Montréal paralyse l'achat de tous les autobus municipaux du Québec
La Ville de Montréal hausse le ton dans le conflit qui l'oppose à la banlieue quant au partage de la facture du métro. En plus de refuser de mettre en service la nouvelle ligne vers Laval tant que la question du financement ne sera pas réglée, Montréal paralyse l'achat d'autobus pour les neuf sociétés de transport à travers le Québec.
Comme Le Devoir l'a appris d'une source au coeur de ce dossier, Montréal a agi de la sorte devant le refus des banlieues nord et sud de contribuer substantiellement à un équipement métropolitain. Rien ne laisse entrevoir un accord à brève échéance sur la régionalisation de la facture des transports en commun alors que la pression monte pour que Montréal assure l'exploitation du nouveau tronçon vers Laval, dont l'ouverture pourrait être devancée au mois d'avril, comme le révélait Le Devoir hier.
La réplique faite en coulisse est tombée mercredi. Concrètement, le comité exécutif de Montréal a refusé d'entériner le règlement d'emprunt proposé par la Société de transport de Montréal (STM) pour l'achat de 305 nouveaux autobus (172 millions). Ce faisant, les huit autres sociétés de transport ne peuvent plus prétendre obtenir le prix de groupe que la STM avait négocié pour elles. Afin de faire des économies, la STM est mandatée pour mener les discussions et ainsi faire des achats regroupés. La direction générale de la STM a immédiatement entrepris une tournée téléphonique des sociétés pour les prévenir du problème.
«La STM nous a appelés hier [mercredi] pour nous informer d'une décision qui a été prise au comité exécutif de Montréal», a confirmé Marc Laforge, directeur des communications de la Société de transport de Laval.
À la STM, on se montrait plutôt avare de commentaires hier, indiquant qu'aucune décision n'a encore été prise. Du côté politique, même réaction prudente. «Il y a eu une discussion d'orientation au comité exécutif. Le dossier doit nous être soumis de nouveau très prochainement», s'est borné à dire André Lavallée, conseiller municipal responsable du transport collectif au sein du comité exécutif de la Ville de Montréal. Quant au fait qu'il s'agisse d'une façon d'établir un nouveau rapport de force, M. Lavallée n'a pas voulu ajouter d'huile sur le feu.
Ouverture conditionnelle
Plus tôt en journée, le président de la STM, Claude Trudel, avait été envoyé au bâton pour positionner Montréal comme le meneur incontournable de ce dossier. Il l'avait dit le mois dernier et il l'a réitéré hier lors d'une allocution devant la Chambre de commerce du Sud-Ouest: les Montréalais n'assumeront pas seuls le coût de fonctionnement de la nouvelle ligne de métro.
«La Ville de Montréal et la STM font du règlement financier la condition sine qua non de l'ouverture du tronçon Laval du métro de Montréal», a déclaré M. Trudel.
Ironiquement, la STM collabore entièrement avec l'Agence métropolitaine de transport pour effectuer les tests préalables à la mise en service. C'est d'autant plus vrai que les travaux se font actuellement en accéléré, ce qui pourrait permettre d'organiser l'événement officiel de coupure du ruban dès avril, le «2 avril», a même laissé échapper M. Trudel hier. À la veille ou au cours d'une campagne électorale provinciale, faire montre d'une certaine diligence dans un dossier montré du doigt comme un dérapage péquiste pourrait plaire au gouvernement libéral. De plus, les circonscriptions du 450 sont celles qui peuvent avoir une certaine influence sur la couleur du gouvernement. À l'inverse, l'île de Montréal ne semble comporter que peu d'enjeux électoraux.
La Ville de Montréal veut aussi profiter de la fébrilité électorale pour passer un message clair au gouvernement et obtenir un véritable règlement. Déjà, il y a deux semaines, André Lavallée rappelait dans nos pages que le prolongement du métro à Laval cristallise «le problème du partage des coûts, qui attend d'être réglé depuis 15 ans». M. Lavallée soutenait alors que Québec joue un rôle de première importance pour arrêter la guerre du chacun pour soi.
Étonnamment, Claude Trudel a plutôt nourri cette guerre de clochers. Il a insisté pour dire et répéter qu'il s'agit du métro de Montréal et non pas celui de Laval.
Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une belle occasion pour régler non seulement le partage de la facture du tronçon de Laval mais aussi celui de l'ensemble des immobilisations du métro, estime Montréal.
Voilà plusieurs mois que Montréal et les villes de banlieue de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) ont reconnu que le réseau de métro est un équipement «métropolitain». Les négociations ont cependant achoppé sur le montant qui doit être assumé par les villes de banlieue. Un médiateur nommé par Québec tente actuellement de résoudre ce dossier.
La proposition soumise par Montréal au médiateur prévoit que les 16 villes de l'agglomération (l'île de Montréal) paieraient 67 % des dépenses d'immobilisations du métro tandis que les villes de banlieue seraient responsables de 33 % de ces dépenses, même si seulement 20 % des usagers proviennent de ces secteurs.
Fait à noter, Montréal ne parle plus de partager le déficit d'exploitation du métro mais bien les dépenses d'immobilisations du métro, estimées à un milliard de dollars au cours des 15 prochaines années (outre les trois milliards payés par Québec). Le montant de la facture des villes de banlieue s'élèverait donc à environ 330 millions d'ici 2020.
En contrepartie, la STM soumettrait son programme triennal d'immobilisations à une commission de la CMM plutôt que de permettre à des représentants des villes de banlieue de siéger au conseil d'administration de la STM, comme elles l'ont demandé. Montréal continuerait par ailleurs de verser 60 % du déficit d'exploitation du train de banlieue, bien que seulement 37 % des usagers soient des Montréalais.
Le médiateur du gouvernement a entre les mains cinq propositions différentes pour régler le partage des coûts du métro, qui devait à l'origine être tranché en septembre dernier.
La perspective d'élections printanières et l'imminence de l'ouverture du métro de Laval pourraient contribuer à accélérer la cadence. «C'est une belle occasion de régler un problème qui traîne depuis longtemps. [...] Chacun a son agenda, ça prendra le temps que ça prendra, mais je pense qu'on va y arriver», a conclu M. Trudel.
Comme Le Devoir l'a appris d'une source au coeur de ce dossier, Montréal a agi de la sorte devant le refus des banlieues nord et sud de contribuer substantiellement à un équipement métropolitain. Rien ne laisse entrevoir un accord à brève échéance sur la régionalisation de la facture des transports en commun alors que la pression monte pour que Montréal assure l'exploitation du nouveau tronçon vers Laval, dont l'ouverture pourrait être devancée au mois d'avril, comme le révélait Le Devoir hier.
La réplique faite en coulisse est tombée mercredi. Concrètement, le comité exécutif de Montréal a refusé d'entériner le règlement d'emprunt proposé par la Société de transport de Montréal (STM) pour l'achat de 305 nouveaux autobus (172 millions). Ce faisant, les huit autres sociétés de transport ne peuvent plus prétendre obtenir le prix de groupe que la STM avait négocié pour elles. Afin de faire des économies, la STM est mandatée pour mener les discussions et ainsi faire des achats regroupés. La direction générale de la STM a immédiatement entrepris une tournée téléphonique des sociétés pour les prévenir du problème.
«La STM nous a appelés hier [mercredi] pour nous informer d'une décision qui a été prise au comité exécutif de Montréal», a confirmé Marc Laforge, directeur des communications de la Société de transport de Laval.
À la STM, on se montrait plutôt avare de commentaires hier, indiquant qu'aucune décision n'a encore été prise. Du côté politique, même réaction prudente. «Il y a eu une discussion d'orientation au comité exécutif. Le dossier doit nous être soumis de nouveau très prochainement», s'est borné à dire André Lavallée, conseiller municipal responsable du transport collectif au sein du comité exécutif de la Ville de Montréal. Quant au fait qu'il s'agisse d'une façon d'établir un nouveau rapport de force, M. Lavallée n'a pas voulu ajouter d'huile sur le feu.
Ouverture conditionnelle
Plus tôt en journée, le président de la STM, Claude Trudel, avait été envoyé au bâton pour positionner Montréal comme le meneur incontournable de ce dossier. Il l'avait dit le mois dernier et il l'a réitéré hier lors d'une allocution devant la Chambre de commerce du Sud-Ouest: les Montréalais n'assumeront pas seuls le coût de fonctionnement de la nouvelle ligne de métro.
«La Ville de Montréal et la STM font du règlement financier la condition sine qua non de l'ouverture du tronçon Laval du métro de Montréal», a déclaré M. Trudel.
Ironiquement, la STM collabore entièrement avec l'Agence métropolitaine de transport pour effectuer les tests préalables à la mise en service. C'est d'autant plus vrai que les travaux se font actuellement en accéléré, ce qui pourrait permettre d'organiser l'événement officiel de coupure du ruban dès avril, le «2 avril», a même laissé échapper M. Trudel hier. À la veille ou au cours d'une campagne électorale provinciale, faire montre d'une certaine diligence dans un dossier montré du doigt comme un dérapage péquiste pourrait plaire au gouvernement libéral. De plus, les circonscriptions du 450 sont celles qui peuvent avoir une certaine influence sur la couleur du gouvernement. À l'inverse, l'île de Montréal ne semble comporter que peu d'enjeux électoraux.
La Ville de Montréal veut aussi profiter de la fébrilité électorale pour passer un message clair au gouvernement et obtenir un véritable règlement. Déjà, il y a deux semaines, André Lavallée rappelait dans nos pages que le prolongement du métro à Laval cristallise «le problème du partage des coûts, qui attend d'être réglé depuis 15 ans». M. Lavallée soutenait alors que Québec joue un rôle de première importance pour arrêter la guerre du chacun pour soi.
Étonnamment, Claude Trudel a plutôt nourri cette guerre de clochers. Il a insisté pour dire et répéter qu'il s'agit du métro de Montréal et non pas celui de Laval.
Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une belle occasion pour régler non seulement le partage de la facture du tronçon de Laval mais aussi celui de l'ensemble des immobilisations du métro, estime Montréal.
Voilà plusieurs mois que Montréal et les villes de banlieue de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) ont reconnu que le réseau de métro est un équipement «métropolitain». Les négociations ont cependant achoppé sur le montant qui doit être assumé par les villes de banlieue. Un médiateur nommé par Québec tente actuellement de résoudre ce dossier.
La proposition soumise par Montréal au médiateur prévoit que les 16 villes de l'agglomération (l'île de Montréal) paieraient 67 % des dépenses d'immobilisations du métro tandis que les villes de banlieue seraient responsables de 33 % de ces dépenses, même si seulement 20 % des usagers proviennent de ces secteurs.
Fait à noter, Montréal ne parle plus de partager le déficit d'exploitation du métro mais bien les dépenses d'immobilisations du métro, estimées à un milliard de dollars au cours des 15 prochaines années (outre les trois milliards payés par Québec). Le montant de la facture des villes de banlieue s'élèverait donc à environ 330 millions d'ici 2020.
En contrepartie, la STM soumettrait son programme triennal d'immobilisations à une commission de la CMM plutôt que de permettre à des représentants des villes de banlieue de siéger au conseil d'administration de la STM, comme elles l'ont demandé. Montréal continuerait par ailleurs de verser 60 % du déficit d'exploitation du train de banlieue, bien que seulement 37 % des usagers soient des Montréalais.
Le médiateur du gouvernement a entre les mains cinq propositions différentes pour régler le partage des coûts du métro, qui devait à l'origine être tranché en septembre dernier.
La perspective d'élections printanières et l'imminence de l'ouverture du métro de Laval pourraient contribuer à accélérer la cadence. «C'est une belle occasion de régler un problème qui traîne depuis longtemps. [...] Chacun a son agenda, ça prendra le temps que ça prendra, mais je pense qu'on va y arriver», a conclu M. Trudel.
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