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Poursuites-bâillons: sale affaire en Outaouais

Guillaume Bourgault-Côté   25 septembre 2009 06h44  Société
Les citoyens militant pour la fermeture du dépotoir de matériaux secs (DMS) de Cantley, en Outaouais, marchent sur des oeufs ces temps-ci. Non seulement deux d’entre eux font-ils les frais d’une poursuite-bâillon (SLAPP) de 1,25 million, mais un de leurs concitoyens de 68 ans, déjà en phase terminale, a été sévèrement tabassé la semaine dernière après avoir témoigné contre le dépotoir.

Ça fait plusieurs années que la municipalité de Cantley et le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) éprouvent des problèmes avec ce site d’enfouissement. Déjà en 1995, le permis d’exploitation de la compagnie 2332-4197 Québec inc., dont les gestionnaires sont Gilles Proulx et Denzil Thom, avait été temporairement révoqué par le ministère. Au moins 17 enquêtes ont dû être menées sur ce site au fil des ans par le ministère, ce qui n’a jamais empêché DMS de fonctionner.

En 2005, l’ancien ministre ThomasMulcairalancé quelques ultimatums aux propriétaires pour qu’ils se conforment à différents règlements de la Loi sur la qualité de l’environnement. On évoquait alors des problèmes persistants avec les émanations de sulfure d’hydrogène (H2S) provenant du site. Ce gaz «se reconnaît par une odeur répugnante et repoussante d’oeufs pourris», qui peut donner de sérieux maux de tête, couper l’appétit, le sommeil, et provoquer de profondes toux.

Cette offensive a culminé en septembre dernier, quand Claude Béchard a définitivement révoqué les certificats d’autorisation de la compagnie. Québec reproche notamment à celle-ci de ne pas avoir respecté les «critères d’air ambiant, les délais pour l’installation du système du captage des biogaz, l’installation du recouvrement étanche, l’installation et la mise en fonction du système de traitement des biogaz, la mise en place du recouvrement final».
MM. Proulx et Thom ont porté le dossier en appel devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ). Ce dernier a entendu la cause en juin et juillet, et rendra une décision finale d’ici le 12 octobre.
Or, le 12 juillet, dernier jour d’audition, un des quatre témoins invités par la municipalité de Cantley à témoigner des problèmes vécus par les citoyens vivant près du dépotoir a été passé à tabac chez lui, vers minuit. Atteint de fibrose pulmonaire incurable, Guy Legault a été durement frappé et blessé au visage par un suspect qui est entré, l’a traité de «bastard», l’a battu, puis est ressorti. Cela sans rien voler.

La police de la MRC des Collines indiquait hier au Devoir que l’enquête n’avait pas permis de retrouver le suspect, et rien n’indique qu’il soit lié à la compagnie. Mais le maire de la municipalité, Stephen Harris, a soulevé la colère de DMS au milieu de la semaine dernière en affirmant dans Le Droit que le militantisme de M. Legault contre le dépotoir est la raison de cette attaque gratuite, que la police qualifie d’«extrêmement rare».
Le lendemain de ses déclarations, M. Harris recevait de MM. Proulx et Thom une mise en demeure lui enjoignant de se rétracter. «Je n’ai jamais accusé la compagnie, précise-t-il au Devoir. Mais je demeure convaincu qu’il y a un lien entre son activisme et l’agression.» M. Harris dit maintenant craindre pour la sécurité des autres militants et témoins entendus par le TAQ.

SLAPP «bonifiée»
Ce nouveau recours judiciaire intenté par la compagnie à numéros qui exploite le DMS de Cantley s’ajoute à une longue liste. Depuis décembre 2004, plusieurs citoyens de Cantley font pression pour que le site ferme. Un incendie déclenché par autocombustion dans les milliers de tonnes de déchets avait alors forcé l’évacuation de quelques dizaines de familles.
Au départ, DMS a réagi en envoyant des mises en demeure à certains citoyens. Mais les avocats de la compagnie ont ensuite changé de stratégie, préférant lancer une poursuite-bâillon (SLAPP, de l’anglais Strategic Lawsuits Against Public Participation — poursuite stratégique contre la mobilisation publique) contre les deux citoyens les plus «bavards» dans les médias, Serge Galipeau et Christine Landry.

Fin août 2006 — période qui correspond au début de la médiatisation du phénomène des poursuites abusives —, ceux-ci ont donc reçu une poursuite de 750 000 $ pour atteinte à la réputation de la compagnie. M. Galipeau est le porte-parole du Comité dépotoir Cantley. Cette poursuite a ensuite été «bonifiée» à 1,25 million en novembre, à la suite d’une nouvelle sortie publique du Comité.

Résultat? «Plus personne n’ose parler», indique M. Galipeau. «Plusieurs des citoyens qui étaient avec nous ont laissé tomber ou bien ont déménagé. La poursuite ne vise que deux personnes, mais elle a de l’effet sur tout le monde. Si le but d’une SLAPP est de faire peur et de faire taire, on a l’impression que ç’a marché.»
Le couple a dû prendre une nouvelle hypothèque pour payer les frais judiciaires. «Depuis près de trois ans, nous avons dû passer une quinzaine de nuits à l’hôtel parce que les odeurs sont trop fortes», dit M. Galipeau. «On sait que notre dossier est solide, avec toute la preuve que le ministère a accumulée contre DMS. Mais en attendant, c’est difficile à vivre.»
La semaine dernière, Le Devoir révélait qu’un comité d’experts mandaté par Québec pour étudier l’impact des poursuites-bâillons recommandait au gouvernement de légiférer pour empêcher de nouvelles poursuites de ce type. Le rapport de Roderick Macdonald soulignait le danger que représente ce type de recours pour la liberté d’expression au Québec.
Une poursuite-bâillon désigne une poursuite en diffamation entreprise par une entreprise pour museler des citoyens ou des organismes qui critiquent — de manière fondée — ses activités.






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  • Pierre Allard
    Inscrit
    mercredi 25 juillet 2007 00h29
    Profond dégoût
    « J'ai déjà suggéré que le gouvernement cautionne le paiement des frais de ce genre d'actions, compris ceux d'une demande reconventionnelle. Avec la caution de l'État, pas de saisies et l'intimidation ne fonctionne plus. SI il y a eu diffamation, le coupable en payera les conséquences, mais au cas contraire, la compagnie responsable et ses officiers devrait non seulement être condamnés à tous les frais, mais aussi à des dommages exemplaires. En attendant, on devrait confier l'enquête sur l'agression a la SQ, au besoins à la GRC. Il faut mettre à leur place les truands et leurs complices, sans quoi quelqu'un s'en chargera et c'en sera fini de l'État de droit. Nous ne sommes pas loin du point de rupture.

    http://nouvellesociete.org/5090.html

    Pierre JC Allard »

  • Pierre-E. Paradis
    Inscrit
    mercredi 25 juillet 2007 00h48
    Poursuites stratégiques!
    « Je ne sais pas pourquoi vous parlez maintenant de poursuite-bâillon, alors que le terme utilisé dans les médias l'an dernier (et homologué par l'OLF) est «poursuite stratégique (contre la mobilisation publique)». Le terme poursuite-bâillon est certes évocateur, mais décidez-vous une fois pour toutes sur la formulation, sinon le lecteur va en perdre son latin! Dieu sait qu'il s'agit d'un enjeu politique majeur, qui demande une couverture plus soutenue. »

  • Sylvie Provost
    Inscrite
    mercredi 25 juillet 2007 07h03
    Pouvoir...
    « Comment une entreprise polluante comme celle-là peut-elle avoir autant de pouvoir? Pourquoi les gouvernements n'interviennent-ils pas? Pourquoi de pauvres citoyens rendus malades par les activités de cette entreprise doivent-ils hypothéquer leur maison pour se défendre? N'y a-t-il pas possibilité de recours collectif? Que se passe-t-il donc? Quels genres d'ultimatum ont été lancés à cette entreprise par le gouvernement? Y a-t-il eu des amendes imposées? Si oui, de quelle importance et l'entreprise s'y est-elle conformée? Y a-t-il moyen de présenter un projet de loi qui obligerait cette entreprise à fermer ses portes? Qui protège-t-on? L'entreprise, ses propriétaires, ou les citoyens? »

  • Jean-Guy Beaulieu
    Abonné
    mercredi 25 juillet 2007 07h14
    Voilà un texte de qualité !
    « Bonjour,

    J'apprécie cette bien meilleure mise en forme de ce texte comparativement à celui que je critiquais dernièrement quant à l'utilisation du barbarisme SLAPP. Merci pour le respect de l'intelligence du lecteur !

    Quant à la situation décrite, il faut la dénoncer avec vigueur. Merci de la dénoncer !

    Jean-Guy Beaulieu
    Drummondville »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 25 juillet 2007 07h53
    Pour la conduite du monde
    « De tels événements ne semblent malheureusement ébranler les convertis au néolibéralisme, toujours prêts à confier la conduite des affaires politiques aux faiseurs d'argent.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Sofie Tremblay
    Inscrite
    mercredi 25 juillet 2007 08h22
    Quand 1 et 1 donne 3....
    « L'histoire que je viens de lire me laisse complètement atterrée.... J'ai l'impression de lire au mauvais scénario de film américain.... Les deux cow-boy qui se croient tout permis se jouent de la loi et prétendent même que le « tabassage » d'un témoin clé (qui a un énorme courage et tout mon respect !!!) n'est que le fruit du hasard !!! Ces gens qui ont une pensée tordue et corrompue pensent détenir une vérité qui leur est propre et veulent inculquer celle-ci aux autres à grands coups de bâton. Vivement que le gouvernement légifère afin de protéger le simple citoyen contre des compagnies qui n'ont ni foi ni loi ! »

  • Marc Gauthier
    Abonné
    mercredi 25 juillet 2007 08h52
    Indignation et impuissance
    « Comme toujours en lisant ce type de nouvelle, je ressens un profond sentiment d'indignation devant cette flagrante injustice.

    Comme toujours en lisant ce type de nouvelle, je me sens complètement impuissant. »

  • Sonia Trépanier
    Abonné
    mercredi 25 juillet 2007 09h34
    Où est l'État?
    « Je trouve que l'état doit faire beaucoup plus de ce qu'il actuellement fait pour protéger le citoyen frappé de SLAPP :

    Première chose, une fois qu'il y a une plainte de la parte d'un, ou d'un groupe de, citoyen(s), et que la plainte a toutes les caractéristiques d'une plainte fondée (et le cas en question est la démonstration d'une plainte fondée) l'état aurait l'obligeance MORALE de se charger, comme si la mise en demeure était la sienne, d'annuler la poursuite intentée à la personne. De ce fait, personne ne pourrait penser intenter une poursuite à un citoyen à but d'intimidation en sachant que l'état prendrait immédiatement la relève.

    Deuxièmement, pourquoi l'état laisse trainer les choses jusqu'à la pourriture (excusez le jeu de mot, trop facile dans le cas) sans agir lourdement contre les contrevenants vu que la récidive est la caractéristique principale de ce dossier?

    Peut-on espérer une réponse sensée et honnête (peut-être rapide, tant qu'a faire...) de la part du ministère(s) responsable(s)?

    Monsieur Tout-le-monde »

  • Jean-Paul Le Bourhis
    Abonné
    mercredi 25 juillet 2007 09h36
    Les voyous à numéro
    « Ils sont légion, les carnassiers aux dents longues réfugiés derrière le paravent honteux des compagnies à numéro, à dévoyer le droit pour oppresser les citoyens courageux qui ont à coeur le bien commun. Ces indécrottables "corporate bums" ont la partie belle dans un système écocomique qui porte aux nues leur recherche du profit à tout prix (et au mépris de tous!). Il est proprement scandaleux que leur comportement ne soit durement sanctionné par l'un de nos aussi terribles que magnanimes juges atteints de cette souche contagieuse de prodigalité morbide qui leur fait ouvrir tout grand les goussets de la société pour payer des avocats chevronnés à de riches magnas du crime organisé mais semble les paralyser quand vient le temps d'utiliser pour de nobles fins cette incroyable prérogative qui semble être désormais la leur pour endiguer l'épidémie de SLAPP qui sévit.
    Enhardis par l'extrême mollesse, le laxismet honteux dont font preuve nos tribunaux en de telles circonstances, on s'attaque non seulement aux biens des gens en état de légitime défense, mais aussi à leurs personnes. Sentant la soupe chaude et faisant preuve d'un sens civique inouï, les assureurs prennent leurs jambes à leur cou et voici le citoyen expiatoire abandonné à lui-même pour faire face au mal qui s'étant enrichi aux dépens de tous en ne respectant pas les règles, peut se servir d'une infirme fraction de son hideux profit pour enterrer socialement sa victime. »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mercredi 25 juillet 2007 09h39
    C'est un cas différent de celui de Québec
    « Ce cas est bien différent de celui de Québec. Mais les activistes qui veulent tout régenter devront savoir gagner et perdre des batailles. Dans tout ca, poersonne dans les écolos n'investi d'argent sauf le promoteur qui lui a sa chemise en jeu.

    C'est au BAPE de faire le travail et aux intervenants d'en respecter les décisions. Une loi ne changera rien d'autre et risquerait de faire reculer certains investisseurs.

    Les adeptes du végétarisme, de la simplicité volontaire et du «pas dans ma cour» devront s'y faire... »

  • Denis Bilodeau
    Abonné
    mercredi 25 juillet 2007 10h20
    vive le quebec libre
    « Bonjour,

    Il est urgent que le gouvernement legifere afin de proteger le droit des citoyens de parler pour sauver l'environnement qui les entoure. Trop souvent les compagnies oublient que l'etre humain fait partie de l'environnement, qu'il n'est point le roi et maitre de celui-ci. Une atteinte a la qualite de l'environnement affecte forcement l'etre humain qui en fait partie.

    Les SLAPP ne doivent pas venir obstruer le chemin des citoyens qui se battent pour conserver la qualite de l'environnement dans lequel ils vivent. Le gouvernement doit retablir le rapport de force inegale qui s'installe lorsqu'un citoyen ou des citoyens critiquent pour qu'on respecte un droit fondamental comme celui de jouir d'un environnement de qualite.

    Il faut une action musclee de la part du gouvernement afin que la devise "Vive le Quebec libre" survive encore pour les annees a venir.

    Edith Beland
    membre d'un comite de citoyens »

  • CIVETTA 65
    Inscrit
    mercredi 25 juillet 2007 10h27
    Eh ben mes cocos!
    « Je croyais, vu de France, que cela n'existait que dans certains pays dits en développement! Mais si cela peut se faire en Outaouais, qu'en sera-t-il chez moi, puisque je me bats pour la fermeture rapide d'une décharge "conforme" mais génante quand même (hors tout NIMBY ou LULU -locally unacceptable land use- pour ce qui me concerne). Gare à mes abattis donc! Je vais continuer à ouvrir ma gueule, mais en faisant gaffe! Heureusement, les SLAPP n'existent pas encore chez nous. Courage, mes chers cousins. "Continuons le combat! chantions-nous en mai 1968. »

  • Josiane Klassen
    Abonné
    vendredi 27 juillet 2007 09h50
    Si une raffinerie causait incendie et H2S, le ministère provincial ou fédéral et la raffinerie seraient intervenus bien avant le Tribunal administratif du Québec.
    « Si une raffinerie avait des " problèmes persistants avec les émanations de sulfure d'hydrogène (H2S) provenant du site", le ministère n'aurait pas hésité à sévir et la raffinerie n'aurait pas tardé à corriger le problème bien avant que le ministère provincial ou fédéral n'intervienne, bien avant qu'"Un incendie déclenché par autocombustion dans les milliers de tonnes de déchets avait alors forcé l'évacuation de quelques dizaines de familles." R. Pigeon »

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