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Moins de légumes dans les assiettes

Fabien Deglise   20 juin 2007  Société
Le Dr Jean-Pierre Chiasson choisit soigneusement ses fruits dans une fruiterie de l’avenue du Parc, à Montréal. Si les Canadiens ont consommé autant de fruits que l’année précédente, en revanche leur consommation de légumes a diminué.
Photo : Jacques Nadeau
Le Dr Jean-Pierre Chiasson choisit soigneusement ses fruits dans une fruiterie de l’avenue du Parc, à Montréal. Si les Canadiens ont consommé autant de fruits que l’année précédente, en revanche leur consommation de légumes a diminué.
Malgré les nombreuses campagnes visant à faire changer les habitudes alimentaires, les consommateurs ont finalement mis moins de légumes dans leurs assiettes l'an dernier et pas plus de fruits que l'année précédente. Ils ont par ailleurs davantage contrôlé leur apport en sucre et en matières grasses, réduit leur consommation de lait, succombé encore et toujours au cheddar, boudé les choux de Bruxelles ou les poissons et bu un peu plus d'alcool et de café que par le passé, indiquent les plus récentes données sur les aliments de Statistique Canada.

L'instantané des «aliments apparemment consommés» d'un océan à l'autre est sans équivoque. En 2006, les Canadiens ont en effet acheté 66,5 kg de légumes par personne, soit 1,3 kg de moins que l'année précédente mais également une diminution de 7,5 kg par rapport à 2001.

Au même moment, la consommation de fruits frais est restée pratiquement inchangée entre 2005 et 2006, avec 37,6 kg placés dans les paniers d'épicerie l'an dernier, peut-on lire dans le rapport annuel sur les aliments de l'organisme fédéral rendu public il y a quelques jours.

Les données reposent sur les quantités d'aliments disponibles au pays. Les chiffres dévoilés ont été ajustés pour tenir compte des pertes qui surviennent lors de l'entreposage des denrées, mais aussi à la maison, dans les restaurants et dans les institutions lors des manipulations.

Le portrait livré par cette enquête n'a pas étonné hier la diététiste Nathalie Jobin, du Centre de référence sur la nutrition humaine Extenso, qui reconnaît que les fruits et légumes sont encore les aliments les moins consommés. «C'est un aspect de l'alimentation qui doit être amélioré, dit-elle. On sent depuis quelques années un vent de changement dans les habitudes alimentaires. Certaines tendances sont encourageantes, mais de toute évidence il y a encore place à l'amélioration.»

Dans le détail, même si la pomme de terre, la tomate, la carotte, le chou et les oignons sont toujours les préférés des Canadiens, ces produits ont été moins soutenus par les consommateurs en 2006, soulignent les spécialistes fédéraux de la statistique. Le maïs et la laitue sont logés à la même enseigne, alors que le chou de Bruxelles reste le mal-aimé, avec seulement 90 grammes consommés par personne en moyenne l'an dernier, soit autant qu'en 1981.

Au rayon des fruits, la pomme et le raisin semblent également amorcer une légère descente, contrairement à la fraise et au melon dont la popularité augmente. La consommation de kiwis et de bananes est, elle, restée stable.

Moins de sucre, plus de yogourt

Ailleurs dans la cuisine, les Canadiens ont visiblement eu la main moins leste sur le sucre. L'an dernier, avec 22,3 kg, un kilo de moins a donc été ingurgité par habitant par rapport à 2005.

Les consommateurs se sont également moins exposés au sucre caché dans les boissons gazeuses, dont 84,87 litres ont été bus l'an dernier par personne. Il s'agit d'une moyenne. C'est environ 11 litres de moins qu'en 1996.

Autre tendance, la diminution constante depuis 1998 des quantités d'huile et de matières grasses disponibles pour la consommation. En 2006, les Canadiens en ont utilisé 18,6 kg par personne, soit 13,2 % de moins qu'il y a 10 ans. À l'inverse, le yogourt, lui aussi riche en gras dans sa version originale, poursuit sa croissance. Environ cinq litres de ce produit reconnu pour ses vertus digestives ont été consommés par personne l'an dernier, soit le double par rapport à 1996.

La consommation de fromage s'est par ailleurs stabilisée dans les dernières années en raison de deux tendances contradictoires: le cheddar fait de plus en plus d'adeptes — 2,7 kg ont été dégustés par personne l'an dernier, soit 200 grammes de plus qu'en 2004 — alors que la mozzarella, le parmesan ou le fromage suisse, qualifiés de «fromages de spécialité» par Statistique Canada, ont connu un recul sur la même période de temps, le ménages en ayant mis 200 grammes de moins à leur menu.

Le lait fléchit aussi un peu, indique le rapport, qui souligne que 1,5 litre a été retranché de la diète des Canadiens au cours des deux dernières années. La consommation apparente s'établit désormais à 58,7 litres.

Du boeuf et des calories

Au chapitre des produits carnés, la viande rouge (24,6 kg) a amorcé l'an dernier une petite remontée après plusieurs années de recul. Les volailles (13,4 kg) en ont fait tout autant alors que les oeufs (12,3 douzaines par année et par personne) et le poisson (6,47 kg) ne semblent pas vouloir bouger.

Malgré ces quelques changements dans leur régime alimentaire, les Canadiens absorbent toujours trop de calories par rapport à ce qu'ils devraient normalement consommer, indique Statistique Canada.

En moyenne, l'approvisionnement en bouffe expose les consommateurs à 2500 kilocalories chaque jour, peut-on lire dans le document; c'est 300 de plus que ce que recommandent les autorités sanitaires pour un homme d'âge moyen un brin sédentaire. «Nous sommes toujours devant de grands paradoxes, dit Nathalie Jobin. Face à un surplus de calories, on se retrouve aussi dans une abondance où, d'un côté, des gens gaspillent et, de l'autre, des gens n'ont pas assez d'argent pour bien s'alimenter.»

Les consommateurs pourront d'ailleurs facilement réfléchir à la chose devant une tasse de café, dont la consommation diminue un peu, certes (86 litres bus en 2006 contre 89 litres en 2004), mais qui demeure désormais plus populaire que les boissons gazeuses. Ils peuvent aussi choisir d'oublier ce constat dans l'alcool, dont les courbes ne cessent de grimper depuis 10 ans. Avec en tête la bière (76,8 litres ont été consommés en 2006, contre 78 litres en 1996), mais aussi le vin (13,8 litres), dont quatre litres de plus par année sont venus égayer les Canadiens depuis 10 ans, indique Statistique Canada.






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  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 20 juin 2007 08h28
    Ma contribution
    « Je suis d'accord à apporter ma modeste contribution au paiement des soins de santé que requierront ceux et celles qui ne mangent pas du tout ou pas suffisamment de fruits et de légumes. En fait, tous les payeurs de taxes contribuent, même ceux qui s'alimentent mal.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Stéphane Venne
    Inscrit
    mercredi 20 juin 2007 08h42
    Le confort et l'indifférence
    « Compte tenu que la bonne alimentation a fait l'objet de toutes les formes possibles de "sensibilisation" (doublée d'une myriade de publications et d'émissions de télé toutes plus vertueuses les unes que les autres), et que ça n'a manifestement pas fonctionné, c'est sur la stratégie elle même de faire les choses en douceur en tablant uniquement sur la "bonne parole" qu'il faut jeter un regard critique. La "sensibilisation" est une forme de pensée magique, qu'elle s'applique à la nutrition, au civisme, à la conduite automobile, à tout. C'est une stratégie qui n'a qu'une seule vertu: elle est confortable. Or les prises de conscience et les changements de comportement ne sont jamais confortables. Ce ne sera jamais confortable pour un obèse de se faire dire qu'il l'est, et que ce n'est ni bon ni beau. Alors on ne le dit pas. Et ça donne les résultats inscrits dans les statitiques mentionnés dans l'article. »

  • lise jacques
    Abonnée
    mercredi 20 juin 2007 09h59
    les bonnes habitudes alimentaires
    « Les habitudes alimentaires çà commence dès la tendre enfance. J'ai travaillé durant plus de trente ans dans les hôpitaux du Québec comme diététiste et j'ai observé qu'une bonne proportion de la population québécoise ne change rien à ses habitudes alimentaires même si ces dernières occasionnent de graves maladies comme le diabète, problèmes cardiaques et digestifs. Alors, on peut facilement comprendre que ceux qui n'ont pas de symptômes continuent de manger sans se préoccuper des conséquences ou font de légers changements.

    J'ai constaté aussi que ce sont les femmes âgées entre 25 et 40 ans , surtout celles qui sont le plus scolarisées qui sont souvent les plus renseignées sur la bonne nutrition et qui adoptent de saines habitudes de vie.

    On sait que les habitudes prennent naissance dès l'enfance et que les jeunes ont l'esprit beaucoup plus ouvert que les adultes, alors pourquoi ne pas investir en prévention en éduquant les jeunes à l'école autant au primaire qu'au secondaire. Les cours d'art culinaire et de nutrition auraient leur raison d'être.

    Aujourd'hui, les étudiants de Cegep et les universitaires qui doivent s'exiler pour leurs études font des achats lamentables pour la nourriture, car ils ne savent même pas cuisiner correctement; comme des aliments qui coûtent plus cher et qui ont moins de valeur nutritive, aliments déjà préparés avec plus de sel et de sucre que les produits maison. Des cours de cuisine jumelés à des cours de nutrition seraient un atout majeur pour changer la situation.

    Ces cours ont malheureusement disparus au Québec, même si'ils étaient très populaires... question budgétaire encore...La prévention est de plus en plus mise au rancart! Il y a pourtant beaucoup à faire pour éduquer les gens en nutrition. »

  • Ginette Bertrand
    Inscrite
    mercredi 20 juin 2007 16h06
    Le confort et l"indifférence?... Pas sûr!
    « Les données de Statistique Canada ne me surprennent pas du tout. J'aurais pratiquement pu les établir moi-même.

    Pour plusieurs raisons, dont le vieillissement, je suis passée de la classe moyenne supérieure à celle des pauvres. Au début, et encore aujourd'hui, chaque fois que je fais mon marché, l'abondance et le prix des produits me stupéfient, alors qu'auparavant j'avais plutôt tendance à me plaindre du manque de "choix".

    Quel rapport avec les statistiques? Très simple : tous les aliments bons pour la santé sont trrrrrès chers, les fruits en particulier. Le gros cheddar gras est le moins cher des fromages et la seule catégorie dans laquelle on nous fait des "spéciaux" de temps en temps. La pomme de terre, la carotte, le chou et les oignons sont-ils vraiment les "préférés" des Canadiens? Sans doute est-ce un hasard qu'ils soient aussi les moins chers des légumes. Quant à la tomate, s'ajoutent à ses innombrables qualités celle de donner l'impression de se payer du luxe, même lorsqu'elle est immangeable en hiver. »

  • Bérubé Marie
    Inscrite
    mercredi 20 juin 2007 16h31
    la néfaste food
    « Voyez-vous même si l'on donne de bonnes habitudes alimentaires à nos enfants quand ils quittent la maison ils sont contaminés par l'environnement du fast food que nous appelons chez-nous "néfaste food".
    Nous avons un fils de 26 ans qui ne cesse de prendre du poids et qui dépasse son poids santé largement.
    Je crois que le gouvernement devrait s'attaquer à ce problème de santé publique par des campagnes publicitaires comme il l'a fait pour l'alcool au volant et la cigarette.
    Et pourquoi ne pas légiférer pour contrôler le contenu des plats cuisinés et sur ce qui se fait dans la restauration rapide rapide. »

  • Robert Daignault
    Abonné
    mercredi 20 juin 2007 20h54
    La nouvelle religion
    « Autrefois on culpabilisait sur la "morale chrétienne". Au 21ièmme siècle on culpabilise sur la bouffe... La société de consommation est une tare infiniment plus grande mais on joue la note de la bouffe!
    Incroyable non???
    http://lephoenix.wordpress.com/ »

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