Maman aime maman
Les centres jeunesse font la cour aux couples de même sexe pour pallier le manque de familles d’accueil.
Les meilleurs parents de substitution ne sont pas nécessairement là où on a l'habitude de les recruter. Les centres jeunesse l'ont bien compris et n'ont pas hésité à faire tomber bien des préjugés. Le dernier en date? Les familles de même sexe qui font présentement l'objet d'une campagne de charme sans précédent au Québec. Un pari tout naturel qui a tout de suite fait mouche, affirme Bill Ryan, professeur à l'École de service social de l'université McGill.
Il y a deux ans, ce dernier a eu la tâche de former tous les intervenants des centres jeunesse appelés à évaluer des familles de même sexe. «Je ne dirais pas qu'ils avaient des inquiétudes, mais ils avaient certainement beaucoup d'interrogations puisque cette question n'est pas abordée dans leur formation. Or, toutes les recherches indiquent que les familles de même sexe sont en fait des familles comme les autres puisque les capacités parentales ne relèvent pas de l'orientation sexuelle, mais bien des valeurs et des habiletés de chacun.»
L'entrée des familles gaies dans le monde codifié des centres jeunesse s'est d'ailleurs fait le plus naturellement du monde, note l'universitaire. «Dans la réalité, les couples gais rencontrent bien moins d'empêchements qu'ils ne l'avaient anticipé.» Parlez-en aux deux Nathalie* qui sont en quelque sorte des pionnières dans ce domaine. Aujourd'hui, le jeune couple dans la trentaine partage son toit avec trois ados de la même fratrie et une petite fille de trois ans et demi sans que quiconque n'y trouve quoi que ce soit à redire. Au contraire!
Tout a commencé il y a plus de cinq ans alors que les deux jeunes femmes résidaient encore à Montréal. À l'époque, le couple avait entrepris de tisser des liens serrés avec une famille dysfonctionnelle de Verdun en prenant soin des trois enfants et en assumant certains des frais liés à leur éducation. Leur dévouement était tel que le Centre jeunesse de Montréal a longtemps cru que les deux Nathalie qui faisaient vibrer le coeur de leurs trois protégés formaient en fait un véritable organisme communautaire!
Quand le pot aux roses a été découvert, le centre jeunesse n'a pas hésité une seconde avant de proposer aux deux Nathalie de devenir famille d'accueil. «Financièrement, ça a été très difficile. Ils sont arrivés tout nus, pas de bas, sans mobilier, sans jouets parce que le fonds de départ avait déjà été dépensé par la famille d'accueil qui les avaient accueillis en premier lieu. On a dû faire notre propre Vision mondiale et emprunter de l'argent à nos amis», se rappelle celle qui a aussi dû faire une croix sur sa carrière de sous-chef dans un grand hôtel.
À l'étroit dans son cinq et demi, la nouvelle famille déménage bientôt à Laval, puis en Mauricie où elle file depuis des jours tranquilles. Assez pour que la famille ait récemment décidé d'accueillir une petite fille d'âge préscolaire. «Elle a été abusée sexuellement et physiquement et on nous a dit qu'elle avait plusieurs déficiences. On a compris tout de suite que si on lui disait non, elle irait en institution alors on a décidé de lui donner sa chance. Et on s'en félicite tous les jours. C'est une enfant qui s'est révélée très brillante.»
À son arrivée à la maison, il y a trois mois, la petite était pourtant éteinte, irritable, agressive. Elle se faisait vomir et cachait de la nourriture. Sur le coup, plusieurs n'ont pas compris la volonté du couple de garder une enfant aussi hypothéquée. «On croit beaucoup en la résilience. On en mesure quotidiennement les effets avec la petite. Elle change physiquement et mentalement, elle s'ouvre littéralement aux émotions. La première fois qu'elle a eu un rire franc d'enfant, ça nous a bouleversées, c'était tellement touchant, tellement vrai.»
Plus de soutien, plus de services
Il faut dire que les deux Nathalie sont outillées pour faire face à des cas aussi extrêmes, la première ayant une formation en éducation et la seconde, en psychologie. Ce qui ne les a pas empêchées de se trouver bien seules en plusieurs occasions. «Idéalement, on aurait eu besoin de l'aide de professionnels pour accompagner nos enfants plus efficacement. Mais les enfants de la DPJ ne sont pas une priorité sociale au Québec. On les laisse poireauter comme les autres sur les listes d'attente des écoles et des hôpitaux malgré leur extrême fragilité.»
Les relations avec la famille d'origine des trois plus vieux ont aussi été passablement orageuses au départ. «Il suffisait d'une visite pour que des acquis sur le plan du langage et de l'agressivité se perdent. Il fallait tout recommencer et c'était très dur.» Depuis, les enfants sont devenus de grands ados de 12 à 16 ans et ils ont appris à mieux gérer ces moments déstabilisants. «Avant, ils avaient peur qu'on mette un terme à tout ça. Alors ils testaient notre amour et nos limites. Maintenant, ils savent que nous serons là à leur retour.»
Les choses se sont aussi placées avec les parents. «On les tient au courant des réalisations des enfants. Leur mère nous a d'ailleurs dit qu'elle était fière de ses enfants et qu'elle n'aurait jamais su les protéger des gangs de rue comme on l'a fait. Elle nous répète souvent qu'elle est contente de voir sa fille grandir comme une demoiselle et de voir que ses fils ne sont pas devenus des petits "bums".»
Quant à leur orientation sexuelle, elle n'a jamais constitué un enjeu ni pour les parents ni pour les enfants. «On n'a jamais senti de réticences de la part des centres jeunesse ou de nos proches. Au début, notre fille a mis quelques limites. Au parc Lafontaine, c'était "cool" de s'afficher, mais pas à l'école. Les gars, qui étaient plus vieux, n'ont jamais rien trouvé à redire. Pour eux, ce n'était pas important, ils voulaient seulement avoir de bons parents.»
Aujourd'hui, le couple suscite encore une certaine curiosité chez les amis de ses enfants, mais toujours dans un sens positif. «Ils s'imaginent qu'on est plus ouvertes que les autres couples parce qu'on est gaies. Ils nous parlent donc très ouvertement de leurs histoires d'amour et de leur sexualité, c'est très rafraîchissant.»
Les garçons peuvent aussi compter sur les amis du couple, dont plusieurs hommes, qui assurent une présence attentive et constante. «Notre histoire aurait pu se terminer autrement si nous n'avions pas pu compter sur eux et sur nos ressources personnelles», conviennent aujourd'hui les deux jeunes femmes, qui ne changeraient de vie pour rien au monde.
***
*Tous les noms des enfants et des parents des familles d'accueil ont été changés de manière à préserver la confidentialité des personnes qui ont aimablement accepté de témoigner pour ce dossier. De même, la photo principale ne met pas en scène une véritable famille d'accueil.
Il y a deux ans, ce dernier a eu la tâche de former tous les intervenants des centres jeunesse appelés à évaluer des familles de même sexe. «Je ne dirais pas qu'ils avaient des inquiétudes, mais ils avaient certainement beaucoup d'interrogations puisque cette question n'est pas abordée dans leur formation. Or, toutes les recherches indiquent que les familles de même sexe sont en fait des familles comme les autres puisque les capacités parentales ne relèvent pas de l'orientation sexuelle, mais bien des valeurs et des habiletés de chacun.»
L'entrée des familles gaies dans le monde codifié des centres jeunesse s'est d'ailleurs fait le plus naturellement du monde, note l'universitaire. «Dans la réalité, les couples gais rencontrent bien moins d'empêchements qu'ils ne l'avaient anticipé.» Parlez-en aux deux Nathalie* qui sont en quelque sorte des pionnières dans ce domaine. Aujourd'hui, le jeune couple dans la trentaine partage son toit avec trois ados de la même fratrie et une petite fille de trois ans et demi sans que quiconque n'y trouve quoi que ce soit à redire. Au contraire!
Tout a commencé il y a plus de cinq ans alors que les deux jeunes femmes résidaient encore à Montréal. À l'époque, le couple avait entrepris de tisser des liens serrés avec une famille dysfonctionnelle de Verdun en prenant soin des trois enfants et en assumant certains des frais liés à leur éducation. Leur dévouement était tel que le Centre jeunesse de Montréal a longtemps cru que les deux Nathalie qui faisaient vibrer le coeur de leurs trois protégés formaient en fait un véritable organisme communautaire!
Quand le pot aux roses a été découvert, le centre jeunesse n'a pas hésité une seconde avant de proposer aux deux Nathalie de devenir famille d'accueil. «Financièrement, ça a été très difficile. Ils sont arrivés tout nus, pas de bas, sans mobilier, sans jouets parce que le fonds de départ avait déjà été dépensé par la famille d'accueil qui les avaient accueillis en premier lieu. On a dû faire notre propre Vision mondiale et emprunter de l'argent à nos amis», se rappelle celle qui a aussi dû faire une croix sur sa carrière de sous-chef dans un grand hôtel.
À l'étroit dans son cinq et demi, la nouvelle famille déménage bientôt à Laval, puis en Mauricie où elle file depuis des jours tranquilles. Assez pour que la famille ait récemment décidé d'accueillir une petite fille d'âge préscolaire. «Elle a été abusée sexuellement et physiquement et on nous a dit qu'elle avait plusieurs déficiences. On a compris tout de suite que si on lui disait non, elle irait en institution alors on a décidé de lui donner sa chance. Et on s'en félicite tous les jours. C'est une enfant qui s'est révélée très brillante.»
À son arrivée à la maison, il y a trois mois, la petite était pourtant éteinte, irritable, agressive. Elle se faisait vomir et cachait de la nourriture. Sur le coup, plusieurs n'ont pas compris la volonté du couple de garder une enfant aussi hypothéquée. «On croit beaucoup en la résilience. On en mesure quotidiennement les effets avec la petite. Elle change physiquement et mentalement, elle s'ouvre littéralement aux émotions. La première fois qu'elle a eu un rire franc d'enfant, ça nous a bouleversées, c'était tellement touchant, tellement vrai.»
Plus de soutien, plus de services
Il faut dire que les deux Nathalie sont outillées pour faire face à des cas aussi extrêmes, la première ayant une formation en éducation et la seconde, en psychologie. Ce qui ne les a pas empêchées de se trouver bien seules en plusieurs occasions. «Idéalement, on aurait eu besoin de l'aide de professionnels pour accompagner nos enfants plus efficacement. Mais les enfants de la DPJ ne sont pas une priorité sociale au Québec. On les laisse poireauter comme les autres sur les listes d'attente des écoles et des hôpitaux malgré leur extrême fragilité.»
Les relations avec la famille d'origine des trois plus vieux ont aussi été passablement orageuses au départ. «Il suffisait d'une visite pour que des acquis sur le plan du langage et de l'agressivité se perdent. Il fallait tout recommencer et c'était très dur.» Depuis, les enfants sont devenus de grands ados de 12 à 16 ans et ils ont appris à mieux gérer ces moments déstabilisants. «Avant, ils avaient peur qu'on mette un terme à tout ça. Alors ils testaient notre amour et nos limites. Maintenant, ils savent que nous serons là à leur retour.»
Les choses se sont aussi placées avec les parents. «On les tient au courant des réalisations des enfants. Leur mère nous a d'ailleurs dit qu'elle était fière de ses enfants et qu'elle n'aurait jamais su les protéger des gangs de rue comme on l'a fait. Elle nous répète souvent qu'elle est contente de voir sa fille grandir comme une demoiselle et de voir que ses fils ne sont pas devenus des petits "bums".»
Quant à leur orientation sexuelle, elle n'a jamais constitué un enjeu ni pour les parents ni pour les enfants. «On n'a jamais senti de réticences de la part des centres jeunesse ou de nos proches. Au début, notre fille a mis quelques limites. Au parc Lafontaine, c'était "cool" de s'afficher, mais pas à l'école. Les gars, qui étaient plus vieux, n'ont jamais rien trouvé à redire. Pour eux, ce n'était pas important, ils voulaient seulement avoir de bons parents.»
Aujourd'hui, le couple suscite encore une certaine curiosité chez les amis de ses enfants, mais toujours dans un sens positif. «Ils s'imaginent qu'on est plus ouvertes que les autres couples parce qu'on est gaies. Ils nous parlent donc très ouvertement de leurs histoires d'amour et de leur sexualité, c'est très rafraîchissant.»
Les garçons peuvent aussi compter sur les amis du couple, dont plusieurs hommes, qui assurent une présence attentive et constante. «Notre histoire aurait pu se terminer autrement si nous n'avions pas pu compter sur eux et sur nos ressources personnelles», conviennent aujourd'hui les deux jeunes femmes, qui ne changeraient de vie pour rien au monde.
***
*Tous les noms des enfants et des parents des familles d'accueil ont été changés de manière à préserver la confidentialité des personnes qui ont aimablement accepté de témoigner pour ce dossier. De même, la photo principale ne met pas en scène une véritable famille d'accueil.
Haut de la page



