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Questions d'image - Oversarkose

Jean-Jacques Stréliski   18 février 2008  Société
Un nombre grandissant de Français seraient atteints de sarkoze obsessionnelle.
Photo : Agence Reuters
Un nombre grandissant de Français seraient atteints de sarkoze obsessionnelle.
Nicolas Sarkozy est-il malade? S'il ne l'est pas, on ne peut pas en dire autant de sa cote d'amour auprès des Français. Cette dernière est sérieusement atteinte. En chute libre même. Du jamais vu en si peu de temps. De l'avis de tous, classe politique, analystes, partisans ou adversaires, mais aussi... psychiatres, il y a de quoi s'inquiéter.

Et, paradoxalement, c'est la personnalité du président due à ses ostentatoires atermoiements sentimentaux qui pose problème. Cela semble grandement déranger les Français. Pire encore, une mystérieuse contagion dont il est le gène, telle une pandémie d'un genre peu courant, frappe le pays tout entier. Cette pathologie porte également des noms dérivés; vous entendrez donc parler de sarkomanie, sarkophobie, sarkophrénie et même de... sarkose obsessionnelle.

Tandis que j'étais en train d'écrire cette chronique, le hasard m'a mené jusqu'au blogue d'un ami, avec l'effet soudain de donner à mon propos un éclairage très particulier. Communicateur hors pair, Serge Hefez est un psychiatre et un psychanalyste réputé en France, il est l'auteur de brillants ouvrages, fort bien vulgarisés.

Hefez pose un diagnostic surprenant. Un nombre grandissant de Français seraient atteints de sarkoze obsessionnelle. Cette découverte lui vint après que des patients lui eurent confessé cette obsession croissante, parce que quotidienne, pour tout ce qui touche de près ou le loin la vie de Nicolas Sarkozy. Ce qui, selon Hefez, pourrait s'apparenter à un type de névrose jusqu'alors inconnu. Si je comprends bien: les Français seraient à ce point exposés aux radiations sarkoziennes qu'une majorité d'entre eux serait même devenue hautement dépendante, allant jusqu'à friser l'oversarkose!

S'ensuit une analyse pour le moins captivante de la personnalité narcissique du plus haut personnage de l'État. Je vous invite donc vivement à lire ce blogue en vous régalant au passage du commentaire de ses lecteurs.

Les Français sont bel et bien sous le choc. Comment en effet expliquer que seulement 39 % d'entre eux lui fassent encore confiance quand cette cote était à 65 %, deux mois après son élection? Certains parlent d'un effondrement, d'autres craignent une explosion en plein vol... et même un autre divorce. Bref, comme on dit là-bas: la cata!

Bon, vous connaissez les Français! On a la protubérance verbale facile au pays de Pagnol. Et puis, ce n'est quand même pas la première fois qu'un personnage narcissique occupe le pouvoir. De Louis XIV à Napoléon, jusqu'à Mitterrand, les Français ont déjà vu neiger, comme on dit chez nous. De plus, pour se présenter et se faire élire à la fonction suprême, les présidents de la République doivent tout de même disposer d'une assez haute opinion d'eux-mêmes.

On imagine également que l'environnement royal et la pompe fastueuse dans laquelle ils évoluent aux frais de la République puissent aisément faire disjoncter quelques-uns de leurs présidentiels neurones. Et enfin jusqu'ici, les affaires d'alcôves élyséennes n'intéressaient guère le citoyen commun si ce n'est pour pimenter quelques fins de repas ou alimenter les «brèves de comptoir» — ces vérités savoureuses que l'on vous sert à loisir dans chaque bistro de l'Hexagone.

Rien ne va plus au 55, rue du Faubourg Saint-Honoré! Sarko dépasse les bornes, il cherche les caméras, puis rabroue les journalistes. Il va même jusqu'à leur intenter un procès — comme dans l'affaire du SMS à Cécilia (texto, disent les Français). Il divorce et se remarie en trois mois, se balade à Alexandrie avec un top-modèle star de la chanson, puis à Petra avec l'enfant de cette même star sur les épaules.

Il aime les yachts, les jets privés, les rockers et les stars de l'humour, les jeans, les Ray-Ban fumées, etc. Voilà qu'au nez et à la barbe de tous, il se fout des conventions. Les Français ont voté pour le changement. Ils en ont un vrai. Et pas forcément celui qu'ils avaient imaginé. Le président de la République incarne l'autorité suprême, le père de la Nation, la discipline et la stature. Il ne m'appartient pas de diagnostiquer que ce père est malade. Mais j'ai la ferme conviction que son image a besoin d'un réel traitement. Alors, forcément, son peuple guette à tout moment les signes de l'amélioration ou de la détérioration de cette image. D'où la sarkoze obsessionnelle.

Pour l'instant, les Français jugent la rupture trop profonde. Et ils lui font payer très cher dans les sondages. Le repère présidentiel est aux abonnés absents. Désormais, le président doit se mettre au travail, se concentrer sur son action politique. Il a le temps certes, mais pour le moral de tous, à qui il a tant promis, il devra relever ses manches, accomplir ce pour quoi il a été élu et reprendre, une fois pour toutes, la seule stature qui lui sied: celle de l'homme d'État. La récréation est finie. Nicolas doit devenir adulte. Il doit impérativement changer de style. Son ami, le publicitaire Jacques Séguéla, qui lui a présenté Carla Bruni, devrait lui passer un coup de fil.

Quant à mon ami psy, je lui ferai la suggestion suivante: celle d'envoyer d'urgence un texto à Sarko pour lui proposer ses services. Si ce n'est pas par conviction politique, que ce soit à tout le moins pour le bien de la nation.

Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.






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  • Denis Eschbach
    Abonné
    lundi 18 février 2008 05h58
    Un sarkophage
    « Chers amis d'Outre-Atlantique,
    Merci pour cet article!
    Il reflète assez bien le sinistre qui nous atteint tous les jours, à savoir l'acharnement de l'actuel locataire de l'Elysée à vouloir continuer d'exister!
    J'espère que les parquets de son palais sont bien cirés, et qu'il finira un jour par se casser lag'
    Mais ne rêvons pas trop...
    Plutôt que de continuer à me faire empailler en France, j'ai une forte envie d'aller me faire naturaliser chez vous!
    ....avant de succomber à l'oversarkose...
    Bien à vous »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 18 février 2008 10h23
    À voir l'image, on en oublie le fond
    « À voir l'image, on en oublie le fond.

    C'est le drame de nos démocraties (sic).
    De moins en moins démocratique et de plus en plus que de l'image.
    Combien de ligne M. Stréliski pond-il pour nous parler de l'image?
    Combien pour le fond, pour la dérive, pour la réalité de cette démocratie de l'image?

    À ne voir que la pointe, à ne discuter que de la pointe, on en oublie ce qui la supporte.
    Imaginer le danger de ne considérer que la pointe d'un iceberg. Pour un bateau, c'est le naufrage assuré. Nous sommes dans ce bateau. Ce bateau c'est "NOTRE" démocratie. On parle de l'image de Sarkozy et nous vivons avec des images. Celle de Bush, celle de Musharraf, celle de Castro, celle de Poutine, celle de Chávez, celle de Harper, celle de la Birmanie, celle de la Chine, celle du Kenya, celle du Tchad, celle de l'Afrique...

    De longues chroniques sur les images! On s'évertue à discourir sur les pointes et on ne voit jamais le dessous. Comme si seules les pointes existaient!

    À trop parler de l'image de ce Sarkozy, on en oublie les dérives graves et néfastes. Comme un retour en arrière, une dangereuse dérive.

    De conclure que Sarkozy devrait écouter les meilleurs spécialistes pour peaufiner son image et continuer de "crosser" les Français-es et le reste du monde, m'apparaît irresponsable.
    La politique, paradoxalement, n'est pas une question d'image.
    Malheureusement, c'est, bien sûr, ce que c'est devenu, mais fondamentalement, la politique est bien loin d'être une question d'image. C'est une question de principe, de valeurs, d'enjeux sociologiques importants.

    Quelle tristesse de constater que "NOTRE" démocratie nous échappe au profit des maîtres économiques qui savent s'associer aux plus grands spécialistes de la fabrication d'image.

    M. Stréliski oeuvre dans un des meilleurs secteurs aujourd'hui, celui de l'image, c'est-à-dire, de la propagande, de la manipulation de l'opinion, de la perception du monde.
    Quand Paul Desmarais a dit à son ami Sarkozy: "Mon petit bonhomme... tu es quelqu'un qui sera bien pour la France.»...
    ( http://www.cyberpresse.ca/article/20080216/
    CPACTUALITES/80215175/1019/CPACTUALITES ) et que quelques années plus tard, Sarkozy est devenu président!

    C'est là que nous constatons que toute la puissance économique de Power Corp a su dénicher les meilleurs fabricants d'images, les meilleurs psychologues de la propagande, les meilleurs «spécialistes» de l'image pour faire en sorte que le petit bonhomme soit élu!

    Quelle tristesse de constater que "NOTRE" (sic) démocratie se résume maintenant à l'image et qu'on nous passe tout ce que l'on veut, sous notre nez.
    Il faut cesser de regarder les images, il faut cesser de croire qu'il n'y a rien sous la pointe.
    Il faut s'efforcer de s'attarder au fond, aux idées, aux actes, aux politiques, à la misère, à la souffrance, aux profits indécents de certains. Il faut s'efforcer de voir sous la surface, il faut rompre notre naïveté de perception, rejeter les images et voir le fond.

    Efforçons-nous à rejeter les stratégies d'images


    Serge Charbonneau
    Québec »

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