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Le poulet Chantecler est sauvé!

Fabien Deglise   22 avril 2008  Société
Éleveur de poulets Chantecler à Saint-Paulin, dans la région de Trois-Rivières, André Auclair se réjouit de pouvoir enfin donner des ailes à ses protégés, menacés d’extinction jusqu’à aujourd’hui.
Éleveur de poulets Chantecler à Saint-Paulin, dans la région de Trois-Rivières, André Auclair se réjouit de pouvoir enfin donner des ailes à ses protégés, menacés d’extinction jusqu’à aujourd’hui.
Le sauvetage est en cours. Après des années de profonde indifférence, les syndicats d'éleveurs de poulets du Québec viennent finalement de céder aux demandes répétées des éleveurs de poulets Chantecler, un animal patrimonial en voie d'extinction. D'ici quelques semaines, ces oiseaux vont pouvoir en effet être élevés et commercialisés en dehors des règles strictes qui prévalent actuellement pour le poulet industriel, a appris Le Devoir. Et cela, afin de favoriser la survie de cette race propre au Québec, tout en permettant aux consommateurs de renouer avec ce produit du terroir.

Les Éleveurs de volailles du Québec — anciennement connus sous le nom de Fédération des producteurs de poulets — s'apprêtent à en faire l'annonce dans les prochaines semaines. Le puissant regroupement de producteurs agricoles parachève depuis quelques jours la rédaction d'une entente qu'il va signer avec la Fédération des producteurs de races patrimoniales du Québec (FPRPQ). Objectif de cette entente? Soustraire la production du poulet Chantecler aux règles contraignantes de quotas auxquels tous les producteurs de poulets sont obligés de se conformer.

Ce cadre, prévu pour des oiseaux industriels arrivant à maturité en 39 jours, a toujours joué en défaveur du poulet Chantecler, dont la croissance varie entre quatre et six mois. Ce faisant, l'oiseau génétiquement élaboré au début du siècle dernier par le frère trappiste Wilfrid Châtelain pour supporter le climat canadien était condamné à disparaître, faute de pouvoir se retrouver sur les tables des consommateurs et des restaurants versés dans la défense des terroirs.

La mésaventure est sur le point de se terminer. En effet, les Éleveurs de volailles du Québec ont accepté d'accorder un droit de production exceptionnel, hors quotas, aux éleveurs de poulets Chantecler, et ce, pour une limite fixée à 10 élevages comptant un maximum de 150 poules pondeuses. Pour commencer.

Bon an, mal an, cela devrait permettre la production à des fins commerciales de plus de 100 000 poulets Chantecler par année, une goutte d'eau dans une mer de 600 millions de poulets industriels élevés chaque année au Québec. «Selon les experts consultés, c'est le minimum qu'il faut pour assurer la survie d'une race d'oiseau», a indiqué Martin Dufresne, président de la Fédération des éleveurs de poulets du Québec, qui a travaillé activement avec la Fédération des producteurs d'oeufs de consommation et le syndicat des producteurs d'oeufs d'incubation pour élaborer ce plan de sauvetage avec la FPRPQ.

Même si quelques détails «restent encore à ficeler», André Auclair, secrétaire général de la FPRPQ s'est réjoui hier d'un tel dénouement. Éleveur de poulets Chantecler et fervent défenseur des trois seules races patrimoniales du Québec — soit le Chantecler, la vache canadienne et le cheval canadien —, l'homme réclamait en vain depuis plus de cinq ans ces allégements réglementaires afin de redonner des ailes à ses protégés. «Nous sommes satisfaits, a-t-il indiqué, et nous pouvons désormais penser à l'avenir.»

Les éleveurs de Chantecler espèrent dès cet automne organiser une dégustation en règle de ce poulet de race pour sensibiliser les restaurateurs au renouveau à venir de cette volaille. Une commercialisation plus importante de ce «produit de niche» est prévue dans le courant de l'année prochaine, au rythme du développement du cheptel. Les activités de ce genre étaient jusqu'à maintenant interdites aux producteurs en raison des règles de contingentement. Sans quotas, ils ne pouvaient en effet produire que 99 poulets par année, et ce, pour consommation personnelle seulement. L'an dernier, le cheptel de poulets Chantecler comptait près de 1500 têtes. À peine.

Selon plusieurs experts, le poulet Chantecler, qui a le Québec inscrit dans son code génétique, pourrait à l'avenir avoir le même potentiel commercial que le poulet de Bresse en France. Cette volaille, dont la production est sévèrement encadrée, est le seul poulet au monde qui affiche une appellation d'origine contrôlée. Il est aussi un animal prisé dans l'univers de la grande gastronomie.

En 1999, l'Assemblée nationale a reconnu officiellement cet oiseau comme faisant partie «des races animales du patrimoine agricole du Québec». Symbolique, cette reconnaissance n'a toutefois jamais été accompagnée de programmes pour soutenir sa production. Exaspérée par cette inertie, mais aussi par le manque d'attention des puissants syndicats de producteurs de poulets industriels, en septembre dernier, la FPRPQ avait d'ailleurs amené la cause de cette volaille devant l'Organisation des nations unies (ONU) qui, à Interlaken en Suisse, a tenu une conférence sur la biodiversité dans le monde agricole. Une biodiversité à laquelle le poulet Chantecler pouvait difficilement participer, dénonçait vertement à l'époque la Fédération des producteurs de races patrimoniales du Québec.






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  • André Chevalier
    Abonné
    mardi 22 avril 2008 05h53
    Enfin !
    « Nous pourrons enfin avoir accès à autre chose qu'à de la viande qui a le goût et la consistance du carton.
    Il serait plus que temps de faire la même chose avec le porc.
    Je suis prêt a payer bien davantage pour manger du porc qui goûte quelque chose et du vrai jambon préparé au Québec. »

  • François Lalonde
    Inscrit
    mardi 22 avril 2008 07h06
    1 poulet sur 6 000
    « 1 poulet sur 6 000. Pour la seule race patrimoniale de poulet. Et ça ne peut que rehausser leur image de marque.

    On ne peut pas dire que les Éleveurs de volaille du Québec comprennent vite, vite... »

  • Marc Gendron
    Abonné
    mardi 22 avril 2008 09h03
    CocoRico!
    « N'est-ce pas un brin ironique qu'il nous faut maintenant consommer la dite volaille pour assurer désormais la survie de la race?... »

  • Yohanna Loucheur
    Inscrite
    mardi 22 avril 2008 10h23
    Bravo! Le défi est lancé!
    « Quelle belle nouvelle en ce jour de la terre! Car leur donner accès aux marchés est la seule façon de sauver ces races et de préserver ainsi la bio-diversité, tout en permettant le développement ou le maintien de productions agricoles différentes. Les consommateurs sont intéressés depuis longtemps. Reste à voir si le prochain maillon de la chaîne - restaurateurs, bouchers - suivront! Chiche? Pourquoi ne pas suivre l'exemple de l'Arche du goût de SlowFood, qui met en réseau producteurs et restaurants? »

  • Jean-Guy Dagenais
    Abonné
    mardi 22 avril 2008 11h46
    Une bonne nouvelle
    « Félicitations à André Auclair. Faire de la Distinction une survie est à son honneur. La mémoire s'inscrira dans le quotidien maintenant.
    Pour ce qui est du porc M André Chevalier venez chez Porcmeuilleur au Marché Jean-Talon ou trouvez les producteurs de porc qui font dans le bio sur Internet.

    Et bon appétit à tous ! »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 22 avril 2008 13h51
    C'est ce qui arrive .....
    « C'est ce qui ce passe quand des syndicats de production gère l'offre et la demande. Les lois du marché deviennent toutes brouillées et les prix sont hauts et l'offre est limitée. Le même problème avec le lait, et tout ce qui relève de l'agriculture. Libéralisons l'agroalimentaire, et oui les petits disparaîtront mais les gros suffiront à nous nourrir à moindre cout. On aura juste à limiter la propriété des terres à des intérêts Canadiens pour éviter de perdre cette industrie aux mains des étrangers. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 22 avril 2008 14h01
    C'est ce qui arrive .....
    « C'est ce qui ce passe quand des syndicats de production gère l'offre et la demande. Les lois du marché deviennent toutes brouillées et les prix sont hauts et l'offre est limitée. Le même problème avec le lait, et tout ce qui relève de l'agriculture. Libéralisons l'agroalimentaire, et oui les petits disparaîtront mais les gros suffiront à nous nourrir à moindre cout. On aura juste à limiter la propriété des terres à des intérêts Canadiens pour éviter de perdre cette industrie aux mains des étrangers. »

  • Pierre Boivin
    Inscrit
    dimanche 27 avril 2008 09h43
    Vive le goût de la biodiversité et de notre terroir
    « La Chanteclerc va enfin se entendre sur plusieurs de nos tables, BRAVO à la FPRPQ et à M. Auclair. Nous partons de loin en terme de biodiversité et de néo terroir. Nous manquons désespérément de leadership éclairé et allumé en agroalimentaire.Que les visonnaires responsables et bien informés se lèvent et enfin que les consciences de nos papilles se réveillent.

    Je brandis ma fourchette raisonnable au plaisir du développement de notre table à venir »

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