelle, ces pauvres qui sont en manque de clients et qui ne se gêneront jamais de déséquilibrer, de déstabiliser, de clocharder et même de rendre fou ou folle, pour «fabriquer» des clients, à défaut d'en trouver et pour meubler le vide et déplacer la poussière des tablettes de leurs petits cabinets de fortune. Ils reprendront du gallon, quand ils, elles retiendront les services d'un Gaétan Barrette, pour redorer leurs blasons et grossir leurs comptes en banque.Dans ce domaine, comme en d'autres, seuls les richards parvenus ont accès à la notoriété et à l'exclusivité.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Michel Samson
    Abonné
    vendredi 6 juin 2008 10h30
    Les placards dorés...
    « Comme je me retrouve dans ce texte, douze ans passés, ciblé que je fus parce que le cumul de mon âge et de mon ancienneté de même que quelques activités syndicales de haute volée amenaient mon employeur à m'offrir un pont d'or pour s'assurer que j'accepte la mise au pacage à cinquante ans.

    L'organisme d'où j'ai été placardé a vécu plusieurs périodes de troubles profonds, de compressions budgétaires et d'effectifs, de modification de mandat et ne correspond, aujourd'hui, qu'à une pâle copie de celui auquel je me joignais, quarante ans passés. Comment puis-je regretter que l'on m'ait offert en 1996 une place de choix dans le placard de la petite histoire ?

    Curieusement j'en avais toujours rêvé comme d'une sabbatique permanente que j'allais consacrer à ne faire que ce que je souhaitais ou presque. Cette période de douze ans a donc été consacrée à m'extraire de mon asservissement mental au travail, de me remettre au travail plaisant et volontaire, et de me remettre à des activités, des auteurs, des textes, des oeuvres et des recherches auxquels je rêvais.

    La somme totale de ces années de placard est donc positive pour moi, sauf que mon cas est exceptionnel; on survit bien dans un placard doré. Parce que dans le fond, cette forme de placard est plutôt rare et qu'elle est plus libératrice que contraignante. »

  • Michel Thibault
    Abonné
    lundi 9 juin 2008 08h51
    Histoire d'un rejeté
    « Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet état de fait. Le désir de faire de l'argent. De protéger ses acquis. D'être bien perçu de ses supérieurs; le désir d'avancement, etc. Tout gravite essentiellement autour de la promotion.

    Une simple parole, une peu trop franche ou un écrit un peu critique et vous êtes catalogué. Fini la possibilité d'avancement via la participation à divers comités, la reconnaissance, etc. Vous êtes étiqueté pour longtemps, marginalisé dans l'entreprise. Vous subissez la néantisation sociale comme dirait madame Lhuilier.

    Vos valeurs ne cadrent pas avec celles qu'on juge bonnes pour le patron lesquelles reposent habituellement sur le court terme. Déjà vous êtes en conflit avec votre gestionnaire du seul fait de vos valeurs.

    Vous êtes perçu comme du bois mort, vous êtes considéré comme un improductif. Si par-dessus le marché, si vous approché de la soixantaine, on fera tout pour que vous quittiez pour la retraite

    Vous n'avez pas peur des défis et vous êtes prêt à les relever. De plus, vous avez toujours eu soif de connaissances et de travail bien fait. Vous êtes un brin perfectionniste, ce qui ne nuirait pas à votre travail de recherche

    Malgré les pressions exercées pour que vous quittiez, vous resté centré sur les objectifs de votre projet. Rien ne vous éloigne de ceux-ci. Des cours de perfectionnement en informatique vous permettent d'améliorer vos connaissances et de réaliser avec succès votre projet qu'on tentera de démolir

    Votre rapport final visant à estimer la productivité de la zone boréale de l'épinette noire bouleverse l'ordre établi .Faisant appel au travail d'équipe avec base de données (quasiment une nouveauté pour la recherche forestière avant 2005) en mathématique de même qu'en géomatique, nous sommes persuadés avoir innover sur le sujet.

    Quelques commentaires des plus positifs nous encouragent. À un point tel que, bye-bye l'emploi, la rente d'invalidité, plus payante à court terme, l'offre de travail à domicile, à cause, semble-t-il, de problèmes d'équilibre. Finies les s tracasseries administratives de nos patrons qui auront ont fini par nous ouvrir les yeux.

    Si tous nos projets se réalisent, ce sera, un peu, grâce à eux. Ils s'en mordront les doigts. »

  • Turcotte Yves
    Inscrit
    lundi 16 juin 2008 09h10
    Vie et mort de la tablette
    « J'ai vécu ce type d'harcèlement au cours des 4 dernières de 2000 à 2004. J'ai quitté mon emploi le 4 novembre 2006. Après avoir discuté avec mon directeur qui s'excusait de m'avoir empêcher d'obtenir un poste de gestionnaire ailleurs dans la province.Suite à mes revendications, et ma poursuite d'idéal de carrière. Je visais un poste de direction dans le domaine de l'éducation. Des personnes jalouses et ayant soif du pouvoir ont tout fait pour que je ne puisse arriver à mes fins. Isolement dans la salle de travail mise à part aucune rencontre de travail avec mes collègues, aucune rencontre de département au cours des 7 dernières années. On m'a fait perdre un emploi de direction ailleurs dans la province, en me retirant d'une mise en dispobibilité provinciale le jour même de mon entrevue(14 décembre 2004) rectroactive au 6 décembre de la même année. Ensuite remise en janvier 2005 de ma mise en disponibilité, prétextant une erreur de leur part. On m'a signifié au cours de ces années un supposé Burn out, une mauvaise prestation de mon enseignement.( J'ai enseigné pendant 28 ans. On m'ignorait et on a tout fait pour m'isoler du système. Empêchement d'obtenir un poste cadre, même si j'avais passé les tests psychométriques pour devenir directeur, on m'a empêcher d'obtenir un poste; en ne retenant à aucun moment mes services et me signifiant que je devais rester enseignant. Je suis un leader naturel, n'ayant pas peur de ses idées, visionnaire, combatif et désireux de relever des défis. Avec ma trop grande scolarité. UN baccalauréat ès art en éducation,Un Baccalauréat en administration des affaires et un diplôme de 2e cycle en administration publique. Je dérangeais trop de monde avec mes diplômes et ma polyvalence intellectuellle. On continue même d'avancer que j'ai décidé de prendre une semi retraite. Ce qui est totalement faux. Il me reste encore au moins une dizaine de bonnes années de travail. Yves Turcotte yturcotte54@hotmail.com Je suis présentement en mise à jour de mes qualifications dans une entreprise virtuelle de sherbrooke. Concepto international. »

  • A. E.
    Inscrite
    lundi 16 juin 2008 10h08
    Et si il était temps de dire NON à l'hypocrisie ambiante
    « Les entreprises, en particulier, les patrons appliquent la politique de l'autruche quand il s'agit de "placardisation": c'est normal, ils en sont les instigateurs principaux. Très souvent, dans un milieu dont l'essence même devrait être l'objectivité, vous vous retrouvez mis à l'écart car le chef ne vous trouve pas en harmonie avec ses valeurs sociales. "Vous ne voulez pas vous intégrer..."

    Je pense qu'ici, au Québec, il serait temps de faire des campagnes de publicité comme celles que l'on voit à la télévision, sur la dépression et la discrimination à l'embauche. Il serait temps de renvoyer aux harceleurs et aux autres persécuteurs, le reflet de leurs attitudes. À la place des stupides journées d'été ou d'entreprise organisées, soit disant pour favoriser la bonne entente de travail, ne pas organiser parfois des séminaires, avec des psychologues, où les uns prendraient la place des autres, afin que chacun soit au courant de la façon dont il est perçu par l'autre?

    Je me rappelle de cette supérieure hiérarchique, qui m'a dit, droit dans les yeux, qu'elle ne pensait pas que j'avais les qualifications pour un poste de senior et pour travailler dans un autre département. Deux jours plus tard, l'Ombudsman de l'entreprise envoie un rappel sur les pratiques, pouvant s'apparenter à du harcèlement moral et interdites dans l'entreprise. Et il y est écrit, dans les premières pages, qu'un supérieur n'a pas le droit de saboter la candidature d'un subordonné à un autre poste dans l'entreprise. Madame la Chef, à ce moment, essaie de rattraper le coup en devant suave et en me demandant: "Excuse-moi, la dernière fois, je n'étais pas très disponible quand tu m'as parlé... T'ai je fait quelque chose qui t'a blessée?"... Bref! J'ai de toute façon fini par démissionner de cette entreprise. Mais tout ça pour dire, que je trouve que les organes de décision des entreprises, sont nettement responsables de ces problèmes de placardisation et de harcèlement moral. À des postes de responsabilité, c'est bien beau le savoir et le savir-faire, mais le savoir-être, qu'est-ce que vous en faites? »

  • Isabelle Michaud
    Inscrite
    lundi 16 juin 2008 11h22
    Harcèlement? Certainement!
    « Je crois en effet que nous pouvons parler de harcèlement, qui se définit comme étant des conduites visant à porter atteinte à la dignité d'une personne ou d'un groupe de personnes. De là l'importance pour la personne visée d'aller chercher de l'aide. En outre, il peut être recommandé d'éviter l'acharnement, d'autant plus que la personne est déjà isolée et donc fragilisée. Après tout, la santé, autant physique que psychologique, devrait passer avant tout...

    http://psychorientation.blogspot.com/ »

  • Isabelle Michaud
    Inscrite
    lundi 16 juin 2008 11h24
    Harcèlement? Certainement!
    « Je crois en effet que nous pouvons parler de harcèlement, qui se définit comme étant des conduites visant à porter atteinte à la dignité d'une personne ou d'un groupe de personnes. De là l'importance pour la personne visée d'aller chercher de l'aide. En outre, il peut être recommandé d'éviter l'acharnement, d'autant plus que la personne est déjà isolée et donc fragilisée. Après tout, la santé, autant physique que psychologique, devrait passer avant tout...

    http://psychorientation.blogspot.com/ »

  • Michel Dufour
    Inscrit
    lundi 16 juin 2008 20h15
    De héros à zéro!
    « Je me suis particulièrement senti interpellé par ce texte puisque je fais partie des sacrifiés sur l'autel des exercices comptables.

    Debout devant l'entrée de l'entreprise qui allait m'employer, il y a plus de vingt-sept ans, je rêvais déjà des grandes choses que j'allais y accomplir. N'ayant que peu d'instruction, le chemin allait être long et pénible pour réaliser mon rêve, mais toutes ces difficultés n'allaient point refroidir mes ardeurs. D'ouvrier en usine, je ne tardais pas à m'imposer comme un choix logique dans le département de dessin. Après de nombreuses années à apprendre et à me perfectionner, on finit par reconnaître mes compétences et je fût promu à titre de directeur du département. Au long des dix années subséquentes, on me reconnût des qualités de "solutionneurs" ("problem solver") et je profitais amplement du respect, autant de la partie patronale que de la partie syndicale de l'entreprise. La fulgurante progression de l'entreprise sur le marché international ne se fit cependant pas sans laisser de traces. La capacité d'adaptation de l'entreprise à soutenir ce développement se solda par un manque de ressources et une pression incessante et incongrue sur la majorité des cadres. Je fût l'un des soldats à tomber d'épuisement professionnel, mais non sans avoir préalablement présenté un plan de restructuration des opérations de mon département. Après une pause de quatre mois, mon plan fût accepté et appliqué. Je devint donc gestionnaire des communications et cerbère de la banque de données. De plus, les projets spéciaux de mise-en-marché m'étaient confiés. Tous étaient heureux et les bénéfices montaient en flèche. Mais voilà! L'ours qui dormait fût réveillé et la compagnie québécoise tomba aux mains d'une société d'investissement américaine qui décida au nom de ses actionnaires et de fastideux exercices comptables, de rationaliser les opérations de l'entreprise. Ainsi, les mises-à-pieds et le tablettage devinrent la norme. Compte-tenu de mes bonnes conditions de travail, mon poste fût aboli, une partie de ma tâche redistribuée à de jeunes et non-expérimentés employés, la partie la plus importante, abandonnée, et finallement je fût relocalisé à titre de dessinateur, et par surcroît...dessinateur Junior. Devant ma lenteur à démissionner, ils finirent par me mettre à pied avec une légère compensation.

    L'épisode subséquent fût tragique. Marqué au fer rouge, mais comment ne pas se sentir déboussolé? La confiance-en-soi en prend pour son rhume. La traversée du désert semble interminable. Mais heureusement, bien qu'aujourd'hui je n'ai pas fait la paix avec tous mes démons, je profite de ce qui est devenu un chance pour démarrer ma propre entreprise et enfin me réaliser complètement. Il faut bien dire, que les problèmes vécus par l'entreprise depuis l'exode de "l'intelligencia" qui la fesait vivre, m'ont bien aidé à digérer la pillule. De héros à zéro! Mais pour combien de temps?

    Je souhaite, bien naïvement, il va sans dire, que ces pratiques visant à briser des individus pour toutes raisons que ce soit prennent fin et que tous finissent par y trouver leur compte.

    Merci de me donner l'opportunité de réagir! »

  • Claude Beaudet
    Inscrit
    mardi 17 juin 2008 09h49
    Trop négatif ? ou trop réaliste!
    « Quant on s'exprime avec transparence et honnêteté sur l'entreprise, dans le secteur public comme privé, on est tôt ou tard ostracisé. C'est mon expérience. Bien sûr, qu'il faut user de circonspection, de courtoisie et de diplomatie lorsqu'on s'exprime. Ce sont là des règles que je respectais au meilleur de mes connaissances. Mais dès qu'on soulève la faille avec timidité parfois, ça y'est...vous êtes négatifs, en difficiculté (je n'avais aucun antécédent de ce genre) ou instable de ce temps-ci. Il y a des choses disons "politiquement incorrect" que vous devez taire et qui vous valent des silences, des interventions par derrière "bien senti" si vous en soufflez mots.
    Ceux qui vivent le racisme en sourdine savent de quoi je parle.
    Évidemment, vous êtes tout lorsque vous dérangez sauf un être humain (jusqu'à être étiqueté de tous les maux) qui veux humaniser son milieu quand vient les rencontres d'équipe. Il y bien les épisodes pro-syndicales qui viennent aider votre cause mais tellement éphémère dans cet ère individualiste.

    Je ne crois pas que les bourreaux (pour ne pas dire autre chose de vulgaire) visés par cet article, le liront jusqu'au bout...c'est trop réaliste pour leurs petits intérêts "positivistes". Positiviste, dans ce texte, signifie tout sauf l'autocritique et la critique négative (évidemment constructive si on l'apprécie en regard de sa franchise). C'est drôle que dans les discours officiels de "la qualité totale" on aient tant souligner l'importance de l'ouverture d'esprit, de l'esprit d'équipe et d'échange mettant en jeux jusqu'à notre vie privée, qu'on en soit rendu à un tel niveau d'hypocrisie générale. Heureusement, il y a les proches et ceux qui vous connaissent bien qui vous aides à retrouver l'équilibre. Parfois on se sent seul dans la foule. Aujourd'hui, après du recul, je sais que je fesais bien de m'exprimer (avec transparence et parfois, fermeté). »

  • Diane Laplante
    Inscrite
    mardi 17 juin 2008 22h19
    Nous sommes seuls
    « J'étais présente à la 6e Conférence sur le harcèlement moral au travai du 4 au 6 juin dernier. J'ai écouté attentivement l'exposé de Mme Lhuilier. Cet aspect du harcèlement psychologique, qui est la placardisation, témoigne d'une plus grande pathologie sociétale. On pourrait bien se cantonner à une micro analyse de nos milieux de travail et se contenter de faire un diagnostic bêbête en disant, "ben c'est la vie, ça toujours été comme ça!" Quant à moi, il faut agir avec force et détermination pour enrayer cette perversité qui annéantie un nombre inquiétant de personnes qui détiennent tout pour réussir. Les gens qui détiennent le pouvoir n'ont pas tous la rage au coeur et ne veulent pas tous détruire l'autre. Le danger est plutôt que certains d'entre eux sont des prédateurs, des manipulateurs, des psychopathes et s'ils ont le malheur d'être en position de pouvoir, ils peuvent mettre à mort leur 'ennemi', celui qui veut réussir autant qu'eux. La Loi des Normes du Travail prévoit depuis 2004 des dispositions obligeant l'appareil patronal à intervenir pour faire diminuer ou faire cesser ce genre de comportement. La détresse psychologique au travail, ça ne fait pas partie de la job!! »

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