Outgames: la visibilité avant tout
Photo : Jacques Nadeau
Les préparatifs vont bon train pour l’ouverture des Outgames, ce soir.
Le rideau s'ouvre ce soir sur les Outgames de Montréal, avec le début de la Conférence internationale sur les droits humains des personnes lesbiennes, gaies, bissexuelles et transgenres (LGBT). L'aboutissement de cinq années de préparatifs durant lesquelles l'événement a changé de nom et, surtout, d'orientation.
Au bout du fil, Martina Navratilova répond en riant: «A big party». C'est d'ailleurs l'idée que plusieurs se font des Outgames, souvent perçus comme l'occasion pour le village gai «globalisé» de festoyer pendant dix jours. Avec 150 000 visiteurs espérés d'ici le 5 août et quelque 200 ateliers-conférences sur la situation des LGBT dans le monde, les retombées de l'événement s'annoncent toutefois autrement plus importantes que celles d'un bal nocturne.
Alors bien sûr que ce sera une fête, concède Louise Roy, grande manitou des Outgames. «Avec autant de monde en ville, ça ne peut pas ne pas en être une.» Mais selon la fondatrice du tour cycliste de l'île de Montréal, il s'agit surtout d'un «grand événement de visibilité pour la communauté LGBT». L'ampleur est rare: 35 disciplines sportives — qui vont du participatif au compétitif avancé — pour le volet Outgames, quelque 12 000 participants inscrits à ce jour. Des 109 pays représentés, plusieurs bannissent encore l'homosexualité.
Plus de 1500 personnes seront par ailleurs de la conférence d'ouverture qui se tient jusqu'à samedi au Palais des congrès. Quarante grands conférenciers y prendront la parole, notamment Louise Arbour, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, qui s'exprimera ce soir. «C'est une première mondiale, affirme Louise Roy. Jamais n'avons-nous discuté aussi largement de cette question de l'évolution des droits des LGBT à travers le monde. C'est un grand pas. On va mettre sur la place publique des enjeux de droits extrêmement importants.» Ceux-ci seront résumés dans la Déclaration de Montréal, que Martina Navratilova et l'ex-nageur Mark Tewksbury liront lors de la cérémonie d'ouverture officielle des Outgames, au stade olympique. Elle sera ensuite acheminée à l'ONU.
Le volet sportif prendra le pas à compter de dimanche. Des compétitions sportives qui ne seront pas du plus haut niveau, reconnaît-on: en fait, dans la volonté «d'être le plus inclusive possible», l'organisation permet l'inscription de «n'importe qui, gai ou pas, bon ou non», pourvu que la personne soit membre d'une ligue ou d'une fédération reconnue. Tout de même, «on joue pour vrai», indique Louise Roy en reprenant le slogan des Outgames. Si jamais des records tombent, ils seront homologués.
Cela vaut aussi pour les compétitions de cuir et de pilosité qui sont à l'affiche. Car des Monsieur et Madame Cuir seront élus mercredi prochain. Et lundi, on votera pour savoir qui possède la pilosité la plus «émouvante» (concours Bears), «une virilité à l'état brut, une union avec la nature», comme on l'indique dans le descriptif. Selon la directrice-générale de l'événement, il s'agit là «de démonstrations qui font partie de la culture de la communauté, qui sont très populaires à travers le monde».
«Je ne crois pas que cela donne une mauvaise image de la communauté. C'est festif, voilà tout, comme les concours de chorale ou de danse western. C'est un "happening" qui a plusieurs volets et chacun peut y trouver son compte.»
Si Louise Roy milite pour une normalisation complète des homosexuels dans la société, elle croit toujours que des jeux désignés par le sceau LGBT sont nécessaires en 2006. Cela même si le fait d'être homosexuel n'affecte en rien la performance sportive d'un athlète. «Le sport est le dernier bastion de l'homophobie. L'ostracisme demeure. C'est une façon de rappeler cet état de fait, et de le combattre.»
Changement de cap
En 2001, la Fédération des Gay Games (FGG) avait accordé à Montréal la présentation de ses Jeux 2006. Le comité organisateur parlait alors de 200 000 touristes à Montréal, de 24 000 participants et de retombées d'au moins 150 millions pour la métropole. Mais deux ans plus tard, pour des questions de contrôles financiers, Montréal tournait le dos à la FGG et décidait de tenir ses propres jeux, sanctionnés depuis par la nouvelle Association internationale sportive pour gais et lesbiennes (GLISA). Chicago a finalement tenu les Jeux de la FGG la semaine dernière, avec un succès jugé très mitigé par les médias locaux. Selon le comité organisateur, au moins 11 000 personnes y ont néanmoins participé.
Le changement de garde de 2003 a sonné un changement d'orientation pour Montréal 2006. La tenue d'une conférence sur les droits humains a été décidé à ce moment. «Ça nous fait des jeux plus inclusifs, plus larges», estime Louise Roy, rencontrée récemment dans les bureaux des Outgames, au stade olympique. Mais des jeux moins payants, aussi: on a réduit à 12 000 l'objectif (atteint) de participants, et les retombées économiques prévues par Tourisme Montréal sont maintenant de l'ordre de 100 millions, plus ou moins l'équivalent d'une fin de semaine de Grand Prix.
Le budget des Outgames est resté sensiblement le même, à 16 millions. Quatre millions viennent des inscriptions payantes, cinq millions des trois ordres de gouvernement et quatre millions sont fournis par les revenus de commandites matérielles ou financières. Les trois derniers millions nécessaires au bouclage du budget devront venir de la vente des billets (qu'on ne prévoit pas très importante, vu le calibre des compétitions) et surtout des concessions dispersées sur les sites, au carré Viger et dans le Village gai.
Hôtels libres
La révision des objectifs a toutefois eu son impact sur les réservations d'hôtels, indique-t-on à l'Association des hôteliers du Grand Montréal. «On avait l'espoir que tout serait complet il y a trois ans, mais ce n'est plus le cas, explique le président, William Brown. La plupart des hôtels ont des chambres disponibles actuellement, même si les taux de réservation sont bons.»
Devant les faibles réservations faites spécifiquement par les participants aux Outgames, les blocs de nuitées qui avaient été réservés par Tourisme Montréal en 2001 pour garantir 10 000 chambres par soir durant l'événement ont été diminués en mai. Mais ça ne veut pas dire que les gens ne viendront pas, croit le vice-président de l'organisme, Pierre Bellerose. «C'est plutôt que les participants ont réservé leurs chambres d'hôtel sans passer par le service qu'on avait mis sur pied pour l'occasion. Ils utilisent Internet et ne mentionnent pas qu'ils viennent pour les Outgames, alors ça devient difficile de savoir qui est là pour ça.»
Selon M. Bellerose, les visiteurs auraient de plus privilégié les petits hôtels, les auberges et les «pensions chez l'habitant» qui ne font pas partie du réseau de Tourisme Montréal pour ces événements. Résultat: «On ne sait pas où les participants couchent, ce n'est pas "comptabilisable".»
Au bout du fil, Martina Navratilova répond en riant: «A big party». C'est d'ailleurs l'idée que plusieurs se font des Outgames, souvent perçus comme l'occasion pour le village gai «globalisé» de festoyer pendant dix jours. Avec 150 000 visiteurs espérés d'ici le 5 août et quelque 200 ateliers-conférences sur la situation des LGBT dans le monde, les retombées de l'événement s'annoncent toutefois autrement plus importantes que celles d'un bal nocturne.
Alors bien sûr que ce sera une fête, concède Louise Roy, grande manitou des Outgames. «Avec autant de monde en ville, ça ne peut pas ne pas en être une.» Mais selon la fondatrice du tour cycliste de l'île de Montréal, il s'agit surtout d'un «grand événement de visibilité pour la communauté LGBT». L'ampleur est rare: 35 disciplines sportives — qui vont du participatif au compétitif avancé — pour le volet Outgames, quelque 12 000 participants inscrits à ce jour. Des 109 pays représentés, plusieurs bannissent encore l'homosexualité.
Plus de 1500 personnes seront par ailleurs de la conférence d'ouverture qui se tient jusqu'à samedi au Palais des congrès. Quarante grands conférenciers y prendront la parole, notamment Louise Arbour, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, qui s'exprimera ce soir. «C'est une première mondiale, affirme Louise Roy. Jamais n'avons-nous discuté aussi largement de cette question de l'évolution des droits des LGBT à travers le monde. C'est un grand pas. On va mettre sur la place publique des enjeux de droits extrêmement importants.» Ceux-ci seront résumés dans la Déclaration de Montréal, que Martina Navratilova et l'ex-nageur Mark Tewksbury liront lors de la cérémonie d'ouverture officielle des Outgames, au stade olympique. Elle sera ensuite acheminée à l'ONU.
Le volet sportif prendra le pas à compter de dimanche. Des compétitions sportives qui ne seront pas du plus haut niveau, reconnaît-on: en fait, dans la volonté «d'être le plus inclusive possible», l'organisation permet l'inscription de «n'importe qui, gai ou pas, bon ou non», pourvu que la personne soit membre d'une ligue ou d'une fédération reconnue. Tout de même, «on joue pour vrai», indique Louise Roy en reprenant le slogan des Outgames. Si jamais des records tombent, ils seront homologués.
Cela vaut aussi pour les compétitions de cuir et de pilosité qui sont à l'affiche. Car des Monsieur et Madame Cuir seront élus mercredi prochain. Et lundi, on votera pour savoir qui possède la pilosité la plus «émouvante» (concours Bears), «une virilité à l'état brut, une union avec la nature», comme on l'indique dans le descriptif. Selon la directrice-générale de l'événement, il s'agit là «de démonstrations qui font partie de la culture de la communauté, qui sont très populaires à travers le monde».
«Je ne crois pas que cela donne une mauvaise image de la communauté. C'est festif, voilà tout, comme les concours de chorale ou de danse western. C'est un "happening" qui a plusieurs volets et chacun peut y trouver son compte.»
Si Louise Roy milite pour une normalisation complète des homosexuels dans la société, elle croit toujours que des jeux désignés par le sceau LGBT sont nécessaires en 2006. Cela même si le fait d'être homosexuel n'affecte en rien la performance sportive d'un athlète. «Le sport est le dernier bastion de l'homophobie. L'ostracisme demeure. C'est une façon de rappeler cet état de fait, et de le combattre.»
Changement de cap
En 2001, la Fédération des Gay Games (FGG) avait accordé à Montréal la présentation de ses Jeux 2006. Le comité organisateur parlait alors de 200 000 touristes à Montréal, de 24 000 participants et de retombées d'au moins 150 millions pour la métropole. Mais deux ans plus tard, pour des questions de contrôles financiers, Montréal tournait le dos à la FGG et décidait de tenir ses propres jeux, sanctionnés depuis par la nouvelle Association internationale sportive pour gais et lesbiennes (GLISA). Chicago a finalement tenu les Jeux de la FGG la semaine dernière, avec un succès jugé très mitigé par les médias locaux. Selon le comité organisateur, au moins 11 000 personnes y ont néanmoins participé.
Le changement de garde de 2003 a sonné un changement d'orientation pour Montréal 2006. La tenue d'une conférence sur les droits humains a été décidé à ce moment. «Ça nous fait des jeux plus inclusifs, plus larges», estime Louise Roy, rencontrée récemment dans les bureaux des Outgames, au stade olympique. Mais des jeux moins payants, aussi: on a réduit à 12 000 l'objectif (atteint) de participants, et les retombées économiques prévues par Tourisme Montréal sont maintenant de l'ordre de 100 millions, plus ou moins l'équivalent d'une fin de semaine de Grand Prix.
Le budget des Outgames est resté sensiblement le même, à 16 millions. Quatre millions viennent des inscriptions payantes, cinq millions des trois ordres de gouvernement et quatre millions sont fournis par les revenus de commandites matérielles ou financières. Les trois derniers millions nécessaires au bouclage du budget devront venir de la vente des billets (qu'on ne prévoit pas très importante, vu le calibre des compétitions) et surtout des concessions dispersées sur les sites, au carré Viger et dans le Village gai.
Hôtels libres
La révision des objectifs a toutefois eu son impact sur les réservations d'hôtels, indique-t-on à l'Association des hôteliers du Grand Montréal. «On avait l'espoir que tout serait complet il y a trois ans, mais ce n'est plus le cas, explique le président, William Brown. La plupart des hôtels ont des chambres disponibles actuellement, même si les taux de réservation sont bons.»
Devant les faibles réservations faites spécifiquement par les participants aux Outgames, les blocs de nuitées qui avaient été réservés par Tourisme Montréal en 2001 pour garantir 10 000 chambres par soir durant l'événement ont été diminués en mai. Mais ça ne veut pas dire que les gens ne viendront pas, croit le vice-président de l'organisme, Pierre Bellerose. «C'est plutôt que les participants ont réservé leurs chambres d'hôtel sans passer par le service qu'on avait mis sur pied pour l'occasion. Ils utilisent Internet et ne mentionnent pas qu'ils viennent pour les Outgames, alors ça devient difficile de savoir qui est là pour ça.»
Selon M. Bellerose, les visiteurs auraient de plus privilégié les petits hôtels, les auberges et les «pensions chez l'habitant» qui ne font pas partie du réseau de Tourisme Montréal pour ces événements. Résultat: «On ne sait pas où les participants couchent, ce n'est pas "comptabilisable".»
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