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Anarchisme 101

Brian Myles   5 mai 2007  Société
Photo : Agence Reuters
«Des anarchistes», a laissé tomber le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé, lorsque huit jeunes ont brièvement occupé son bureau mardi avant d'être délogés par des fiers-à-bras du syndicat particulièrement habiles avec une scie circulaire. La remarque a indigné certains anarchistes, qui en ont soupé d'être associés à la casse dans les médias de masse.

Elle est étudiante à la maîtrise en philosophie, mère de famille, anarchiste fâchée contre Henri Massé au point de l'envoyer paître... mais certainement pas violente, contrairement à ce qu'a laissé croire le président de la FTQ cette semaine en faisant un amalgame facile entre anarchisme et vandalisme. Louise Caroline Bergeron est une anarchiste qui n'en peut plus que ce mouvement humaniste soit associé à la casse.

Mme Bergeron a sursauté lorsque le président de la FTQ, Henri Massé, a qualifié d'anarchistes les militants qui ont envahi son bureau mardi lors de la Journée internationale des travailleurs. La jeune femme n'a rien à voir avec cet «incident» qui s'est soldé par l'expulsion manu militari des jeunes par des membres de la FTQ-Construction. Pour la postérité, rappelons que ces intellectuels de la scie circulaire ont découpé la porte du bureau de leur chef avant de mettre la main au collet des militants. Ils les ont cloués au sol, tirés par les cheveux et expulsés du siège social de la FTQ sans que personne, d'un côté comme de l'autre, porte plainte à la police.

L'accusation de M. Massé, reprise dans les médias de masse, a fait bondir Mme Bergeron. «L'anarchisme et la casse, pour moi, ça ne rime pas ensemble», explique-t-elle en entrevue. La perception du public à l'égard de l'anarchisme est «pandémique» au Québec, au point de confondre vandales, anarchistes-citoyens ordinaires, manifestants pacifistes et parfois même militants syndicaux, déplore-t-elle. «L'idée de l'anarchisme est à repenser. Il y a des mères là-dedans aussi. On a des enfants et on les allaite. On n'a pas le temps d'aller briser des vitres!», lance Mme Bergeron, qui s'est fait connaître du public il y a quelques années à titre de cofondatrice du Club Compassion, un organisme faisant la distribution de marijuana à des fins thérapeutiques.

D'ailleurs, l'idée de saccager un bureau ou de casser des fenêtres ne sied guère à cette anarchiste convaincu pour qui l'engagement social et politique se fonde sur le rejet de toute forme de tutelle. «En brisant des fenêtres, ils contribuent au capitalisme. Y a quelqu'un qui va s'enrichir en réparant la vitre», fait remarquer Mme Bergeron.

Célébrée à travers le monde tous les 1er mai, la Journée internationale des travailleurs a pourtant ses racines dans la rencontre — très ironique — de l'anarchisme et du syndicalisme.

Le 1er mai 1886, bien avant l'invention de la scie circulaire et de la semaine de quatre jours, une puissante vague de grèves mobilise les syndicats de travailleurs en Amérique du Nord. L'enjeu principal de ce mouvement, particulièrement vivace à Chicago, est la réduction de la journée de travail à huit heures.

Le 4 mai suivant, une manifestation tourne au bain de sang au Haymarket Square, dans la Ville des vents, quand l'explosion d'une bombe fait huit morts parmi les policiers. Même si l'auteur de l'attentat ne sera jamais identifié, les autorités imputent la responsabilité de cette tragédie aux huit militants anarchistes qui ont organisé le rassemblement. Quatre d'entre eux sont pendus, un cinquième se suicide en prison. Les trois autres sont graciés sept ans après les faits par le nouveau gouverneur de l'Illinois, John Peter Altged, qui rétablit par le fait même l'innocence de ces huit anarchistes.

Réunie à Paris en 1889, l'Internationale socialiste consacre le 1er mai Fête des travailleurs partout dans le monde en souvenir des «martyrs de Chicago» et de la lutte ouvrière pour la journée de huit heures.

Normand Baillargeon, professeur à l'UQAM et essayiste, a perçu dans l'association de M. Massé entre anarchisme et vandalisme une ignorance flagrante de la filière anarcho-syndicaliste. «M. Massé devrait connaître un peu l'histoire du syndicalisme lui-même. Il saurait à ce moment-là que le mouvement syndical n'a jamais été aussi intéressant et fort et inspirant que lorsqu'il s'appelait l'anarcho-syndicalisme», explique M. Baillargeon, véritable bibliothèque ambulante sur la question de l'anarchisme.

Selon M. Baillargeon, ce n'est pas un hasard si les militants de la gauche ont choisi d'occuper les bureaux d'un président de centrale syndicale. «Ils sont certainement déçus du mouvement syndical. C'est pour ça que les anarchistes, à chaque 1er mai, font une marche distincte de celle des mouvements syndicaux depuis quelques années. Ils leur reprochent leur manque de combativité et de vision», estime-t-il.

En entretien au Journal de Montréal et à La Presse, les huit militants sauvagement expulsés du bureau de M. Massé ne se sont pas identifiés comme des anarchistes. Tout au plus ont-ils indiqué qu'ils s'étaient rencontrés lors de la grève étudiante de 2005, qu'ils faisaient partie d'une organisation éphémère et circonstancielle et qu'ils étaient altermondialistes et anticapitalistes. Ils perçoivent la FTQ et son président comme les rouages d'une «grosse machine impérialiste».

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que des militants de gauche ont maille à partir avec les «forces de l'ordre» de la FTQ. L'année dernière, lors de la Fête du 1er mai, des jeunes et des membres de la FTQ s'étaient bousculés, angle Sainte-Catherine et Saint-Denis, à Montréal, sans que la police sente le besoin d'intervenir.

Le mouvement syndical est «sclérosé», c'est-à-dire qu'il ne porte plus de projet social, estime Normand Baillargeon. Il s'agit du fondement de sa relation de discorde avec la gauche. «Le mouvement syndical est entré dans une logique purement adaptée au capitalisme. Il est dans une logique de défense des droits des travailleurs, mais ça fait très longtemps qu'il n'a pas défendu des idées neuves.»

Selon M. Baillargeon, les frictions entre anarchistes et syndicalistes devraient servir de leçon à Henri Massé. «Il devrait être attentif à ces voix-là, qui nous rappellent à quel point le mouvement syndical s'embourbe aujourd'hui, croit-il. Il ferait bien d'écouter les critiques qui viennent de sa gauche parce qu'elles pourraient être inspirantes pour un mouvement qui manque pas mal d'inspiration.»

Dans un texte publié récemment dans la revue sociale et politique À bâbord, M. Baillargeon et Chantal Santerre suggéraient au mouvement syndical de revenir à l'esprit des «bourses du travail». À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ces bourses réunissaient tous les syndicats d'une région donnée au sein d'une autre organisation, parallèle et distincte. Au lieu de porter les intérêts corporatistes des syndicaux (défense des droits, amélioration des conditions de travail, etc.), ces bourses cherchaient à former une classe ouvrière autonome. Elles étaient porteuses à la fois d'une solidarité de proximité (une solidarité de classe) et d'une émancipation des travailleurs des rapports de tutelle.

C'est le propre du courant anarchiste. Sous la surface hooliganienne que les médias veulent bien exposer, tout grouille d'activité. «Il y a un foisonnement politique dans le monde anarchiste. C'est comme une pépinière de pensée, explique Louise Caroline Bergeron. Comme dans n'importe quoi, il y a des caves qui se revendiquent de tout, mais l'anarchie et la casse, c'est pas plus vrai que le sport et la casse ou même le syndicalisme et la casse.»

Sans nier les épisodes violents qui ont plombé le courant anarchiste à certains moments de son histoire, Normand Baillargeon en réitère les fondements: un projet social et politique porté par des êtres humains prenant leur vie en main dans un monde autogéré où il n'y a ni marché, ni rapports de domination, ni profit. «Il y a certainement des gens qui vont faire des gestes plus violents et plus revendicateurs. Mais il y en a dans le mouvement syndical aussi», dit-il, tranchant... comme une scie.






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  • Michel Handfield Societas Criticus
    Abonné
    vendredi 4 mai 2007 23h50
    Démystifions!
    « Intéressant comme texte, car il faut démystifier l'anarchie pour la comprendre. En fait c'est un mode d'organisation (autogestion par exemple). Il y a des anarchistes libéraux; de gauche (l'anarcho-syndicalisme en est un modèle); ou de droite, comme l'anarcho-capitalisme, très près des patrons qui voudraient que tout soit géré par les lois du marché par exemple et le privé. C'est ainsi que les tenants de la mondialisation et du retrait de l'État, du tout au marché, seraient des anarcho-capitalistes ou très près de ce courant. Ainsi, des manifs antimondialisation de Québec en 2000 quelques, j'ai toujours dit en boutade, à ceux qui me disaient que les anars ont fait de la casse, qu'il s'agissait d'un affrontement entre anars : ceux de gauche dans la rue et ceux de droite (les anarcho-capitalistes) dans les sphères officielles et bien feutrés, protégé par la police, pour démanteler l'État et instaurer légalement l'anarcho-capitalisme!

    En fait, l'anarchisme nous a laissé un certain héritage même si nous en somme peu conscient, à commencer par les droits de l'Homme ou de la personne. Une histoire de l'anarchisme dans le Devoir serait peut être intéressante à faire et surprendrait certainement quelques lecteurs. Car il y a ce qu'on en colporte et ce qui en est.

    Michel Handfield
    Éditeur de la revue internet Societas Criticus
    www.societascriticus.com »

  • Daniel Fortin
    Inscrit
    samedi 5 mai 2007 00h06
    Si vous vous sentez menacé par l'anarchisme, c'est peut-être que vos pouvoirs sont illégitimes, M. Massé
    « « Il est bien naturel de rechercher et d'identifier les structures d'autorité, de hiérarchie et de domination dans tous les aspects de la vie : à moins qu'elles puissent être justifiées, elles sont illégitimes et devraient être démantelées, de façon à faire place à une plus grande liberté humaine [...] ce que j'ai toujours considéré comme l'essence de l'anarchisme, c'est précisément cette conviction que le fardeau de la preuve doit être imposée à toute forme d'autorité, qui doit être demantelée si cette preuve de légitimité ne peut pas être faite ». Noam Chomsky, De l'espoir en l'avenir - Entretiens sur l'anarchisme et le socialisme.

    Si la FTQ et les autres grands syndicats se corporatisent et en oublient leur essence libertaire, s'ils jouent le jeu du capitalisme et des rapports de forces plutôt que de contribuer à l'émancipation de la société, s'ils croient que l'anarchisme les menace, bref si le chapeau vous va, M. Massé, et bien portez-le.

    Daniel Fortin
    Saguenay

    daniel_fortin123@sympatico.ca
    icidaniel02.blogspot.com »

  • Jacques Mercier
    Inscrit
    samedi 5 mai 2007 10h16
    Félicitation M. Miles
    « Il est rare que l'on retrouve dans les pages d'un grand quotidien national comme Le Devoir, de l'objectivité en traitant d'un mouvement social et politique comme l'anarchisme. D'habitude, on peut percevoir une forme d'ironie condescendante à travers les lignes. Ce n'est pas le cas ici. je me réjouis qu'on y souligne également la contribution de l'anarchosyndicalisme dans l'histoire du mouvement ouvrier.

    Jacques Mercier
    Rouyn-Noranda »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    samedi 5 mai 2007 12h46
    Embourgoisement.
    « Immaginons la même détermination pour la cause indépendantiste.

    Trop occupés à jouer à la bourse avec la fortune collective des travailleurs québécois!

    Sont devenus les patrons dont ils envahissaient les bureaux autrefois.

    Massé devrait aller rejoindre les Boisclair, Duceppe, et Charest au Cirque!

    Taratata...tzim-boum! »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 5 mai 2007 18h13
    Trois fois chapeau!
    « Chapeau à Bryan Miles qui a su éviter l'analyse ni chair ni poisson à la ryan, bravo à Normand Baillargeon qui a le courage de s'élever contre la démonisation à la mode de tout ce qui est dissidence intellectuelle, chapeau à Louise Caroline Bergeron qui travaille à rendre démocratique une société qui se vante de l'être. Quel baume après la lecture de L'étiquetage de Denise Bombardier.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    samedi 5 mai 2007 20h28
    Décidément c'est encore Brel que je cite ce printemps
    « Le coeur bien au chaud
    Les yeux dans la bière
    Chez la grosse Adrienne de Montalant
    Avec l'ami Jojo
    Et avec l'ami Pierre
    On allait boire nos vingt ans
    Jojo se prenait pour Voltaire
    Et Pierre pour Casanova
    Et moi, moi qui étais le plus fier
    Moi, moi je me prenais pour moi
    Et quand vers minuit passaient les notaires
    Qui sortaient de l'hôtel des "Trois Faisans"
    On leur montrait notre cul et nos bonnes manières
    En leur chantant

    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient bête
    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient c...

    Le coeur bien au chaud
    Les yeux dans la bière
    Chez la grosse Adrienne de Montalant
    Avec l'ami Jojo
    Et avec l'ami Pierre
    On allait brûler nos vingt ans
    Voltaire dansait comme un vicaire
    Et Casanova n'osait pas
    Et moi, moi qui restait le plus fier
    Moi j'étais presque aussi saoul que moi
    Et quand vers minuit passaient les notaires
    Qui sortaient de l'hôtel des "Trois Faisans"
    On leur montrait notre cul et nos bonnes manières
    En leur chantant

    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient bête
    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient c...

    Le coeur au repos
    Les yeux bien sur terre
    Au bar de l'hôtel des "Trois Faisans"
    Avec maître Jojo
    Et avec maître Pierre
    Entre notaires on passe le temps
    Jojo parle de Voltaire
    Et Pierre de Casanova
    Et moi, moi qui suis resté le plus fier
    Moi, moi je parle encore de moi
    Et c'est en sortant vers minuit Monsieur le Commissaire
    Que tous les soirs de chez la Montalant
    De jeunes "peigne-culs" nous montrent leur derrière
    En nous chantant

    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient bête
    Les bourgeois c'est comme les cochons
    Plus ça devient vieux plus ça devient c...

    Pierre Castonguay »

  • l poisson
    Inscrite
    dimanche 6 mai 2007 04h01
    Massé plutôt que PKP ? La scie circulaire plutôt que "Lassie" Lavoie
    « Plus facile et plus "glamour" de se faufiler dans le bureau d'Henri Massé que dans celui de PKP et de son bulldog, Luc "Lassie" Lavoie; certes, mais pour qui et surtout dans quel but ? Je l'ignore toujours.

    En plus de la FTQ, Henri Massé préside le Fonds de Solidarité des Travailleurs du Québec qui ramasse les économies salariales de plus de 500,000 personnes, sur une base libre et volontaire, dans le but de créer et de soutenir des emplois ici au Québec. Je comprends donc qu'il n'ait pas le temps de vérifier si ces "occupants" sont soutenus par la RDCN ( la République démocratique de Corée du Nord, à ne pas confondre avec un autre "souteneur" jadis populaire, la RCMP) ou d'autres commanditaires...

    Un premier problème avec certains courants minoritaires soi-disant anarchistes c'est qu'ils font rapidement l'économie de la démarche démocratique sous prétexte que:
    "Oû trouverez-vous le courage, le bon sens de confier le sort de la révolution, le sort de l'humanité à une populace ignorante, anémiée par la misère et abrutie par le prêtre, qui peut être férocement sanguinaire et se faire grossièrement berner demain par le petit malin, ou s'écraser servilement sous la botte du premier militaire qui osera parler en maître? "
    Il y a un siècle, Errico Malatesta dans " L'anarchie" posait cette question ( en p. 100) et y répondait dans un livret écrit en gros et réédité en 2004 au Québec par LUX. Disponible gratuitement en bibliothèque, donc pas besoin de se le procurer dans le bureau d'Henri Massé...

    Autre problème: outre quelques anarchistes qui méritent tout notre respect, notre société de consommation récupère aussi l'anarchie et la transforme en mode extrême pour certains jeunes mais "Tempus fugit"... (s'adresser à M. Alain Dubuc pour la traduction). Passer de sauveteur auto-proclamé de la classe ouvrière dans un groupe marxiste révolutionnaire et indépendantiste pour finalement aboutir éditorialiste puis chroniqueur anti-séparatiste à la Presse; voilà un exemple de parcours peut-être incongru mais pas si inhabituel comme le rapporte José Saramago dans La Lucidité ( p. 123) que devrait par ailleurs lire le mini-commando du bureau de M. Massé.
    "(...) ayant connu à 18 ans les habituels printemps riants et ayant été aussi, et peut-être surtout, de fougueux révolutionnaires bien décidés à éliminer le système mis en place
    par leurs parents pour le remplacer enfin par le vert paradis de la fraternité, se trouvent aujourd'hui installés confortablement et avec une fermeté aussi grande dans des convictions et des pratiques qui, après être passées par l'une des nombreuses variantes d'un conservatisme modéré pour échauffer et assouplir leurs muscles, ont fini par déboucher sur l'égoîsme le plus effréné et le plus réactionnaire"

    Et pendant que Le Devoir fait sa une avec cet incident truculent, on relègue aux pages économiques l'actuelle hausse "équitable" des prix de l'essence: en même temps chez toutes nos valeureuses pétrolières. Et bonjour la concurence, base de notre économie de marché fondée sur l'initiative privée tout en laissant vraiment le choix au petit consommateur, fût-il anar ou syndiqué. »

  • Catellier Jean-Philippe
    Inscrit
    dimanche 6 mai 2007 11h28
    Les militants, toujours aussi méconnus
    « Votre texte M. Miles insuffle un vent de renouveau, une odeur critique rafraîchissante parce que les militants sont encore et toujours marginalisés dans les médias généralistes. Et conséquence de cette couverture, est doucement inséminé le préjugé du militant enragé, punk ou grano qui ne peut articuler un discours digne de ce nom. Et tous ces travailleurs qui se permettent d'exulter leur frustration de «petits maillons, assis et blasés,» sur «ceux qui ne travaillent pas», les maudits lâches qui ont le temps de bloquer des rues et de passer les portes. Le mouvement syndical se doit de réfléchir plus qu'en termes d'augmentations salariales et d'horaires de travail. Et oui, s'il pouvait s'inspirer des milieux anarchistes et altermondialistes, il arriverait à sortir de cette bannière, devenue aujourd'hui trop exclusive, qu'on appelle par exemple la FTQ. Puisse-t-il un jour militer pour ceux qui n'y ont pas encore droit, plutôt que de toujours défendre ses membres, et seulement eux ? Il ne s'agit pas de changer de nom mais, de modifier le sens qui s'y rapporte. N'est-ce pas de cela que nous parlons justement ?

    Jean-Philippe Catellier »

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