FTQ: départ inattendu d'Henri Massé
Photo : Jacques Nadeau
Le directeur québécois du Syndicat des Métallos, Michel Arsenault, au côté d’Henri Massé, qui a annoncé hier à la surprise générale sa démission de la présidence de la Fédération des travailleurs du Québec. M. Arsenault a été désigné
Henri Massé, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), a pris tout le monde par surprise et annoncé hier son départ à la retraite à la fin du mois prochain après presque 40 ans au sein du mouvement syndical, dont 15 à la tête de la centrale. Rompant avec la tradition, son successeur désigné ne sera pas René Roy, l'actuel numéro deux de la FTQ et secrétaire général de la centrale, mais Michel Arsenault, le directeur québécois du Syndicat des Métallos.
Déjà appuyé par le président sortant et les principaux chefs syndicaux de la FTQ, le couronnement du nouveau président doit encore recevoir l'aval des délégués au prochain congrès de la centrale, le 30 novembre, où, théoriquement, d'autres candidats pourraient être en lice.
Àgé de 61 ans, Henri Massé jure qu'il n'y a pas de raison cachée derrière son départ à la retraite. «Je pense que le moment était bon, a-t-il expliqué lors d'un point de presse hier à Montréal en marge d'une réunion du Conseil général de la FTQ, sa plus haute instance entre les congrès. Après 15 ans, j'ai quand même fait un bon tour de piste et il y a une relève qui est prête. Ce n'est pas de gaieté de coeur, parce que la FTQ, c'est ma famille. Mais en même temps, c'est pour le bien de la FTQ... et je suis content de partir à la retraite à 61 ans après presque 40 ans dans le mouvement syndical.»
Il n'est pas question qu'il se lance en politique. «Pour aucune considération. Quand on a été dans la vie publique comme président de la FTQ, il faut à un moment donné penser à redevenir un quidam, un peu plus tranquille.» Non, il ne rêve plus désormais qu'à retrouver sa «petite ferme dans les Cantons-de-l'Est» pour devenir «un cultivateur tranquillement». Il se dit prêt à continuer d'aider sa centrale et les causes qui lui tiennent à coeur, mais promet de ne pas rester dans les pattes de ses successeurs.
Surprise
À la FTQ, personne ne s'attendait à ce que le chef ne parte. Solidement en selle, il déclarait lui-même encore au mois de mai qu'il entendait solliciter cet automne un dernier renouvellement de mandat de trois ans. «Ça fait au mois trois ou quatre mois que j'y songe», a-t-il expliqué hier. «Quinze ans, ça use un peu», a-t-il répété
Il a graduellement fait part de sa réflexion aux principaux dirigeants de la centrale syndicale vers la fin de l'été. «Je peux vous assurer que personne ne l'a poussé dans le dos, a affirmé hier Michel Arsenault. Il voulait savoir si j'étais intéressé à le remplacer. Ma première réaction a été de lui dire de rester. Une ou deux semaines plus tard, il m'a confirmé que sa décision était prise et que c'était pour des raisons personnelles. Je lui ai fait part de mon intention de me présenter à sa place.»
La victoire du syndicaliste de 56 ans semble d'ores et déjà pratiquement acquise. La nouvelle du départ d'Henri Massé venait à peine d'être annoncée que l'on apprenait que René Roy, le président sortant, et son secrétaire général ainsi que les dirigeants des principaux syndicats membres de la centrale lui accordaient leur appui. On retrouverait parmi eux, selon Michel Arsenault, la FTQ-Construction, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), sans évidemment parler des Métallos dont il est issu.
Perçu par certains comme une vedette montante à la FTQ qui aurait pu être tenté aussi de se lancer dans la course, le chef des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) au Québec, Louis Bolduc, a aussi dit au Devoir qu'il appuyait la candidature du favori. «Je suis encore jeune», a-t-il fait remarquer, philosophe.
Continuité
Michel Arsenault, le directeur québécois des Métallos depuis sept ans, se décrit comme un «syndicaliste de carrière». Fils d'un mineur de Murdochville qui a vécu les grandes batailles syndicales de la fin des années 1950, il a lui-même commencé comme technicien électricien à la mine de cuivre au début des années 1970 avant de gravir lentement les échelons de son syndicat. Il a tour à tour occupé des fonctions dans sa ville natale en Gaspésie, sur la Côte-Nord, à Québec, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et pendant cinq ans à Toronto au bureau national, avant d'arriver à la tête de la branche québécoise des Métallos et aux instances de la FTQ, dont le conseil d'administration du Fonds de solidarité, en décembre 2000.
Il a dit hier vouloir s'inscrire dans «la continuité» du travail accompli par «son ami, collègue et mentor» Henri Massé et par René Roy. Il estime que l'emploi sera l'un des enjeux les plus importants auxquels la centrale devra faire face dans les prochains mois. Il pense à la défense des emplois dans le secteur forestier, mais notamment aussi à ceux qui sont emportés par la concurrence chinoise dans le secteur manufacturier. «On a un gouvernement fédéral qui vient aussi mou que de la guenille sur la corde à linge lorsque vient le temps de parler de libre-échange et de faire respecter nos droits.»
Comme Henri Massé, il a dit hier qu'une autre priorité sera la défense du caractère public du système de santé québécois. Il s'est également inquiété de voir à Ottawa et à Québec tellement de députés inspirés de la pensée néolibérale. «Dans les mois à venir, il faudra accentuer l'action politique à la FTQ» auprès de ces élus, a-t-il déclaré, afin qu'ils répondent mieux «aux besoins de nos membres et de la population en général».
Fin de tradition
Selon les règles de la FTQ, tout autre membre intéressé à présenter sa candidature au poste laissé vacant par Henri Massé peut le faire jusqu'au dernier jour du prochain congrès triennal de la centrale, qui se tiendra du 26 au 30 novembre. Si plus d'un candidat se présente, les délégués seront invités à voter.
On avait toutefois du mal, hier à la FTQ, à se souvenir de la dernière fois où il y avait eu un vote pour désigner un président. Et pour cause. La seule fois que cela s'est produit, c'était à la mort du président fondateur Roger Provost en 1964. Les deux principaux courants au sein de la centrale étaient représentés, d'un côté, par Louis Laberge, et de l'autre, par Fernand Daoust. Le vote ne s'était pas tenu lors d'un congrès, mais au sein du Conseil exécutif de la centrale, qui comptait 20 membres. Au premier tour, les deux candidats avaient eu le même nombre de votes. Au deuxième tour, Louis Laberge en avait eu un de plus. Louis Laberge allait devenir par conséquent le président et son opposant, le secrétaire général, et les deux allaient rester à ces positions pendant 27 ans. Au départ de Louis Laberge en 1991, il a été remplacé par Fernand Daoust, alors âgé de 65 ans et élu sans opposition. À sa retraite deux ans plus tard, il allait être remplacé à son tour sans opposition par son numéro deux, Clément Godbout, qui allait lui-même être remplacé en 1998 par son propre secrétaire général, Henri Massé.
La tradition s'arrêtera à René Roy. L'actuel secrétaire général de la FTQ, en poste depuis neuf ans, n'a pas été choisi comme dauphin et briguera simplement le renouvellement de son mandat. «J'étais trop vieux pour cela», dit le syndicaliste qui a le même âge que le président sortant. «Je n'aurais pu être qu'un président de transition qui n'a pas grand pouvoir parce que tout le monde attend que tu partes. De toute manière, je pense que c'est plus intéressant de faire la transition comme secrétaire général parce que c'est toi qui t'occupe de toute l'administration.»
Déjà appuyé par le président sortant et les principaux chefs syndicaux de la FTQ, le couronnement du nouveau président doit encore recevoir l'aval des délégués au prochain congrès de la centrale, le 30 novembre, où, théoriquement, d'autres candidats pourraient être en lice.
Àgé de 61 ans, Henri Massé jure qu'il n'y a pas de raison cachée derrière son départ à la retraite. «Je pense que le moment était bon, a-t-il expliqué lors d'un point de presse hier à Montréal en marge d'une réunion du Conseil général de la FTQ, sa plus haute instance entre les congrès. Après 15 ans, j'ai quand même fait un bon tour de piste et il y a une relève qui est prête. Ce n'est pas de gaieté de coeur, parce que la FTQ, c'est ma famille. Mais en même temps, c'est pour le bien de la FTQ... et je suis content de partir à la retraite à 61 ans après presque 40 ans dans le mouvement syndical.»
Il n'est pas question qu'il se lance en politique. «Pour aucune considération. Quand on a été dans la vie publique comme président de la FTQ, il faut à un moment donné penser à redevenir un quidam, un peu plus tranquille.» Non, il ne rêve plus désormais qu'à retrouver sa «petite ferme dans les Cantons-de-l'Est» pour devenir «un cultivateur tranquillement». Il se dit prêt à continuer d'aider sa centrale et les causes qui lui tiennent à coeur, mais promet de ne pas rester dans les pattes de ses successeurs.
Surprise
À la FTQ, personne ne s'attendait à ce que le chef ne parte. Solidement en selle, il déclarait lui-même encore au mois de mai qu'il entendait solliciter cet automne un dernier renouvellement de mandat de trois ans. «Ça fait au mois trois ou quatre mois que j'y songe», a-t-il expliqué hier. «Quinze ans, ça use un peu», a-t-il répété
Il a graduellement fait part de sa réflexion aux principaux dirigeants de la centrale syndicale vers la fin de l'été. «Je peux vous assurer que personne ne l'a poussé dans le dos, a affirmé hier Michel Arsenault. Il voulait savoir si j'étais intéressé à le remplacer. Ma première réaction a été de lui dire de rester. Une ou deux semaines plus tard, il m'a confirmé que sa décision était prise et que c'était pour des raisons personnelles. Je lui ai fait part de mon intention de me présenter à sa place.»
La victoire du syndicaliste de 56 ans semble d'ores et déjà pratiquement acquise. La nouvelle du départ d'Henri Massé venait à peine d'être annoncée que l'on apprenait que René Roy, le président sortant, et son secrétaire général ainsi que les dirigeants des principaux syndicats membres de la centrale lui accordaient leur appui. On retrouverait parmi eux, selon Michel Arsenault, la FTQ-Construction, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), sans évidemment parler des Métallos dont il est issu.
Perçu par certains comme une vedette montante à la FTQ qui aurait pu être tenté aussi de se lancer dans la course, le chef des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) au Québec, Louis Bolduc, a aussi dit au Devoir qu'il appuyait la candidature du favori. «Je suis encore jeune», a-t-il fait remarquer, philosophe.
Continuité
Michel Arsenault, le directeur québécois des Métallos depuis sept ans, se décrit comme un «syndicaliste de carrière». Fils d'un mineur de Murdochville qui a vécu les grandes batailles syndicales de la fin des années 1950, il a lui-même commencé comme technicien électricien à la mine de cuivre au début des années 1970 avant de gravir lentement les échelons de son syndicat. Il a tour à tour occupé des fonctions dans sa ville natale en Gaspésie, sur la Côte-Nord, à Québec, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et pendant cinq ans à Toronto au bureau national, avant d'arriver à la tête de la branche québécoise des Métallos et aux instances de la FTQ, dont le conseil d'administration du Fonds de solidarité, en décembre 2000.
Il a dit hier vouloir s'inscrire dans «la continuité» du travail accompli par «son ami, collègue et mentor» Henri Massé et par René Roy. Il estime que l'emploi sera l'un des enjeux les plus importants auxquels la centrale devra faire face dans les prochains mois. Il pense à la défense des emplois dans le secteur forestier, mais notamment aussi à ceux qui sont emportés par la concurrence chinoise dans le secteur manufacturier. «On a un gouvernement fédéral qui vient aussi mou que de la guenille sur la corde à linge lorsque vient le temps de parler de libre-échange et de faire respecter nos droits.»
Comme Henri Massé, il a dit hier qu'une autre priorité sera la défense du caractère public du système de santé québécois. Il s'est également inquiété de voir à Ottawa et à Québec tellement de députés inspirés de la pensée néolibérale. «Dans les mois à venir, il faudra accentuer l'action politique à la FTQ» auprès de ces élus, a-t-il déclaré, afin qu'ils répondent mieux «aux besoins de nos membres et de la population en général».
Fin de tradition
Selon les règles de la FTQ, tout autre membre intéressé à présenter sa candidature au poste laissé vacant par Henri Massé peut le faire jusqu'au dernier jour du prochain congrès triennal de la centrale, qui se tiendra du 26 au 30 novembre. Si plus d'un candidat se présente, les délégués seront invités à voter.
On avait toutefois du mal, hier à la FTQ, à se souvenir de la dernière fois où il y avait eu un vote pour désigner un président. Et pour cause. La seule fois que cela s'est produit, c'était à la mort du président fondateur Roger Provost en 1964. Les deux principaux courants au sein de la centrale étaient représentés, d'un côté, par Louis Laberge, et de l'autre, par Fernand Daoust. Le vote ne s'était pas tenu lors d'un congrès, mais au sein du Conseil exécutif de la centrale, qui comptait 20 membres. Au premier tour, les deux candidats avaient eu le même nombre de votes. Au deuxième tour, Louis Laberge en avait eu un de plus. Louis Laberge allait devenir par conséquent le président et son opposant, le secrétaire général, et les deux allaient rester à ces positions pendant 27 ans. Au départ de Louis Laberge en 1991, il a été remplacé par Fernand Daoust, alors âgé de 65 ans et élu sans opposition. À sa retraite deux ans plus tard, il allait être remplacé à son tour sans opposition par son numéro deux, Clément Godbout, qui allait lui-même être remplacé en 1998 par son propre secrétaire général, Henri Massé.
La tradition s'arrêtera à René Roy. L'actuel secrétaire général de la FTQ, en poste depuis neuf ans, n'a pas été choisi comme dauphin et briguera simplement le renouvellement de son mandat. «J'étais trop vieux pour cela», dit le syndicaliste qui a le même âge que le président sortant. «Je n'aurais pu être qu'un président de transition qui n'a pas grand pouvoir parce que tout le monde attend que tu partes. De toute manière, je pense que c'est plus intéressant de faire la transition comme secrétaire général parce que c'est toi qui t'occupe de toute l'administration.»
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