Personne n'échappera au réchauffement
Après cinq jours de délibérations et une nuit consacrée à conjurer les tentatives d'édulcoration de son rapport, le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) a conclu unanimement hier matin à Bruxelles que tous les pays de la planète seront touchés par le réchauffement du climat mais que ceux du Nord le seront beaucoup moins que ceux du Sud, qui subiront, sans toutefois avoir les moyens de les atténuer, les impacts biophysiques de la boulimie incontrôlée de combustibles fossiles des pays riches et émergents.
Ce sont les régions arctiques, africaines et côtières qui seront les plus touchées, selon le rapport. Mais d'un point de vue social, l'Afrique, les petits pays insulaires et les grands deltas habités subiront les plus dures séquelles des changements climatiques. Le rapport estime que les pays africains devront consacrer entre 5 et 10 % de leur PIB à s'adapter à ce phénomène attribuable aux pays développés, un coût exorbitant pour des pays déjà exsangues. Selon le GIEC, d'ici 2050, des «dizaines de millions» de personnes s'ajouteront aux victimes de la famine et entre 60 et 150 millions aux pénuries d'eau, un chiffre qui pourrait grimper à 400 millions d'ici 2080.
Ce deuxième volet du quatrième rapport du GIEC porte sur les impacts des changements climatiques, les possibilités d'adaptation et la vulnérabilité des écosystèmes et des sociétés humaines. La réunion de Bruxelles regroupait 285 délégués de 124 pays ainsi qu'une cinquantaine de scientifiques et des dizaines de représentants d'ONG internationales. Le premier volet du quatrième rapport du GIEC, publié en février, concluait à une hausse minimale de 1,8 °C du climat moyen de la planète et à une hausse maximale de 4 °C avec une possibilité de hausse pouvant atteindre 6,4 °C au cours du siècle actuel.
Famines, pénuries d'eau, migrations massives des futurs «réfugiés du climat» et désertification galopante des régions semi-arides de la planète étaient toutes déjà mentionnées dans le rapport de 2001 du GIEC. Mais cette fois-ci, comme dans le volet de février dernier, le GIEC chiffre la probabilité d'occurrence des futurs fléaux, ce que des pays comme les États-Unis, la Chine, la Russie et l'Arabie saoudite ont tenté de faire atténuer par des débats qui ont prolongé de 14 heures la conférence de Bruxelles et failli provoquer son ajournement jusqu'en juin. Si, afin d'obtenir l'unanimité exigée par les règles onusiennes, plusieurs paragraphes du Résumé à l'intention des décideurs de 23 pages ont été atténués et parfois biffés, le rapport scientifique lui-même, une brique de 1572 pages, demeure inchangé.
Ce rapport, le plus vaste et le plus précis jamais élaboré à propos des conséquences des changements climatiques, affirme que ces impacts sont dorénavant visibles et mesurables partout sur la planète et que leur ampleur les démarque de la variabilité naturelle. Déjà, les printemps sont plus hâtifs et le cycle de vie de plusieurs espèces s'en trouve modifié, tout comme les pratiques agricoles. La température des lacs et des grands cours d'eau est à la hausse: ce changement se répercute sur la faune aquatique, ce qui provoque des remplacements d'espèces et en confronte d'autres à l'apparition ou au développement accru des algues et du zooplancton dans le Nord, à leur migration, voire à leur disparition dans les lacs devenus trop chauds, privés d'oxygène, plus salins ou plus pollués, voire asséchés. Plus inquiétant encore, les plus grands écosystèmes, les océans, s'acidifient au fur et à mesure que le carbone atmosphérique s'y accumule, ce qui les stérilise et intensifie les méfaits du rayonnement solaire.
Au rythme actuel du réchauffement, le rapport prévoit l'extinction de 20 à 30 % des espèces végétales et animales de la planète d'ici la fin du siècle en cas de hausse du climat moyen de 1,5 à 2,5 °C. Le phénomène s'aggravera et atteindra toutes les régions du monde au-delà de 4 °C. Ces prévisions sont basées sur 29 000 séries de données cumulées dans 75 grandes études, qui démontrent avec une constance de 89 % que tous les indicateurs biophysiques pointent dans cette direction apocalyptique. Tous les pays et leurs représentants, y compris les plus réfractaires à une action concertée, comme les États-Unis et l'Arabie saoudite, ont entériné ces conclusions.
Mais plusieurs experts internationaux présents à Bruxelles ont très mal réagi, dans la nuit de jeudi à hier, aux tentatives d'édulcoration de leurs constats dans le Résumé à l'intention des décideurs.
«Certaines objections n'étaient pas scientifiquement fondées», a déclaré Joseph Alcamo, de l'université Kassel, en Allemagne.
«Cela s'est avéré un exercice complexe», a reconnu plus diplomatiquement Rajendra Pachauri, président du GIEC, en confirmant que plusieurs scientifiques ont regimbé devant les demandes des négociateurs politiques, à qui ils ont dû consentir des conclusions plus floues. Les États-Unis et la Chine, par exemple, ont réussi à faire biffer de la synthèse finale la plupart des données chiffrées et une bonne partie des indices de fiabilité des conclusions. Ils ont aussi obtenu que soit biffée une phrase clé selon laquelle l'Amérique du Nord «devrait être localement confrontée à de graves dommages économiques et à des perturbations substantielles de son système socioéconomique et culturel». Ils ont aussi fait biffer toute référence à l'accroissement prévisible des impacts des ouragans chez eux.
Les représentants états-uniens ont prétendu que leur pays a les moyens technologiques et financiers de faire face à ces problèmes. «Pour les États-Unis, en somme, tout cela n'est pas si grave puisqu'ils peuvent s'y adapter parce qu'ils en ont les moyens», expliquait de Paris Stéphane Hallegatte, un économiste de Météo France qui a participé aux débats de Bruxelles. Les États-Unis émettent le quart de toutes les émissions anthropiques annuelles et sont responsables du tiers de toutes les émissions d'origine humaine depuis 1850.
La Chine a quant à elle tenu à faire biffer le niveau «très élevé» de probabilité attribué par le résumé à la globalité des impacts du réchauffement sur le biotope planétaire.
Malgré ces amendements au résumé, le rapport final prévoit que d'ici 2050, le débit des rivières et l'abondance de l'eau augmentera de 10 à 40 % aux hautes latitudes et dans certaines zones humides tropicales. Par contre, les cours d'eau et les nappes souterraines devraient perdre de 10 à 30 % de leur eau dans les régions plus sèches et plus chaudes, soit aux latitudes moyennes et tropicales. On prévoit que les zones de sécheresse s'élargiront et que les sécheresses seront plus longues et plus graves. Paradoxalement, ce sont ces mêmes régions qui subiront de violentes précipitations, dont la fréquence doit elle aussi augmenter. Ainsi, d'ici 2080, précise le rapport du GIEC, 2,5 millions de personnes de plus chaque année seront affectées par de brusques inondations.
Par contre, le potentiel hydroélectrique de l'Europe diminuera de 6 % d'ici 2070, un pourcentage qui grimpera à 50 % près de la Méditerranée. En Asie, tout particulièrement dans le cas des grands fleuves chinois, ainsi qu'en Amérique latine, les régions arrosées par des cours d'eau alimentés par les glaciers risquent de voir leur agriculture compromise à cause du manque d'eau. Quant aux petits glaciers alpins, ils devraient disparaître, tandis que les grands perdront entre 30 et 70 % de leur volume restant d'ici 2050. Les grands fleuves devraient connaître des baisses d'apports allant de 19 à 36 % selon les régions d'ici 2070. Quant à l'arrêt possible du Gulf Stream, le GIEC n'ose rien prédire à son sujet.
Cependant, les rendements agricoles devraient augmenter aux latitudes hautes et moyennes si la température moyenne du globe augmente de 1 à 3 °C. Mais cette productivité décroîtra au-delà de 3 °C ou si la fréquence des extrêmes climatiques les détruit sporadiquement. Le phénomène sera assez semblable pour les forêts: on prévoit une légère augmentation de leur croissance plus au nord si les nouveaux insectes, la fréquence accrue des feux et des événements extrêmes ne les détruisent pas. En Afrique, on assisterait par contre à un recul de la végétation à cause de la sécheresse accrue ainsi qu'à une baisse généralisée des rendements agricoles dans des pays dont c'est la base économique.
Par ailleurs, les inondations violentes frapperont des dizaines de millions de personnes chaque année d'ici la fin du siècle et les deltas les plus peuplés seront particulièrement vulnérables aux tempêtes tropicales.
Le déclin des coraux en raison du réchauffement des mers intensifiera les problèmes d'approvisionnement alimentaire de régions côtières entières, qui seront déjà aux prises avec le relèvement de la mer, la destruction des mangroves, les vagues de chaleur, la malnutrition, les inondations et, plus à l'intérieur, les sécheresses et les incendies.
On prévoit que le réchauffement des cours d'eau accroîtra la prévalence des maladies diarrhéiques dans les pays pauvres et des maladies cardio-respiratoires dans toutes les grandes villes, où le smog s'intensifiera avec la consommation d'essence croissante. On prévoit aussi, y compris dans les grandes villes d'Europe et d'Amérique, une augmentation notable des mortalités en raison des canicules extrêmes, qui frapperont les gens plus âgés, de plus en plus nombreux, ainsi que les plus pauvres.
Ce sont les régions arctiques, africaines et côtières qui seront les plus touchées, selon le rapport. Mais d'un point de vue social, l'Afrique, les petits pays insulaires et les grands deltas habités subiront les plus dures séquelles des changements climatiques. Le rapport estime que les pays africains devront consacrer entre 5 et 10 % de leur PIB à s'adapter à ce phénomène attribuable aux pays développés, un coût exorbitant pour des pays déjà exsangues. Selon le GIEC, d'ici 2050, des «dizaines de millions» de personnes s'ajouteront aux victimes de la famine et entre 60 et 150 millions aux pénuries d'eau, un chiffre qui pourrait grimper à 400 millions d'ici 2080.
Ce deuxième volet du quatrième rapport du GIEC porte sur les impacts des changements climatiques, les possibilités d'adaptation et la vulnérabilité des écosystèmes et des sociétés humaines. La réunion de Bruxelles regroupait 285 délégués de 124 pays ainsi qu'une cinquantaine de scientifiques et des dizaines de représentants d'ONG internationales. Le premier volet du quatrième rapport du GIEC, publié en février, concluait à une hausse minimale de 1,8 °C du climat moyen de la planète et à une hausse maximale de 4 °C avec une possibilité de hausse pouvant atteindre 6,4 °C au cours du siècle actuel.
Famines, pénuries d'eau, migrations massives des futurs «réfugiés du climat» et désertification galopante des régions semi-arides de la planète étaient toutes déjà mentionnées dans le rapport de 2001 du GIEC. Mais cette fois-ci, comme dans le volet de février dernier, le GIEC chiffre la probabilité d'occurrence des futurs fléaux, ce que des pays comme les États-Unis, la Chine, la Russie et l'Arabie saoudite ont tenté de faire atténuer par des débats qui ont prolongé de 14 heures la conférence de Bruxelles et failli provoquer son ajournement jusqu'en juin. Si, afin d'obtenir l'unanimité exigée par les règles onusiennes, plusieurs paragraphes du Résumé à l'intention des décideurs de 23 pages ont été atténués et parfois biffés, le rapport scientifique lui-même, une brique de 1572 pages, demeure inchangé.
Ce rapport, le plus vaste et le plus précis jamais élaboré à propos des conséquences des changements climatiques, affirme que ces impacts sont dorénavant visibles et mesurables partout sur la planète et que leur ampleur les démarque de la variabilité naturelle. Déjà, les printemps sont plus hâtifs et le cycle de vie de plusieurs espèces s'en trouve modifié, tout comme les pratiques agricoles. La température des lacs et des grands cours d'eau est à la hausse: ce changement se répercute sur la faune aquatique, ce qui provoque des remplacements d'espèces et en confronte d'autres à l'apparition ou au développement accru des algues et du zooplancton dans le Nord, à leur migration, voire à leur disparition dans les lacs devenus trop chauds, privés d'oxygène, plus salins ou plus pollués, voire asséchés. Plus inquiétant encore, les plus grands écosystèmes, les océans, s'acidifient au fur et à mesure que le carbone atmosphérique s'y accumule, ce qui les stérilise et intensifie les méfaits du rayonnement solaire.
Au rythme actuel du réchauffement, le rapport prévoit l'extinction de 20 à 30 % des espèces végétales et animales de la planète d'ici la fin du siècle en cas de hausse du climat moyen de 1,5 à 2,5 °C. Le phénomène s'aggravera et atteindra toutes les régions du monde au-delà de 4 °C. Ces prévisions sont basées sur 29 000 séries de données cumulées dans 75 grandes études, qui démontrent avec une constance de 89 % que tous les indicateurs biophysiques pointent dans cette direction apocalyptique. Tous les pays et leurs représentants, y compris les plus réfractaires à une action concertée, comme les États-Unis et l'Arabie saoudite, ont entériné ces conclusions.
Mais plusieurs experts internationaux présents à Bruxelles ont très mal réagi, dans la nuit de jeudi à hier, aux tentatives d'édulcoration de leurs constats dans le Résumé à l'intention des décideurs.
«Certaines objections n'étaient pas scientifiquement fondées», a déclaré Joseph Alcamo, de l'université Kassel, en Allemagne.
«Cela s'est avéré un exercice complexe», a reconnu plus diplomatiquement Rajendra Pachauri, président du GIEC, en confirmant que plusieurs scientifiques ont regimbé devant les demandes des négociateurs politiques, à qui ils ont dû consentir des conclusions plus floues. Les États-Unis et la Chine, par exemple, ont réussi à faire biffer de la synthèse finale la plupart des données chiffrées et une bonne partie des indices de fiabilité des conclusions. Ils ont aussi obtenu que soit biffée une phrase clé selon laquelle l'Amérique du Nord «devrait être localement confrontée à de graves dommages économiques et à des perturbations substantielles de son système socioéconomique et culturel». Ils ont aussi fait biffer toute référence à l'accroissement prévisible des impacts des ouragans chez eux.
Les représentants états-uniens ont prétendu que leur pays a les moyens technologiques et financiers de faire face à ces problèmes. «Pour les États-Unis, en somme, tout cela n'est pas si grave puisqu'ils peuvent s'y adapter parce qu'ils en ont les moyens», expliquait de Paris Stéphane Hallegatte, un économiste de Météo France qui a participé aux débats de Bruxelles. Les États-Unis émettent le quart de toutes les émissions anthropiques annuelles et sont responsables du tiers de toutes les émissions d'origine humaine depuis 1850.
La Chine a quant à elle tenu à faire biffer le niveau «très élevé» de probabilité attribué par le résumé à la globalité des impacts du réchauffement sur le biotope planétaire.
Malgré ces amendements au résumé, le rapport final prévoit que d'ici 2050, le débit des rivières et l'abondance de l'eau augmentera de 10 à 40 % aux hautes latitudes et dans certaines zones humides tropicales. Par contre, les cours d'eau et les nappes souterraines devraient perdre de 10 à 30 % de leur eau dans les régions plus sèches et plus chaudes, soit aux latitudes moyennes et tropicales. On prévoit que les zones de sécheresse s'élargiront et que les sécheresses seront plus longues et plus graves. Paradoxalement, ce sont ces mêmes régions qui subiront de violentes précipitations, dont la fréquence doit elle aussi augmenter. Ainsi, d'ici 2080, précise le rapport du GIEC, 2,5 millions de personnes de plus chaque année seront affectées par de brusques inondations.
Par contre, le potentiel hydroélectrique de l'Europe diminuera de 6 % d'ici 2070, un pourcentage qui grimpera à 50 % près de la Méditerranée. En Asie, tout particulièrement dans le cas des grands fleuves chinois, ainsi qu'en Amérique latine, les régions arrosées par des cours d'eau alimentés par les glaciers risquent de voir leur agriculture compromise à cause du manque d'eau. Quant aux petits glaciers alpins, ils devraient disparaître, tandis que les grands perdront entre 30 et 70 % de leur volume restant d'ici 2050. Les grands fleuves devraient connaître des baisses d'apports allant de 19 à 36 % selon les régions d'ici 2070. Quant à l'arrêt possible du Gulf Stream, le GIEC n'ose rien prédire à son sujet.
Cependant, les rendements agricoles devraient augmenter aux latitudes hautes et moyennes si la température moyenne du globe augmente de 1 à 3 °C. Mais cette productivité décroîtra au-delà de 3 °C ou si la fréquence des extrêmes climatiques les détruit sporadiquement. Le phénomène sera assez semblable pour les forêts: on prévoit une légère augmentation de leur croissance plus au nord si les nouveaux insectes, la fréquence accrue des feux et des événements extrêmes ne les détruisent pas. En Afrique, on assisterait par contre à un recul de la végétation à cause de la sécheresse accrue ainsi qu'à une baisse généralisée des rendements agricoles dans des pays dont c'est la base économique.
Par ailleurs, les inondations violentes frapperont des dizaines de millions de personnes chaque année d'ici la fin du siècle et les deltas les plus peuplés seront particulièrement vulnérables aux tempêtes tropicales.
Le déclin des coraux en raison du réchauffement des mers intensifiera les problèmes d'approvisionnement alimentaire de régions côtières entières, qui seront déjà aux prises avec le relèvement de la mer, la destruction des mangroves, les vagues de chaleur, la malnutrition, les inondations et, plus à l'intérieur, les sécheresses et les incendies.
On prévoit que le réchauffement des cours d'eau accroîtra la prévalence des maladies diarrhéiques dans les pays pauvres et des maladies cardio-respiratoires dans toutes les grandes villes, où le smog s'intensifiera avec la consommation d'essence croissante. On prévoit aussi, y compris dans les grandes villes d'Europe et d'Amérique, une augmentation notable des mortalités en raison des canicules extrêmes, qui frapperont les gens plus âgés, de plus en plus nombreux, ainsi que les plus pauvres.
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