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Leçon de choses

Marie-Andrée Chouinard   7 novembre 2007  Société
La Commission Bouchard-Taylor aura beau remuer les désirs et les insatisfactions du peuple québécois, c'est dans la cour des tribunaux que s'édicteront les limites de ce qui est accommodant et de ce qui n'est pas raisonnable.

Le jugement du Tribunal des droits de la personne, qui condamne l'Hôpital général juif de Montréal pour une pratique discriminatoire de sexualisation des postes de préposés aux bénéficiaires, en constitue un magnifique rappel. Avant de trancher en faveur de deux employées plaignantes, il devait départager entre les droits à l'intégrité, la vie privée et la liberté de religion des bénéficiaires, et le droit des employées à un traitement sans discrimination basée sur le sexe.

Il y a dans ce jugement rendu par Pierre E. Audet une superbe leçon de choses: à force de trop vouloir accommoder pour des motifs religieux, ne serait-on pas parfois en train de discriminer les accommodants?

Voilà ce qui semble être survenu derrière les murs de l'Hôpital général juif. L'institution a «sexualisé» ses postes de préposés aux bénéficiaires en instaurant deux catégories: «nurses' aide» pour les femmes et «orderly» pour les hommes. L'entente patronale-syndicale a beau s'asseoir sur le principe louable du respect des patients dans la prestation de soins intimes, elle bafoue au passage le droit des employées à l'égalité en matière d'emploi. En étant confinées à une catégorie d'emploi et interdites d'accès à une autre, les deux femmes ont en effet perdu tant en avancement professionnel qu'en revenus.

Le sentiment de départ était pourtant sincère. La cour le rappelle: lorsqu'il est question de manipulations si intimes — changer une couche, laver les patients, les préparer pour une chirurgie —, le droit au respect de l'intégrité, de la dignité et de la vie privée est indéniable.

Instaurée en tant que culture d'entreprise, cette pratique s'appuyait aussi sur des motifs religieux. Pour une portion des patients de religion juive orthodoxe soumis à la Torah et aux lois talmudiques, les contacts entre personnes de sexe différent, hors du mariage, sont considérés immoraux et sont par conséquent interdits.

Mais, comme la cour le souligne, le tiers seulement des patients de cet hôpital sont de religion juive; plus encore, seuls 13 % de la communauté juive sont associés à une pratique ultraorthodoxe renvoyant à ces proscriptions. Le juge Audet insiste surtout sur le fait que, quel que soit le motif — religieux, culturel ou thérapeutique —, le droit fondamental des patients à des soins prodigués dans la dignité et le respect ne peut aller à l'encontre du droit des préposées à un traitement égal et non discriminatoire.

Or, l'hôpital n'a pas su démontrer que ce système généralisé était nécessaire pour éviter de brimer les droits des patients. Ironiquement, il est semoncé pour n'avoir proposé... aux employées aucun «accommodement raisonnable» qui aurait éviter de brimer leur droit à l'égalité en matière d'emploi!

Ce jugement constitue un sérieux rappel à l'ordre, dont tout le monde — l'hôpital le premier, la société ensuite — doit tenir compte. À trop vouloir accommoder les uns, on finit par brimer les autres.

***

machouinard@ledevoir.com






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 7 novembre 2007 07h50
    L'intimité juive
    « Il est écrit : «Pour une portion des patients de religion juive orthodoxe soumis à la Torah et aux lois talmudiques, les contacts entre personnes de sexe différent, hors du mariage, sont considérés immoraux et sont par conséquent interdits.»

    Réponse : On avait ça aussi, les Catholiques, il y a 50 ans mais on s'est débarassé de ça et de la pratique religieuse. Le Québécois moyen n'a plus du tout peur des contacts entre personnes de sexe différent "en passant, il n'y a encore que 2 bien que de différentes dimentions".

    Fait que, on dit à nos juifs : Allez-y, ça fait pas mal, à moins que, comme les catholiques, vous avez encore un enfer où, ceux qui en profitent trop sur terre, vont y brûler, même en hiver. »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    mercredi 7 novembre 2007 08h55
    Gouvernements de pleutres...
    « Preuve éloquente que cette commission bidon, comme toutes celles de même acabit, ne sont que paravents pour des gouvernements sans épine dorsale qui évacuent leur responsabilités aux mains des juges! »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 7 novembre 2007 10h11
    Et de la Cour suprême du Canada
    « « La Commission Bouchard-Taylor aura beau remuer les désirs et les insatisfactions du peuple québécois, c'est dans la cour des tribunaux que s'édicteront les limites de ce qui est accommodant et de ce qui n'est pas raisonnable », écrit Marie-Andrée Chouinard. Notamment dans la cour du plus haut tribunal du Canada, qui doit rendre ses jugements en conformité avec la multiculturalisme introduit dans la culture canadienne par Pierre Elliot-Trudeau. Le cas de l'hôpital général juif de Montréal devrait-il s'y retrouver que l'argument d'« un traitement égal et non discriminatoire » des deux employées concernées ne pèsera pas lourd.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mercredi 7 novembre 2007 11h31
    Bouchard et Bouchard...
    « Bec et ongles, Me Lucien Bouchard, le vautour défenseur de la communauté juive de Montréal et pourfendeur inconditionnel de tout ce qui pourrait avoir l'apparence d'un relent, d'une humeur ou d'un subconscient dessein virtuellement antisémites, va certainement s'attaquer au Tribunal des droits de la personne qui a eu l'irrévérencieux culot quasi antisémite de blâmer et de condamner la direction de l'Hôpital général juif de la micropole à dédommager les ciblés qui ont subi les préjudices d'une gestion dont la pratique est fondée sur des diktats discriminatoires et des bulles d'un intégrisme religionnaire.

    Le magistrat risque fort de se voir timbré d'un «blâme national», du genre de celui que le même Lucien Bouchard, alors premier ministre, avait enfoncé dans la gorge de Monsieur Yves Michaud, parce que ce dernier n'avait que dit, sans détour, la vérité; étiqueté d'un «blâme capital» dans le même style et dans le même sens que la gifle d'une violence magistrale que l'auguste Gérard Bouchard, de la Commission du même nom, a plaqué au visage du témoin qui, dans la Vieille Capitale et devant ladite Commission, a tenté de faire état des effets secondaires et pervers, encombrants et coûteux, des commandite de la viande casher.

    En somme, l'actuel striptease et l'étenderie des dessus de certains omnipotents lobbies comportent des mines et des mèches qui mettent à risque la stabilité citoyenne et la sécurité publique, l'équilibre sociétal et la paix civile.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Ginette Pilon
    Abonnée
    jeudi 8 novembre 2007 15h08
    Et si toutes les Québécoises exigeaient dès maintenant des médecins femmes?
    « Qu'arriverait-il si toutes les Québécoises comme les Canadiennes, au nom de l'intégrité de la personne, exigeaient que ce soit des médecins femmes qui les soignent, les opèrent, etc?

    Les hôpitaux, pratiques privées, dentistes et autres seraient dans de beaux draps!

    Si c'est bon pour Abraham Cohen ou Jacob Goldstein, c'est bon pour Pierrette Lavallée ou Lucie Lapierre!

    Ginette Pilon »

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