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Je me souviens de Février 68

Fabien Deglise   22 février 2008  Société
«On ne s'attaque pas au pouvoir en le discutant. On fesse dedans.» «À force de dialoguer, on finit par se faire fourrer.» «À bas les professeurs. La race est à régénérer.» «L'université est un fief de notables qui alimente une société de notables»; elle «forme des serviteurs soumis de la société industrielle antidémocratique». «À bas l'enseignement imbécile par des imbéciles.»

À la lecture de ces énoncés, Louise Harel rigole à l'autre bout du fil. «Ça me fait rire, lance-t-elle. À l'époque, on n'y allait pas avec le dos de la cuillère. Le politiquement correct n'existait pas. Ce n'était pas qu'un peu cru.»

L'époque en question est lointaine. Mais la députée péquiste d'Hochelaga-Maisonneuve tente malgré tout «de la reconstituer» au fil de cette énumération de revendications sulfureuses qui ne lui sont pourtant pas étrangères... puisqu'elle les a signées.

C'était il y a 40 ans exactement, dans le froid hivernal de février 1968. Avec neuf de ses collègues étudiants en sciences sociales à l'Université de Montréal, Mme Harel, alors étudiante en sociologie et vice-présidente de l'Union générale des étudiants du Québec (UGEQ), rend alors public un manifeste corrosif désormais passé à l'histoire.

Son titre a des volutes subversives: Université ou fabrique de ronds-de-cuir. En 35 pages, il marque sans doute un point de rupture en exprimant sur papier, certainement pour la première fois, un profond malaise qui prend forme dans les jeunes esprits de l'époque depuis quelques mois. En continuant de percoler parmi toute une génération au cours des mois suivants, ce malaise mènera finalement le Québec au coeur des événements de septembre et octobre 1968, le «Mai 68» d'ici.

«À ce moment [février 1968], on commençait à nommer les choses», lance Louis Favreau, un autre signataire de ce manifeste, aujourd'hui titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), qui s'étonne de voir resurgir sa prose d'étudiant en sociologie 40 ans plus tard. «Ce manifeste est donc une des rares expressions écrites d'un mouvement qui, jusque-là, n'avait pas écrit beaucoup de choses.»

Exprimer l'écoeurement

Illustrées en page couverture d'une caricature sans équivoque signée par un dénommé Dupras — on y voit un âne enseigner des «hi-han» à d'autres ânes endormis ou dissipés —, les intentions de ce groupe d'étudiants rassemblés autour d'un certain Roméo Bouchard, alors rédacteur en chef du journal étudiant Quartier latin, sont claires: «Nous avons tenu nous aussi à parler pour dire ce que tout le monde ressent: l'écoeurement, mais aussi le désir de bâtir», écrivent-ils dans les premières pages. «Le problème est dans l'air, ça craque à l'Université. Personne ne peut prédire quelles actions collectives vont faire bouger la baraque... Une chose est certaine, c'est que tout le monde verbalise.»

La suite, fortement datée, est sans surprise. On y remet en question les cours magistraux, des «méthodes d'éducation en vogue au Moyen Âge et avant». On y questionne les effets pervers de la «société capitaliste nord-américaine» qui induit des valeurs de compétition entre individus où «le plus gros l'emporte». On montre du doigt le professeur, «ce pauvre mec» qui «se prend pour un autre» et «ne roule jamais en minoune ou en petit chevrolet [sic]», et on dénonce cette «usine» qu'est l'université, «qui doit permettre d'étoffer l'establishment et former celui de demain».

Joint par téléphone à Saint-Germain-de-Kamouraska, Roméo Bouchard, fondateur et ex-président de l'Union paysanne, commente: «Je trouve qu'on était bons. On était audacieux», dit-il. Il se souvient aussi: «On croyait à l'éducation mais aussi au fait qu'il fallait faire éclater la morale qui pesait à l'époque. Nous étions aussi au début de la société de consommation et nous avons eu le réflexe de dire que cette révolution allait tous nous abrutir. Mais finalement, elle nous est passée dessus.»

À la croisée des influences

L'homme est lucide. Il est aussi formel en ce qui a trait aux sources d'inspiration qui l'ont mené, lui et ses camarades de l'époque, à poser les bases d'une révolte avec ce manifeste: «On s'alimentait à la contre-culture américaine et à des mouvements qui venaient de Berkeley [l'Université de la Californie], dit-il. Mes grands inspirateurs à l'époque, c'était [Jerry] Rubin et [Abbie] Hoffman [qui ont orchestré la révolte étudiante américaine sur fond de guerre du Vietnam et de relents de ségrégation]. C'était aussi Herbert Marcuse [chantre de l'éclosion du désir et de l'abolition du travail aliénant, qui vivait également en Californie] et bien sûr Wilhelm Reich [l'homme derrière la théorie de l'orgasme et l'appel à la révolution sexuelle], dont je diffusais largement la pensée.»

Toutefois, à l'autre bout de la province, en Outaouais, le regard posé sur cette tranche d'histoire diffère un peu. «Berkeley, on regardait ça de loin, assure Louis Favreau. C'est surtout l'Europe qui nous inspirait. À ce moment, beaucoup de jeunes allaient étudier en France, où ils ont été en contact avec les mouvements de contestation français» et les idées révolutionnaires d'un certain Daniel Cohn-Bendit.

Un manifeste, deux points de vue. Mais le bilan n'en demeure pas moins unanime: «Il y a un côté naïf et idéaliste», dit le professeur d'université avec le recul. «Rien n'était vraiment structuré, ajoute le porte-étendard de la paysannerie québécoise et des régions. Et comme tout mouvement, nous avons été récupérés. Au final, même si nous avons fait entrer des marques de liberté dans la société, la consommation [largement dénoncée par la jeunesse de 1968] a plus fait sauter cette société que nous autres.»

Amusant mais toujours actuel

L'analyse fait sourire l'ex-président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard St-Amand, tout comme le contenu de ce reliquat de contestation que Le Devoir lui a transmis pour lecture et commentaires. «Le ton est amusant, dit l'étudiant en économie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). On parle d'abolir et de s'approprier le moyen de production académique pour lutter contre la reproduction de la bourgeoisie. C'est très révolutionnaire. Quand on voit où les gens [qui ont signé ce manifeste] sont rendus, on constate qu'ils ont été finalement absorbés par la machine qu'ils dénonçaient»... délaissant du même coup des projets exprimés dans ce document et qui, 40 ans plus tard, pourraient toujours être pertinents, selon lui.

«La volonté des étudiants de s'approprier le milieu universitaire est toujours là, poursuit M. Bouchard St-Amand. La structure aristocratique du monde académique aussi. Quand aux universités, comme exprimé en 1968, elles pourraient certainement avoir de meilleures pratiques de gestion.» Cependant, air du temps oblige, si on devait récrire un tel document aujourd'hui, il faudrait «consacrer plus de place aux questions environnementales», poursuit-il.

Roméo Bouchard le croit aussi. Et il se dit prêt à poser encore une fois sa griffe sur un tel document 40 ans après avoir quitté sciences po. «C'est toujours par l'éducation que se régénère une société. Et quand on va avoir collectivement débandé sur la santé — en s'étant aperçu que c'est par l'environnement et par la prévention que les problèmes peuvent se régler —, eh bien, on va revenir à la base: l'éducation. Car un peuple instruit ne reste pas asservi longtemps», conclut le septuagénaire, qui prouve du même coup que chez certains révolutionnaires, quatre décennies ne suffisent visiblement pas à faire disparaître les germes d'une révolution.






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  • Jean-G. Lengelle
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 03h10
    La version de Jacques Brel est tout aussi appropriée... et tout aussi actuelle
    « Le coeur bien au chaud
    Les yeux dans la bière
    Chez la grosse Adrienne de Montalant
    Avec l'ami Jojo
    Et avec l'ami Pierre
    On allait brûler nos vingt ans
    Voltaire dansait comme un vicaire
    Et Casanova n'osait pas
    Et moi, moi qui restait le plus fier
    Moi j'étais presque aussi saoul que moi
    Et quand vers minuit passaient les notaires
    Qui sortaient de l'hôtel des "Trois Faisans"
    On leur montrait notre cul et nos bonnes manières
    En leur chantant

    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient bête
    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient c...

    Le coeur au repos
    Les yeux bien sur terre
    Au bar de l'hôtel des "Trois Faisans"
    Avec maître Jojo
    Et avec maître Pierre
    Entre notaires on passe le temps
    Jojo parle de Voltaire
    Et Pierre de Casanova
    Et moi, moi qui suis resté le plus fier
    Moi, moi je parle encore de moi
    Et c'est en sortant vers minuit Monsieur le Commissaire
    Que tous les soirs de chez la Montalant
    De jeunes "peigne-culs" nous montrent leur derrière
    En nous chantant

    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient bête
    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient c... »

  • Arianne Colin
    Inscrite
    vendredi 22 février 2008 06h03
    l'incohérence en modèle
    « Je souris avec plus d'amertume que d'amusement.

    Sur ce ton gentiment taquin, cherche-t-on à nous donner comme modèles (je parle pour moi aussi, j'ai 24 ans) des jeunes exaltés qui, passé l'âge de raison, ont écrit des sottises pour les renier juste après?

    Je ne veux pas de modèles qui ont eu le beure et l'argent du beurre. Etre radical sans être cohérent, c'est de la blague.

    Or, la cohérence, ça se paie. Ce n'est pas ceux-là qui nous le rappelleront, ni maintenant ni au moment de voter courageusement à un référendum, ni au moment de faire de véritables gestes de solidarité internationale (remmettre la dette à l'Afrique par exemple, ou lutter pour vrai contre le réchauffement planétaire).

    Gauvreau ou Giguère refusant le prix du gouverneur général, c'était cohérent. Parizeau s'opposant à la ZLEA, c'était cohérent. Je manque d'exemples. En manquerait-on au Québec? Ou n'aurait-on pas plutôt tendance à ne pas les voir? En réalité, j'en connais d'autres dont personne ne parle.

    Il y en avait peut-être parmi les signataires de ce manifeste. Est-ce parce que ça "fait mieux" qu'on cite ici ceux qui ont écrit vite, puis plus ou moins renié leurs idéaux pour le confort et la considération sociale? »

  • Roger Lapointe
    Abonné
    vendredi 22 février 2008 06h57
    On est loin des soumis de l'ADQ !
    « J'ai connu cette époque exaltente et génératrice de changements politiques et je m'en ennuie aujourd'hui. »

  • Stéphan Gauvin
    Abonné
    vendredi 22 février 2008 07h11
    A votre place je pleurerais.
    « Encore la faute de l'autre, la machine cette fois-ci est le responsable. Vous avez vécu en vous croyants meilleurs que vos prédécesseurs mais vous avez fait pire qu'eux, pas de remise en questions sur vos actes et en plus vous riez de celà. Pourquoi riez-vous? Vous pouvez rire car maintenant votre vie est faite vous n'avez plus a vous souciez de votre avenir. Le pire vous empêchez les prochaines générations de changer ce que vous croyez parfait. Juste a voir ce qui se passe présentement. Mon espoir c'est qu'on va se souvenir de votre passage et de vos actes. Les oeuvres que vous croyez bonnes l'on effectivement été pour vous, mais pas nécessairement pour les future générations celà on va s'en souvenir. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 22 février 2008 07h19
    Infotainment.
    « À l'époque, ils ont réagi parcre qu'ils avaient encore un minimum de culture. De nos jours, avec la pauvreté analytique et de connaissances que nous lisons dans les journaux, rien de tel est possible désormais. Une page, et c'est indigent comme pensée (cf à l'édito de madame Payette); une autre, et on nous parle de révolutionaires; une autre, et on nous parle de 4X4 et de leurs qualités. Où est la crédibilité informative d'un journal? On se croirait chez Cosco ou c'est de "l'infotainment". »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    vendredi 22 février 2008 09h02
    Plus ça change...
    « Nonobstant le respect que l'on doit à M. Roméo Bouchard, il est tout de même ironique de constater que son assertion à l'effet "qu'un peuple instruit ne reste pas asservi longtemps" n'a pas empêché de nombreux "pseudo-révolutionnaires soixante-huitards" de renier leurs credos d'antan en se "positionnant" confortablement dans ces postes d'autorité, gouvernementaux ou autres, tant honnis au temps de leur prime jeunesse... »

  • andré michaud
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 09h29
    Le romantisme révolutionnaire
    « Je dois avoué avoir déjà eu aussi comme "religion" le romantisme révolutionnaire; tous les travailleurs sont de pauvres victimes et tous ceux qui ont de l'entrepreneurship sont de sales profiteurs, toute autorité est à détruire, tout les citoyens ont la même valeur, les étudiants devraient s'évaluer eux-mêmes etc...et ont s'imagine que l'on va réinventer la roue!

    La vie nous apprends que une éducation exigeante et le sens de l'entrepreneurship sont la base de l'économie; il faut créer de la richesse pour pouvoir se payer des services publiques. Les bs aptes au travail n'ont pas le droit au parasitisme à vie.Parmi les travailleurs il y en a des paresseux, souvent le petit propriétaire d'une entreprise est celui qui travaille le plus dans son entreprise. Les syndicats (du moins au Québec) sont paternalistes et moralisateurs, mais les chefs de centrales ont peur de la démocratie et de se faire élire par la base, et considèrent un appui de 20% des membres comme un mandat fort...

    La vie nous apprends à départager les illusions et la réalité. Le romantisme révolutionnaire ne fut qu'une religion remplacant à la religion catholique. Une religion donc les croyants étaient sur de posséder le monopole de savoir ce qui est bien, et se permettre d'excommunier ou mépriser ceux qui ne partageaient pas les mêmes valeurs. Le FLQ ne reconnaissait pas les choix démocratiques des citoyens du Québec, par prétention et mépris de ceux qui pensent différemmment.Victor Levy Beaulieu est hélas un exemple de ceux qui sont resté fidèle à cette religion qui comme toutes les religions tient de la prétention et veut imposer son paternalisme ou maternalisme moralisateur. »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 09h43
    Avant les années '60,
    « Si vous vouliez terminer votre cours classique, il fallait démontrer que vous étiez un bon catholique. Il fallait être hypocrite et faire semblant, si non, vous n'étiez pas autorisé à vous présenter aux examens du bac. Si vous faisiez semblant de vouloir devenir prêtre, vous étiez à peu près sur depasser vos examens.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 09h49
    Les années '60
    « Après la chute des études classiques, si vous vouliez passer vos examens dans les matières associées aux sciences humaines, il fallait démontrer que vous étiez un bon socialiste. Et si démontriez que vous étiez un bon souverainiste, ça aidait. Conclusion, plus ça change, plus c'est pareil.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • Line Bastrash
    Inscrite
    vendredi 22 février 2008 10h37
    À votre place, je changerais le monde
    « À toutes les époques, la révolte et le désir de changer le monde ont toujours été le propre de la jeunesse. Ça ne sert à rien de dénoncer l'immobilisme et le désengagement de la génération qui nous a précédés.

    Bien peu garderont en vieillissant cet esprit de révolte et poursuivront leur lutte contre l'injustice sociale, la société matérialiste ou l'exploitation capitaliste - à part quelques vrais révolutionnaires comme Bill Clennett, Roméo Bouchard, Léo-Paul Lauzon ou Michel Chartrand!

    Cela relève de l'ordre des choses et de l'usure du temps*, car il faut bien aussi faire sa vie, ce qui se résume trop souvent à "perdre sa vie à la gagner".

    La différence avec aujourd'hui, c'est qu'à l'époque (fin des années 60), les jeunes avaient aussi l'avantage du nombre, baby-boom oblige. L'autre différence, c'est la conscience environnementale, qui est beaucoup plus aiguë chez la nouvelle génération qu'elle ne l'était à l'époque.

    * Comme le rappelle cette citation (attribuée par certains à Winston Churchill, par d'autres à George Bernard Shaw, Bertrand Russell ou Mark Twain!):

    "Si vous n'êtes pas de gauche à vingt ans, c'est que vous n'avez pas de coeur. Si vous n'êtes pas de droite à quarante, c'est que vous n'avez pas de cerveau !"
    (traduction libre de :
    * "If you are not a liberal when you are young, then you have no heart. If you are not a conservative when you are old, then you have no brain.") »

  • Jason Brushey
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 11h02
    Plus ça change... plus on passe à autre chose
    « Ce que je retiens de ce texte est que le passage à la vie étudiante, et par conséquent les préoccupations étudiantes, sont éphémères. Ensuite, on passe à autre chose. J'ai présidé une association étudiante en 2005 lors de la campagne des $103 millions et je croyais à ce que nous faisions. Aujourd'hui, j'ai une famille, une carrière, et d'autres préoccupations. Mes préoccupations actuelles prennent de plus en plus de place.

    Le mouvement étudiant a toutefois sa place dans la société québécoise, il est essentiel. Il se doit de militer pour les préoccupations des étudiants québécois, qu'elles soient d'ordre financières ou plus fondamentales. Il se doit également de militer afin de ne pas subir les répercussions de décisions de gestion n'escomptant pas les résultats prévus, je prends l'Îlot Voyageur à titre d'exemple actuel.

    Je ne crois donc pas que ceux qui « se positionnent confortablement dans ces postes d'autorité, gouvernementaux ou autres » renient quoi que ce soit; je crois plutôt qu'ils passent à autre chose, après avoir osé s'impliquer dans un mouvement dont les valeurs s'apparentaient aux leurs.

    Jason Brushey
    Étudiant à la maîtrise en gestion de projets
    Membre étudiant de l'Assemblée des gouverneurs de l'Université du Québec »

  • Louis Favreau
    Abonné
    vendredi 22 février 2008 11h11
    Le manifeste et le mouvement de 1968 a-t-il donné quelque chose?
    « Le Devoir par son journaliste Fabien Deglise m'avait posé la question en entretien téléphonique: le manifeste et le mouvement de 1968 a-t-il donné quelque chose? J'ai répondu OUI: 1) il a d'abord donné l'impulsion au développement au Québec d'une université publique constituée en réseau et ancrée dans plusieurs régions, le réseau UQ. Autrement dit ce mouvement qui réclamait aussi l'accès aux études supérieures des premières générations venues des CEGEP en a favorisé la démocratisation; 2) si on compare les modes d'enseignement, les formes diversifiées de la recherche, les modes de gestion de ce réseau avec les universités traditionnelles, c'est beaucoup moins hiérarchique à bien des points de vue. Autrement dit ce réseau a opéré un changement institutionnel important favorisant une influence plus significative des étudiants dans les programmes, des professeurs dans le développement de l'université et des chercheurs avec le milieu d'appartenance de leur université. C'est en devenant professeur dans une université de ce réseau (en Outaouais), 15 ans après avoir étudié à l'Université de Montréal, que j'y ai vu toute la différence. »

  • Jacques Desrosiers
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 11h21
    Ah les révoltés !
    « Pour croire, bien naïvement, que les soixante-huitards sont d'anciens révoltés devenus de bons bourgeois qui ont cherché et obtenu pouvoir, considération sociale et tout le tra-la-la, il faut justement croire qu'à vingt ans ils étaient vraiment révoltés.

    Il fallait les voir, ces pseudo-révolutionnaires, en novembre 68, un mois après la révolte étudiante, rempaqueté vite leurs banderoles et leur slogans pour se dépêcher d'aller chercher diplôme, médailles et gros salaires.

    Rien qu'à les voir sourire aujourd'hui en évoquant tendrement cette époque, vous voyez bien qu'ils se sont amusés et que cette prétendue révolte n'était en réalité qu'un gros "party". Dans ces universités et cette société qu'ils prétendaient contester, ils étaient heureux comme des poissons dans l'eau.

    Pas étonnant qu'aucun d'entre eux n'aient rien fait finalement. Ils n'avaient pas l'intention de changer quoi que ce soit à rien.

    Salutations au lecteur qui a évoqué Gauvreau et Giguère. »

  • Jean-Simon Voghel Robert
    Abonné
    vendredi 22 février 2008 11h53
    Un peuple instruit ne reste pas asservi longtemps?
    « Un peuple instruit dans les institutions que nous avons présentement est tout ce qu'il y a de plus asservi. L'école est devenue l'église des temps modernes qui inculque le mythe de l'instruction et du progrès sans fin. Au lieu de l'image rassurante d'un paradis après notre enfer terrestre, nous avons le mythe d'un paradis de consommation après des études prolongées et aliénatrices. C'est désespérant de voir où sont rendus les valeureux contestataires de l'époque, comme quoi l'école à vraiment bien réussi son coup.
    À bas le Statu Quo »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    vendredi 22 février 2008 11h56
    Roméo, Léandre, Victor-Lévy et les autres
    « Bonjour M.Deglise,

    Léandre Bergeron explique dans le documentaire qui lui est consacré, qu'il a quitté Concordia parce qu'il a préféré la misère et la pauvreté au collier universitaire. Nous ne sommes pas loin de la fable du chien et du loup. Roméo Bouchard n'aurait probablement jamais développé la vision qu'il a du pays s'il avait choisi d'y faire carrière et VLB aurait gaspillé tout son talent s'il s'était soumis au dogme de la multitude d'écrivains ratés qui continuent à y sévir.

    Pendant ce temps là, loin d'avoir changé, les universités se sont mises à récupérer tous les vieux croûtons et «has been» de la politique, pour reprendre la désormais célèbre expression de Louise Harel. Depuis qu'ils sont devenus des «Universitaires» avec un grand «U», il n'y a pas une journée qui passe où ils ne nous cassent pas les oreilles à la TV, à la radio ou sur le net où ils occupent de plus en plus d'espace.

    Quand ils n'ont pas déjà leurs chroniques dans les journaux où un rien anime leurs plumes, ils s'arrogent le droit de parler de tout, y compris de ce qu'ils ne connaissent pas, étant maintenant devenus par génération spontanée de savants professeurs d'université que nous sommes obligés d'écouter, cela n'étant pas sans nous rappeler les sermons que nous livraient les curés du haut de leurs chaires le dimanche.

    Après ça on se demande pourquoi l'Université va si mal. Qu'on ne se trompe pas, tous ses faux curés, ne sont pas payé pour faire de la recherche, mais bien du prêchi-prêcha dans tous les médias, à propos de tout ce qu'ils n'ont pas fait ou oser faire quand ils avaient le pouvoir. Vous remarquerez, leur nom est toujours associé à leur prestigieuse institution, une nouvelle forme de promotion qui sévit de plus en plus dans le monde universitaire et qui justifie leur salaire!

    Je préfère Léandre, Roméo ou VLB, aucun collier ne les étrangle.

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Paul Verreault
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 14h43
    Solidarité
    « Je me rappelle aussi qu'à cette époque il y avait une solidarité collective certaine, souvent même avec la génération de nos parents. Par exemple, plus tard un peu, l'idée d'un "ticket modérateur" en santé n'avait pas la cote des jeunes car nous voyions tout de suite que cela faisait payer les malades, déjà démunis à cause de leurs maladies. Les adéquistes aujourd'hui, plus riches que nous à cette époque, grâce à nos luttes solidaires, n'ont pas développé ce réflexe de penser aussi à la collectivité. Ils ne pensent même pas que plus tard, ce seront eux les malades, les démunis, car comme nous, seulement un certain nombre d'entre eux auront réussi à s'enrichir honteusement à même leur société, et ils seront moins nombreux à résister à la loi du capitalisme sauvage, la loi de la jungle, où seule une minorité vivra grassement sur le dos d'une majorité pauvre qui se sera tiré dans le pied. »

  • Gabriel Rompré
    Inscrit
    vendredi 22 février 2008 14h51
    Pier-André Bouchard St-Amand
    « C'est absolument absurde de faire commenter un manifeste révolutionnaire par l'ancien président d'une organisation (La FEUQ) fondée justement sur le rejet de toute forme radicale de contestation (entre autre la grève générale étudiante).

    On peut penser ce qu'on veut de cette organisation, mais l'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante est très clairement l'héritière du mouvement radical étudiant des années 60. Je trouve domage que Le Devoir, un journal sérieux, isole systématiquement ce joueur important du milieu universitaire et collégial. J'aurais bien aimé lire LEUR commentaires. »

  • Diane Labbé
    Abonné
    dimanche 24 février 2008 23h12
    Plus on s'instruit......!
    « Plus on s'instruit, plus on contrôle. C'est ce qui a été compris à la fin des années soixante. Ainsi, la richesse s'ensuit sans trop d'effort. Il résulte de cela l'État providence et la société "no fault" comme fondement de conduites individuelles irresponsables et incohérentes. C'est toujours la faute des autres, toutes les opinions sont bonnes, toutes les actions et les activites sont acceptables.
    Ne reste plus qu'à abolir la sanction. Ne reste plus qu'à judiciariser la relation professeur-élève au détriment de la relation pédagogique qui devrait former le coeur et l'esprit. Ne reste plus qu'à confier des milliers d'enfants à l'État pour les protéger de parents inaptes. Ainsi seront façonnés les ressources humaines, cancres utiles au fonctionnement de la bêtise, de la fraude et de l'incompétence instutionnalisées. Il suffira de les maintenir dans un esclavage de consommation par conditionnement publicitaire et de marketing pour qu'ils demeurent des fainéants fonctionnels et extasiés à qui l'on fait croire que la liberté d'imitation et d'expression est plus importante que la liberté de penser. C'est pourquoi chaque jour et chaque soir il sont des milliers, et le dimanche soir des millions, à réclamer pour leurs neuronnes, dans un grand rire collectif jaune et fade, l'opium audio-télévisuel du peuple.

    Les humains ont souvent tendance à reproduire ce qu'ils dénoncent. Heureusement, la boule en a vu d'autres et continue sa rotation. »

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