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Douloureux retour sur les lieux du drame

Marie-Andrée Chouinard   19 septembre 2006  Société
Une étudiante vêtue de rose se recueillait à l’entrée du Collège Dawson, hier, où la vie reprenait lentement son cours après le drame qui a emporté Anastasia De Sousa, 18 ans, tombée sous les balles de Kimveer Gill mercredi dernier.
Photo : Jacques Nadeau
Une étudiante vêtue de rose se recueillait à l’entrée du Collège Dawson, hier, où la vie reprenait lentement son cours après le drame qui a emporté Anastasia De Sousa, 18 ans, tombée sous les balles de Kimveer Gill mercredi dernier.
Des milliers d'étudiants ont répondu à l'appel du Collège Dawson, hier, et ont tenté de redonner un souffle de normalité à la vie scolaire en retournant sur les lieux du drame. Ce premier contact avec la réalité — difficile, voire impossible pour certains — s'est déroulé sous le signe du recueillement, de la solidarité et des effusions.

À 11h, les trois entrées du cégep se sont ouvertes pour laisser entrer les étudiants déjà massés sur les lieux. Sur la rue de Maisonneuve, exactement là où la tragédie s'était jouée quelques jours auparavant, les jeunes ont déplacé les montagnes de fleurs déposées en guise de sympathie pour libérer le parvis et fouler le seuil de leur école.

«Étudiants de Dawson! Bienvenue chez vous!», a lancé un membre du personnel devant l'entrée située dans la station de métro Atwater. Peu importe l'issue qu'ils ont choisie, les étudiants ont pénétré dans le cégep sous les applaudissements nourris de tous les membres du personnel, disposés pour l'occasion tout autour de l'atrium et à chacun des étages du bâtiment. «Bienvenue!», ont-ils répété, ponctuant la parole d'un mouvement fraternel, voire d'une embrassade. Là où moins d'une semaine auparavant la fusillade a blessé des étudiants, en marquant psychologiquement des centaines d'autres, tout le monde a déambulé calmement hier, qui se dirigeant rapidement vers son casier, qui s'arrêtant plutôt près de la cafétéria, interloqué d'arpenter un sol où des compagnons s'étaient effondrés.

Partout dans le collège, des membres du personnel affichant «intervenant d'urgence» en rouge sur une étiquette étaient postés, parés à soutenir les plus atteints. Affluant dans le calme, des jeunes au regard inquiet en agrippaient d'autres, les accolades et les sanglots ponctuant cette rentrée, toutefois anormalement silencieuse.

Croisées à la station de métro Place-des-Arts, alors que quatre arrêts les séparaient encore de leur collège, deux étudiantes débattaient de la pertinence de retourner sur les lieux du drame. «Je vais paniquer!», confiait Nadia à sa copine. «Je ne sais pas si je vais être capable...»

Quelques instants plus tard, elles y sont pourtant entrées, immédiatement soutenues par un employé, qui leur a indiqué les nombreuses salles prévues pour offrir hier une aide psychologique à ceux qui en avaient besoin. Dans cet atrium témoin de l'indescriptible, des téléviseurs postés aux quatre coins affichaient hier le détail des séances de soutien offertes aux étudiants. Un carton défilant tous les services d'aide et le déroulement du retour était distribué à tous ceux qui ont pénétré dans le cégep, qui abrite environ 10 000 étudiants.

Tout près de la cafétéria, qui doit rouvrir aujourd'hui seulement, en même temps que la reprise officielle des cours, d'immenses panneaux ont été disposés pour permettre à ceux qui le souhaitent de livrer par écrit leurs pensées. «Ne déversez pas votre colère sur les autres...», prévient l'un des auteurs. «Rien ne pourra nous empêcher de nous relever», ajoute un autre. «Nous demeurons unis», expose-t-on aussi, un message de solidarité repris par plusieurs. «Anastasia, dors en paix...»

Et puis soudain, au milieu de cette douloureuse reprise de contact avec la réalité, alors que l'essentiel des conversations tournait autour de ce que chacun faisait au moment du drame, un cri a déchiré l'atrium du Collège Dawson: «Pourquoi?», a hurlé une étudiante, visiblement sous le coup de l'émotion.

Comme convenu, à 12h41 tapantes, en rappel de l'heure choisie par le meurtrier pour déclencher la fusillade, les étudiants majoritairement vêtus de rose sont calmement entrés dans le cégep par l'entrée principale, sous les cris et les applaudissements. «Allez-y! Entrez! Bienvenue!», a lancé le directeur du cégep, Richard Filion.

Les forces policières étaient déployées tout autour du collège, empêchant notamment la curiosité des caméras de suivre l'entrée des étudiants. À l'intérieur, des agents de sécurité surveillaient les allées et venues des passants.

Lors d'un point de presse en après-midi, M. Filion a exprimé son «soulagement» envers la réponse des étudiants à l'invitation de ce retour en classe. «L'atmosphère est indescriptible, compte tenu de la teneur même des événements», a-t-il indiqué. «Je ne trouve pas les mots pour décrire ce qui se passe ici», a-t-il ajouté, précisant qu'aucun semblant de retour à la normale n'allait permettre d'oublier ce qui s'est passé.

M. Filion a estimé que 10 ou 15 % de la population étudiante est encore trop «fortement perturbée» pour remettre les pieds au collège si rapidement. «Nous espérons que les filles et les garçons vont comprendre que la meilleure façon de guérir est de revenir et de se reconnecter avec ce que nous faisions avant l'irruption de ce forcené», a-t-il expliqué.

Selon le directeur, des parents se sont présentés seuls, sans étudiants au bout du bras, ceux-ci n'ayant pas été capables d'affronter le retour sur les lieux du drame. Plusieurs pères et mères accompagnaient d'ailleurs hier leurs enfants à l'intérieur du collège, les tenant littéralement par la main au moment de franchir la porte d'entrée.

En matinée hier, avant que les hordes d'étudiants n'envahissent les lieux, le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Jean-Marc Fournier, est venu rencontrer la direction du collège et les représentants de l'association étudiante afin de s'assurer que tout était en place pour la rentrée.

À la suite de l'appel du ministère pour un resserrement et une révision des mesures de sécurité dans l'ensemble des établissements scolaires, une université a contacté le MELS pour obtenir son soutien. Il a été impossible de savoir laquelle.

Par ailleurs, l'Hôpital général de Montréal a fait savoir hier après-midi que deux patients blessés lors de la fusillade étaient toujours dans un état critique à l'unité des soins intensifs, leur condition s'étant toutefois légèrement améliorée en l'espace de 72 heures. Cinq autres personnes étaient toujours hospitalisées mais en bonne voie de rétablissement. Quatre des onze patients admis ont obtenu leur congé de l'hôpital.

Un autre chapitre haut en émotions se jouera ce matin lors des funérailles d'Anastasia De Sousa. La jeune femme de 18 ans, tombée sous les tirs de Kimveer Gill, recevra un dernier hommage à l'église Our Lady Of Czestochowa, à 11h. Entre les rues Sherbrooke et De Rouen, et de même entre Bercy et Frontenac, la circulation sera interdite à compter de 9h.






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