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Développement durable - Penser vert rapporte gros !

Christian Rioux   23 décembre 2006  Société
Le développement durable est-il devenu la nouvelle religion païenne avec ses grand-messes, ses cérémonies d'expiation collective et ses éminences grises? En d'autres mots, le recyclage et le compost ont-ils remplacé le carême et les pèlerinages d'antan?

Ce n'est pas du tout l'opinion de Bob Willard, un ancien cadre d'IBM Canada auteur de Sustainability Advantage. Grand prêtre du développement durable, Willard estime que le choix entre le développement économique et l'éthique est un faux choix et que l'on peut facilement atteindre les deux. Mais à condition, dit-il, de ne pas utiliser le langage du développement durable, mais celui de l'économie et de la productivité.

«Pour les entreprises, le développement durable, l'engagement social, les avantages écologiques, c'est du chinois, dit-il. En anglais, le mot "sustainability" a six syllabes, alors que le mot "profits" n'en a que deux. Voilà pourquoi il faut plutôt parler d'économie intelligente, de capital humain et d'exigences économiques.»

À écouter le gourou qui a écrit The Next Sustainability Wave (un autre de ses best-sellers), l'écologie serait d'abord affaire de vocabulaire. Car, dit-il, le vocabulaire braquerait les chefs d'entreprise qui n'y pigeraient rien. «Les compagnies envisagent donc le développement durable comme une exigence plutôt qu'une occasion d'affaires. Or, les chefs d'entreprise n'ont pas le temps de sauver la planète.» Il faudrait donc présenter la chose comme une bonne occasion d'affaires et une occasion additionnelle d'atteindre plus vite les objectifs économiques déjà fixés. «Le développement durable, ce n'est pas de la philanthropie mais du "business"!»

Des profits bien réels

Et l'habile vendeur d'expliquer qu'une stratégie fondée sur le développement durable peut réduire les coûts de recrutement de 2 %, augmenter la productivité de 10 % et entraîner une hausse des profits de 35 % en cinq ans. Rien de moins! «Le point de départ, dit-il, c'est que les employés vont avoir l'impression de faire partie d'une entreprise qui pense comme eux et dont ils sont fiers.» Le tout serait de faire comprendre aux grands patrons qu'il ne s'agit nullement de faire un sacrifice.

Bob Willard estime que les entreprises qui ont intégré le développement durable dans leur stratégie d'ensemble réussissent mieux que les autres en Bourse. Mais sa théorie ne fait pas l'unanimité. Certaines entreprises ont peut-être pu capitaliser sur leur profil vert et leur image de «bon citoyen», mais qu'arrivera-t-il le jour où elles ne seront plus les seules? Certains estiment plutôt qu'il n'y a pas d'avantage immédiat pour une entreprise à être un bon citoyen écologique, même s'il peut y avoir des coûts à long terme à ne pas l'être. L'ennui, c'est que les entreprises veulent des résultats en moins d'un an et demi et non pas sur cinq ou dix ans.

Alcan vert

Julien Gendron, directeur du développement industriel régional d'Alcan, cite le cas des alumineries Alcan qui ont développé un vaste programme de diversification économique dans une douzaine de régions où elles sont implantées. Le programme répond au besoin qu'éprouve Alcan de tisser des liens durables dans des localités éloignées où la compagnie fait des investissements énormes. «Ces compagnies dépassent les exigences que leur fixe la loi parce qu'une fois installées, elles ne souhaitent plus se déplacer, dit Jean Matuszevski, président de E&B Data, à Montréal. Elles doivent donc créer des liens étroits avec la collectivité et anticiper les normes publiques qui finiront par s'imposer.»

À Sept-Îles, l'aluminerie Alouette s'est même donné une politique culturelle afin de retenir les travailleurs qualifiés dans la région. En 2004, elle a signé une entente avec la municipalité et le ministère des Affaires culturelles afin d'aider directement les artistes locaux.

Feu de paille ou véritable virage vers le développement durable? Il serait encore tôt pour conclure que les grandes entreprises ont soudainement compris qu'elles avaient des responsabilités sociales, dit Corinne Gendron, titulaire de la chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l'UQAM. «Je ne suis pas certaine qu'on puisse parler de l'entreprise comme d'un acteur social même si, depuis dix ans, les acteurs sociaux, eux, sont en train de redéfinir ce qu'est la responsabilité sociale de l'entreprise.»






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