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L'entrevue - L'université a-t-elle tué «l'intellectuel public» ?

Antoine Robitaille   25 février 2008  Société
Photo: Cristina Nehring
Russell Jacoby
Photo: Cristina Nehring Russell Jacoby
Il y a vingt ans, Russell Jacoby provoquait un important débat sur les intellectuels aux États-Unis. Deux décennies plus tard, il constate que la tour d'ivoire est encore plus fermée et qu'Internet, au lieu de l'ouvrir, a aggravé certain de ses pires travers.

Y a-t-il encore des intellectuels aux États-Unis? Il y a vingt ans, après tout, que l'historien américain Russell Jacoby a annoncé leur disparition. Dans The Last Intellectuals, American Culture in the Age of Academe (New York, Basic Books, 1987), il s'était penché sur la fin d'un modèle. Les derniers des Mohicans étaient par exemple Lewis Mumford et Edmund Wilson. Des écrivains qui fuyaient les postes de professeurs titulaires (les fameux «tenures»), mais aussi les colloques, les interviews. De plus, ils écrivaient pour un large public, sans jargon, «dans une prose franche et claire». Leur gagne-pain? Leurs livres, mais aussi ces grands papiers qu'ils offraient à des magazines d'idées, comme Atlantic Monthly, Harper's, etc. Ceux d'entre eux qui consentaient à intégrer l'université avaient beaucoup plus de liberté d'aller sur la place publique. «Je me demandais à l'époque pourquoi il ne semblait pas y avoir de successeurs aux Daniel Bell, Noam Chomsky, Gore Vidal ou John Kenneth Galbraith.»

D'une part, aujourd'hui, il est bien difficile, comme pour Mumford et Wilson, de «se faire un salaire acceptable» en étant indépendant, «pigiste». Les cachets des grandes revues n'ont pas tellement augmenté. «Certes, on peut se faire 5000 $ pour un article. Mais ce n'est pas assez. On ne peut produire un texte de cette envergure chaque mois!», explique Jacoby, qui en sait quelque chose, lui qui vit avec une écrivaine.

D'autre part, raison sans doute plus fondamentale, le monde intellectuel, de nos jours, ne valorise plus vraiment ce type de vie, ni ce type de publication qualifiée avec dédain de «non scientifique». Le titulariat exerce un attrait plus irrésistible que jamais. Ce système, que décrit Jacoby, qui vous force à publier toujours plus de textes pour toujours moins de lecteurs capables de vous lire. L'implacable règle du «publish or perish», qui conduit tant de professeurs à publier article sur article sur le même thème, lesquels seront inévitablement réunis en un «recueil». «En fait c'est "publish and perish"», corrige Jacoby. «Vous publiez et publiez, et vous périssez intellectuellement!»

Du reste, ceux qui portent le titre de «professeurs» d'université ne sont plus tellement enclins à enseigner, surtout aux étudiants du premier cycle. Dans ce système, «l'important, c'est le nombre de publication et les subventions. Personne n'obtient de promotion ou d'augmentation de salaire en étant bon professeur. C'est même peut-être l'inverse. Si vous êtes mauvais professeur mais que vous publiez de nombreux articles, tout ce qui compte, ce sont les articles».

L'image populaire du «professeur», dans les années 1930 ou 1940, raconte Jacoby, c'était celui d'un homme distrait, un peu «asocial», sorte de Tournesol, qui avait la plupart du temps «égaré ses lunettes». Dans les années 80, on est passé à une caricature totalement opposée, celle du professeur carriériste du romancier David Lodge dans Un tout petit monde (Paris, Rivages, 1991), toujours égaré dans quelque colloque sophistiqué. «Il ne s'intéresse qu'à l'argent, aux conférences, à la carrière, aux conquêtes amoureuses. C'est une sorte de pute [hustler].»

Un instant: Russell Jacoby ne pratique-t-il pas son métier à la University of California at Los Angeles, au département d'histoire? «Attention, répond-il en souriant à l'autre bout du fil, je n'ai pas de "tenure". J'ai un statut étrange de "professeur en résidence". Pour plusieurs raisons, dont celle que je tends à énerver profondément les gens.»

Erreurs de l'intellectuel

Revenons à ce que Jacoby a appelé «l'intellectuel public» (IP), terme un peu pléonastique en français (puisque l'intellectuel est par définition public). Cet IP sortait aisément de son champ de compétence, note Jacoby. La définition de Jean-Paul Sartre, «celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas», s'applique ici, dit Jacoby. Le problème, ce sont les erreurs auxquelles conduit une volonté de «s'engager en dehors du monde protégé du campus». C'est un risque, admet l'historien. «Sartre en a commis certaines. Mais ce risque est inséparable des vertus qu'un tel statut comporte.» Il rappelle l'affaire Dreyfus, au XIXe siècle où, comme on l'a si souvent noté, c'est un romancier, Émile Zola, qui mena le courageux mouvement de défense du militaire juif injustement accusé. «Oui, ce ne sont pas des spécialistes [les IP]. Mais, bon Dieu, se fier aux spécialistes est aussi très risqué. Ils ont aussi leur lot d'erreurs.»

C'est pourquoi Jacoby en veut à Richard Posner, l'auteur du controversé Public Intellectuals: A Study of Decline. Selon Jacoby, la méthode purement quantitative de Posner est ridicule: «Il calcule les "hits" sur le Web et le nombre de fois qu'un intellectuel est cité pour montrer lesquels dominent.» Puis il propose la loi suivante: «C'est quand les intellectuels publics perdent leur crédibilité universitaire qu'ils obtiennent l'attention du grand public.» Aussi, s'intéresser à la société, à ce qui se passe à l'extérieur du campus fait chuter votre «crédibilité». Posner trouve ce réflexe justifié. Pas Jacoby: «Il soutient qu'il n'y a que les experts qui peuvent comprendre, par exemple, la guerre en Irak. Cette position est désastreuse pour le débat public.»

La spirale de l'expertise et du jargon a corrompu les disciplines, comme la sociologie, la théorie littéraire, note aussi Russell Jacoby, si bien que ce sont souvent des scientifiques comme feu Stephen Jay Gould qui ont joué, ces dernières années, le rôle des «intellectuels publics». (Dans la francophonie, pensons aux Hubert Reeves et Albert Jacquard.)

De plus, le système universitaire cristallisé dans les années 80 nuirait à la gauche américaine: «Plus les intellectuels universitaires subvertissent des paradigmes et décontruisent des "narratifs" dans les colloques sur les campus, plus les conservateurs, de leur côté, prennent le contrôle du pays.»

Internet

Et Internet, n'allait-il pas jeter la tour d'ivoire par terre, rendre l'université plus accessible? C'est ce que l'on disait au milieu des années 90, mais rien de tel ne s'est produit, répond Jacoby. Certes, «Internet donne à quiconque aujourd'hui une sorte de chaire électronique». Les phénomènes comme les blogues, s'ils peuvent, dans un pays totalitaire, servir la liberté, ne font, dans les pays où il y a liberté d'expression, «qu'ajouter à la cacophonie». Tout le monde s'exprime, personne n'écoute. «Aujourd'hui, tout le monde est blogueur, mais où sont les lecteurs?» Dans les salons du livre, bientôt, c'est le lecteur qui sera assis derrière sa table et ce sont les auteurs qui feront la queue pour le rencontrer, ironise-t-il en référence à un dessin récent du New Yorker.

En somme, y a-t-il encore des intellectuels aux États-Unis? «Oui, bien sûr, ici et là, on voit certains auteurs qui réussissent à se faire une place.» Mais, leur monde, tiraillé entre la tour d'ivoire et l'espace public morcelé par les multiples médias, ne leur laisse que peu de chances.






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  • Denis Beaulé
    Abonné
    lundi 25 février 2008 00h58
    Lapsus calami révélateur...
    « Excellent et intéressant compte rendu / entrevue.

    [...] «l'important, c'est le nombre de publication » [...]
    De fait, il n'y en a qu'UNE, toujours la même, comme bien dit au paragraphe précédent :
    « « L'implacable règle du «publish or perish», qui conduit tant de professeurs à publier article sur article sur le même thème » »...

    Alors qu'«En fait c'est "publish AND perish"». On ne peut plus vrai, puisque «Vous publiez et publiez, et [que] vous périssez intellectuellement! »

    Et, ça, c'est sans compter cette autre ultime vérité que tout le monde a pu constater : « Tout le monde s'exprime, personne n'écoute », n'est-ce pas ?... »

  • Luc Boyer
    Abonné
    lundi 25 février 2008 04h32
    Dreyfus
    « Justement cette espèce que l'on appelle <<intellectuelle>> ne vient-elle pas de l'affaire Dreyfus? De tous ces duels même. Mais à cette époque les gens se lisaient et s'empoignaient. Aujourd'hui? on s'en met par jésuites interposés camouflés en flicailles avec le pape supposément dans la rue. »

  • Jasette
    Abonné
    lundi 25 février 2008 05h23
    Dans une démocratie, l'universitaire carriériste se fond dans les idées forces de la société.
    « Une histoire à saveur humoristique circule sur le net. Dans une dictature, l'intellectuel qui dérange est mis en prison. Dans une démocratie, on lui dit: "Cause tant que tu veux mon mignon!" »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    lundi 25 février 2008 09h16
    Nous somme dans le pleine tnon le vide...
    « J'ai 'impression que ce monsieur parle pour lui. Qu'il y a un mélange entre les universitaires qui vivent et travaillent dans des « usines » à thèses (Taise) et les penseurs libres. Regis Debray, par exemple et entre autres, écrit souvent ainsi que Baudrillard il n'y a pas longtemps. Ces derniers jours, Finkielkraut n'a pas hésité à se prêter à un jeu de questions/réponses dans le site Marianne. George Steiner intervient très souvent ou Kenzaburo Oé au Japon etc. Dernièrement aussi et en anglais comme en français, Charles Taylor s'est exprimé. Vous avez aussi Jean-François Mattei ou Jean-Pierre Vernant ou Paul Veyne ou Peter Sloterdijk qui a une émission remarquable à la télévision allemande. Vous avez effectivement Internet où vous pouvez entendre intégralement les entretiens d'André Breton avec Parinaud (inaccessible auparavant) ou voir des émissions longues non de 3 secondes comme à la télévision avec André Masson et une foule d'acteurs culturels. On peut voir sur Internet Hannah Arendt et écouter des entrevues ou voir des émissions et entrevues avec Heidegger etc. C'est dans les médias classiques comme la télé ou la radio ou les journaux que la pauvreté et la misère s'est installée. Pour preuve, Libération auparavant nous faisait découvrir une foule de monde et désormais c'est le vide le plus absolu??? Une des causes est le fait, à mon avis, de l'ultra incompétence des journalistes dans la chose culturelle et leur manque de rigueur/ courage à se comporter comme des intellectuels. Ils ont le syndrome populiste des politiques, ils disent très bas ce qu'ils ne peuvent dire plus haut pour cause d'ignorance. C'est pourquoi le Net est un miracle pour le doux intellectuel rêveur de nouveaux rivages. Nous remarquerons que ce sont beaucoup plus des spécialistes qui interviennent dans ce cas là que des journalistes. »

  • Jacques Julien
    Inscrit
    lundi 25 février 2008 09h29
    il faut de nouveaux paramètres
    « Cette entrevue est très intéressante et cette question revient de façon incessante. Est-ce que ce questionnement lui-même n'est pas symptomatique d'une pensée en boucle qui n'arrive pas à s'arracher de sa propre illusion?
    Par ailleurs, il me semble qu'il faut cadre tout cela selon de nouveaux paramètres. La culture du divertissement, certainement. L'appétit pour les grands noms, les grandes figures, etc. Qui sont souvent, aujourd'hui, des figures grand-paternelles: Jacquard et Reeves, en effet.
    Par ailleurs, quelles sont les «vraies affaires» dont devrait parler un intellectuel? Quel rapport peut-il y avoir entre ses «vraies affaires» à lui (science, sciences humaines, littérature, éthique, politique), en tant qu'aventurier de l'esprit, et les «vraies affaires» des cotes d'écoute et du temps alloué?
    Enfin, la question du langage (ou de l'épistémologie): comment arriver à poser les questions difficiles de la société contemporaine sans un minimum de culture partagée (histoire, concepts, langue, etc)? »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    lundi 25 février 2008 11h02
    L'oeuvre au noir*
    « * Titre d'un célèbre roman de Marguerite Yourcenar

    Bonjour M. Robitaille

    L'intellectuel est par essence même un esprit libre. Jadis, l'Université accueillait ces esprits en ses murs dans le but de les protéger de leurs ennemis et détracteurs. À cette époque, l'université n'était pas encore remplie de carriéristes, mais bien d'intellectuels publics forcés de s'y réfugier pour échapper à la censure. Le seul but qui les animait était la découverte de nouvelles connaissances et leur transmission. Ils ne faisaient pas oeuvre d'utilité et de mercantilisme, comme c'est le cas aujourd'hui et comme on a encore pu le constater dans le Devoir de la fin de semaine où un cahier était entièrement consacré à l'université utile, mais bien oeuvre d'audace et de curiosité intellectuelle. Qu'on ne se le cache pas, il faut de plus en plus faire oeuvre d'utilité pour être accueilli dans le cénacle universitaire, car pour être publié, écouté et diffusé, il faut être commandité. L'université n'échappe pas à ces exigences du marché qui guident toutes ses décisions les plus stratégiques.

    Non seulement l'université souhaite plus d'argent, mais en plus, elle souhaite plus de visibilité, celle-ci étant devenue un important bras de levier pour recruter un nombre toujours plus grand d'étudiants et en conséquence, recevoir des subventions plus importantes. C'est donc moins la qualité de la pensée qui ouvre les portes de l'université que la notoriété et l'aptitude à attirer le regard sur celle-ci.

    Lorsqu'on voit une multitude de personnages politiques l'envahir, c'est sûrement moins pour leurs connaissances que pour leur capacité à mobiliser rapidement les médias. Il est plus facile pour d'anciens politiciens d'obtenir trois tribunes différentes dans une même journée, que pour un obscur intellectuel d'obtenir une seule colonne dans un journal au cours de toute une année. Comme à Hollywood, le glamour est devenu plus payant que l'intelligence. Les universités ont compris cette nouvelle contrainte et l'exploitent de plus en plus habilement.

    On le voit, si l'intellectuel public est absent des débats, c'est parce qu'il n'est pas payant, il ne rapporte rien à court terme qui puisse être «utile» selon les nouveaux critères de performance des universités. Vaut mieux un amuseur public qui rapporte, qu'un dangereux intellectuel public dont les idées audacieuses et révolutionnaires choqueront et feront fuir les commanditaires et généreux donateurs!

    Le véritable intellectuel, celui qui critique et remet en question les paradigmes dominants, n'a plus sa place à l'université tout simplement parce qu'il n'a pas de place dans le marché. Et si d'aventure ses critiques sont publiées, elles ne trouveront probablement jamais aucun écho chez les élites intellectuelles déjà établies et en conséquence pourront difficilement influencer le marché. Pour cette raison, la meilleure façon de tuer un intellectuel, c'est de tout simplement ignorer ses idées, de faire comme ce s'il n'avait rien dit ou rien écrit, d'agir comme s'il n'existait pas.

    Cependant, pour que cette forme de censure soit vraiment efficace, il faut non seulement ignorer les nouvelles idées et leurs messagers, mais en plus, il faut donner tout l'espace public à ceux qui représentent le mieux la pensée officielle accréditée par les universités, les médias et leurs commanditaires officiels. Pour cette raison, lorsque vous ouvrez votre journal, votre TV, votre radio, vous voyez toujours les mêmes personnes avec les mêmes idées. Voilà ce qui tue les intellectuels.

    Sans université, sans éditeur, sans journal, sans canal officiel pour diffuser sa pensée, l'intellectuel est absent de l'espace public et ne peut donc susciter de nouveaux débats. Si les animateurs de radio et de télévision avaient vraiment les moyens de leurs ambitions comme une des plus renommées l'affirmait récemment lors d'une émission de désinformation, il y aurait beaucoup plus souvent de nouveaux visages et de nouvelles idées pour alimenter les débats sur la place publique.

    En donnant toujours la parole aux mêmes personnes, on s'assure que ceux qui ont de nouvelles idées ou contestent l'ordre établi n'auront pas trop de place. À chaque fois qu'on donne une colonne entière d'un journal à un membre de l'élite en place, c'est un espace de moins pour la pensée libre. On vend peut-être plus de copies, mais on diffuse forcément moins de nouvelles idées.

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Mario Tremblay
    Abonné
    lundi 25 février 2008 11h07
    Pour M. Julien
    « C'est beau l'épistémologie, mais de là à pondre des thèses de maîtrise ou de doctorat en inventant un vocabulaire de toutes pièces, spécialité de la langue américaine, pour laisser croire qu'on vient d'inventer un nouveau concept... alors qu'une fois compris, si c'est possible (sic), on se rend compte qu'il n'y a là rien de nouveau, et que tous les mots pour le décrire existaient déjà!
    Trop de monde dans les universités, c'est pourquoi il faut niveler par le bas! »

  • Nicholas Cerminaro
    Inscrit
    lundi 25 février 2008 18h01
    Trop pessimiste
    « M. Robitaille,

    Je suis d'accord avec certains des constats de M. Jacoby en ce qui concerne l'effet pervers que l'expertise et la sur-spécialisation peuvent avoir sur le débat public, notamment en disqualifiant l'intervention des « néophytes » en réservant le débat à certains « spécialistes » qui eux seuls contrôlent le langage qu'on y utilise, ce que vous nommez habilement la spirale de l'expertise et du jargon.

    M. Jacoby n'est toutefois pas le seul à déplorer la situation. Un de nos meilleurs « intellectuels publics » canadiens, John Ralston Saul, s'insurgeait contre cette même forme de dictature en 1992 dans son excellent ouvrage Voltaire's Bastards: The Dictatorship of Reason in the West.

    Cela dit, il y a encore une effervescence d'intellectuels qui prennent position et qui influencent le débat public, tant aux États-Unis qu'au Québec, et je crois humblement que M. Jacoby est trop rapide à disqualifier la contribution d'internet.

    N'en déplaise à M. Jacoby, celui qu'il critique-le professeur Posner-en est d'ailleurs un bon exemple. Que l'on soit d'accord avec ses prises de position ou non, son imposante bibliographie témoigne de sa contribution tant à la science du droit qu'à la vulgarisation juridique en passant par l'analyse économique de la sexualité. Voilà décidément quelqu'un qui n'a pas peur de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Il faut aussi mentionner qu'à 69 ans, Posner contribue régulièrement à divers blogues (dont celui sur Slate.com) et tient même un débat déroulant avec un collègue économiste (Gary Becker) sur des sujets aussi variés que le financement des universités, la philanthropie et l'immigration.

    Et comment passer sous silence l'influence du professeur Paul Krugman, de l'université Princeton, qui tient une chronique semi-hebdomadaire dans le New York Times (et un blogue : The Conscience of a Liberal).

    D'autres exemples américains : Jared Diamond, professeur de physiologie à UCLA, à la fois champion dans sa discipline et dans la vulgarisation et Lewis Lapham, maintenant à la barre du Lapham's Quarterly, contributeur aux débats de société tant par ses écrits que par son émission de radio et, évidemment, son site internet.

    Au Québec, on a qu'à penser à Stéphane Dion, Benoît Pelletier, Daniel Turp, Léo-Paul Lauzon, Jocelyn Coulon, Jean-François Lisé, Charles Taylor, etc. Voilà des universitaires qui s'impliquent activement dans le débat public.

    Pour en finir avec tout ça, je vous mentionne simplement l'existence du site web big think, un genre de YouTube des idées, qui bénéficie de l'appui de Lawrence H. Summers, l'ancien président de l'université Harvard. Le potentiel de ce genre d'outils ne sera limité que par notre imagination.

    M. Jacoby à sans doute raison que certains professeurs carriéristes ne songent qu'au titulariat, mais cela est-il vraiment différent de ce qui se passait il y a 40 ans? Peut-être faudrait-il que M. Jacoby regarde aux bons endroits. »

  • Cécilien Pelchat
    Abonné
    lundi 25 février 2008 18h35
    Une tour de Babel ? Tahcl@cite.net C.Pelchat
    « Avec le développement de la pensée humaine et des idées au cours des siècles,il falLait s'attendre à une saturation des esprits que je crois nous avons atteint depuis bien longtemps. Il se publie tellement de livres,revues,thèses qui prétendent avoir découvert du nouveau que le lecteur doit se montrer plus sagace que l'intellectuel qui prétend qu'il pense du nouveau.Ce qui me désole dans ce foisonnement quasi infini d'expressions écrites dans toutes sortes de média,c'est l'incapacité du lecteur moyen à choisir ce qui lui convient et qui contribuerait à enrichir sa connaissance.
    Puis,il y a dans les média écrits une telle confusion des genres qu'il devient quasi impossible à ce lecteur d'opérer un tri efficace dans les valeurs que ces écrits véhiculent.Exemple:écoutez un bulletin télévisé débité à une cadence moyenne d'un topo par minute où se succèdent 1-un accident routier;2-la dernière frasque de Sarcozy;3-l'annonce anticipée d'élections;4-le décès d'une vedette droguée,etc,etc. Et vous avez là la meilleure recette de nivelage des priorités de compréhension qu'un humain normal ne peut soutenir longtemps. Aujourd'hui,tout est égal à rien ! Une idée en vaut une autre.Une religion en vaut une autre.Nous sommes tous égaux et un homme en vaut un autre.Et l'homme et la femme sont égaux.Après une telle tour de Babel intellectuelle,essayez d'hiérarchiser les idées et surtout leur conséquences.Puis enfin,il y a ce langage hermétique dont s'affublent tous ceux qui se prétendent experts en quelque domaine et qui dominent le reste du monde de leur vide de connaissance véritable. 90%,à mon humble avis,de tout ce qui se publie et s'écrit,aurait dû rester dans l'inconnu et le monde ne s'en porterait pas plus mal.
    ``NIHIL NOVUM SUB SOLE `` »

  • Michel Thibault
    Abonné
    mardi 4 mars 2008 12h53
    Les intellectuels existent encore
    « Ceux ainsi dénommés, parce que vraiment libres n'ont pas peur de leurs opinions. Ils se tiennent loin des mondanités parce que celles-ci ne correspondent pas à leurs valeurs. Il en est de même pour leurs connaissances. Ils veulent les partager pour apporter plus de justice sociale. Ils doivent d'abord inspirer la confiance. Envers et contre tous, ils doivent compter sur leurs propres moyens. Internet est, pour eux, un outil prodigieux permettant de faire entendre leur voix. En ce sens nous partageons l'avis de monsieur Cerminaro selon lequel les propos de l'interviewé sont trop pessimistes. »

  • Denis Beaulé
    Abonné
    dimanche 9 mars 2008 03h10
    Lorsqu'écouter fait mieux, tellement mieux...
    « « Les phénomènes comme les blogues, s'ils peuvent, dans un pays totalitaire, servir la liberté, ne font, dans les pays où il y a liberté d'expression, "qu'ajouter à la cacophonie". Tout le monde s'exprime, personne n'écoute. »

    Dans l'édition de ce week-end du Devoir (8 mars), Jean-Paul L'Allier complète admirablement, à sa façon, originalement, ce diagnostic, en ajoutant à la médication appropriée à ce genre d'écueil -- « plutôt que parler, il faut écouter », du fait qu'« Une meilleure compréhension de l'un et de l'autre permet d'éliminer les préjugés » --, que « la meilleure façon de réussir, c'est de faire plus [de] ce qu'on sait faire le mieux ».

    Quoi de plus vrai : n'est-ce pas par nos savoirs, savoir-faire ou talents propres qu'on peut le mieux produire ou rayonner, tout en se marrant et s'épanouissant optimalement ? Ç'aura été un excellent maire - ce L'Allier - et l'on voit encore pourquoi : il a du sens, du jugement, de l'aplomb et de l'«insight». »

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