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Une menace? Quelle menace?

Photo : Agence France-Presse
Depuis les attentats du 11-Septembre en sol américain, pas un jour ne passe sans que la menace terroriste fasse son chemin jusque dans nos journaux et nos bulletins de nouvelles, une tendance qui s'est alourdie ces derniers mois avec l'envoi de militaires canadiens en Afghanistan. Est-ce à dire que le Canada est moins sécuritaire qu'avant? Rien n'est moins sûr.

Trois-Rivières — Encore une fois hier, la menace terroriste a défrayé les manchettes avec cette commission d'enquête qui cherche à faire la lumière sur l'attentat perpétré contre un vol d'Air India en 1985. C'est qu'au-delà du douloureux et nécessaire exercice de reconstitution, l'ex-juge John Major cherche aussi à tirer les leçons de cette tragédie pour affiner la lutte du Canada contre le terrorisme, notamment le terrorisme sikh. Pourtant, selon une étude présentée cette semaine au 75e congrès de l'Acfas, les activités terroristes n'ont jamais été aussi rares au pays depuis 1973.

Pour paraphraser Shakespeare, les médias feraient donc beaucoup de bruit pour rien lorsqu'il s'agit de traiter de la menace terroriste en sol canadien? Force est de reconnaître que oui, explique le criminologue Stéphane Leman-Langlois, qui signe avec Geneviève Ouellet une étude qui retrace l'évolution du terrorisme politique au Canada depuis 1973. «Il est vrai qu'en lisant les journaux, on pourrait s'imaginer que le terrorisme est partout puisqu'il y a toujours quelqu'un pour réclamer des ressources et des budgets supplémentaires pour "gérer" la menace. Laquelle? Ça, ça reste très difficile à cerner.»

Ainsi, lorsqu'on fait la somme de tous les événements terroristes qui se sont produits depuis le début des années 1970, les années 2000 donnent l'impression d'être des enfants de choeur comparativement aux turbulentes années 1980. «Nos courbes montrent clairement une activité plus importante dans les années 80 et un ralentissement continu ces dernières années», raconte le professeur à l'école de criminologie de l'Université de Montréal, rappelant à la mémoire des congressistes réunis à Trois-Rivières non seulement l'attentat contre le vol 182 d'Air India mais aussi celui contre le vol de Lockerbie, en Écosse, en 1988.

Par terrorisme, les deux chercheurs entendent englober toutes les utilisations de violence ou de menace de violence coercitive perpétrées dans un dessein politique, ce qui comprend bien sûr les actes commis au nom d'une religion ou d'une idéologie mais exclut les tueries comme celles de Polytechnique ou, plus récemment, du collège Dawson, à Montréal. «Des tueries comme celles-là, ça ne rentre pas dans le terrorisme parce qu'il n'y a pas de visée coercitive et pas de revendication politique, c'est un acte sans but, sans fondement», explique M. Leman-Langlois.

Globalement, 73 % de tous les événements recensés depuis 1973 correspondent à ce que les chercheurs nomment des «bruits de fond», soit du vandalisme ou de la nuisance publique. Viennent ensuite les destructions matérielles d'envergure comme les bombes posées dans les cliniques du Dr Morgentaler (13 %). Suivent les attaques avec blessés, parmi lesquelles on compte par exemple l'attentat perpétré par le Direct Action Network contre une usine de Boeing (10 %). Et ici, le terrorisme se solde rarement par des décès. Seulement 2 % des attentats ont conduit à des assassinats et 2 % à des meurtres indiscriminés, c'est-à-dire non ciblés, comme ce fut le cas pour les passagers du vol 182 d'Air India.

La décennie la plus chaude reste sans conteste les années 1980, alors que le Canada s'échauffe principalement sur les questions de langue. Encore là, ce ne sont pas les actes terroristes plus graves qui se multiplient mais bien le bruit de fond qui gagne en décibels. Le quart des événements recensés est directement lié aux guerres intestines entre les anglos et les francos. Viennent ensuite, à égalité, les préoccupations liées aux droits des animaux et les incidents dits néonazis, à raison de 15 % chacun. «Malgré cela, l'activité terroriste est restée somme toute faible au Canada, même pendant ces années plus troubles», précise le chercheur.

Alors que les courbes du bruit de fond et des actes terroristes affichent des seuils minimaux constants depuis les dernières années, le discours terroriste, lui, ne cesse de prendre de l'ampleur. D'ailleurs, entre le discours et la réalité, l'hiatus n'a jamais été aussi grand, croit le professeur à l'école de criminologie de l'Université de Montréal. «Le 11-Septembre a changé le monde en ce sens qu'il a fait en sorte qu'on parle comme jamais du terrorisme aujourd'hui, mais sur le terrain, l'activité terroriste est franchement au plus bas.» Tout ce battage médiatique encourage d'ailleurs les initiatives destinées à durcir la législation et à renforcer la prévention. Mais il semble qu'une fois de plus, les gouvernements fassent fausse route.

Les graphiques présentés cette semaine révèlent en effet que les activités terroristes ne sont pas du tout influencées par la législation. Ce sont plutôt les événements historiques qui font bouger les courbes, et encore, leurs actions se répercutent principalement sur le plan du bruit de fond et beaucoup moins sur les actes terroristes réels, explique le chercheur affilié au Centre international de criminologie comparée de l'UdeM. Et la menace d'une attaque d'al-Qaïda en sol canadien, dans tout ça? «En théorie, une telle attaque n'est pas impossible puisque rien n'empêche un groupe d'individus de se réclamer de cette mouvance, mais franchement, j'y crois difficilement», conclut M. Leman-Langlois.






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  • Jacques Gagnon
    Abonné
    vendredi 11 mai 2007 07h39
    Sécurité = $
    « Cette obsession pour la sécurité n'est en fait qu'une façcon déguisée de faire de l'argent sur le dos du peuple apeuré.

    Qui est lié à Halliburton ?

    Sans parler du contrôle que l'on exerce sur les gens et des restrictions à la liberté au nom de la sécurité. »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 11 mai 2007 07h41
    9 Québécois sont morts sur le vol de l'Air India
    « C'est 3 fois plus de victimes que ce que le FLQ a fait en 10 ans de terrorisme au Québec.

    Après 20 ans d'une enquête qui a couté la somme incroyable de 320 millions de dollars aux contribuables, les responsables sont toujours libres comme l'air.

    Ces jours-ci, dans l'indifférence à peu près totale au Québec, on apprend comme la Police montée a multiplié les gaffes et aurait pu facilement empêcher l'attentat.

    Au Québec, on aime ca se morfondre sur nos gaffes (on parle encore du Stade Olympique, 31 ans après!) mais on ne regarde pas comment le Canada peut nous avoir fait mal au point d'être responsable de la mort de 9 Québécois. »

  • Jean Sauvageau
    Inscrit
    vendredi 11 mai 2007 07h59
    L'heure juste au sujet du terrorisme
    « Félicitations au prof. Leman-Langlois. Son étude en confirme d'autres du même genre publiées depuis quelques années au sujet de la phrénésie médiatique (sans oublier les gouvernements et les autorités policières) à peu près partout dans le monde face au terrorisme.

    Il est plus que temps de bien s'informer à ce sujet. Les politiciens, policiers et journalistes auraient intérêt à lire ce genre de rapport de recherche avant de se prononcer sur l'état de notre sécurité et de souffler indûment sur les flammes d'un sentiment d'insécurité, pour une large part, injustifié. »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    vendredi 11 mai 2007 08h56
    À qui profite cette campagne de peur ?
    « Cet incessant assaut psychologique n'a comme but que de terroriser le public et faciliter la passation du pouvoir vers le complexe militaro-industriel et l'industrie de la sécurité.

    Le processus est si efficace que les preuves de concepts abondent au US of A...

    Si les républicains perdent la maison blanche en 2008, ils vont quitter le pouvoir armés et dangereux.

    La junte Bush s'est offerte une véritable garde praetorienne. C'est une gracieuseté entièrement financée par "We the People".

    Jeremy Scahill lève le voile sur cette aberration dans "Blackwater : The Rise of the World's Most Powerful Mercenary Army"

    SVP visionnez le clip : BLACKWATER : THE SHADOW WAR
    http://video.google.com/videoplay?docid=-3589824849379942402

    Ce qui nous reste de démocratie chancelle !

    Au coeur de la situation est la grandissante privatisation de la guerre en Irak qui passe obligatoirement par celle des gouvernements.

    Cette armée privée composée de mercenaires échappe à tout contrôle effectif et jouie d'une totale impunité.

    They kill the best and buy the rest... And they call it democracy ! - Bruce Cockburn

    À la tête de Blackwater on retrouve l'activiste fondamentaliste "Born Again" et ex-Navy Seal Erik Prince.

    Sa famille a grandement participé au financement de la révolution républicaine des années 1990. Il est lui-même un important bâilleur de fonds de Bush Inc.

    Blackwater est en fait, le fer de lance, le travail d'une vie et l'accomplissement dont le duo Dick Cheney et Donald Rumsfeld sont les plus fiers.

    Alors que Cheney était le secrétaire de la défense de papa Bush, il avait commissionné Halliburton (compagnie qu'il s'apprêtait à joindre) d'accomplir une étude à propos de la privatisation de l'armée américaine.

    À l'arrivée de Clinton, Cheney rejoint les retords neo-conservateurs du American Enterprise Institute, qui poussent le concept de privatisation du gouvernement à l'extrême.

    Le 9-11 sert d'occasion à neutraliser la bureaucratie du Pentagone et transformer l'organisation en corporation privée.

    Les compagnies qui incarnent le mieux cette passation du pouvoir sont Blackwater, Halliburton et Bechtel.

    Les aberrations que cause cet état de choses sont aussi nombreuses qu'inquiétantes.

    Meanwhile...

    Alors que toute l'attention est tourné vers l'Irak, Erik Prince s'en donne à coeur joie au Soudan ou sous le couvert de la Christian Freedom International, on arme et organise la coalition chrétienne locale.

    Les portes tournantes entre le gouvernement et le privé sont toujours battantes et l'échange des bons procédés est constant. C'est aussi vrai pour la mouvance Born Again qui devient de facto les défenseurs auto-proclamés de ses valeurs obscurantisme à travers le monde. La majorité des avocats de la junte est issue de l'université de Pat Robertson !!!!

    Blackwater incarne magnifiquement ce dont le Président Eisenhower nous avait mis en garde dans son allocution de départ à propos du complexe militaro-industriel.

    Au Canada, Harpeur applique au mieux de ses possibilités l'agenda néo-conseviteur qui l'inspire tant.

    'Le mouvement conservateur américain est un modèle lumineux pour l'ensemble des conservateurs d'ici et d'ailleurs.' - Stephen Harper

    Pardonnez-moi donc mon manque d'enthousiasme face à Super Mario qui donne une note de 85% à Harpeur. Il pousse les Québécois à donner un gouvernement majoritaire au pire mouvement obscurantiste de mémoire nord-américaine.

    'Il fut un temps -il y a 6,000 ans- où les humains vivaient en paix avec les dinosaures.' Stockwell Day

    Ce guignol est en charge de votre sécurité et ses compagnons d'armes sont tout aussi gnochons !

    We stand on guard for the...

    Le JTF2 a beau être l'unité spéciale d'élite canadienne qui fait mouiller ; ils reçoivent leurs ordres directement du Pentagone.

    Que les deux démocraties nord-américaines, dont on s'évertue à vouloir exporter les valeurs, soient bafouées dans le processus ne dérange pas le citoyen. Il n'en est même pas au courant !

    "The Central Intelligence Agency owns everyone of any significance in the major media." - William Colby, former CIA director

    Merci Mindfuck Inc., nous ne pourrions pas contrôler le peuple sans votre admirable travail !

    "We are watching a poorly staged rendition of Wag the Dog, interpreted for the morbidly stupid and performed by the criminally insane." - Jules Carlysle

    Les privilèges du sang bleu sont aujourd'hui remplacés par ceux des "happy few" mais la chaire à canon provient toujours du peuple qui morfle des deux cotés du fusil.

    « We have become a monster in the eyes of the whole world - a nation of bullies and bastards who would rather kill than live peacefully. We are not just whores for power and oil, but killer whores with hate and fear in our hearts. We are human scum, and that is how history will judge us... No redeeming social value. Just whores. Get out of our way, or we'll kill you. » - Hunter S. Thompson

    Ubuesque indeed !

    « Man will never be free until the last king is strangled with the entrails of the last priest. » - Thomas Jefferson »

  • JM
    Abonné
    vendredi 11 mai 2007 09h03
    Ce terrorisme qui frappe notre imaginaire collectif!
    « On aurait peut-être compris que le terrorisme, dans une certaine mesure, est comme un gros nuage sombre qu'il s'agit de faire flotter au-dessus de la fourmilière de nos têtes fragiles. »

  • yanick Matteau
    Inscrit
    vendredi 11 mai 2007 09h47
    La peur est partout
    « On vit dans une société dans laquelle la peur est omniprésente et est maintenant une nouvelle manière de vivre crée de toute pièce par un certain lobby de la peur.

    Peur du terrorisme, des invasions de domicile, de la maladie du hamburger, de C. difficile, de la fumée secondaire, des gras trans.

    J'ai peur »

  • Gilles Hudicourt
    Inscrit
    vendredi 11 mai 2007 10h21
    Solidarité mal placée
    « Les États-Unis se font attaquer et on parle tout de suite au Canada d'avoir également été victime d'une attaque. Oui, il y avait des canadiens parmi les victimes du 11 septembre 2001, mais ce n'est pas le Canada qui s'est fait attaquer mais les États-Unis, pour des raisons qui n'ont rien avoir avec le Canada. Nous ne nous sommes pas engagés dans la "guerre contre le terrorisme" pour ces victimes mais bien pour tenter d'apaiser les États-Unis lorsqu'ils ont déclaré au monde que personne ne pouvait rester neutre, « you are either with us or you are against us ». Nous ne sommes pas non plus en Afghanistan pour défendre les droits de la femme afghane, comme on le laisse entendre. Oui, les Talibans et leurs cohortes étaient terribles, mais tout autant qu'ils tuaient des Soviétiques, on ne se souciait guerre du fait qu'ils dynamitaient aussi des écoles, fusillaient les enseignants laïcs et exigeaient qu'on garde le sexe féminin à la maison, bien au contraire : on les armait, on les entraînait, on les finançait et on applaudissait leurs actes terroristes comme des hauts fait d'armes. Ils n'étaient des terroristes qu'aux yeux des Soviétiques. Pour nous ils étaient des mujahidines, des « freedom fighters ». Une fois les Soviétiques partis, on les a oubliés. Nos vaillants mujahidines se sont mis à se battre en eux pour le contrôle du pays, et de son opium, jusqu'à ce que les Talibans, excédés par toute cette violence, prennent le contrôle du pays, établissent la paix en Afghanistan et éliminent le culture du pavot. Et malgré tout ce qu'ils ont fait à leurs femmes, à leurs citoyens, à leurs minorités religieuses, à leurs Boudas géants, ils seraient encore dans l'oubli s'ils n'avaient commis la faute d'héberger des gens qui s'en sont pris aux Américains, et c'est cela, et seulement cela qui les a remis sur nos radars médiatiques. S'ils avaient laissé les Américains tranquilles, nos soldats canadiens seraient tous chez eux et ne seraient pas là bas en train de faire la sale besogne des américains pour eux. Nous agissons en tant que mercenaires des Américains et nos leur donnons une crédibilité internationale. Si nous avons vraiment 2,500 soldats disponibles, qu'on les envoie en Palestine et au sud du Liban, pour imposer la paix entre les Israéliens et les Palestiniens, ou encore au Darfour, où ils pourraient vraiment faire un travail dont le Canada serait fier plutôt que cette mission Afghane dont nous allons avoir honte et qui fera une vilaine tache dans nos livres d'histoire. »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 11 mai 2007 12h00
    Incroyable mais vrai
    « Le texte de Jean-François Couture fait frémir par l'abondance des exemples et l'acuité de l'analyse. Incroyable mais vrai! Nos voisins osent encore se présenter comme les défenseurs de la liberté alors qu'ils sont en train de détruire la démocratie sur la planète.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • gilbert troutet
    Inscrit
    dimanche 13 mai 2007 08h24
    Il faut bien justifier les ventes d'armes
    « Pour les marchands d'armes, la lutte contre le terrorisme tient lieu désormais de slogan pour justifier la vente de leurs produits et gadgets. Ainsi les États-Unis ont-ils besoin d'un "état de guerre permanent" pour faire marcher leur industrie de l'armement, sur laquelle repose une partie importante de leur économie. War is business. Cela dit, l'engagement du Canada en Afghanistan en fait maintenant une cible pour le terrorisme islamique. Autrement dit, paradoxalement, en allant faire la guerre aux "terroristes" en sol étranger, le gouvernement canadien est en train de rendre le Canada moins sécuritaire. »

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