La fragile égalité hommes-femmes
Une femme dirige une grande institution financière québécoise depuis quelques semaines. Pas une succursale, pas une caisse, mais plutôt la pyramide au complet. Cette femme, Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement des caisses Desjardins, s'est retrouvée au sommet après plusieurs tours de scrutin pour choisir le remplaçant du grand patron Alban D'Amours, parti à la retraite. Mme Leroux n'était pas seule sur les rangs. Elle a vraiment été choisie. Je ne pense pas que le Mouvement Desjardins lui aurait fait cadeau d'un tel poste sans qu'elle soit parfaitement qualifiée pour l'occuper. Ce sont des milieux où on ne fait pas de cadeaux aux femmes. Raison de plus pour saluer bien bas la réussite de Mme Leroux.
En 2008, nous en sommes encore à souligner «les premières». Les femmes sont encore des pionnières dans beaucoup de domaines. Une première femme à la tête d'une institution financière importante devient immédiatement un modèle pour les jeunes femmes que ce domaine intéresse. Pauline Marois, première femme chef d'un grand parti politique québécois et qui sera peut-être la première femme première ministre du Québec, porte sur ses épaules la responsabilité d'ouvrir encore un peu plus grande la porte du monde politique aux femmes et à leurs filles afin que l'égalité s'exprime un jour de façon évidente.
Ces femmes savent bien, en plus, qu'elles n'ont aucune marge d'erreur. Des femmes occupant des postes importants, on attend la perfection. Pouvoir faire ce qu'un homme ferait ne suffit pas. Même une Betty Grable (que les jeunes ne connaissent certainement pas et qui pourront demander à leur grand-mère qui est cette femme dont je parle aujourd'hui) a dit un jour: «Non seulement je dois faire tout ce que fait Fred Astaire, mais en plus, moi, je dois le faire en talons hauts.»
Au Québec, on a clamé depuis des mois que l'égalité des hommes et des femmes était une valeur fondamentale de notre société. Cela faisait drôlement plaisir à entendre, je l'avoue. Mais je connais trop bien la nature humaine pour penser que ce combat est gagné pour toujours sans aucun soubresaut. Il y a certains hommes qui se retiennent de crier que le monde irait bien mieux si les femmes étaient remises à leur place. Ce sont les mots qu'ils utilisent en privé parce qu'en public, il est difficile de tenir de tels propos sans se faire reprendre devant tout le monde. Souvent ils se taisent mais ils n'en pensent pas moins.
Pendant les auditions de la commission Bouchard-Taylor, c'est pratiquement à l'unanimité que l'égalité a été déclarée non négociable. Et pourtant... pourtant — on le sait maintenant puisque le rapport fut publié hier — le port du hidjab a refait surface. Les commissaires proposent d'apprendre à vivre avec le voile islamique.
Les deux charmants messieurs qui se sont tapé des semaines d'audiences ne semblent pas avoir compris que le hidjab est non seulement un signe religieux, mais également un signe de soumission des femmes aux hommes — père, frère ou mari. Qu'il est également un signe de soumission à l'imam et au Dieu des musulmans. Qu'une musulmane se couvre la tête pour aller à la mosquée, c'est son choix. Nos mères le faisaient pour aller à l'église catholique il n'y a pas si longtemps en signe de soumission au Dieu catholique. Les hommes se découvraient pour marquer leur respect. Les femmes devaient porter des chapeaux.
On me répondra que des femmes sont venues dire aux commissaires qu'elles avaient choisi librement de porter le hidjab, que personne ne les y forçait. Une femme conditionnée par son milieu depuis sa tendre enfance, élevée avec l'idée qu'il vaut mieux porter le hidjab, peut-elle exercer un choix vraiment libre?
Au Québec, les femmes ont beaucoup lutté pour obtenir l'égalité. Si elles ont exprimé des craintes quant au port du hidjab, il aurait été souhaitable que les commissaires écoutent attentivement leurs doléances.
Mais deux hommes, aussi intelligents soient-ils, éduqués au temps des religions, peuvent-ils saisir la menace que représente un bout de tissu pour des femmes qui ont cheminé si longtemps, contre vents et marées, afin d'acquérir la précieuse égalité dont elles étaient privées depuis des siècles? N'aurait-il pas fallu qu'une femme au moins partage leurs travaux de façon officielle?
En lisant le rapport de la commission Bouchard-Taylor, on peut se demander si l'Histoire est encore écrite par les chasseurs. Quand donc les lions trouveront-ils le moyen de faire connaître leur histoire?
Les femmes du Québec ne combattent ni l'immigration, ni d'autres femmes, ni des religions. Elles combattent pour que toutes les femmes puissent enfin accéder à l'égalité «pure et dure» avec les hommes québécois ainsi que pour la laïcité de la sphère publique. Avis aux commissaires. Autrement, messieurs les savants, vous serez condamnés à refaire le travail.
En 2008, nous en sommes encore à souligner «les premières». Les femmes sont encore des pionnières dans beaucoup de domaines. Une première femme à la tête d'une institution financière importante devient immédiatement un modèle pour les jeunes femmes que ce domaine intéresse. Pauline Marois, première femme chef d'un grand parti politique québécois et qui sera peut-être la première femme première ministre du Québec, porte sur ses épaules la responsabilité d'ouvrir encore un peu plus grande la porte du monde politique aux femmes et à leurs filles afin que l'égalité s'exprime un jour de façon évidente.
Ces femmes savent bien, en plus, qu'elles n'ont aucune marge d'erreur. Des femmes occupant des postes importants, on attend la perfection. Pouvoir faire ce qu'un homme ferait ne suffit pas. Même une Betty Grable (que les jeunes ne connaissent certainement pas et qui pourront demander à leur grand-mère qui est cette femme dont je parle aujourd'hui) a dit un jour: «Non seulement je dois faire tout ce que fait Fred Astaire, mais en plus, moi, je dois le faire en talons hauts.»
Au Québec, on a clamé depuis des mois que l'égalité des hommes et des femmes était une valeur fondamentale de notre société. Cela faisait drôlement plaisir à entendre, je l'avoue. Mais je connais trop bien la nature humaine pour penser que ce combat est gagné pour toujours sans aucun soubresaut. Il y a certains hommes qui se retiennent de crier que le monde irait bien mieux si les femmes étaient remises à leur place. Ce sont les mots qu'ils utilisent en privé parce qu'en public, il est difficile de tenir de tels propos sans se faire reprendre devant tout le monde. Souvent ils se taisent mais ils n'en pensent pas moins.
Pendant les auditions de la commission Bouchard-Taylor, c'est pratiquement à l'unanimité que l'égalité a été déclarée non négociable. Et pourtant... pourtant — on le sait maintenant puisque le rapport fut publié hier — le port du hidjab a refait surface. Les commissaires proposent d'apprendre à vivre avec le voile islamique.
Les deux charmants messieurs qui se sont tapé des semaines d'audiences ne semblent pas avoir compris que le hidjab est non seulement un signe religieux, mais également un signe de soumission des femmes aux hommes — père, frère ou mari. Qu'il est également un signe de soumission à l'imam et au Dieu des musulmans. Qu'une musulmane se couvre la tête pour aller à la mosquée, c'est son choix. Nos mères le faisaient pour aller à l'église catholique il n'y a pas si longtemps en signe de soumission au Dieu catholique. Les hommes se découvraient pour marquer leur respect. Les femmes devaient porter des chapeaux.
On me répondra que des femmes sont venues dire aux commissaires qu'elles avaient choisi librement de porter le hidjab, que personne ne les y forçait. Une femme conditionnée par son milieu depuis sa tendre enfance, élevée avec l'idée qu'il vaut mieux porter le hidjab, peut-elle exercer un choix vraiment libre?
Au Québec, les femmes ont beaucoup lutté pour obtenir l'égalité. Si elles ont exprimé des craintes quant au port du hidjab, il aurait été souhaitable que les commissaires écoutent attentivement leurs doléances.
Mais deux hommes, aussi intelligents soient-ils, éduqués au temps des religions, peuvent-ils saisir la menace que représente un bout de tissu pour des femmes qui ont cheminé si longtemps, contre vents et marées, afin d'acquérir la précieuse égalité dont elles étaient privées depuis des siècles? N'aurait-il pas fallu qu'une femme au moins partage leurs travaux de façon officielle?
En lisant le rapport de la commission Bouchard-Taylor, on peut se demander si l'Histoire est encore écrite par les chasseurs. Quand donc les lions trouveront-ils le moyen de faire connaître leur histoire?
Les femmes du Québec ne combattent ni l'immigration, ni d'autres femmes, ni des religions. Elles combattent pour que toutes les femmes puissent enfin accéder à l'égalité «pure et dure» avec les hommes québécois ainsi que pour la laïcité de la sphère publique. Avis aux commissaires. Autrement, messieurs les savants, vous serez condamnés à refaire le travail.
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